Discours à l'occasion du 70ème anniversaire du défilé des résistants à Oyonnax

Messieurs les ministres,

Monsieur le maire qui nous accueille aujourd’hui en ce 11 novembre,

Mesdames, Messieurs les parlementaires et élus,

Monsieur le Président du Conseil régional,

Messieurs les anciens combattants,

Mesdames et Messieurs,

Le 11 novembre 1918, c’était l’armistice. Elle mettait fin à la Guerre, à la Grande Guerre.

La France avait payé un lourd tribut à cette tragédie. Elle avait perdu un million et demi de ses enfants. Toute une génération portait les séquelles de cette souffrance, avec des centaines de milliers de gazés, d’amputés, de blessés, de gueules cassées. Aussi, la Nation décida d’entretenir le souvenir de cette épreuve, parce qu’elle pensait qu’elle ne pourrait plus jamais revivre un tel drame et que rien ne devait être oublié.

Le 11 novembre 1919, une minute de silence fut observée partout en France, dans tous les villages et dans toutes les villes de France.

Le 11 novembre 1920, la dépouille d’un soldat fut déposée sous l’Arc de Triomphe. Il avait été choisi parmi tous les corps anonymes recouverts de l’uniforme français sur le champ de bataille de Verdun.

Ensuite, ce fut une loi - elle intervint en 1922 - qui institua le 11 novembre, jour de « commémoration de la victoire et de la paix ». Ainsi, à partir de 1922, d’année en année, le 11 novembre fut célébré.

Mais en 1940, lorsque notre pays fut occupé par les Nazis et administré par le régime de Vichy, il fut interdit de rendre hommage aux combattants de la Grande Guerre. Ainsi, l’outrage aux morts s’ajoutait à l’humiliation des vivants.

Se rassembler ce jour-là, le 11 novembre, devenait un acte de résistance.

Le 11 novembre 1940 fut donc le premier. Plusieurs milliers de lycéens et d’étudiants à Paris, qui « ne savaient pas à quel point ils aimaient leur pays » avaient défié les Allemands en allant manifester devant la tombe du soldat inconnu. Ils y déposèrent des bouquets de fleurs, entonnèrent la Marseillaise, avant d’être dispersés par la Wehrmacht. Plus d’une centaine furent arrêtés et leurs professeurs pourchassés.

Deux ans plus tard, le 11 novembre 1942, alors que les Nazis envahissaient la zone Sud, les élèves du lycée Lalande de Bourg-en-Bresse eurent l’audace de se réunir autour du monument aux morts et de clamer leur attachement au Général DE GAULLE. Beaucoup, là-encore, rejoignirent ensuite le maquis. Au point que le lycée Lalande de Bourg-en-Bresse a été médaillé de la Résistance. C’est le seul établissement public civil à l’avoir été.

Pour le 11 novembre 1943, le Conseil National de la Résistance, relayé par Radio Londres, voulait marquer les esprits. Il demanda donc aux Français de l’intérieur d’imaginer des initiatives d’envergure.

Un homme, ici, Henri ROMANS-PETIT, ancien combattant de 1914, chef de l’Armée secrète et des maquis de l’Ain, répondit à cet appel. Il entendait même lui donner un écho exceptionnel. Il planifia l’organisation d’un défilé, qui aurait les mêmes formes, le même cérémonial, le même sens patriotique qu’au temps de la République. Comme si le pays avait déjà été libéré.

Restait un lieu à trouver : ce fut Oyonnax. Pourquoi Oyonnax ?

Sans doute parce que les Allemands n’y tenaient pas garnison. Ce n’est pas la raison principale. C’est Surtout, parce que l’esprit de collaboration ne prospérait pas dans cette ville. Le maire de l’époque, avant d’être destitué par Vichy, avait refusé de voter les pleins pouvoirs au Maréchal PETAIN. Il s’appelait René NICOD. La population d’Oyonnax s’en souvient et en même temps, elle était à cette époque en adhésion avec la Résistance.

L’opération fut montée avec une méticulosité parfaite : la ville fut isolée par les maquisards, ils disposèrent des barrages sur toutes les routes d’accès, l’armée des ombres avança alors en pleine lumière, en plein jour. Trois compagnies, 120 hommes, marchèrent en rangs serrés comme dans la plus pure tradition militaire.

Ils déposèrent sur le monument une gerbe de fleurs en forme de Croix de Lorraine. Ils y avaient inscrit ces mots qui résonnent encore dans chacune de nos têtes : « Les vainqueurs de demain à ceux de 14-18 ». Après une minute de silence et la sonnerie aux morts, retentit la Marseillaise chantée avec ferveur par la foule rassemblée.

Nous avons à l’instant vécu ces moments.

C’était le 11 novembre 1943.

C’était-là le plus bel hommage qui pouvait être rendu aux anciens combattants de 14-18 : leurs fils venaient risquer leur vie pour rappeler que leurs pères avaient donné la leur pour la même cause. Cette cause a un nom : elle s’appelle la liberté.

Le retentissement de cet exploit fut considérable. Il gonfla d’ardeur les forces de la Résistance et justifia enfin le développement de leur armement par les Alliés.

CHURCHILL et ROOSEVELT furent en effet convaincus, après ce coup de tonnerre qu’il était temps, qu’il était plus que temps d’armer les résistants.

La vieille légende rapporte que lorsque le Général DE GAULLE apprit cet évènement, il versa une larme.

Ce coup d’éclat a marqué notre mémoire collective. Il figure parmi les grands gestes patriotiques d’une période, celle de la Résistance, qui n’en a pourtant pas manqué. Des témoignages, un film a été réalisé par un témoin de l’époque, il avait 17 ans. Nous en avons vu, ici, des images. Et puis, un survivant de cet épisode glorieux est parmi nous : Marcel LUGAND.

Marcel LUGAND, vous êtes le dernier acteur de ce « défilé de l’espoir ». Vous étiez le clairon. On vous entend encore.

Qu’à travers vous, Marcel LUGAND, au-delà de vous, soit saluée la Résistance, celle qui préparait les combats, dans les fermes du Bugey, qui recevaient des parachutages nocturnes dans les plaines de la Bresse et de la Dombes. Celles qui accueillait les réfractaires du STO, oui, tous ces résistants ont permis la libération de la France.

Au lendemain de ce 11 novembre 1943, les occupants qui avaient été pris de court, se vengèrent sur les civils.

Comme dans le village de Dortan, entièrement brûlé, ou à Nantua en cette funeste journée du 14 décembre 1943, où 150 hommes dans la force de l’âge furent arrêtés : 116 déportés, 98 qui ne revinrent jamais.

70 ans plus tard, nous sommes réunis aujourd’hui, dans la fidélité du souvenir, pour évoquer deux guerres, deux guerres terribles : la Grande Guerre et celle de 1940-1945. Nous ne les confondons pas. Mais ici, à Oyonnax, elles se répondent l’une, l’autre.

Car ici à Oyonnax, des hommes ont voulu utiliser le souvenir pour rallumer l’espoir.

Ici à Oyonnax, des hommes voulaient rendre hommage aux morts et mobiliser les vivants.

Ici à Oyonnax, des hommes voulaient donner de la fierté à leur pays, au moment où il doutait de lui-même.

Ici à Oyonnax, des hommes, pas seulement des Français mais aussi des Républicains espagnols, qui portaient le drapeau de la liberté pour tous les peuples du monde.

Je voulais, Monsieur le Maire, par ma présence, rappeler ce moment historique.

Cette cérémonie s’inscrit dans le cycle commémoratif du Centenaire de la Grande Guerre et le 70ème anniversaire de la Libération de la France.

Avec cette même question qui revient, qui revient sans cesse : pourquoi se sont-ils battus ? Les poilus de 14, les héros anonymes des tranchées, les femmes qui étaient à l’arrière et qui faisaient vivre le pays. Pourquoi se sont-ils battus, les Français libres ? Les maquisards ? Les résistants ! Pourquoi sont-ils montés au front ? Pourquoi ont-ils pris les armes au sacrifice de leur vie ?

Un mot revient pour répondre : la patrie. Oui, la patrie, c’est-à-dire le legs reçu des générations précédentes mais aussi ce que signifie la patrie, ce qu’elle incarne : une promesse de dignité, de justice et d’émancipation.

La France, notre Nation s’est forgée au cours des siècles dans la diversité des parcours, des origines, des apports successifs. Nous sommes ici, tous issus de cette histoire. Notre identité tient à l’affirmation de valeurs partagées, du lien qui unit chaque citoyen à la communauté nationale.

Il nous appartient encore aujourd’hui de montrer la solidité, la vitalité de ce lien.

Aimer la France, ce n’est pas un sentiment nostalgique, ce n’est pas une célébration du passé, de ses gloires comme de ses drames. Non. Aimer la France, c’est croire en ses atouts, en ses capacités, en ses talents, en sa jeunesse, en son école.

Aimer la France, c’est la vouloir plus forte pour relever les défis, plus solidaire pour n’oublier personne, plus confiante pour prendre pleinement sa place dans le monde.

Aimer la France, ce n’est pas l’enfermer, la recroqueviller, lui faire peur. Aimer la France, c’est l’élever, lui dire la vérité, la mobiliser pour lui donner confiance.

Aimer la France, c’est offrir à chacun la possibilité de réussir sa vie et donc de pouvoir aussi servir son pays.

Ce 11 novembre est dédié à la République. En 1914, la République s’est révélée plus forte que les régimes autoritaires qui croyaient que, parce qu’elle était un Etat de droit, la République serait un Etat de faiblesse. Non, la République sait montrer sa force et sa fermeté.

En 1940, les institutions avaient sombré mais la République s’était incarnée ailleurs, dans la France libre, dans la Résistance, dans les Maquis… « Elle n’avait jamais cessé d’être ».

Aujourd’hui la République, c’est notre bien commun. C’est à nous, de la faire vivre, de faire respecter la loi partout. Une loi qui doit être la même pour tous.

La République, c’est d’assurer l’égalité. Pas simplement des droits, mais aussi des devoirs. La République, c’est de ne jamais rien laisser passer face aux haines, aux intolérances, aux extrémismes, au racisme. Oui, c’est l’exigence de ne jamais céder devant les pressions, d’où qu’elles viennent. C’est cela la République.

Le 11 novembre est également dédié à l’espérance. La France a traversé de grandes épreuves dans son histoire, elle s’est toujours relevée. Elle y est chaque fois parvenue par la volonté collective. Aujourd’hui que la paix est revenue, nous sommes dans un autre contexte et c’est sur l’économie que se mesurent la puissance et l’influence. Rien ne doit nous paraître inaccessible. Tout est à notre portée si nous en décidons.

Ce 11 novembre est dédié aussi au rassemblement et à l’unité de la France. Notre pays ne peut rien quand il est morcelé, fractionné, divisé en territoires, en catégories, en particularismes.

Voilà pourquoi, rien n’est plus indispensable que le dialogue, la responsabilité et le respect. Car c’est la communauté nationale qui nous réunit tous et je n’accepterai jamais qu’elle puisse être divisée.

Ce 11 novembre est dédié enfin à la Défense nationale. Les menaces n’ont plus le même visage qu’hier ou avant-hier, mais elles ont le même dessein. Il en est toujours dans le monde qui veulent abattre la démocratie, empêcher la raison de s’exercer librement, humilier les femmes, asservir les minorités. Ils ont une arme : elle s’appelle le terrorisme. Il s’en prend toujours aux innocents, comme hier à des journalistes. La France leur prouvera - comme elle le fait au Mali - que les démocraties ne craignent pas d’affronter ces forces obscures.

J’ai ici une pensée particulière pour les sept militaires français qui sont morts cette année pour que le Mali retrouve l’intégrité de son territoire. J’associe à cet hommage les militaires blessés, qui souffriront encore longtemps, toute leur vie, de la mission magnifique qu’ils ont exercée au nom de la France.

Ce 11 novembre est dédié à la paix. La paix n’est jamais acquise. Une fois conquise, elle suppose pour être préservée notre vigilance. On le voit sur les dangers de la prolifération chimique ou nucléaire.

Sur notre continent, la paix a un nom, une forme, un espace : c’est l’Union européenne. Elle est le produit de la volonté, justement de ses dirigeants, issus d’une génération meurtrie par les guerres, qui avait voulu en terminer.

Il nous appartient encore d’être au rendez-vous de cette grande aventure humaine, en veillant à ne pas la réduire à un simple marché, à une monnaie, par ailleurs nécessaire, mais à lui donner toute sa force. Parce que l’Europe doit donner des atouts supplémentaires aux Nations qui la composent.

Voilà le sens des commémorations qui s’ouvrent en ce 11 novembre 2013. 70 ans après ce qui s’était passé ici, à Oyonnax.

Mesdames et Messieurs,

Une Nation s’honore toujours de savoir à qui elle doit sa liberté et son indépendance. C’est précisément le rôle de la Mémoire que de transmettre de génération en génération le souvenir des actes glorieux, comme ici, mais aussi des épreuves douloureuses et des fiertés partagées.

C’est au nom de cette Mémoire, de cette Mémoire Nationale, qui nous unit tous, qu’il nous revient à notre tour d’assurer, ensemble, le destin de la France.

Vive la République !

Vive la France !

Restez connecté