Avril 2014

Déclaration lors du déjeuner officiel offert par S.M. le Roi Willem-Alexander à La Haye

Votre Majesté,

Monsieur le Premier ministre,

Mesdames, Messieurs,

Je suis sensible à l’accueil qui m’est réservé aujourd’hui. C’est, depuis quatorze ans, un rendez-vous qui nous manquait. Je suis fier d’être le Président qui vient, après tant d’années, une nouvelle fois, rappeler l’amitié entre nos deux pays. Je veux aussi me tourner vers la reine Beatrix qui a été si précieuse pendant les 33 années de son règne pour renforcer les relations entre nos deux pays.

Je suis venu aujourd’hui pour évoquer un partenariat stratégique entre nos deux pays que scelle une déclaration rédigée avec le Premier ministre.

Nos liens sont inscrits dans l’Histoire. Vous avez bien voulu rappeler un souverain qui avait été français et qui a pu vous apporter le Code civil - vous l’avez néanmoins enrichi depuis, heureusement, et modernisé. Parfois, vous avez été précurseurs, y compris par rapport à des évolutions législatives que nous n’avons connues que récemment en France.

Nos liens sont inscrits dans l’Histoire. Vous auriez pu remonter à plus loin – au Duc de Bourgogne, dont témoigne encore aujourd’hui votre devise en langue française : « Je maintiendrai ! ». Ce qui est un bon principe et qui vaut dans tous les pays !

Nos liens sont également façonnés par la culture. Descartes, Molière, Racine, Diderot ont trouvé ici, dans ce que l’on appelait vos provinces, une terre de liberté de pensée et d’expression et un humanisme qui a pu les protéger. D’ici, des Pays-Bas, ont rayonné dans toute l’Europe, les idées les plus modernes.

La France aussi est fière d’avoir accueilli plusieurs de vos grands penseurs qui ont exercé une influence majeure à Paris : Grotius qui a posé les principes du droit international qui nous obligent encore aujourd’hui et notamment à agir lorsque la paix est en cause ; et puis Huygens qui a fondé notre Académie des sciences. Chaque fois qu’un prix Nobel est remis à la France, vous en êtes donc, si je puis dire, aussi récipiendaire.

Notre mémoire commune est aussi marquée par des épreuves, celles qui nous ont unies au cours du siècle dernier. Je pense aux guerres. C’est contre la barbarie que nos soldats ont combattu ensemble en Zélande en 1940 en en Drenthe 1944. Nous n’oublions pas que la brigade néerlandaise « Princesse Irène » qui a débarqué à Romanches au mois d’août 1944. J’espère, Majesté, que nous pourrons être réunis cette année pour commémorer le 70ème anniversaire de la Libération de la France.

Aujourd’hui, la relation entre nos deux pays est forte, vivante. Nos échanges économiques sont importants et de grande intensité : 40 milliards d’euros. Presque autant d’investissements français, ici aux Pays-Bas mais également néerlandais en France. Il y a plus de 1 000 entreprises françaises. Elles n’ont pas pu être toutes invitées aujourd’hui mais les principales sont ici. Vous avez rappelé Air France / KLM. On aurait pu en citer d’autres, tant ce regroupement et ce rassemblement a donné un exemple fructueux pour d’autres entreprises. Il y a 500 entreprises néerlandaises qui sont présentes également en France.

Nos concitoyens aussi se rapprochent de plus en plus. Il y a des étudiants qui viennent ici apprendre. Il y a également des chercheurs qui coopèrent dans tous les domaines. Il y a des touristes nombreux. La France est la première destination des touristes néerlandais. Nous en sommes fiers car il y a concurrence. Et ce n’est pas la proximité qui explique simplement ce succès.

Nos villes ont appris à coopérer comme en témoigne l’accord qui a été conclu en février 2013, par les maires d’Amsterdam et de Paris, pour lancer de nouveaux projets d’urbanisme et également promouvoir des industries créatives.

Nous pouvons néanmoins faire plus et c’est le sens de l’action que nous avons décidée de conduire Mark RUTTE et moi-même. Les Pays-Bas et la France sont d’abord des pays fondateurs de l’Europe – vous l’avez rappelé – qui doivent donc mobiliser toute leur énergie pour franchir les nouvelles étapes de cette construction européenne.

Mais nous sommes également deux pays dont le scepticisme est grand à l’égard de l’Union européenne. Nous en avons constaté en 2005 l’ampleur. Nous devons donc, à chaque fois que l’Europe est en cause, penser aux idées qui ont justifié sa création. C’est ici, à La Haye, qu’a été posé en mai 1948, lors de ce fameux Congrès, le premier acte de la volonté européenne.

Je n’oublie pas non plus que c’est à Maastricht que l’Europe a décidé de l’Union monétaire et donc de la monnaie unique. L’Europe a naturellement été au cœur des entretiens que nous avons eu ensemble et avec le gouvernement, comme avec les Présidentes des Chambres des Etats généraux.

J’ai retenu que l’accord entre nos deux pays est plus grand qu’on ne le dit généralement et que nous avons ensemble posé les bases de ce que pourrait être le travail de la Commission européenne au lendemain du renouvellement du Parlement. Une conviction nous anime, et elle est forte : ce n’est pas en défaisant l’Europe que nous préparerons l’avenir. C’est au contraire en faisant que cette Europe soit plus unie, plus efficace, plus claire sur ses objectifs que nous protégerons nos peuples et rendront nos pays plus forts.

2014 est une année importante pour l’Europe. Notre responsabilité doit être de donner confiance et espoir aux peuples européens, de lutter contre toutes les peurs, toutes les angoisses, dont certains utilisent l’intensité pour justifier, en fait, la fin du projet européen. Nous formulerons donc les propositions nécessaires pour permettre à l’Union économique et monétaire de retrouver la stabilité – c’est fait – mais aussi la croissance et l’emploi.

Nous voulons que la France et les Pays-Bas soient ensemble pour les rendez-vous, ceux qui nous attendent, et pour porter le projet européen. Vous avez dit que le Tour de France allait, en 2015, partir d’Utrecht. C’est dire si nos deux pays maintenant sont unis ! Ce que certains souverains n’avaient même pas imaginé, le Tour de France va être capable de le réaliser. C’était donc le plus beau symbole que vous pouviez offrir et je suis heureux de pouvoir, à mon tour, lever mon verre à l’amitié entre nos deux pays.

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