Déclaration lors de la table ronde économique dans le cadre du partenariat stratégique avec les entreprises françaises et slovaques

Je veux d’abord remercier les autorités slovaques pour leur accueil à un moment particulièrement symbolique puisque la Slovaquie fête, à la fois, le 20ème anniversaire de son indépendance, le 10ème anniversaire de son adhésion à l’Union européenne et le 5ème anniversaire de sa participation à la zone euro. Rien que pour cette raison de célébrations, j’ai le sentiment d’être dans une fête. En même temps, je suis conscient de la période que nous traversons, qui reste difficile.

L’intérêt de l’Histoire, c’est de voir ce que des peuples sont capables d’accomplir ; et la leçon de l’Histoire, c’est de faire la démonstration que ce qui a été fait peut, dans d’autres circonstances, être engagé et réussi.

Il y a 20 ans, qui aurait pu dire que la Slovaquie serait dans la situation d’aujourd’hui ? C’est-à-dire un pays, non seulement indépendant, mais stable, enraciné dans la démocratie, capable d’avoir une dynamique économique lui ayant permis d’accueillir de nombreuses entreprises, notamment européennes, participant à une zone euro, avec pour conséquence, la solidarité et la sécurité. Ce qu’a réussi la Slovaquie en 20 ans est un exemple, une référence. En même temps, nous devons nous donner la même ambition pour les 20 prochaines années.

Quelle doit-être cette ambition ? Etre capable de rendre encore plus performantes nos économies, plus souveraines nos capacités d’action, notamment sur le plan budgétaire. Etre capable de créer un continent où les nouvelles technologies devront être la démonstration de notre puissance. Etre capable d’assurer la transition énergétique, de contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique.

Quelle est notre ambition ? Permettre à une nouvelle génération d’être pleinement dans la vie active. Nous voyons les défis que nous avons à relever, ils sont considérables. Ils ne sont pas plus lourds que ceux que la Slovaquie, en 1993, a réussi à poser et ensuite, pendant 20 ans, à surmonter.

Je suis dans un forum économique. L’intérêt est que des entreprises puissent témoigner à la fois de leurs capacités d’investissement, ici en Slovaquie, et du retour de cet investissement en France. Je considère que lorsqu’une entreprise française vient dans un pays, accède à son marché, participe à des partenariats, c’est dans l’intérêt du pays – en l’occurrence la Slovaquie – et de la France, dans l’intérêt de l’emploi, ici en Slovaquie, et de l’emploi en France. Il y a un courant d’échanges que nous devons amplifier.

400 entreprises françaises sont présentes en Slovaquie. Nos investissements n’ont cessé d’augmenter ces dernières années. 35 000 Slovaques travaillent pour des entreprises françaises. Nos échanges représentent, entre la France et la Slovaquie, 5 milliards d’euros.

Pourquoi y a-t-il eu ce choix, de beaucoup d’entreprises, de venir en Slovaquie ? La première raison n’est pas comme on dit souvent, des salaires qui seraient plus faibles qu’en France. Elle est d’avoir une stabilité, une sécurité, un environnement favorable et d’avoir une perspective de croissance. Ce qui fait que quand des entreprises prospèrent, ici en Slovaquie, elles permettent à la France d’avoir de nouveaux marchés, de nouveaux produits et donc de nouveaux emplois.

Pourquoi les entreprises françaises sont-elles venues ? C’est parce que vous êtes aussi dans la zone euro. La zone euro a des avantages et des inconvénients. Les inconvénients, on les a vécus un moment : l’instabilité, la tourmente financière.

Mais elle a beaucoup d’avantages et je veux les mettre en lumière : une monnaie stable, une monnaie même appréciée, parfois certains trouvent qu’elle l’est trop, ce qui peut nuire à notre compétitivité en dehors de la zone euro. Nous avons aussi cette solidarité qui a permis d’éviter que nous puissions avoir des pays qui quittent la zone euro. Le fait que la Slovaquie ait fait le choix d’être dans la zone euro a favorisé les investissements français.

Devons-nous en rester là ? Je pense que – c’est le sens du partenariat stratégique que nous avons conclu – nous devons nous offrir de nouvelles perspectives, de nouvelles limites, de nouvelles frontières à la coopération entre la Slovaquie et la France.

Premier domaine, l’énergie. Il se trouve que la France et la Slovaquie sont les deux pays d’Europe où le nucléaire contribue majoritairement à la production d’électricité. C’est un choix qui remonte à loin, pour la France mais aussi pour la Slovaquie. C’est un choix qui continuera de peser dans les politiques énergétiques. Même si, en France, la part du nucléaire se réduira, cela restera l’énergie dominante pour la production d’électricité. Nous avons une technologie, nous avons des entreprises de haut niveau et nous travaillons avec les Slovaques pour être présents sur toute la chaine, c’est-à-dire aussi bien pour l’approvisionnement que pour le retraitement ou le démantèlement.

Nous sommes également conscients que nous devons avoir une place dans les décisions que la Slovaquie aura à prendre pour ses réacteurs nucléaires. Nous sommes pleinement partie prenante du projet « Allegro » que le CEA mène avec l’Institut de recherche nucléaire slovaque, parce que là il s’agit de réfléchir à la nouvelle génération. Nous sommes également conscients que même si nos pays ont des histoires industrielles différentes, nous pouvons avoir des partenariats en matière de recherche scientifique. Là-aussi, c’est la grande priorité du partenariat, multiplier les échanges aussi bien sur les nouvelles technologies avec les entreprises innovantes qu’avec les centres de recherche plus traditionnels.

Nous allons avoir un rapprochement de nos universités, de nos lieux de formation professionnelle à l’occasion de ce partenariat stratégique. J’insiste là-dessus. Nous devons avoir un haut niveau d’exigence technologique. L’Europe doit anticiper par rapport à ce que sera l’industrie. C’est sur les nouveaux domaines que sont l’énergie, les nouvelles technologies, le numérique que nous devons être présents, entreprises françaises, ici, en Slovaquie.

Le troisième domaine, ce sont les infrastructures. La Slovaquie pour l’essentiel obtient des financements européens pour ses investissements publics. J’ai veillé, avec Robert FICO, à ce que les fonds structurels, les fonds de cohésion puissent être préservés dans le cadre financier pluriannuel européen parce que c’était la condition pour que des pays comme la Slovaquie puissent continuer à investir. 75% des investissements publics en Slovaquie sont réalisés grâce aux fonds européens.

 

Mais les entreprises françaises doivent également en prendre part – non pas pour le financement mais pour la réalisation – aussi bien pour les constructions d’autoroutes, où plusieurs appels d’offres sont en cours, que pour la réalisation de grands ouvrages qui intéressent des entreprises françaises. Nous sommes disponibles pour offrir nos compétences et notre technologie. Les infrastructures, ce sont aussi les télécommunications. Les entreprises françaises sont présentes depuis longtemps, Orange notamment, et peuvent accompagner la Slovaquie pour le développement de son réseau.

Dans les infrastructures, j’attache beaucoup de prix, partout où je vais, à vanter la qualité des entreprises françaises en matière d’aménagement et de rénovation urbaine. Nous avons eu une expérience en matière de réseaux urbains, de politique de la ville, de traitement des déchets qui peut être mise au service de pays comme le vôtre et de grandes agglomérations.

Voilà le sens du partenariat stratégique. J’ai insisté sur sa dimension économique. Il y a une dimension politique, nous en avons aussi parlé aussi bien avec le Président slovaque qu’avec le Premier ministre Robert FICO. Nous aurons à travailler ensemble notamment pour ce que l’on appelle le « partenariat oriental », les pays qui ne sont pas dans l’Union, qui n’ont pas forcément vocation à y venir mais qui doivent y être associés.

Mais nous avons aussi, la Slovaquie et la France, une même conception de ce que doit être l’Europe. Je l’ai dit, nous avons vécu pendant quatre ans, c’est très long quatre ans, une crise de la zone euro qui a considérablement freiné les investissements, les échanges et même la croissance puisque la zone euro a été en récession presque deux ans de suite.

Nous sommes sortis de cette période. Cela ne veut pas dire que tous les problèmes ont été réglés. Nous avons encore quelques inquiétudes. Mais nous avons en place tous les instruments. Cela nous a pris du temps. Les Conseils européens ont été essentiellement consacrés à ces enjeux-là : l’Union économique et monétaire, la mise en place du mécanisme européen de stabilité, le pacte budgétaire, l’Union bancaire…, tout est en place.

L’enjeu – une fois que nous avons réussi à sortir l’Europe, et notamment la zone euro, de ce qui était la question fondamentale : son intégrité, sa stabilité, son avenir – c’est de tout concentrer sur la croissance, l’emploi et les nouvelles technologies, les nouveaux défis pour l’avenir de l’Europe. C’est ainsi que l’Europe a toujours avancé.

Au lendemain de la Seconde guerre, c’était autour des industries traditionnelles, et de l’agriculture. Puis ensuite cela a été autour d’un grand marché, d’une monnaie unique. Aujourd’hui, c’est avec la perspective de bâtir une Europe qui aura un temps d’avance et avec la Slovaquie, nous développons cette thématique et nous continuerons de le faire.

Nous avons besoin de plus de croissance. Les pays dits de la cohésion, ceux qui sont arrivés après l’effondrement du mur de Berlin, ont besoin de plus de croissance encore pour satisfaire les besoins. Mais, nous, pays fondateurs de l’Europe, nous avons besoin de la croissance pour permettre aux nouvelles générations de croire en l’Europe. Car s’il y a une défiance à l’égard de la construction européenne, ce n’est pas un problème simplement pour chacun des pays, c’est un problème pour l’Europe, qui ne sera plus l’idée qui a fait vibrer des peuples, y compris au moment de la réunification.

Nous sommes conscients qu’il y a du populisme et de l’extrémisme qui s’emparent des inquiétudes, des peurs avec, aussi, l’utilisation du nationalisme ou de l’exacerbation des minorités. Si nous voulons donner une autre idée de l’Europe que celle des seules disciplines – par ailleurs nécessaires –, des efforts – par ailleurs indispensables –, nous devons travailler à bâtir la nouvelle croissance européenne. Elle viendra des décisions que nous aurons à prendre au niveau européen. Dans quelques jours se tiendra à Paris une Conférence sur l’emploi des jeunes parce que c’est une dimension essentielle.

Nous avons déjà pris des décisions en matière de soutien de la croissance. Mais rien ne pourra réussir sans le concours des entreprises. C’est pourquoi je voulais, au cours de ce déplacement, tenir ce forum où les représentants des entreprises slovaques et françaises, cherchent ensemble à multiplier les coopérations possibles, les partenariats, parfois même les alliances, en tous cas les investissements, pour que nous fassions tout ce qui est attendu de nous pour les vingt ans qui viennent.

Je ne sais pas qui viendra dans vingt ans pour saluer ce qui aura été fait en Slovaquie et la relation entre la France et la Slovaquie. Mais je voudrais que l’on puisse dire que, à ce moment-là, regardant les vingt ans qui se seront écoulés : nous avons été au rendez-vous comme aujourd’hui la Slovaquie a été au rendez-vous de l’espoir qui était né en 1993.

Merci.

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