Déclaration du président de la République au Collège Jean-Vilar

Messieurs les ministres,

Monsieur le Directeur général,

Monsieur le maire des Mureaux,

Mesdames, Messieurs, les élus, les parlementaires,

Mesdames, Messieurs – et je n’oublie pas le principal du collège, ainsi que les autorités académiques,

 

J’avais plusieurs raisons de venir, aujourd’hui, aux Mureaux. Pas simplement pour tenir l’engagement que j’avais pris, il y a deux ans. La première raison, c’était de saluer l’initiative qui est prise dans ce collège Jean-Vilar, ce que l’on appelle « l’école ouverte » : permettre à des jeunes, pendant la période des congés scolaires, de pouvoir suivre un certain nombre d’activités – je n’ai pas dit d’enseignements mais d’activités – qui concourent néanmoins à la formation de jeunes des quartiers populaires, de jeunes qui ne partent pas en vacances, de jeunes qui ont besoin d’un accompagnement et qui peuvent le trouver, ici, dans un collège, pendant le temps des vacances.

 

Je veux saluer ces jeunes qui se consacrent à ces activités – j’en ai eu ici la révélation ! –, à la fois un travail extrêmement fin de calculs pour faire des montages en papier ; mais aussi du chant, de la musique…, bref tout ce qui va leur permettre de se dépasser eux-mêmes, d’être meilleurs encore.

 

Je veux remercier tous les enseignants, personnels et bénévoles qui s’y consacrent. C’est un bel exemple de transmission, là encore, à la nouvelle génération. Rien que pour cela, je voulais être dans ce collège qui fait partie des 700 établissements qui développent « l’école ouverte » qui est encouragée par le ministre de l’Education et qui connaîtra une nouvelle ampleur quant aux moyens qui sont réservés à cette démarche.

 

La seconde raison de ma venue, c’est la signature de la convention qui vient d’être présentée par le ministre de la Ville et le Directeur général de Pôle emploi. De quoi s’agit-il ? De permettre que dans les quartiers de nos villes, il puisse y avoir une présence du service public de l’emploi. Vous me direz : « mais Pôle emploi est partout ! ». Mais il y a hélas ou il y avait, devrais-je dire, des territoires où il n’y avait pas d’antenne de Pôle emploi. Parce qu’il y avait une présence dans la ville la plus importante ou au centre de cette ville ; il y avait donc des quartiers où des jeunes et des moins jeunes ne pouvaient pas être accompagnés. Le ministre de la Ville, François LAMY, a voulu qu’il y ait une démultiplication des services publics dans les quartiers populaires.

 

Aujourd’hui, dans ce contexte de chômage élevé, particulièrement élevé dans les cités, avec un taux de chômage qui peut atteindre 40% chez les moins de 25 ans, il y avait une forme d’obligation morale, politique mais aussi économique – et je remercie le Directeur général de Pôle emploi de l’avoir compris – d’avoir un nouveau dispositif : une présence, bien sûr, dans un local avec des agents qui y sont dédiés ; mais aussi faire en sorte que ces agents de Pôle emploi, que je veux saluer, puissent aller à la rencontre des jeunes et les faire venir, non seulement, dans le lieu où ils vont pouvoir rédiger leur premier CV ou répondre à des offres d’emplois, mais puissent les accompagner aussi dans leur parcours, y compris en leur proposant une formation.

 

Le ministre du Travail avait décidé, dès la composition du gouvernement, de créer 2000 nouveaux postes à Pôle emploi. Nous étions en juin 2012. Je rappelle que, même à Pôle emploi, il y avait de la précarité, il y avait des personnels qui étaient en CDD. Ils ont pu être titularisés et formés pour agir et accompagner, les jeunes et les moins jeunes, dans leurs démarches de recherche d’emploi. Pour l’année 2013, et malgré toutes les difficultés budgétaires que vous connaissez, là encore, j’ai pris la décision de créer 2000 nouveaux postes à Pôle emploi. Pas pour résorber le chômage en créant des postes à Pôle emploi, mais pour permettre, justement, que les demandeurs d’emploi, qui sont plus nombreux – plus de 3 millions aujourd’hui – puissent être suivis, formés, aidés, accompagnés, encouragés dans la recherche d’emploi.

 

Mais, on l’oublie souvent, Pôle Emploi est aussi un service public qui est un service auprès des entreprises pour aller les convaincre parfois de créer des emplois, parfois aussi de permettre qu’il y ait une meilleure adéquation, une meilleure réponse aux besoins d’emplois des entreprises. Car, je l’ai indiqué hier en m’adressant aux chefs d’entreprise, ce sont les entreprises, en particulier les PME, qui créent de l’emploi et il est essentiel de faire se rejoindre leurs besoins de recrutement avec les recherches des demandeurs d’emploi.

La convention que nous signons aujourd’hui, c’est donc, à la fois, la présence de Pôle Emploi dans les quartiers et des moyens supplémentaires accordés au service public de l’emploi pour faire en sorte de mieux répondre aux besoins des entreprises et à l’attente des demandeurs d’emploi.

La troisième raison de ma présence est de souligner l’importance des dispositifs que nous avons mis en place depuis un an. D’abord, j’ai visité une entreprise, GCC, qui utilise toutes les formules de l’insertion. Le maire des Mureaux avait raison : n’appelons plus cela insertion, appelons cela professionnalisation car il s’agit de jeunes de tous les niveaux qui ont besoin d’une première expérience d’entreprise. Nous avons donc décidé que les clauses d’insertion allaient être généralisées pour l’ensemble des marchés publics. Le texte de loi que prépare Benoît HAMON permettra d’atteindre cet objectif, ce qui signifiera qu’une entreprise, comme celle que nous avons visitée aux Mureaux, pourra d’autant plus facilement embaucher des jeunes en professionnalisation, en apprentissage, en CDD ou CDI qu’elle aura, justement grâce à ces clauses, la possibilité d’accéder à des marchés publics.

Autre dispositif - nous en avons eu, ici, une nouvelle fois, la démonstration : le contrat de génération. Il ne s’agit plus d’un tutorat comme ce que nous avons vu à travers l’insertion. Il s’agit de la présence de deux salariés – un senior et un jeune – le senior apportant son expérience au jeune et le jeune livrant ainsi son envie de réussir à l’entreprise qui va l’embaucher. Je remercie les deux employeurs qui ont signé les contrats de génération. Je remercie les seniors qui vont pouvoir donner toute leur expérience et tout leur savoir à ces jeunes en contrat à durée indéterminée. L’objectif est de 70 000 contrats de génération d’ici la fin de l’année. Le mécanisme a été préparé tout au long de l’année 2012. Il est prêt et je lance un appel à toutes les entreprises pour qu’elles utilisent ce dispositif qui est avantageux puisqu’il permet de bénéficier d’une prime et, en même temps, utile pour l’ensemble de notre pays.

Les « emplois d’avenir » : nous voulons en créer 100 000 en 2013, notamment dans les quartiers populaires. Le paradoxe, et nous le vivons, est que les jeunes des quartiers qui sont les plus touchés par le chômage sont ceux qui ont le plus de mal à accéder à ces dispositifs, faute d’information, faute de présence du service public de l’emploi et parfois aussi à cause de nombreuses barrières qui sont, hélas, dressées. Que fallait-il donc faire ? Non seulement créer les « emplois d’avenir » mais permettre que les jeunes des quartiers, même ceux qui avaient suivi un parcours d’enseignement supérieur, puissent avoir accès à ce dispositif. Cela a été le cas aujourd’hui. Je veux que ces « emplois d’avenir » servent à former les jeunes, pas simplement à leur donner une première expérience. Non ! A les qualifier.

On me dit que c’est plus difficile que ce que l’on appelait les « emplois jeunes ». Oui, bien sûr ! Pourquoi ? Parce que nous allons chercher les jeunes qui sont le plus éloignés du marché du travail et parce que nous voulons leur apporter, grâce aux employeurs, une formation, une qualification. Et parce que ce sont des contrats qui peuvent atteindre deux ans, trois ans.

Je sais que pour beaucoup de collectivités locales, c’est difficile de faire ce choix. Pas simplement parce que nous sommes à la veille des élections municipales – cela pourrait être un argument positif, je le dis aux candidats qui sont aujourd’hui en responsabilité ! – mais parce que nous connaissons aussi les contraintes financières qui pèsent sur les collectivités locales. Dès lors, c’est un devoir civique que de mobiliser l’ensemble des employeurs publics mais aussi les associations pour qu’elles puissent, elles aussi, créer de nombreux « emplois d’avenir ».

Nous avons simplifié encore le dispositif pour les associations, sans renoncer à rien en matière de formation et d’embauche de jeunes éloignés du marché du travail. Nous allons faire en sorte que, aussi bien pour l’Education nationale, il y ait plus d’ « emplois d’avenir ». Parce que la priorité est l’éducation. Si les jeunes peuvent renforcer l’Education nationale et, en même temps, disposer d’un emploi pour un temps donné, c’est un progrès. Nous allons aussi permettre, dans certaines conditions, que des entreprises, pas simplement du secteur de l’économie sociale et solidaire, mais même des entreprises privées qui font un effort exceptionnel de formation et de qualification, puissent accéder aussi aux « emplois d’avenir ».

Toujours dans cette même idée – favoriser l’emploi dans les quartiers, où il y a le plus de taux de chômage – le ministre de la Ville a créé ce que l’on appelle les « emplois francs » : 10 000 sur trois ans. De quoi s’agit-il ? Jusqu’à présent, ils existaient des zones franches, c’est-à-dire que des quartiers étaient zonés – ce n’est pas forcément toujours un compliment… Lorsqu’une entreprise s’installait sur cette zone, les embauches effectuées bénéficiaient d’exonérations des cotisations sociales. Cela a pu donner des résultats, parfois des effets d’aubaine – il y en a toujours. Mais lorsque le jeune d'un quartier était embauché ailleurs, l’employeur qui avait fait aussi cet effort n’avait aucun soutien de la part des pouvoirs publics.

Nous avons donc inversé la logique. Tout jeune vivant dans un quartier, pouvant d’ailleurs être l’objet lui-même d’une discrimination, parce qu’il vit dans ce quartier ; tout jeune, qui ayant cette adresse dans le quartier, pourra donner à l’employeur qui l’embauchera une exonération de cotisations sociales. Il y aura à peu près 2 000 emplois francs pour l’année 2013. Cela va commencer, dès le mois de juin, sur dix sites pilotes, les dix sites où il y a le plus de chômage des jeunes.

J’avais une autre raison de venir ici aux Mureaux. Hier, je me suis exprimé devant des chefs d’entreprise. J’ai insisté, parce que c’était une revendication qui venait de ces chefs d’entreprise, pour que l’esprit d’entreprise et l’esprit de création puissent être aussi présents dans les quartiers populaires. J’ai donc annoncé, et je le confirme ici, que la Banque publique d’investissement mettra en place, d’ici l’été, un fonds spécifique pour la création d’entreprise dans les quartiers. Il y aura des prêts qui seront spécifiquement dédiés, affectés aux créateurs d’entreprise qui vivent dans les quartiers populaires.

Parce que ce que je sens, à chaque fois que je me déplace, c’est parfois, bien sûr, du désarroi, du découragement ; cela peut exister partout quand il y a autant de chômage. Mais je sens aussi, et surtout dans les quartiers populaires, une envie de créer, une envie d’agir, une envie de réussir, une envie, à travers une initiative, de connaître aussi une promotion sociale, personnelle. Rien n’est pire que de ne pas donner une réponse à ces demandes, à cette volonté, à cette belle idée d’être utile à soi-même et utile aux autres, de créer. La Banque publique d’investissement apportera donc des prêts, et même des apports en capital pour ces jeunes créateurs de nos quartiers.

J’en ai rencontrés, hier, qui m’ont dit leur fierté d’avoir commencé avec rien et aujourd’hui d’avoir 100, 150 salariés de leur quartier pour justement montrer qu’il y a aussi une solidarité, qu’il y a aussi une créativité. Pas simplement dans le domaine culturel, musical ou sportif comme on l’entend souvent ; dans les domaines aussi des hautes technologies, du numérique ou des services à la personne.

Esprit d’entreprise dans les quartiers, Banque publique d’investissement qui s’y investira et enfin développement de l’esprit d’entreprise. Tout à l’heure, dans le collège – et rien n’était préparé – le principal me disait qu’ici-même il y avait déjà des programmes de découverte de ce qu’est l’entreprise, des stages effectués ; des chefs d’entreprise qui venaient ici présenter leur activité, donner l’envie ; et des jeunes qui s’y préparaient. Il y a même, dans ce collège, des créations d’entreprise, chaque année, par les élèves qui faisaient des bénéfices et qui devaient s’arrêter au bout d’un an. Les bénéfices étaient reversés à la génération suivante qui allait créer une autre entreprise. C’est une très belle initiative qui doit être encouragée. Pas besoin de créer un programme scolaire pour cela puisque c’est déjà fait. Il suffit d’encourager, de récompenser et de donner l’exemple. C’est ce que vous avez fait.

Je veux terminer parce que, parmi toutes les raisons que j’avais de venir, c’était de rappeler ce qu’est la grande idée de ce quinquennat : la jeunesse. C’est pour elle que nous agissons. C’est par elle que nous allons réussir. C’est en lui donnant d’abord tous les moyens, par l’école, de pouvoir connaître un meilleur destin. C’est pouvoir même, au-delà de l’école, quand l’école n’a pas pu donner les moyens de la réussite, accorder une nouvelle chance. Pas simplement une seconde chance, mais une troisième, une quatrième, une chance à tout moment, de pouvoir réussir sa vie.

C’est aussi de permettre que l’emploi puisse être une activité rendue possible dès le plus jeune âge. C’est de poursuivre l’objectif qu’aucun jeune, je dis bien aucun jeune, entre 16 et 18 ans, ne puisse être sans solution. Soit dans l’école, soit en formation, en apprentissage, en qualification, en professionnalisation. Et bien sûr, si c’est possible, en emploi.

La jeunesse, ce n’est pas simplement pour les quartiers, même si c’est là qu’elle est, sans doute, la plus nombreuse. La jeunesse, c’est pour l’ensemble du territoire. Et je ne veux pas éclater l’action publique en autant de zones ou de lieux. Il y a une politique qui doit trouver sa place dans notre pays avec des intensités différentes. Là où il y a le plus de besoins, nous devons faire davantage en termes de présence de services publics, de moyens affectés à l’école ou de dispositifs pour l’emploi des jeunes.

Je sais ce qu’est aujourd’hui l’état de notre pays, l’inquiétude qui existe par rapport à une croissance qui n’est pas là, à un chômage qui augmente continûment, à des jeunes qui peuvent perdre espoir dans l’avenir. Je sais cela. Mais depuis un an, nous avons mis en place tous les dispositifs. On a souri sur la « boite à outils ». Encore que, quand vous tombez en panne, mieux vaut avoir des outils que rien du tout !

Ce que j’ai voulu, avec le gouvernement de Jean-Marc AYRAULT, c’est mettre tous les instruments : pacte de compétitivité, réforme du marché du travail, création des « emplois d’avenir », « contrat de génération », Banque publique d’investissement, loi bancaire…, tous les instruments, tous les moyens pour agir. Notre devoir maintenant, dans cette période qui va s’ouvrir, c’est de mobiliser toutes les forces : hier les chefs d’entreprise, aujourd’hui l’ensemble des partenaires pour l’emploi, les jeunes, pour que nous puissions donner de l’espoir.

Et nous allons y arriver ! Parce que notre pays a beaucoup d’atouts. Parce que l’Europe va être réorientée, j’en suis sûr. Nous avons commencé de le faire, pour une plus grande place pour la croissance et pour l’emploi, même si le sérieux budgétaire restera notre ligne de conduite parce que nous n’avons pas le droit d’endetter notre pays.

C’est sur cette idée de la réussite que je voulais venir aux Mureaux. Parce qu’ici, aux Mureaux, vous avez montré que vous pouviez réussir.

Merci.

 

 

 

 

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