Avril 2014

Déclaration du Président de la République à l'occasion de l'inauguration du nouveau département de l’Institut Pasteur pour les maladies émergentes


Mesdames les Ministres,
Mesdames et Messieurs les élus,
Madame la Directrice générale,
Monsieur le Président du Conseil d'administration
Mesdames, Messieurs,

Je voulais d'abord vous dire toute la fierté que représente cette inauguration pour le chef de l'Etat à l'institut Pasteur, cette institution riche de son histoire, riche de ses découvertes. Je veux saluer ici, bien sûr, sa direction mais également tout le personnel. Vous concourrez au rayonnement de la France en apportant, par les vaccins, les moyens de prévention à nos compatriotes et, au-delà, au monde entier.

J'inaugure ce soir un bâtiment, un grand bâtiment, un centre de recherche sur les maladies émergentes. Ce bâtiment porte un nom, celui de François JACOB. Ce choix est à la fois un symbole et un hommage. Le symbole c'est celui d'une double fidélité : celle d'un grand chercheur à l'Institut Pasteur, mais aussi celle de cette institution à l'égard de ce grand chercheur. Cet hommage est rendu à une personnalité exceptionnelle récompensée par le prix Nobel de médecine. Vous avez eu la délicatesse d'associer André LWOFF, Jacques MONOD, et tous ceux qui ont reçu cette haute distinction et qui sont des « pasteuriens ». Je veux ici citer Françoise BARRE-SINOUSSI.

Cher François JACOB, une vie ne se divise pas, il n'y a pas le chercheur et le résistant, il y a l'ensemble de ce qui constitue un destin. Le vôtre est une somme de convictions. Ce bâtiment porte votre nom parce que vous êtes un grand chercheur mais aussi parce que vous êtes un homme qui a compté pour la libération de Paris et de la France. Vous vous êtes engagé dans les Forces Françaises Libres, dans la 2ème DB et vous êtes devenu l'un des Compagnons de la Libération. Vous n'êtes plus que vingt-trois survivants à honorer encore la mémoire de ceux qui se sont dévoués pour ce combat avec le Général de GAULLE. C'est une chance qui est donnée à chacune et chacun d'entre vous, présents ce soir, de pouvoir rencontrer François JACOB.
L'institut Pasteur est une fierté pour la France et une référence dans le monde parce que vous avez su, génération après génération, direction après direction, à la fois élever le sens de l'innovation au plus haut niveau et en même temps respecter votre propre histoire, l'Histoire.

Il y a 124 ans presque jour pour jour, Louis PASTEUR assignait trois objectifs à l'Institut qu'il créait: « être un dispensaire pour le traitement de la rage ; un centre de recherche pour les maladies infectieuses ; un centre d'enseignement pour les études qui relèvent de la microbie ».

La première des missions -- la rage -- sauf à penser qu'elle a pu toucher un certain nombre d'êtres humains sous une autre forme, cette bataille-là a été gagnée. La troisième a changé de sens, de forme et d'aspect, je veux parler de ce qui relève de la microbie. En revanche la vocation qu'avait définie PASTEUR, il y plus d'un siècle -- être un centre de recherche pour les maladies infectieuses -- demeure et est poursuivie -- avec quel talent ! -- aujourd'hui. C'est cette vocation qui nous réunit aujourd'hui.

Le bâtiment que nous allons inaugurer ce soir, après six ans de travail -- grâce à la mobilisation de l'Etat, des collectivités locales, mais également d'entreprises privées que je veux saluer -- cette grande œuvre accueillera 400 chercheurs. Sa dimension exceptionnelle -- 16 000 m² -- son infrastructure et ses matériels relèvent de l'excellence parce qu'il s'agit de lutter contre un fléau humanitaire.

Les maladies infectieuses continuent de tuer 14 millions de personnes chaque année dans le monde, malgré les progrès de la médecine. Ces maladies représentent aujourd'hui la principale cause de mortalité chez les enfants et les jeunes adultes. C'est donc une urgence.

Mais la recherche, elle, c'est un temps long.

Comment faire pour traiter l'immédiat et préparer l'avenir ? C'est votre combat. Dans ce combat vous ne connaissez pas précisément votre ennemi. Vous le cherchez, vous le débusquez et parfois heureusement vous le trouvez.

Comment en effet, prédire l'émergence d'une nouvelle maladie infectieuse? Comment imaginer son expression, son ampleur ? Mais aussi, comment lutter contre la résistance aux antibiotiques ? Les nouveaux laboratoires que nous ouvrons ce soir, seront le théâtre de cet affrontement constant -- entre la science d'un côté et la maladie de l'autre -- pour trouver, par exemple, les vaccins contre la malaria, l'hépatite C et le SIDA. Je sais qu'en ce lieu beaucoup sont des acteurs de cette bataille et de cet engagement. Ils peuvent être sûrs qu'ici, à l'Institut Pasteur, tout sera fait dans cette direction.

La France attend beaucoup de la recherche biomédicale. Cette recherche est organisée autour de structures de très haute qualité : l'Institut Pasteur bien sûr, mais aussi les universités, les centres hospitalo-universitaires, l'INSERM, le CNRS, le CEA, l'IRD, le CIRAD. Nous avons là toute une constellation de grands organismes qui peuvent participer à l'effort de recherche et en même temps nous donner des conditions pour notre développement économique.

C'est donc un atout considérable pour notre pays. Si l'on y intègre les filières dites des biotechnologies, ce secteur représente 600 000 emplois directs et indirects. 7,5 milliards d'euros sont investis chaque année dans la recherche, partagés de manière égale entre grands organismes publics et industries de santé. On parle beaucoup du rapport GALLOIS. Que vient-il faire encore à l'Institut Pasteur ? Parmi les grandes filières qu'il indique pour le développement économique de notre pays, pour sa compétitivité, il place lui-même la santé et l'économie du vivant au premier rang de nos grandes priorités en matière d'investissement et nous le suivrons une fois encore dans cette direction.

La recherche française vient d'être encore reconnue à travers l'attribution du prix Nobel de physique au Professeur Serge HAROCHE. J'ai eu le bonheur de pouvoir le rencontrer. Il est venu avec son équipe, c'est-à-dire déjà la génération qui prépare sa succession, lui-même étant prêt à passer le témoin.

Il y avait des jeunes chercheurs avec lui qui avaient fait tout un parcours d'excellence comme celui, par exemple, de l'Ecole Normale Supérieure et produit de grands travaux scientifiques, avec des rémunérations qui n'ont rien à voir avec celles que l'on peut trouver dans la finance ou dans la banque. Je les ai interrogés ces jeunes chercheurs français et étrangers. Ils m'ont dit qu'ils croyaient dans ce qu'ils faisaient et qu'ils demandaient aussi de la reconnaissance, de la considération, de l'attention. Serge HARROCHE lui-même m'a dit qu'il y avait une attente, parmi beaucoup d'autres, l'attente de la simplification.

Nos structures, et Madame la ministre de la Recherche le sait, sont trop nombreuses, les dispositifs de financement ne sont pas assez coordonnées, articulés, les processus d'évaluation sont trop lourds quand ils ne se superposent pas. Ce qui fait que l'efficacité et la visibilité même de notre recherche au plan international ne sont pas aussi grandes que nous le mériterions.

J'ai donc demandé au gouvernement et à la ministre chargée de cette question en particulier, , de prendre toutes les dispositions pratiques, tous les moyens juridiques, dans le cadre d'un nouveau projet de loi sur la recherche, pour permettre une meilleure organisation de la recherche et notamment de la recherche biomédicale.

Ce qu'il nous faut assurer c'est le décloisonnement. Cela sera le mot clé de la réforme et cela ne vaut pas que dans ce seul domaine : décloisonnement entre toutes les formes de recherche -fondamentale, transdisciplinaire, « finalisée », appliquée - qui doivent s'enrichir les unes des autres ; décloisonnement entre universités et grandes écoles, centres de recherche, industrie, hôpitaux -- Madame la ministre des Affaires sociales y veillera ; décloisonnement aussi entre la recherche publique et la recherche privée, qui doivent apprendre l'une de l'autre et l'autre de l'une.

L'Etat y est résolu, parce que c'est à la fois une obligation sur le plan de nos résultats en matière de recherche, de confiance dans nos chercheurs et en même temps c'est aussi le moyen d'être plus performant encore pour nos industriels.

La France, parce qu'elle est la France, doit regarder au-delà d'elle-même. Au-delà du temps présent.

L'enjeu de la recherche biomédicale, c'est de savoir se développer, et vous êtes ici une illustration de cette volonté, au niveau international. Là encore, l'Institut Pasteur donne l'exemple : 32 instituts dans le monde, en Afrique, en Amérique du sud, en Asie du sud-est. Je suis allé récemment au Laos, il y avait une grande réunion qui rassemblait les pays européens et les pays asiatiques. Laos, petit pays avec beaucoup de difficultés et dont la plus grande fierté était d'accueillir un laboratoire de l'Institut Pasteur où il y avait des chercheurs français mais aussi des chercheurs laotiens et d'autres qui venaient de plus loin et qui travaillaient ensemble justement pour faire en sorte que nous puissions lutter contre ces maladies émergentes.

C'est l'esprit qu'il nous faut insuffler encore, partout. C'est une obligation d'agir au niveau international parce que les virus, eux, ne connaissent pas les frontières et ne s'arrêtent pas.

Regarder au-delà de nous-même, c'est regarder vers l'Europe. L'Europe, il y aurait tant à dire sur elle et on en dit tant et tant que nous finissons par oublier l'essentiel, c'est-à-dire que l'Europe, au-delà de ce qu'elle a déjà fait pour la paix et pour une part de notre prospérité, l'Europe est aussi un espace pour la recherche. Il y a un programme « Horizon 2020 » qui vise précisément à consolider, voire même élargir l'espace commun de la recherche.

J'appelle nos grandes institutions, nos chercheurs, à prendre toute la mesure de cette nouvelle dimension du financement de la recherche et à concourir à tous les appels d'offres européens. Nous sommes, selon les jargons habituels utilisés en Europe, des contributeurs nets, par manque de réponses, alors même que notre taux de succès, chaque fois que nous concourrons, est supérieur à la moyenne. Cela veut dire que nous n'allons pas chercher tous les financements qui existent au plan européen pour les mettre au service de notre propre recherche.

La France doit regarder au-delà d'elle-même, elle doit regarder aussi vers les pays émergents qui ont besoin de l'excellence que nous pouvons leur offrir en matière de recherche ; ils ont besoin aussi de notre solidarité.

Dans les pays du Sud, les maladies infectieuses représentent 43 % des causes de mortalité contre 1 % dans les pays industrialisés parce que la maladie s'ajoute à toutes les autres inégalités et ceux qui ne peuvent pas se soigner sont souvent, sont toujours, les plus pauvres.

L'Afrique subsaharienne est confrontée au paludisme, à la tuberculose, au SIDA. Cette Afrique elle nous demande d'avoir confiance en elle, dans son destin, dans son développement. Ce sera le continent de demain, l'Afrique. Il nous faut contribuer à aider ces populations qui parfois vivent avec souffrance au point d'en mourir. Nous aiderons les pays concernés à disposer, grâce à vous, grâce à l'Institut Pasteur, des outils de prévention, de diagnostic et des thérapies les mieux adaptés.

L'Institut Pasteur, dispose de personnels expatriés dans un grand nombre de pays en développement - et je veux ici les saluer. Grâce à leur action, ils diffusent l'expertise, la formation, mais aussi l'esprit de recherche.

Vous accueillez aussi des chercheurs étrangers. Bienvenue aux chercheurs étrangers en France ! Ils ont toute leur place et nous avons à leur faire le meilleur accueil parce que ici, à l'Institut Pasteur, vous poursuivez l'une des plus belles missions qui puisse être poursuivie par une institution, comme chercheurs, comme médecins, comme personnels administratifs, et je n'oublie pas les enseignants : vous avez la mission de guérir, soigner, prévenir, apaiser.

La responsabilité de l'Etat, c'est de vous donner les moyens de répondre à cette exigence.

Le bâtiment François JACOB consacre cette belle ambition de la France capable de cette réalisation. Cette ambition je veux la résumer : donner à la Recherche les moyens de faire progresser la science parce que nous devons faire confiance à la science et, à travers la science, faire avancer l'humanité.

Merci donc à PASTEUR, à celui qui a créé cette institution ! Merci aux « pasteuriens », merci à François JACOB et merci à tous ceux qui contribuent à leur place au développement et au rayonnement de la recherche française !

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