Avril 2014

Déclaration du Président de la République à l’issue de l’entretien avec le Premier ministre de la République de l’Inde

Monsieur le Premier ministre,

Mesdames et Messieurs les ministres,

J’effectue aujourd’hui ma première visite d’Etat en Asie. J’ai voulu que ce soit l’Inde qui puisse m’accueillir parce que les relations entre nos deux pays sont uniques. Elles tiennent à l’Histoire. L’Inde a été aux côtés de la France dans des moments difficiles. La France a soutenu l’Inde pour son indépendance. Nos deux pays, au-delà des gouvernements et des présidents qui se sont succédés, ont toujours voulu avoir un partenariat exceptionnel.

Il a été noué en 1998, il est devenu stratégique et il m’appartenait aujourd’hui de lui faire franchir une nouvelle étape. C’est ce qu’avec le Premier ministre, nous avons convenu. L’Histoire pèse, l’Histoire mérite d’être poursuivie mais aujourd’hui c’est de l’avenir de nos deux grandes Nations qu’il est question.

L’Inde et la France n’ont pas la même population, n’ont pas la même configuration, n’ont pas la même économie. Mais l’Inde et la France portent des valeurs et des principes : la démocratie. L’Inde est la plus grande démocratie du monde et pas simplement par la taille de la population mais par la diversité qu’elle sait faire vivre en son sein, par la contradiction, par le débat.

L’Inde et la France sont deux nations soucieuses de leur indépendance. La France a des alliances, elle est en Europe pleinement engagée. Mais elle garde son autonomie de décision à tout moment et dans toutes circonstances. L’Inde est également attachée à ce principe d’indépendance qui s’est longtemps identifié au non alignement.

Nous sommes également attachés à la liberté, la liberté pour nos peuples, la liberté pour le monde. Voilà ce qui fait que notre partenariat est forcément exceptionnel. Il repose sur plusieurs piliers. Nous les avons confortés, aujourd’hui, et nous en avons même ajouté d’autres.

D’abord sur la défense. Depuis longtemps, la France et l’Inde coopèrent. L’Inde a fait confiance aux matériels Français et la France a fait confiance à l’Inde pour leur utilisation. Parce que l’Inde est une Nation de paix. Aujourd’hui, c’est sur un avion que nous discutons mais ce n’est pas le premier puisque, dès l’indépendance de l’Inde, la France a mis à la disposition de l’Inde des avions. Puis après il y a eu le Mirage, aujourd’hui c’est la Rafale. Nous avons constaté, le Premier ministre et moi-même, des progrès dans cette discussion. Et j’ai bon espoir que nous pourrons arriver à la conclusion.

Mais il n y a pas que sur les avions que nous avons une coopération en matière de défense. Elle est multiple, elle touche les missiles, les sous-marins, beaucoup de matériels… Parce que je vous l’ai dit, cette relation est fondée sur la confiance.

Le partenariat stratégique, c’est également sur l’énergie que France et Inde ont voulu le construire. Energie nucléaire civile, la France a été la première nation à faire, là encore, que l’Inde puisse accéder à ces technologies sans risque. Car nous connaissons parfaitement la position de l’Inde, sa volonté de sûreté. Des discussions sont en cours pour des centrales nucléaires.

Mais il n y a pas que le nucléaire civil. Il y a aussi des énergies renouvelables avec lesquelles nous entendons avec l’Inde poursuivre une relation fondée sur l’excellence. Le Premier ministre a évoqué le pilier, si je puis dire, pour le spatial car il s’agit là de monter jusqu'au ciel. Le spatial fait partie de ce que nous pouvons faire ensemble. Je m’honore que la France puisse contribuer à lancer un certain nombre de satellites au bénéfice de l’Inde.

Le Premier ministre et moi-même avons voulu élargir ce partenariat notamment à un domaine qui a été trop longtemps négligé entre nous : l’éducation et l’enseignement supérieur. Je souhaite que la France accueille plus d’étudiants indiens. Il n’y en a que 3000 aujourd’hui, c’est largement insuffisant. Je souhaite que la France puisse accueillir davantage de chercheurs, je souhaite également que les universités françaises coopèrent davantage – ici en Inde c’est déjà le cas – de manière à ce que des étudiants français puissent venir y faire leurs travaux.

Il y aura des accords qui seront signés entre plusieurs universités et je m’en félicite. Je rappelle que l’Inde a 14 millions d’étudiants, c’est un potentiel considérable en matière de recherche. Je n’ose pas dire combien il y a d’informaticiens indiens puisqu’il y en a autant que de Français eux-mêmes !

Mais nous voulons aussi que le partenariat concerne la culture. A cet égard, il y aura au festival de Cannes la célébration du centenaire du cinéma indien, avec cette question, « qui a inventé le cinéma ? » Est- ce que c’est la France ou est-ce que c’est l’Inde ? Cette question sera tranchée au festival de Cannes.

Nous aurons grand plaisir et grand honneur à diffuser, davantage encore, la qualité et l’excellence du cinéma indien qui, comme le cinéma français, veut démontrer que l’exception culturelle a un sens, que la culture n’est pas une marchandise. Nous avons à veiller à ce pluralisme et à cette protection de nos œuvres.

Enfin le partenariat doit être économique. L’Inde est une grande puissance économique, elle va devenir une des plus grandes économies du monde.

La France a pris de l’avance et je m’en félicite : 750 entreprises françaises sont implantées en Inde, faisant vivre 250 000 emplois. Je souhaite que nous puissions avoir encore davantage d’échanges commerciaux et dans des domaines nouveaux comme par exemple la ville durable puisque l’Inde va faire face à une urbanisation encore considérable. Il y a donc des accords qui vont être signés en matière de transport, notamment ferroviaire, en matière d’équipements de gare, de tramways, d’eau, d’assainissement… La France doit montrer son excellence au service de l’économie indienne.

L’Inde compte également des entreprises de très grande réputation, de très grande technologie. Avec le Premier ministre indien, j’ai fait part de mon souhait et de notre volonté commune que des entreprises indiennes viennent s’installer en France.

Enfin nous avons, l’Inde et la France – au-delà de ce qui peut nous rapprocher, de ce que nos économies peuvent faire ensemble, de ce que nous pouvons concevoir comme partenariat dans des domaines d’excellence : le spatial, la défense, les nouvelles technologies – nous avons des positions politiques que nous défendons dans toutes les instances internationales. Je les ai rappelées ces positions, la paix, la démocratie, la liberté, la lutte contre le réchauffement climatique, l’exception culturelle.

Ces principes, je souhaite que l’Inde puisse les défendre au sein du Conseil de sécurité comme membre permanent. Je l’ai rappelé au Premier ministre de l’Inde. Ces principes, c’est aussi la participation de l’Inde aux grandes opérations de maintien de la paix. Je souhaite que l’Inde puisse également être dans toutes les instances, y compris pour le nucléaire civil. Enfin je me suis félicité que l’Inde puisse accéder au G20, parce que là encore nous défendons les mêmes orientations de politique économique.

En ce moment, le monde a besoin de croissance. La croissance doit être la priorité, l’Europe est en train d’assurer de nouveau le retour de la confiance, mais pas encore de la croissance. L’Inde a été affectée, comme tous les pays émergents, par le ralentissement économique mondial. Nous avons à notre ordre du jour, dans toutes les instances ou l’Inde et la France auront à exprimer leur voix, à défendre la priorité de la croissance.

Je termine pour dire que nous avons aussi à lutter contre un certain nombre de menaces, de fléaux et notamment le terrorisme. L’Inde a dû faire face aussi à cette barbarie. Je remercie l’Inde pour le soutien qui a été apporté à la France dans l’intervention au Mali. Je l’ai répété au Premier ministre : nous ne défendons aucun intérêt en étant au Mali. Nous assurons, à la demande d’un pays ami, le retour de l’intégrité territoriale du Mali. L’Inde l’a parfaitement compris. Nous aurons encore à montrer notre convergence de vues dans la lutte contre le terrorisme pour combattre contre tous les trafics : trafic de drogue, mais également piraterie dans l’océan indien.

Comme vous le constatez, ce sont deux pays qui ont des conceptions communes, des intérêts communs, des conceptions fondées sur des valeurs et des principes. Je suis heureux que cette visite ait permis de faire franchir à notre partenariat stratégique une nouvelle étape.

C’est une longue histoire qui nous unit mais l’avenir également nous rapprochera encore davantage les prochaines années.

Merci.

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