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Déclaration conjointe d'Emmanuel Macron et d'Aléxis Tsípras, Premier ministre de Grèce

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Rubrique : Europe

Cher Alexis, monsieur le Premier ministre merci pour ces mots et pour votre accueil aujourd’hui, pour la discussion très riche et détaillée que nous venons d’avoir l’un et l’autre ; et puis avec nos ministres.

Je voudrais d’abord vous remercier monsieur le Premier ministre pour les mots de solidarité que vous venez d’avoir pour la France qui a en effet été touchée hier par un ouragan et qui se bat aujourd’hui pour à la fois sauver ses blessés et ses victimes et apporter les aides de premier secours aux habitants de Saint-Martin et Saint-Barthélemy.

Et je veux également associer l’ensemble de nos amis européens dans cet hommage, qu’ils soient néerlandais, britanniques comme nos amis haïtiens, dominicains et américains.

Monsieur le Premier ministre vous avez été extrêmement détaillé dans le compte rendu que vous venez de faire de notre entretien et je n’ai pas un mot à retirer de celui-ci. Nos deux pays sont liés par une histoire commune, des échanges multiples, croisés, qui ont fait nos sociétés, qui ont fait nos intellectuels, nos artistes, et nos imaginaires respectifs sont faits des œuvres de philosophes, de cinéastes ou de romanciers qui à l’aune des aléas de l’histoire ont parfois traversé notre continent.

Les jeunes Français ou les moins jeunes ont grandi avec les films de COSTA-GRAVAS, pour ceux qui ont fait de la philosophie ; les réflexions de CASTORIADIS et la génération que vous venez d’évoquer il y a un instant, je dois le dire, fait partie du musée imaginaire ou des références intellectuelles des Français. C’est ce qui nous fait européens.

Et ce qui nous lie aussi c’est la langue, puisque le Français est choisi en deuxième langue vivante par la moitié des élèves en Grèce, et je souhaite que nous puissions d’ailleurs faire encore davantage pour développer le français dans votre pays. J’y tiens beaucoup et je pense que ce multilinguisme, ces échanges permanents entre nos langues c’est aussi ce qui fait notre Europe.

Nous avons en effet longuement évoqué la situation de la Grèce, et de ce qu’il est convenu d’appeler depuis plusieurs années la crise grecque. Je voulais aussi dire qu’à mes yeux il s’est toujours agi avant tout d’une crise européenne. Je n’ai pas à revenir sur ce que vous avez dit qui était très complet, je veux ici dire combien j’ai conscience des efforts qui ont été faits par la Grèce durant les dernières années et en particulier l’action qui a été la vôtre, monsieur le Premier ministre, pour mener à bien la conclusion des deux premières revues du programme du mécanisme européen de stabilité, et de l’ensemble des réformes qui ont été décidées dans ce cadre.

Et après des années de contraction de l’activité nous voyons bien cette année des chiffres positifs arrivent, ils sont toujours fragiles, et donc il faut les conforter, mais ils marquent un tournant important dans l’histoire contemporaine de la Grèce avec cette capacité à renouer avec la croissance et l’investissement.

Je souhaite que dans ce contexte là, pour mener justement durablement la Grèce sur le chemin de la croissance nous puissions refonder la confiance et réussir, comme vous l’avez dit, d’ici à l’été prochain à tenir l’ensemble des engagements et permettre à la Grèce de pleinement retrouver une situation normale. Les prémisses en ont été données par votre retour sur les marchés il y a quelques semaines. Ainsi je souhaite que la Grèce puisse conforter son engagement à consolider les réformes, c’est le vôtre, que le FMI puisse conforter son engagement à participer au programme en bonne foi et sans exiger de nouvelles conditionnalités toujours plus difficiles, et enfin pour l’Eurogroupe que nous puissions confirmer l’engagement à accompagner cette transition, cette sortie de programme et à prendre les mesures d’allègement de dette comme la France le propose depuis plusieurs mois.

Les discussions sur ce sujet doivent débuter début 2018 et je souhaite qu’elles puissent aboutir rapidement pour restaurer pleinement la confiance.

Et dans ce cadre il y a aussi tout le travail pour relancer l’investissement, le retour à la croissance dans votre pays.

Et je souhaite que la France y prenne toute sa part et puisse vous aider par tous les moyens.

Vous avez évoqué notre coopération administrative pour aider à la modernisation de l’Etat, nous accompagnerons demain une initiative vous permettant de construire et consolider votre banque de développement à laquelle la Banque Publique d’Investissement française prendra toute sa part, en termes de coopération et d’investissement. Et je suis en effet accompagné par de nombreuses entreprises françaises, grandes entreprises, PME, start-up, qui ont vocation à participer à l’investissement, au développement de la Grèce dans les secteurs du tourisme, de l’agroalimentaire, du numérique, de l’énergie verte, des infrastructures. Autant de secteurs indispensables pour permettre le retour de la croissance, la consolider dans la durée et permettre de développer de nouveaux secteurs d’activité indispensables à l’emploi dans votre pays.

Nous serons donc au rendez-vous de ce retour à la croissance comme nous étions au rendez-vous de la solidarité dans les années d’austérité pour votre pays. Et c’est cette continuité, cette cohérence de l’action française, et je dois le dire à cet égard depuis plusieurs années qui je crois marque aussi notre relation.

Ensuite, nous avons évoqué les sujets européens de court terme. Le premier d’entre eux est le sujet justement du programme que je viens de mentionner, mais plus largement l’agenda dans lequel je crois nous avons vraiment des convergences de vue entre Athènes et Paris.

En effet, les prochaines semaines nous permettront d’acter des avancées significatives sur un agenda de protection de l’Europe qui doit accompagner notre ambition indispensable.

Nous avons évoqué la réforme de la directive des travailleurs détachés, sur laquelle nous souhaitons avec le Premier ministre œuvrer ensemble. Nos équipes ont d’ores et déjà beaucoup travaillé sur ce sujet et je l’espère nous permettra d’aboutir à une révision en profondeur de cette directive avant la fin de l’année. Et cela dans la continuité de la tournée que j’ai effectuée il y a plus d’une quinzaine de jours en Europe centrale et orientale.

Ensuite, l’Europe qui protège c’est l’Europe de la défense. Dans la continuité du Conseil européen de juin dernier, qui a acté une coopération structurée et permanente en matière de défense, 8 pays se sont d’ores et déjà aujourd’hui rassemblés pour construire une offre renforcée, une capacité à construire une programmation et une ambition commune en matière de défense, et je souhaite que nous puissions poursuivre le dialogue entamé avec la Grèce et consolider cette défense européenne parfaitement compatible avec nos ambitions et nos engagements au sein de l’OTAN.

L’Europe qui protège c’est également celle qui protège nos investissements stratégiques, et je souhaite que la Grèce puisse continuer à rester attractive, à s’ouvrir aux investisseurs internationaux, mais que l’Europe l’aide pleinement à maintenir une souveraineté européenne, soit au rendez-vous de l’investissement dans votre pays pour préserver nos investissements stratégiques partout en Europe.

Enfin l’Europe qui protège c’est celle qui protège face aux grandes migrations. Vous avez eu à en connaitre lorsque la route des Balkans était ouverte. L’Europe n’a pas toujours été sur ce sujet-là non plus au rendez-vous de la solidarité. Aussi je souhaite que dans les mois à venir nous puissions accélérer l’agenda de réformes de cette Europe, de l’asile, des migrations et de la sécurité commune qui autour de 7 textes règlementaires aujourd’hui en discussion permettra d’une part de renforcer nos moyens de contrôle aux frontières, et d’autre part d’avoir des règles claires et communes d’asile et de solidarité au sein de notre Union européenne.

Enfin, nous sommes ici dans un endroit qui nous permettra également de parler d’avenir et à un moment essentiel pour parler d’avenir. En effet, l’Europe est en train de sortir – parce que nous sommes résolus, parce que nous avons accéléré ces derniers mois nombre de sujets – l’Europe est en train de sortir d’une période de crise dans laquelle elle s’était enlisée. Et plus fondamentalement je pense que l’Europe doit tourner la page d’une décennie de tâtonnements.

Et les prochaines semaines et les prochains mois doivent nous conduire à marquer une avancée profonde, un moment de refondation de l’Union européenne que je souhaite très profondément pour notre Europe et qui fait partie des engagements que j’ai pris devant les Français. Ce moment que nous vivons nous en parlerons dans quelques instants ensemble en ayant l’un et l’autre un discours qui nous permettra de parler de cet avenir européen, d’en poser les jalons. Et je souhaite très profondément que l’année qui s’ouvre devant nous permette des avancées profondes en la matière et soit marquée par une ambition pour notre avenir européen.

C’est en tout cas la voix que la France portera dans cette période, monsieur le Premier ministre.

Merci à nouveau pour votre accueil, merci pour nos échanges.

Vous savez que la France est et restera à vos côtés dans les moments difficiles comme dans les moments de joie, parce que nous avons une ambition commune qui est d’être à la hauteur de nos histoires, à l’un et à l’autre.

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