Déclaration conjointe avec M. Shinzo Abe, Premier ministre du Japon

LE PRESIDENT – « Mesdames, Messieurs, c’est avec grand plaisir que j’accueille aujourd’hui le Premier ministre du Japon, mon ami Shinzo ABE.

 

Cela faisait plus de 7 ans qu’il n’y avait pas eu un chef du gouvernement japonais en France. Il y a 7 ans, il s’appelait déjà Shinzo ABE et il nous revient donc aujourd’hui.

 

Cette visite fait suite à celle que j’avais effectuée en juin dernier et qui avait permis la relance du partenariat d’exception entre le Japon et la France. Ce partenariat d’exception, il est fondé sur trois grands objectifs. Le premier, c’est l’économie, le second c’est la sécurité et le troisième, c’est la culture.

 

Aujourd’hui-même, nous avons parlé, dans la rencontre entre les ministres, entre le Premier ministre japonais et le Premier ministre français, Manuel VALLS, et lors de l’entretien que j’ai eu avec Shinzo ABE. Nous avons renforcé notre partenariat.

 

D’abord sur l’économie, nous avons constaté que nos échanges sont dynamiques, 15 Mds en 2013, mais qu’ils pourront être stimulés si nous donnons à la négociation qui s’est engagée entre l’Europe et le Japon, un contenu particulier. Notamment pour lever les barrières non tarifaires, pour faire en sorte que nous puissions accéder davantage aux marchés et multiplier les investissements. La France pèsera autant qu’elle le pourra pour que cette négociation aboutisse.

 

Je veux déjà saluer ce qui se fait au plan bilatéral, puisque depuis ma visite en juin dernier au Japon, il y a eu un certain nombre de gestes qui ont été actés par les autorités japonaises, notamment dans le domaine de l’agroalimentaire. Je pense à la levée de l’embargo sur la viande bovine et également à ce qui a été l’accès de nos entreprises au marché ferroviaire et qui s’est conclu tout à fait brillamment par un marché qui a été remporté par THALES.

 

Nos investissements croisés ont également cru ces derniers mois. Je rappelle qu’il y a plus de 400 entreprises japonaises qui sont installées en France et plus de 400 entreprises françaises qui sont au Japon.

Dans un cas comme dans l’autre, c’est près de 80 000 salariés qui peuvent avoir justement une perspective, grâce à ces engagements.

 

Nous avons constaté 30 investissements japonais en France depuis 1 an. Et je voulais aussi saluer cet effort que nous avons pu engager, nos deux pays, pour augmenter le niveau de croissance, promouvoir l’innovation et favoriser l’emploi.

 

Dans le cadre, toujours de cet objectif de développement économique, nous avons pu acter des progrès dans trois domaines : l’aéronautique, avec un contrat, j’allais dire, historique entre AIRBUS et deux grandes compagnies japonaises, Japan Airlines et ANA. Dans le domaine du nucléaire civil, puisque la France avait déclaré sa disponibilité pour le démantèlement des centrales - et notamment après Fukushima - nous avons signé un accord, justement permettant d’engager ces travaux.

 

Nous avons également conclu un accord important, parce que le nucléaire pour nous restera une énergie d’avenir, et c’est donc tout l’effort que nous engageons pour le réacteur de 4ème génération.

 

Mais nous voulons avoir les plus hauts standards de sureté et de sécurité. Là aussi, nous avons une coopération entre nos deux autorités.

 

Enfin, toujours dans le domaine du nucléaire, nous portons un projet, qui a connu d’ailleurs un succès en Turquie, ATMEA, et nous envisageons de le proposer à d’autres pays et notamment le Vietnam.

 

Enfin, il y a l’innovation. Les deux pays que sont le Japon et la France, ont cette grande idée, qu’il n’y aura de croissance que si elle est portée par des nouveaux cycles d’innovations. Nous en avons fait la démonstration et aujourd’hui, nous avons signé un accord sur ce que l’on appelle le textile technique et qui, effectivement, est une dimension tout à fait nouvelle pour cette industrie. Mais nous avons la même ambition pour la robotique, le numérique et les énergies renouvelables.

 

J’ai dit, deuxième priorité dans notre partenariat d’exception, c’est la culture, avec des échanges de plus en plus nombreux, sur le plan artistique, cinématographique, des expositions qui sont présentées dans nos deux pays, mais également une coopération universitaire que nous voulons développer et c’est le sens de l’accord qui a été signé sur la reconnaissance mutuelle des diplômes.

 

Toujours en matière d’échanges culturels et humains, il y a une ambition que nous portons en matière touristique.

 

Nous voulons qu’il y ait plus de touristes français qui aillent au Japon et plus de touristes japonais qui viennent en France. Il y en a déjà 700 000. Et j’ai fixé l’objectif à la fin de la décennie, d’avoir 1 million de touristes japonais qui puissent venir en France à condition de bien les accueillir et c’est notre engagement.

 

Enfin, il y a ce qui relève du sport, non pas simplement de notre volonté commune de développer ces activités en France et au Japon, mais d’avoir une coopération sur deux grands évènements que le Japon va accueillir. D’abord la coupe du monde de Rugby en 2019 et les jeux olympiques et paralympiques en 2020, puisque Tokyo a été retenu. Et je pense que c’est une grande fierté pour le Japon et une grande possibilité, là aussi, de montrer que nous pouvons, non pas co-organiser les deux évènements - nous n’avons pas cette prétention - mais au moins apporter notre coopération.

 

Enfin, il y a la sécurité qui fait partie de notre partenariat stratégique. Nous avons évoqué la crise ukrainienne, nous avons la même position. L’élection présidentielle du 25 mai doit se tenir. Et rien ne doit pouvoir l’entraver. Elle doit se tenir dans toute l’Ukraine, ce qui suppose qu’il y ait un accord général qui puisse être trouvé pour que l’élection puisse être acceptée dans son verdict, elle doit donc être incontestable.

 

Nous avons des relations avec la Russie qui nous permettent de convaincre les autorités russes et notamment le Président POUTINE que la voie, la seule voie possible, c’est celle du dialogue et donc la désescalade. Et qu’une fois l’élection présidentielle passée, la révision de la Constitution permettant d’avoir une organisation de l’Ukraine qui correspond à la diversité et aussi au respect des minorités, il puisse y avoir la voie d’une résolution de cette crise.

 

Nous avons également évoqué la sécurité en mer de Chine, Orientale comme Méridionale, et nous avons là aussi le souci de faire en sorte qu’il n’y ait pas d’autre voie que le dialogue, que la coopération, que la concertation, de façon à éviter toute mise en cause de ce qui est aujourd’hui la liberté de circulation, de navigation, en mer de Chine.

 

Nous avons voulu aussi évoquer l’Afrique parce que je salue l’effort du Japon pour participer à la sécurité des Africains, notamment dans la zone du Sahel. Je rappelle que le Japon nous a soutenu dès l’origine pour que nous puissions apporter au Mali l’apaisement qui était souhaité et permettre la transition ce qui est le cas. Je salue aussi le geste du Japon par rapport à ce que nous faisons en Centrafrique mais nous avons une coopération également en matière de sécurité maritime et de lutte contre la piraterie.

 

Nous avons aussi la volonté, Japon et France, d’avoir davantage de dialogue en matière de sécurité et c’est le sens de ce qui a été décidé lors de ma venue à Tokyo l’année dernière, c’est-à-dire, un dialogue 2+2 pour que les deux ministres des Affaires étrangères de nos pays et les deux ministres de la Défense puissent avoir des échanges réguliers sur la situation du monde et également sur la coopération que nous pouvons nouer en matière de défense.

 

Enfin, je veux saluer l’effort du Japon pour faire réussir avec nous la Conférence sur le climat et Shinzo Abe m’a dit combien il était déterminé pour que nous puissions aboutir à une réussite de cette conférence, car le Japon et la France sont très attachés à la question environnementale sans qu’elle soit contradictoire avec le développement économique. Voilà le sens de cette visite importante et je souhaite qu’elle puisse être renouvelée, c’est l’objet de ce partenariat, faire que chaque année nous puissions avoir une visite, tantôt le Premier Ministre ici à Paris, tantôt le Chef de l’Etat au Japon. Merci Shinzo. »

 

 

M. SINZO ABE - « J’ai jusqu’à présent eu l’occasion de m’entretenir avec François à trois reprises, à savoir au mois de juin lors de la visite d’Etat en 2013 au Japon, ensuite à l’Assemblée générale en septembre dernier à l’ONU et enfin au sommet sur la sécurité nucléaire en mars 2014. Donc trois occasions d’entretien, ce qui m’a permis de tisser des relations de confiance personnelle. C’est pour moi une joie immense d’avoir pu débattre à fond ainsi ici dans le Palais de l’Elysée.

 

On peut vraiment dire que le Président HOLLANDE a lancé la flèche pour la redynamisation de l’économie française. La France et le Japon dans toutes sortes de domaines, tels que la politique et la sécurité, l’économie et la culture, dans le respect mutuel entre Etats qui sont l’un pour l’autre des partenaires d’exception, ont contribué ensemble au développement de la communauté internationale.

 

Lors de la visite du Président Hollande en juin 2013, nous avons élaboré une feuille de route et nous avons fixé les objectifs de coopération pour les deux pays. En effet, en l’espace d’à peine un an, nous avons pu obtenir de grands résultats. En particulier en janvier dernier, s’est tenue la première réunion des ministres des Affaires étrangères et de la Défense entre entreprises privées. Des projets concrets avancent également dans le domaine de l’aéronautique et du nucléaire, de nombreuses manifestations culturelles sont organisées à l’occasion du 90ème anniversaire de la Maison franco-japonaise.

 

Aujourd’hui, en tenant compte de ces résultats, nous avons débattu pour savoir quelles coopérations les deux pays devaient faire avancer.

 

Dans le domaine de la sécurité, alors que l’environnement sécuritaire de l’Europe et de l’Asie de l’Est devient plus difficile, nous avons convenu que la coopération étroite entre nos deux pays était plus que jamais nécessaire. Le Président HOLLANDE nous apporté un soutien clair aux principes de contributeurs proactifs pour la paix défendue par notre pays.

 

Sur l’Ukraine, alors que la Russie continue d’intensifier la tension, nous avons convenu qu’il était important que les élections présidentielles pacifiques et démocratiques prévues en Ukraine le 25 mai soient un succès. La France et le Japon ont souligné que la porte restait ouverte pour une solution diplomatique à la crise ukrainienne. Nous demandons que la Russie suive cette voie.

 

En tant qu’ami du Pacifique, sur la situation régionale de l’Asie de l’Est, nous avons convenu que nous devons continuer à nous y intéresser et nous avons convenu de commencer les négociations pour l’accord de coopération sur les équipements de défense. Nous avons convenu de l’importance de la liberté de survol et de navigation de la haute mer et nous souhaitons vous annoncer que le Japon, pour la paix et la stabilité en Afrique, va apporter une contribution de 1,9M dollars pour la formation des ressources humaines à travers les centres de maintien de la paix et également 500 000 dollars pour l’école de maintien de la paix au Mali. D’autre part, le Japon et la France ont convenu nous allons continuer la coopération dans la lutte contre la piraterie dans le Golfe d’Aden et le contrôle des frontières dans le Sahel.

 

Dans le domaine économique, tout en tirant partie des technologies performantes de nos deux pays reconnues dans le monde, nous avons convenu de faire avancer l’innovation concrètement. Il y a la coopération technique sur le réacteur à neutrons rapides de l’ASTRID et nous avons également élaboré une convention de coopération pour faire avancer la recherche et le développement technique dans le domaine textile.

 

Dans le domaine de l’éducation et du sport, nous avons signé un accord sur les reconnaissances mutuelles des diplômes d’enseignement supérieur, nous voulons favoriser les échanges internationaux des jeunes gens qui feront avancer notre société, il s’agit de la génération future.

 

D’autre part, l’envoi en Israël et en Palestine d’entraineurs de judo aussi bien Français que Japonais est un exemple pour approfondir la compréhension mutuelle à travers le sport.

 

Après cette conférence de presse, nous allons nous déplacer à la résidence officielle de l’Ambassadeur du Japon en France. François est notre hôte, nous allons organiser une réception avec de la cuisine japonaise, reconnue comme patrimoine immatérielle de l’Unesco.

 

La coopération franco-japonaise en tant que coopération entre pays qui sont pour l’un et l’autre des partenaires d’exception ne se limite pas à des relations bilatérales, nous allons continuer nos efforts communs pour contribuer à la paix et à la stabilité dans le monde, la croissance économique et au développement culturel ».

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