Avril 2014

Conférence de presse à Bruxelles à l'issue du Conseil européen

LE PRESIDENT : «Mesdames, Messieurs, ce matin il y a eu quatre grands sujets qui ont été évoqués. Le premier, c’est la simplification. Derrière le mot, peut-être n’y a-t-il pas toujours les mêmes intentions, mais ce qui a été acté par le Conseil européen correspond aux objectifs de la France. Pourquoi ?

 

Nous souhaitons que les réglementations européennes puissent être sources de rapidité, d’efficacité. Donc nous sommes favorables à tout ce qui permettra à la fois d’alléger ce qui a déjà été engagé, voter, décider, et en même temps pour toutes les nouvelles réglementations d’avoir cet état d’esprit. Dès lors que les objectifs de protection des consommateurs, des travailleurs et de l’environnement sont garantis et à ces conditions-là, nous sommes pleinement mobilisés pour assurer ce choc de simplification à l’échelle de l’Europe. Et c’est ce qui a été décidé ce matin.

 

Souvent, il y a des contradictions dans les revendications des uns ou des autres. Les mêmes qui demandent des allègements sont les premiers à demander des réglementations nouvelles. Or ce qu’il convient de faire, c’est à chaque réglementation, de trouver le système qui permet d’atteindre l’objectif au moindre coût, au plus vite et au plus simple. Telle est la position de la France. Et il ne peut pas y avoir de principe de compensation, où chaque fois qu’une réglementation serait prise, il faudrait en supprimer une autre. Il y a des réglementations qui n’ont plus d’usage ou qui n’ont plus d’objet ou qui n’ont plus d’actualité, alors, supprimons-les, mais n’ayons pas une conception arithmétique. Ce serait d’ailleurs tellement mécanique que ça n’aurait pas d’effet.

 

Donc pour reprendre ce qui a été décidé, oui, faire simple, faire vite, permettre que les réglementations nouvelles puissent atteindre leurs objectifs et évaluer régulièrement les productions de l’Europe, au sens des productions de normes. Et sur ces bases-là, je considère que ce qui a été décidé aujourd’hui par le Conseil est une bonne orientation.

 

Deuxième sujet, l’emploi et le financement des entreprises. Si vous vous rappelez les épisodes précédents, la Banque européenne d’investissement a vu son capital augmenter, des fonds structurels ont été dégagés dans le cadre du pacte de croissance, c’était il y a dix-huit mois.

Nous devons faire en sorte que ces moyens-là, ces ressources-là puissent permettre le financement des entreprises et la création d’emplois.

 

La Banque européenne d’investissement a présenté un rapport qui permet d’engager des fonds nouveaux pour les entreprises, notamment celles qui peinent à accéder aux marchés bancaires et d’autres, qui dans l’innovation, requièrent des capitaux supplémentaires. Là encore, il y a eu des décisions significatives qui ont été prises et il y aura une amplification des moyens et des ressources permettant de lever le plus grand nombre de financements pour arriver à l’objectif, le seul qui vaille : l’emploi.

 

A propos de l’emploi, il y aura le 12 novembre, la Conférence de Paris qui fait suite à celle qui s’était tenue à Berlin et nous évaluerons tous les dispositifs qui permettent de créer de l’emploi, notamment pour les jeunes. Nous proposerons aussi une anticipation de ce que sera la garantie Jeunes. En France, nous avons fait en sorte de ne pas attendre 2014 pour mettre en place cette nouvelle disposition. Nous devons faire en sorte que dès 2014, le plus de jeunes possible puissent accéder à ce nouveau système financé par les crédits européens.

 

Troisième sujet : le partenariat oriental.

La France participera, ce sera la première fois, à la Conférence de Vilnius qui se tiendra le 29 novembre. Parce que je suis très attaché à ce que nous puissions tout faire pour que l’Europe regarde au-delà d’elle-même.

 

Tout à l’heure, nous parlerons de la Méditerranée. Du côté de l’Est, il y a des pays qui n’ont pas vocation à entrer dans l’Union européenne, mais qui doivent être associés, à certaines conditions. Lors de cette Conférence – et nous aurons à le préciser – il y aura un débat sur la Moldavie, la Géorgie avec des accords d’association qui sont déjà préparés et qui devront être paraphés. Il y a aussi la question de l’Ukraine. Si l’Ukraine respecte un certain nombre de principes et de conditions, notamment sur les Droits de l’homme, et pour le cas que vous connaissez de TIMOCHENKO, alors il peut y avoir un accord d’association, dans un délai rapide. La question a été évoquée ce matin. J’ai donné la réponse : à certaines conditions qui sont maintenant possibles, il peut être fait droit à l’accord d’association avec l’Ukraine.

 

Quatrième sujet, et celui-là, j’avais souhaité avec d’autres, l’Italie, Malte, l’Espagne, bien d’autres pays de la Méditerranée qu’il soit traité au cours de ce Conseil européen et qu’une méthode de travail soit définie avec des objectifs – je pense à la tragédie de Lampedusa et à ce qu’elle signifie.

 

D’abord, un drame humain qui n’est pas le premier et qui, hélas, n’est pas le dernier. Encore aujourd’hui, des informations nous parviennent et créent des émotions, des solidarités. Elles sont légitimes par rapport à ce désastre et à ces situations humaines – mais suscite également une interrogation ! Est-ce qu’il ne va pas y avoir, ces prochaines semaines, ces prochains mois, un afflux de réfugiés ? Venant de Syrie, puisque rien n’est réglé sur le plan de la préparation de la paix ? Venant de Libye puisqu’il y a une incapacité de ce pays, dans les conditions qu’il traverse, à assurer une sécurité des frontières et donc du transit qui peut partir de Libye pour aller vers l’Europe du Sud ? Et notamment de populations qui viennent d’Erythrée, de Somalie, pays qui sont eux-mêmes dans le chaos ? Donc, nous devons à la fois traiter l’urgence et en même temps anticiper. Je n’oublie pas non plus qu’il y a la question des réfugiés qui viennent de l’Europe du Sud-est, via la Turquie.

 

Le Conseil européen – et j’avais fait des propositions – a repris 3 principes d’action et a défini une méthode.

 

Premier principe d’action : agir sur les pays d’origine et de transit ; ce qui veut dire renforcer les capacités d’un certain nombre de voisins de l’autre côté de la Méditerranée, et je pense notamment à la Libye. C’est devenu l’urgence. Nous devons tout faire pour que la Libye puisse retrouver des capacités de sécurité, des capacités d’action et faire en sorte que des réfugiés qui s’y pressent puissent être accueillis. Mais je ne pense pas qu’à la Libye. Il faut aussi traiter la source même des difficultés ! J’évoquais l’Erythrée. Et lorsqu’il y a des questions de réfugiés – on pense tous à ce qu’il se passe en Syrie il faut aider les pays voisins, Jordanie, Liban, Turquie, à accueillir ces réfugiés de telle manière qu’ils ne soient pas conduits à quitter les camps pour venir jusqu’à nous. Et quand ils y viennent, pouvoir les accueillir de manière décente. Donc c’est l’enjeu de cette coopération avec les pays d’origine et de transit.

 

Deuxième principe d’action : c’est la surveillance des frontières au plus près des côtes. Et cela, c’est le rôle de FRONTEX et d’EUROSUR pour qu’il puisse y avoir des interventions, des dispositions qui permettent d’éviter justement que des populations se retrouvent sur des navires de fortune ou d’infortune. Et connaître le sort que l’on sait, ou lorsqu’ils arrivent, si je puis dire, à bon port, ils sont dans un état de grand dénuement et posent forcément des difficultés pour les pays qui les accueillent. Donc tout faire pour que la surveillance, pour que l’action de l’Europe puisse être la plus efficace possible.

 

Troisième principe d’action : c’est lutter contre les trafics et les passeurs. Et là, une coopération judiciaire, policière est indispensable. Ce sont des sommes considérables qui sont en jeu. Et avec des méthodes qui sont celles de l’ignominie, où les passeurs font couler des bateaux pour obliger les pays riverains à venir sauver ces réfugiés avant qu’il ne soit trop tard ! Voilà ce qui est en cause. Et là aussi, nous devons agir.

 

L’Europe a donc défini une méthode ; un groupe a été constitué, ce qu’on appelle une « Task Force » pour la Méditerranée, sous l’autorité de la Commission.

 

Cette commission a commencé à faire des propositions et ce sera examiné et traité au Conseil européen de décembre. Je n’oublie pas non plus la question des réfugiés venant de l’Europe du Sud-est – et ça a été évoqué par plusieurs pays – de manière à ce que l’on ait également des procédures. Mais c’est surtout sur la Méditerranée que nous devons avoir les réponses dès le mois de décembre. Ensuite, faut-il changer des procédures juridiques ? Elles existent, elles ont été encore réaffirmées dans ce qu’on appelle les Accords de Dublin ; donc, nous devons mettre en œuvre ces dispositifs.

 

C’est une question majeure pour l’Europe parce que c’est l’enjeu de sa capacité d’action.

 

Est-ce que l’Europe est capable finalement de répondre ? A quel défi ? Défi de la croissance et de l’emploi ? C’est ce que nous avons engagé depuis dix-huit mois.

 

Est-ce que l’Europe est capable d’assurer une stabilité et une solidarité dans la zone euro ? C’est ce que nous avons mis en place et qui, étape par étape – aujourd’hui, l’Union bancaire – permettra de parvenir, à cet objectif.

 

Et le troisième défi : est-ce que nous sommes capables d’avoir une maîtrise des flux migratoires, des mouvements de population ?

 

Est-ce que nous pouvons surveiller nos frontières et traiter dignement ceux qui relèvent du droit d’asile ?

En France, vous le savez, nous allons tout faire pour accélérer les procédures sur l’asile, de manière à ce que nous puissions raccourcir les délais et répondre à celles et ceux qui ont droit à cette procédure constitutionnelle. Et bien sûr, refuser ceux qui n’y ont pas droit. Voilà ce que je voulais retenir de ce Conseil européen.

 

L’actualité est souvent plus forte que les ordres du jour qui sont établis depuis longtemps. Cela ne veut pas dire que les ordres du jour n’ont pas été traités : numérique, union bancaire, emploi et procédure de financement, partenariat oriental. Mais lorsqu’il y a des sujets qui appellent l’intervention de l’Europe, ainsi que la construction européenne, à savoir sa propre sécurité, par rapport à des surveillances ou la question de ces frontières, l’Europe doit être là.

 

Je prends deux ou trois questions.

 

QUESTION : « Monsieur le Président, la maire de Lampedusa est ici, elle a lancé des appels, elle dit qu’elle a 6000 habitants sur son île. Qu’elle ne peut pas accueillir des milliers de réfugiés. Est-ce que vous pensez que les trois principes d’action vont la rassurer ? Parce qu’il n’y a pas quelque chose vraiment de concret. Pourquoi ne peut-on pas au niveau européen faire une opération comme on a fait au niveau de la lutte contre les pirates aux côtes de l’Afrique et dans l’Océan Indien, à savoir porter assistance à ceux qui sont en danger, et en même temps surveiller les mafias ? »

 

LE PRESIDENT : « C’est ce qui est déjà engagé, et qui sera renforcé lors du Conseil européen de décembre. Mettre plus de navires de surveillance, certains pays d’ailleurs au-delà même de FRONTEX vont le faire, être capables de lutter contre les mafias et donc démanteler les filières, agir directement sur les pays d’origine, ou les pays de transit, en l’occurrence la Libye, et donc l’élue de Lampedusa est parfaitement en droit d’exiger des réponses. Et d’ailleurs, la question n’est pas posée qu’à l’Italie, ce serait d’ailleurs une vue de l’esprit de penser que les réfugiés s’arrêtent à Lampedusa ou en Italie, puisqu’ensuite ils remontent vers toute l’Europe. Donc cette question ne peut pas être celle simplement d’un territoire ou d’un pays, c’est une question européenne et elle doit être portée à ce niveau-là et traitée à ce niveau-là. Mais sur les moyens donnés à Frontex et à Eurosur, il faut les renforcer. Il faut y mettre plus de ressources et plus d’efficacité. Il s’agit à la fois de sauver des êtres humains et d’empêcher aussi que les passeurs les fassent venir. »

 

QUESTION : « A propos aussi de la Syrie notamment, parce qu’on le sait, il y a environ 5000 syriens qui quittent le pays chaque jour. On sait aussi que les pays alentours, vous l’avez dit, ne sont plus capables d’accueillir des centaines de milliers voire millions de personnes qui sont déjà parties. Là, vous annoncez, le Conseil européen annonce des mesures qui seront décidées en décembre, donc il faudra ensuite les concrétiser etc. ça va encore durer un certain nombre de semaines ensuite, sinon de mois. Mais l’urgence, elle va sans doute arriver avant ! On s’y attend, toutes les ONG tirent le signal d’alarme. Est-ce que vous prévoyez un plan B au niveau européen ? Qu’est-ce qu’on fait si là, maintenant, avant cette échéance de décembre, on a une arrivée massive de Syriens qui viennent se réfugier chez nous en

Europe ? »

 

LE PRESIDENT : « Sur la Syrie, la France n’a pas attendu, pour alerter. La France a été la première à dire que si on ne traitait pas la question syrienne sur le plan politique, diplomatique, voire militaire, nous aurions un afflux de réfugiés. Cela s’est produit !

 

A peu près 2 millions déjà. Je ne parle pas des déplacés. Ces réfugiés ont été accueillis dans les pays voisins, Jordanie, Liban, Turquie. Au Liban, le quart de la population est d’origine syrienne aujourd’hui, il fallait bien sûr penser qu’à partir d’un certain niveau, ces réfugiés allaient également vouloir aller au-delà des seuls pays riverains. C’est ce qui se passe et c’est ce qui risque de se passer. Donc quelles sont les réponses ?

 

Premièrement : continuer à agir sur le plan diplomatique et politique pour qu’il y ait une issue en Syrie. On revient à la conférence de Genève. Deuxièmement : elle ne peut se réunir, que s’il y a une issue, il n’est pas la peine de fixer une date si rien ne doit être possible entre le régime et l’opposition. Donc il faut se mobiliser. Troisièmement : faire en sorte que nous puissions avec l’organisation des Nations Unies, spécialisée pour les réfugiés, agir en faveur des pays qui aujourd’hui, reçoivent les Syriens. Nous devons mettre beaucoup plus de moyens pour la Jordanie, pour le Liban et pour la Turquie. Pour le Liban, il y a une initiative qui a été prise par le secrétaire général des Nations Unies, que la France soutient, qui est de faire un appel aussi pour la solidarité. Car le Liban est directement concerné.

 

Donc, deuxième action : soutenir les pays riverains.

 

Troisièmement : prendre une part du fardeau si je puis dire, et la France ne s’est pas dérobée, puisque j’ai annoncé qu’il y aurait davantage de Syriens, j’avais dit 500, lorsque j’ai été sollicité par le HCR, dans des conditions qui doivent être précisées. Nous savons quelles sont les sources de l’afflux des réfugiés, donc nous ne devons pas attendre qu’ils viennent, mais agir avant qu’ils ne viennent. Régler les problèmes à la source et deuxièmement, aider les pays voisins pour les accueillir. »

 

QUESTION : « Monsieur le Président, chaque jour, de nouvelles révélations sur la question de la surveillance du Guardian hier, sur les 35 dirigeants qui auraient été mis sous surveillance par la NSA. Et puis celle du Monde, aujourd’hui, sur une rencontre entre de hauts responsables du renseignement, suite à une cyber-attaque de la présidence. Monsieur le Président, quelle action concrète, vis-à-vis des Américains, allez-vous entreprendre avec Angela MERKEL ? »

 

LE PRESIDENT : « Il y a deux questions. La première, c’est de savoir quand avons-nous su qu’il y avait eu une tentative d’attaque « informatique » contre l’Elysée ? Puisque c’est l’information du Monde. Nous l’avons su dès mon arrivée aux responsabilités. Cela avait d’ailleurs été identifié juste avant. Donc qu’est-ce que nous avons fait ? Nous avons conduit toutes les investigations pour connaître les auteurs de cette cyber-attaque. D’où les contacts qui ont été pris, notamment avec la NSA par nos services. Bien sûr que nous avons réagi aussi, en sécurisant encore davantage et en empêchant d’ailleurs cette attaque de connaître ses résultats.

 

Enfin, je rappelle que dans la loi de programmation militaire, la cyber-sécurité a été retenue comme une priorité. Avec la Chancelière Angela MERKEL, soutenus par le Conseil européen, nous avons pris une initiative qui consiste à créer un cadre commun de coopération avec les Etats-Unis pour qu’il n’y ait plus ce type de pratiques et de dispositif de surveillance. Nous avons fixé un délai, jusqu’à la fin de l’année. Par ailleurs, l’Europe avait déjà constitué un groupe de travail, pour connaître exactement ce qui s’était passé. Et nous demandons que ce groupe de travail puisse être encore accéléré dans ses démarches parce que nous avons bien sûr le devoir de tout connaître avant que la presse ne nous en fasse la révélation, j’allais dire presque quotidienne. Voilà ! Connaître le passé, fixer un cadre de relations pour l’avenir, et en terminer avec des mécanismes de surveillance qui ne sont pas maîtrisés. Et pour les Européens, avoir une règle de conduite, entre les services. »

 

QUESTION : « Ce Conseil européen vient à point nommé, avec quelques bonnes nouvelles, en tout cas, c’est ce que vous nous dites. Après une période que d’aucun ont traité de « période noire », « horribilis », je vous passe les qualificatifs. D’abord on aimerait savoir comment vous, vous avez vécu cette période ? Et quelle est votre stratégie pour regagner la confiance des Français qui semble vous faire défaut ? Et aussi, la cohésion de votre majorité ? Merci. »

 

LE PRESIDENT : « La cohésion de la majorité, elle a été démontrée. Le vote du budget a eu lieu et aucune voix n’a manqué. Pour le reste, c’est l’action, c’est le travail et ce sont les résultats qui marqueront ce que doit être la relation que j’ai avec les Français».

 

QUESTION : « Pour revenir au chapitre immigration, et en particulier à ce fameux règlement Dublin 2 qui fait couler beaucoup d’encre. Faut-il vraiment renvoyer les demandeurs d’asile aux pays par lesquels ils transitent, à savoir toujours la Grèce, l’Italie, les pays du sud. Ces pays demandent un partage du fardeau, êtes-vous d’accord ? Pensez-vous que c’est la bonne démarche. Est-ce qu’il y a une réforme possible de Dublin 2 ? »

 

LE PRESIDENT : « Quel est le régime de Dublin ? C’est que le pays d’accueil ait une responsabilité. Cela ne veut pas dire que c’est lui qui, nécessairement, doit prendre tous les réfugiés qui s’y présentent. Mais il a la responsabilité car il s’agit de la sécurité des frontières. Il faut aider les pays qui sont devant cette situation. Je dois rappeler que la France est le deuxième pays qui accueille des réfugiés en Europe, donc le partage a déjà eu lieu. Nous devons agir ensemble et ne pas laisser penser qu’il y aurait des contradictions entre nous. Nous sommes tous concernés.

 

QUESTION : «Je vais revenir une nouvelle fois sur l’affaire des écoutes. Je sais que la question vous a été posée par mon confrère hier soir à propos d’Edouard SNOWDEN. Si vous êtes vraiment en colère, parce que vous êtes en colère manifestement contre les Américains, pourquoi est-ce que la France, souveraine, maître de sa politique d’accueil, maître de sa politique d’asile, n’accueillerait pas Edouard SNOWDEN comme réfugié politique ?

Qu’est-ce qui vous empêche de le faire ? Pour bien dire à OBAMA que vous êtes vraiment mécontent et que ce que vous racontez depuis hier soir, depuis quelques jours, ce n’est pas juste une agitation pour rassurer les opinions publiques.

Deuxième question, manifestement sur l’immigration, si je comprends bien aussi – parce que j’ai du mal à suivre tout ce que vous décidez tellement c’est subtil – il n’est pas question qu’on rouvre les canaux d’immigration légale, c’est ce qui explique en grande partie pourquoi on a des canaux d’immigration illégaux et des gens qui arrivent par Lampedusa et qui se noient en Méditerranée chaque jour. La politique de l’Union européenne c’est donc de les fixer sur place, d’éviter qu’ils coulent au large de Lampedusa, mais plutôt qu’ils coulent du côté de la Lybie et de laisser le fardeau à la charge des pays riverains. C’est comme cela qu’on peut résumer, me semble-t-il, votre politique. C’est juste ou pas ?

 

LE PRESIDENT : «Non ce que vous dites n’est pas juste, à tous les points de vue. D’abord, le débat n’est pas de savoir si Monsieur SNOWDEN a demandé l’asile en France, il ne l’a pas demandé. La question n’est pas posée. Le vrai sujet qui intéresse tous nos concitoyens, au-delà même de la France, en Europe, et au-delà de l’Europe, c’est la protection des données personnelles.

Pour ce qui concerne les pays souverains, c’est leur propre sécurité, nous avons avec les Américains, un dialogue qui porte à la fois sur le passé – qu’est ce qui a été fait – et qui doit surtout régler le présent et l’avenir parce que nous ne pouvons pas concevoir qu’il y ait cette organisation d’une surveillance qui d’ailleurs n’a pas qu’un but politique. Je le disais hier, c’est surtout des enjeux économiques qui sont posés. Nous voulons qu’un code de bonne conduite, des pratiques, un cadre commun, puisse être défini.

 

Nous allons le faire avec nos amis allemands, d’autres pays pourront s’y associer et nous allons faire en sorte que nous puissions déboucher sur cette règle d’ici la fin de l’année. C’est ce qui comptera. Sur les Américains, la pression est forte. Ce qui nous est répondu c’est que c’était le passé et que maintenant il y a une volonté d’organiser différemment les choses. Allons-y ! C’est l’objectif qui est le mien, ce n’est pas simplement de dresser un tribunal pour le passé.

 

Il y a néanmoins des devoirs d’information à accomplir du côté américain mais c’est surtout d’avoir une coopération qui soit incontestable, qui soit efficace parce que n’oublions pas que l’objectif des services, c’est la sécurité et la lutte contre le terrorisme. Il ne faudrait pas qu’à cause d’une émotion bien compréhensible, nous oublions que les services doivent avoir une mission qui est celle de notre propre protection. Je ne voudrais pas que nous, services français dont j’ai d’une certaine façon la responsabilité, nous perdions cette possibilité d’action en bonne coopération avec nos alliés.

 

Sur la question que vous me posez, sur le contrôle des frontières, ce n’est pas la question de l’immigration légale ou irrégulière. Ces gens qui viennent sont ceux qui à la fois fuient des conflits et en même temps ceux qui sont dans une situation de dénuement qui les conduit à utiliser toutes les embarcations. Quel est notre devoir ? C’est de faire en sorte qu’ils puissent avoir un autre destin dans leur pays et c’est encore possible, d’agir sur les causes. Ce n’est pas de faire l’accueil de tous ceux qui veulent se présenter en Europe, ce serait une illusion qui créerait, vous imaginez, des tensions qui sont déjà réelles dans nos pays. C’est de faire en sorte que nous puissions agir avec les pays d’origine et surtout sur les pays de transit. »

 

 

QUESTION : « Monsieur le Président, pour revenir à cette question de Lampedusa, vous avez expliqué qu’il y a un certain nombre de pays qui sont prêts à faire davantage. La France est-elle prête à faire davantage en termes de moyens navals par exemple ? »

 

LE PRESIDENT : «Oui, la France aura à prendre des engagements dans ce qui sera présenté au mois de décembre. Elle peut ajouter ses moyens à ceux de Frontex et faire en sorte que nous puissions être efficaces. Nous sommes prêts à agir, mais c’est l’Europe qui doit définir les moyens et les ressources correspondants. »

 

QUESTION : «Une question, si vous me le permettez, sur l’affaire d’espionnage qui concernait l’Elysée. Vous avez dit que vous aviez cherché à identifier les auteurs de cette opération. Est-ce que vous les avez identifiés ? Le Monde évoque une piste, les services secrets israéliens. »

 

LE PRESIDENT : « Le Monde évoque, à partir des documents qui sont à sa disposition, plusieurs pistes. Nous aussi, nous avons plusieurs pistes.

 

QUESTION : « Une question qui concerne la sécurité de vos propres communications. Vous avez dit cette nuit que cette sécurité avait été renforcée lorsque vous avez pris vos fonctions. Je voulais savoir si vous pouviez nous confirmer, nous le préciser un petit peu. Est-ce qu’aujourd’hui vous êtes absolument certain que votre téléphone portable, par exemple, n’est pas écouté.

 

LE PRESIDENT : « Nous faisons très attention à toutes les communications qui sont essentielles et qui sont donc sécurisées parce que ce qui compte n’est pas simplement les atteintes à la vie privée que chacun peut éventuellement redouter. Je l’ai dit, la protection de la vie personnelle n’est pas simplement la protection des dirigeants qui ont des portables comme les autres, c’est la protection de tous les citoyens. Personne ici ne doit craindre qu’un jour il ait à découvrir que ses données personnelles ont été utilisées. Cela vaut pour vous, cela vaut pour tous ceux qui ont des responsabilités et les dirigeants. C’est l’affaire des protections des données personnelles qui doit être une garantie en Europe et une exigence par rapport à des services de surveillance.

 

Ensuite, il y a la sécurité des dirigeants qui communiquent avec leur administration, ou avec d’autres chefs d’Etat et qui ont à être protégés. Je vous assure que, notamment pour les affaires les plus délicates, tout est sécurisé. Est-ce que c’est impénétrable ? C’est ce que j’appelle la cyber sécurité, il faut à chaque fois élever le niveau technologique parce que nous avons des attaques.

 

Je parlais de l’attaque informatique qui s’était produite sur l’Elysée entre les deux tours de l’élection présidentielle – puisque c’est à peu près le moment où la France a pu identifier cette attaque – elle a été déjouée. Elle n’a pas eu de résultats, il n’y a rien à redouter. En même temps, cela exige encore une amélioration de notre protection et de notre sécurité. Il y a une course technologique. Nous devons y consacrer des moyens. D’où la priorité que nous avons mise dans la loi de programmation, mais pas simplement pour les téléphones que j’aurais à utiliser, pour l’ensemble de nos administrations et de nos entreprises. J’insiste là-dessus.

 

Les enjeux sont essentiellement économiques. Les secrets sont aussi économiques, pour les marchés, pour les prix, pour les fusions acquisitions. C’est là que les surveillances peuvent avoir le plus de conséquences, y compris sur l’emploi. Ne pensons pas que nous sommes dans un monde virtuel et qu’il n’y aurait pas de traduction dans la vie, je ne parle pas des données personnelles, je parle de la vie économique, de la vie réelle. Etre protégés, et cela vaut pour tout l’ensemble de la vie économique, c’est aussi très important sur le plan de notre souveraineté et notre capacité d’investissement, d’innovation et d’emploi. C’est aussi pourquoi, avec les grandes entreprises françaises, mais aussi avec les entreprises technologiques, nous mettons un programme pour qu’il y ait des protections. N’ayons pas une conception qui serait un peu ancienne de ce qu’est l’espionnage même si cela fait sensation. L’espionnage, aujourd’hui, il est industriel, il est économique».

 

QUESTION : « Nous sommes à quelques mètres du stade d’Anderlecht – c’est juste pour situer ma question – vous allez recevoir les patrons de clubs de football. Est-ce qu’ils ont une raison d’espérer une clémence particulière de votre part lorsque vous allez les voir, concernant la taxe à 75 % ?

 

LE PRESIDENT : « Ils m’ont demandé rendez-vous par Noël LE GRAËT, le président de la Fédération, j’ai fait droit à cette demande. La loi doit être la même pour tous. La loi fiscale n’est pas encore votée, mais lorsqu’elle sera votée, elle sera la même pour toutes les entreprises, quelqu’elles soient. Cela n’empêche pas d’avoir un dialogue sur un certain nombre de difficultés que peuvent rencontrer des clubs professionnels. Mais chacun doit connaitre la règle et la règle doit être la même. Je pense que les Français le comprennent. Merci ».

 

 

 

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