Cérémonie internationale de commémoration du 70e anniversaire du Débarquement en Normandie, Ouistreham #DDay70

Ouistreham, vendredi 6 juin 2014

« Mesdames, Messieurs les chefs d’Etat et de gouvernement,

Vous représentez ici 19 pays rassemblés avec la France pour marquer la réconciliation, la réunion, l’hommage que nous devons à tous ces vétérans ici présents et que je veux d’abord saluer parce qu’ils sont les témoins vivants de ce qui s’est produit ici le 6 juin 1944.

Cette cérémonie du 70ème anniversaire du Débarquement exceptionnelle : exceptionnelle par son ampleur, nous en avons la démonstration ; exceptionnelle par la ferveur populaire qu’elle suscite ; exceptionnelle aussi dans ce moment précis où nous nous rassemblons.

Nous faisons un devoir de mémoire, oui, pour les victimes, toutes les victimes, militaires et civiles, alliées et ici aussi les victimes allemandes du nazisme. Mais nous envoyons aussi un message par la cérémonie d’aujourd’hui, avec celles et ceux qui y participent, un message de paix, une exigence pour les Nations Unies d’intervenir là où c’est nécessaire pour la sécurité collective ; un message pour l’Europe qui a permis la paix alors qu’elle avait été le continent de la guerre tout au long du XXe siècle.

Il y a soixante-dix ans jour pour jour, ici même, devant cette plage, cette belle plage de «Riva-Bella », des milliers de jeunes soldats sautaient dans l’eau sous le déluge du feu pour courir vers les défenses allemandes. Ils avaient 20 ans, un peu plus, un peu moins et qui pouvait dire à ce moment là que « 20 ans, c’était le plus bel âge de la vie » ? Pour eux, 20 ans, c’était l’âge du devoir, c’était l’âge de l’engagement, c’était l’âge du sacrifice. Ils avaient froid, ils avaient peur. L’air de ce 6 juin aujourd’hui si pur était brouillé par la fumée des premiers combats et déchiré par le fracas des explosions. L’eau sage que nous voyons aujourd’hui était striée par l’écume des barges de débarquement et rougie par le sang des premiers combattants. A quoi pensaient-ils ces jeunes de 20 ans face à cette épreuve, face à cet effroi ? Ils pensaient sûrement à leur mère si chère, à leur père inquiet, à l’être aimé si loin, à leur enfance si proche, à leur vie si courte et dont l’horizon était barré par la guerre.

Pourtant, ces jeunes, au milieu de cet enfer de feu et d’acier, n’ont pas hésité une seule seconde. Ils ont avancé, avancé sur le sol de France, bravant les balles et les obus ; ils ont avancé au risque de leur vie pour abattre un régime diabolique ; ils ont avancé pour défendre une noble cause ; ils ont avancé, oui, avancé toujours pour nous libérer, pour nous libérer enfin.

Parmi eux, figuraient les membres du bataillon KIEFFER, peu nombreux, 177 Français, 177 valeureux qui ont permis à la France de libérer la France. Ils étaient dirigés par Philippe KIEFFER et sous l’uniforme britannique, ils formaient le quatrième commando de la première brigade de Lord LOVAT dont 134 seront tués ou blessés en Normandie. Leur nombre était petit mais leur valeur était grande. Un peu plus loin, beaucoup plus nombreux, débarquaient les fantassins de la troisième division d’infanterie britannique du Général DEMPSEY qui étaient chargés de prendre cette plage d’Ouistreham, rebaptisée « Sword » dans le langage de l’opération « Overlord ». Plus loin encore, ce sont les troupes canadiennes qui menaient l’assaut ; puis à l’Ouest de ce champ de bataille, entre Arromanches et le Cotentin, les forces américaines commandées par le Général Omar BRADLEY et qui allaient payer un lourd tribut à cette opération, à ce Débarquement sur Omaha, Omaha la sanglante.

Le Général BRADLEY avait dit que tous ceux qui avaient mis le pied un jour, ce jour-là, le 6 juin 1944, sur la plage d’Omaha étaient des héros ; oui, ils étaient des héros, tous ceux-là qui avançaient, qui avançaient encore pour notre liberté !

Nous sommes en Normandie. La bataille qui se déroula tout au long de l’été 1944 fut la plus grande bataille aéronavale de l’histoire. 5 000 navires, 10 000 avions, 140 000 soldats britanniques, canadiens, américains. Le seul 6 juin, 3 000 d’entre eux furent tués, .3 000 !

Mais les soldats venus de la mer avaient réussi l’essentiel. L’essentiel, c’était de mettre le pied sur la terre de France et le 6 juin ils avaient commencé à libérer la France. Et comme le soleil se couchait sur ce jour le plus long, un espoir lumineux se levait sur l’Europe asservie. Sur ces plages de Normandie s’étend le souvenir d’un affrontement acharné, incertain, décisif. Sur ces plages de Normandie, plages paisibles, flotte encore l’âme des combattants qui ont donné leur vie pour délivrer l’Europe. Sur ces plages tranquilles, souffle quel que soit le temps qui passe, quel que soit le climat des saisons un seul vent, le vent de la liberté. Il souffle encore aujourd’hui.

Voilà pourquoi je souhaite au nom de la France que les plages du débarquement soient inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO, car ici nous sommes sur un patrimoine mondial de l’humanité. Cette inscription rappellera le caractère sacré de ces lieux pour les préserver à tout jamais et surtout pour accueillir toutes les générations qui viendront en visiter les sites lorsqu’elles voudront comprendre, lorsqu’elles voudront voir où le sort de l’humanité s’est joué, où il s’est décidé un 6 juin 1944.

Les vétérans, les survivants, ils sont là ici avec nous à l’endroit même où ils ont débarqué il y a 70 ans, là où ils se sont fait parachuter, là où ils ont combattu, là où ils ont lutté, là où ils ont été blessés.

Je veux au nom de la France saluer fraternellement ceux qui sont présents aujourd’hui. Merci d’avoir été là un été 44, merci d’être toujours là le 6 juin 2014 et vous serez toujours, là, ici, présents par votre esprit sur ces plages du Débarquement.

Je veux exprimer ma gratitude à tous les combattants qui ne sont plus, américains, britanniques, canadiens, australiens, néo-zélandais, polonais, belges et toutes les nationalités engagées avec les alliés. Tous ont servi l’humanité et si nous pouvons aujourd’hui vivre en paix, si nous pouvons vivre en sécurité, si nous pouvons vivre en souveraineté, protégés par les lois que nous avons voulues, c’est grâce à ces hommes qui ont donné leur vie. Et je l’affirme ici sur cette plage, la reconnaissance de la République française ne s’éteindra jamais.

En venant ici, nous sommes tous quel que soit notre âge, quelle que soit notre condition, quelles que soient nos origines, saisis par une émotion. Ce qui frappe encore lorsque nous allons de lieu en lieu et parfois de cimetière en cimetière, c’est le courage des soldats qui ont lutté ici, le courage des parachutistes qui ont sauté dans la nuit pour préparer l’offensive, le courage des Rangers qui ont pris la pointe du Hoc, le courage des soldats britanniques qui ont réduit au silence la batterie de Merville, le courage du général Norman COTA qui a galvanisé ses hommes débarqués sur Omaha, cloués au sol par la vigueur du feu allemand, le courage de tous ces jeunes venus du monde entier conquérir mètre après mètre les plages et les dunes, le courage des résistants français qui ont facilité la réussite de l’opération, le courage des français libres ralliés à l’appel du général de GAULLE, le courage des populations civiles de Normandie qui ont souffert sous les bombes, qui ont subi des pertes considérables et qui ne savaient plus si elles devaient partager leur douleur ou leur joie, leur douleur d’avoir perdu un être cher, leur joie aussi d’avoir reconquis leur liberté.

Je veux saluer le courage de l’Armée rouge qui loin d’ici face à 150 divisions allemandes a été capable de les refouler, de les battre ! Et une fois encore, mais cela ne sera jamais trop, je tiens à souligner la contribution décisive des peuples de ce que l’on appelait l’Union soviétique, ces peuples-là nous sommes aussi dans le devoir de reconnaître ce qu’ils ont fait pour notre propre liberté, pour la victoire contre le nazisme.

Et, enfin, je veux saluer le courage des Allemands victimes eux aussi du nazisme, entraînés dans une guerre qui n’était pas la leur, qui n’aurait pas dû être la leur.

Aujourd’hui nous nous inclinons devant toutes les victimes du nazisme.

Cette grande épopée, pour reprendre l’expression du général EISENHOWER, nous rappelle une vérité simple, toute simple, que nous devons toujours avoir à l’esprit dans toutes les circonstances : la liberté est un combat. La liberté n’est pas une évidence comme certains pourraient le croire au sein de nos nations, qui pensent que la liberté est comme l’air que nous respirons, naturelle, et qu’il n’y a même pas lieu d’y penser. Pourtant, la liberté est toujours un combat. Elle n’est jamais acquise. Toujours des femmes et des hommes doivent se lever pour la défendre, pour la conquérir 70 ans après le jour J.

Cette liberté est encore menacée dans trop de régimes du monde ! Ici, le 6 juin, sur les plages de Normandie, il y a soixante-dix ans, les démocraties s’étaient liguées pour embrasser une juste cause. Cette cause demeure encore la nôtre aujourd’hui. Ce ne sont plus les alliés qui doivent se lever pour l’arracher à ceux qui la menacent ; ce sont les Nations unies qui ont la responsabilité de la paix. Faut-il encore que les Nations unies soient à la hauteur de la mission qui leur a été confiée au lendemain de la guerre et assurent partout la sécurité collective.

J’ai parlé du courage, du courage des combattants, du courage des résistants, du courage des populations de cette époque ; le courage dans la guerre. Mais le courage dans la paix est tout aussi essentiel et nécessaire. Des soldats qui ont débarqué ici il y a soixante-dix ans, par quoi étaient-ils animés ? Par leur devoir patriotique ? Oui, sûrement. Mais aussi par une idée, par une idée qu’ils partageaient tous, quelles que fussent leurs nationalités : en posant le pied ici, sur ces plages, ils portaient un rêve, un rêve qui paraissait inaccessible en 1944 ; un rêve né au fond de l’abîme, un rêve qui illuminait leur conscience. Quel était ce rêve ? C’était la promesse d’un monde délivré de la tyrannie et de la guerre. C’était aussi le rêve d’une société plus juste et plus fraternelle.

Cette ambition, elle avait été formulée deux ans plus tôt par les deux chefs de guerre qui avaient décidé de l’opération Overlord : Winston CHURCHILL et Franklin ROOSEVELT. Sur un navire qui était ancré au milieu de l’océan, ils avaient écrit la Charte de l’Atlantique. Elle rappelait les buts de la guerre : délivrer l’Europe, parvenir à la paix, vaincre le nazisme. Mais en même temps, cette Charte affirmait la volonté de réaliser entre toutes les Nations, la collaboration la plus complète dans le domaine de l’économie, afin de garantir à tous le progrès et la sécurité sociale.

Le 5 mai 1944, un mois avant le Débarquement, les Alliés avaient adopté une déclaration, la Déclaration de Philadelphie. Elle précisait que tous les êtres humains ont le droit de poursuivre le progrès matériel, le développement spirituel, dans la liberté et la dignité et avec des chances égales. Ce message nous oblige encore aujourd’hui. Parce que la campagne héroïque qui a été menée ici portait justement une volonté, celle d’en terminer avec les maux, avec les fléaux qui tourmentaient depuis l’origine l’Humanité.

La misère, l’injustice, l’oppression, tout ce qui produit la guerre. Eh bien Mesdames et Messieurs ici rassemblés, chefs d’Etat, chefs de gouvernement, élus, vétérans, population civile, oui, nous avons encore à faire notre devoir de préserver l’héritage qui nous a été laissé, le devoir de faire progresser l’union des peuples d’Europe pour ceux qui sont européens. Notre devoir de renforcer le rôle des Nations unies, notre devoir de défendre partout les droits de l’Homme et la dignité, la dignité des femmes qui sont encore dans trop d’endroits dans le monde, asservies, abaissées, abîmées ; ce qui nous atteint tous.

C’est aussi notre devoir d’assurer la paix partout, et s’il y a eu ce rassemblement des chefs d’Etat et de gouvernement, c’est aussi pour servir la paix, et là où elle est menacée, pour trouver les solutions et les issues pour qu’un conflit ne dégénère pas dans une guerre. Notre devoir, c’est de lutter contre les fanatismes, les extrémismes, les nationalismes. A nous, à nous tous, quelles que soient nos places, à nous de faire preuve de la même hauteur de vue, de la même audace, de la même bravoure, de la même conscience, de la même volonté que ceux qui sont venus sur ces plages.

Aujourd’hui, les fléaux s’appellent le terrorisme, les crimes contre l’Humanité ; mais ce sont aussi des fléaux terribles que nous avons à conjurer à travers les crises humanitaires, les dérèglements du système financier, les dangers du réchauffement climatique, la misère et le chômage de masse. Ce n’est pas comparable, mais c’est ce qui peut aussi menacer, partout dans nos Nations, la cohésion et parfois provoquer des conflits.

Le 6 juin n’est pas un jour comme les autres. Il n’est pas simplement le plus long des jours. Il est un jour où le souvenir des morts oblige à chaque instant les vivants. A nous, représentants des peuples unis ici, de tenir la promesse écrite avec le sang des combattants. A nous d’être fidèles à leur sacrifice en construisant en leur nom et au nom des générations futures, un monde plus juste et un monde plus humain.

Oui, je m’incline devant les morts du 6 Juin et de la Bataille de Normandie. Je salue les vétérans et je dis aux chefs d’Etat et de gouvernement ma gratitude de les voir réunis ici, et en même temps, je veux leur dire que ce qui nous attend est plus qu’un devoir, c’est une obligation pour le monde et un devoir pour ceux qui ont combattu sur ces plages et qui, aujourd’hui, aujourd’hui même, savent par leur esprit que nous sommes leurs héritiers.

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