Cérémonie franco-américaine à Colleville-Sur-Mer #DDay70

Colleville-Sur-Mer, vendredi 6 juin 2014

 

Monsieur le Président des Etats-Unis d’Amérique, cher Barack OBAMA,

Messieurs les combattants du débarquement, les vétérans,

Mesdames, Messieurs,

Nous célébrons aujourd’hui, en ce 6 juin, une date mémorable de notre Histoire, où nos deux peuples se sont confondus dans le même combat, celui de la liberté. Nous sommes réunis à côté d’une plage, celle que nous voyons du cimetière de Colleville, une belle plage, calme, paisible, mais le 6 juin 1944 c’était un épouvantable champ de bataille, et c’est ce que nous avons voulu rappeler, ici, 70 ans après.

Dans l’Histoire il y a toujours des épreuves, rien ne se passe comme prévu, et en ce début de matinée tout avait mal commencé. Sur Omaha Beach les bombes de l’aviation étaient tombées malencontreusement en arrière des défenses allemandes, l’artillerie avait manqué son but, les chars, qui devaient soutenir les fantassins, avaient coulé. Aussi, les hommes des premières vagues d’assaut se retrouvèrent-ils seuls, avec leurs armes légères, face aux mortiers, face aux canons, face aux mitrailleuses. Beaucoup furent mutilés, transpercés, massacrés, et les survivants, cloués sur le sable, au milieu des morts et des blessés, étaient immobilisés sous un feu mortel pendant que montait vers eux une mer rouge de sang.

Les nazis étaient sûrs d’eux, ils avaient construit un mur, le mur de l’Atlantique. Rien ne pouvait les atteindre. Ils n’avaient pas prévu que dans les démocraties un grand idéal donne une grande bravoure, et que des hommes, venus de nulle part, sont capables de donner leur vie pour sauver d’autres vies, sur un continent qui est celui de la liberté. Comme l’a dit le Général Omar BRADLEY, chaque homme qui a posé le pied à Omaha Beach, le 6 juin 1944, fut un héros. Alors, ces jeunes soldats qui étaient sur cette plage se regroupèrent avec quelques officiers, sans ordres, sans plan. Ils coururent avec leur seul courage vers les lignes ennemies. Inattendu, impétueux, irrésistible, cet ultime assaut fut celui de la victoire. Au début de l’après-midi Omaha était conquise et le débarquement était réussi.

Omaha, Utah, la Pointe du Hoc, que l’on prononce en français ou en anglais tous ces noms évoquent la souffrance et la gloire, la désolation et la fierté, la cruauté et la délivrance. Plus de 20.000 Américains ont laissé leur vie ici en Normandie : 20.838, car je veux n’en oublier aucun. Ils furent vos parents, vos frères, vos amis. Ils furent nos libérateurs.

La France n’oubliera jamais ce qu’elle doit à ces soldats, ce qu’elle doit aux Etats-Unis. La France n’oubliera jamais la solidarité entre nos deux nations, la solidarité qui a prévalu lors des deux grandes tragédies du siècle dernier, une solidarité qui repose sur un idéal commun, le rêve, la passion, de la liberté.

L’Amérique s’est toujours souvenue de la contribution de la France à sa grande révolution. Alors en 1917, lorsque l’indépendance de la France fut en jeu, l’Amérique fut là pour la préserver. Et en 1944, lorsque la France fut occupée, alors l’Amérique fut là pour la libérer. Je sais ce qu’il en a coûté au peuple américain, ce grand pays ami, tant de sacrifices, tant de pertes, tant de malheurs. 11.000 soldats Américains sont honorés ici à Colleville, dans ce petit village de Normandie, qui un jour de juin 1944 fut le site le plus important de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, et qui est aujourd’hui un lieu de mémoire qui unit nos deux pays.

Ce sont les martyrs d’Omaha la sanglante, les héros de la Pointe du Hoc, ce sont les parachutistes de Sainte-Mère-Eglise, les fantassins de la Bataille des Haies, oui, ce sont tous ceux-là qui sont tombés pour délivrer l’Europe, et je veux citer quelques noms de ces héros.

Les REED, le fils et le père, reposent ici ensemble, tués en juillet 1944, l’un en Italie, l’autre en Normandie, les deux pour sauver l’Europe. Ce sont tous ces frères que la guerre a fauchés, ils sont 66 à être enterrés deux à deux, l’un à côté de l’autre.

Parmi toutes ces croix blanches, que l’on aperçoit au fond, trois portent l’Etoile d’or, la plus haute distinction militaire des Etats-Unis. C’est le Lieutenant Jimmie MONTEITH, qui fut l’un des premiers à débarquer ici à Omaha. Toute la journée il s’est battu, à découvert, sur la plage, avant de tomber sous le feu de l’ennemi, sans avoir vu la victoire. C'est le sergent Frank PEREGORY qui, le 8 juin devant Grandcamp-Maisy captura seul un poste de défense ennemi défendu par 43 Allemands. Il est mort quatre jours plus tard, au combat, dans le bocage normand.

C’est le général Theodore ROOSEVELT Junior, le vainqueur d’Utah Beach, fils du 26ème président des Etats-Unis, mort à 56 ans devant Sainte-Mer-l’Eglise le 12 juillet 1944. Il est enterré à côté de son frère Quentin qui lui fut abattu dans le ciel de Champagne lors de la première guerre mondiale le 14 juillet 1918. Leurs croix sont juxtaposées, elles témoignent du fil ininterrompu qui relie nos deux peuples d’une génération à l’autre.

Alors monsieur le président, je renouvelle ici le serment de tous mes prédécesseurs. Jamais nous n’oublierons, jamais nous n’oublierons le sacrifice des soldats américains.

Monsieur le président nous sommes les enfants et les petits enfants de cette génération, nous sommes les héritiers. Je suis né ici en Normandie à Rouen dans une ville qui a été en grande partie détruite pendant la bataille. Monsieur le président, vous êtes né à Hawaï dans l’Etat des Etats-Unis le plus durement frappé par la guerre. Nos parents, nos grands-parents nous ont fait le récit de ces combats, de ces épreuves, de ces douleurs, de ces souffrances.

Nos parents, nos grands-parents nous ont élevé dans l’idée que pour que tout change, rien ne devait jamais s’effacer. De cette mémoire, de cette mémoire commune, nos Nations ont forgé un espoir qui est aussi un devoir. C’est celui de la paix, c’est l’image que montre la Normandie aujourd'hui. La Normandie qui rassemble le monde entier, la Normandie où s’étaient affrontées des Nations qui aujourd'hui sont réunies pour célébrer cette journée.

Monsieur le président, depuis 70 ans, les Etats-Unis malgré les adversités, les crises, les épreuves, sont toujours restés un pays ami de la France. Cette amitié c’est l’amitié de deux pays qui depuis deux siècles ont cheminé ensemble sur la voie du progrès. C'est l’amitié de deux pays qui affirment la force des droits de l’homme face à la haine et la tyrannie. Deux pays qui luttent contre l’oppression et l’obscurantisme et qui ont aussi cette ambition, vouloir rendre le monde plus juste, plus démocratique, plus pacifique.

Monsieur le président, les Français reconnaissent dans l’Amérique une énergie infatigable, une capacité à innover, à inventer, à créer, à porter le rêve de la réussite. Mais ce que les Français admirent le plus dans le peuple américain, parce qu’ils en sont eux-mêmes les plus ardents défenseurs, c’est l’amour de la liberté ; et ils savent, mes compatriotes, que lorsque l’essentiel est en jeu, lorsque les principes sont en cause, la France et les Etats-Unis se retrouvent toujours comme dans ce terrible été 1944 sur les plages de Normandie et sur les plages de Provence.

Il s’agissait alors de lutter contre la barbarie nazie. Aujourd'hui, aujourd'hui encore nos deux pays sont unis pour répondre à d’autres menaces, le réchauffement climatique, le creusement des inégalités, le sous-développement, la misère, la faim. Eh oui, encore aujourd’hui nous sommes unis face à d’autres périls que l’on croyait à jamais disparus, le fondamentalisme, le racisme, l’extrémisme, le terrorisme.

Voilà pourquoi cette cérémonie d’aujourd'hui prend une dimension particulière. Le silence de ce lieu exprime mieux que tous les discours le message des soldats qui reposent ici. Ils sont morts pour que nous soyons libres. Soyons dignes de l’histoire qui nous rassemble pour continuer à la faire unie.

Vive l’Amérique, vive la France et vive la mémoire de ceux qui sont tombés ici pour notre liberté.

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