Avril 2014

Allocution lors du dîner d’Etat offert par M. Abdullah GÜL, Président de la République de Turquie

Monsieur le Président,

Monsieur le Premier ministre,

Mesdames, Messieurs les ministres,

Mesdames, Messieurs,

Je suis heureux d’honorer enfin une invitation qui m’avait été adressée par vous, Monsieur le Président, dès notre première rencontre à l’occasion du sommet de l’OTAN, c’était à Chicago à la fin du mois de mai 2012, quelques jours après mon élection.

Je referme aujourd’hui une parenthèse longue de 22 ans, puisqu’il faut remonter à la visite de François MITTERRAND, c’était en 1992, pour retrouver la trace d’un Président de la République, ici en Turquie.

En même temps, 22 ans ce n’est rien si l’on regarde l’histoire de nos relations puisqu’elles remontent au 16ème siècle. C’est-à-dire de la rencontre entre François 1er et le Sultan Soliman, dit le Magnifique. Cette alliance qu’on avait appelée entre le Lys et le Croissant, avait surpris. Elle était pourtant étonnamment moderne puisqu’elle dépassait déjà les appartenances religieuses.

De cette alliance originale, sont nés des échanges multiples entre nos deux pays, qui ne se sont jamais démentis à travers les langues, les cultures, les sociétés. Tout porte témoignage de la force de la relation entre la Turquie et la France.

Nous sommes réunis dans ce palais de Cancaya et je pense forcément à Mustafa KEMAL ATATÜRK dont, je le rappelle, la France fut le premier pays occidental à reconnaitre le Gouvernement avant qu’il ne proclame lui-même la République.

J’ai évoqué le passé, je veux me tourner vers le présent et l’avenir. La Turquie, ces dernières années, s’est considérablement transformée. Elle est devenue la 17ème puissance économique du monde et les réformes qui ont été menées, la modernisation qui a été engagée et l’Union douanière conclue avec l’Europe, sont largement la cause de ces changements majeurs.

La Turquie est, pour la France, un partenaire économique de même importance que le Japon, l’Inde ou le Brésil. Nos échanges commerciaux s’élèvent à plus de 12 milliards d’euros par an et nous avons, comme l’a dit le Président, l’objectif de le porter ce niveau à 20 milliards d’euros. 450 entreprises françaises sont présentes dans votre pays et beaucoup, ici, sont représentées.

Si cette visite d’Etat doit être historique, c’est moins pour rappeler le passé que pour ouvrir une nouvelle étape dans notre relation sur des secteurs aussi variés que l’énergie, l’aéronautique, les transports ferroviaires ou l’agroalimentaire. La France est prête, je l’ai rappelé aussi bien au Président qu’au Premier ministre, à partager sa technologie car je sais que c’est le souhait de la Turquie. En même temps, puisque l’occasion m’en est donnée, je souhaite que davantage d’entreprises turques viennent s’installer en France.

Je veux saluer la contribution qu’ont apportée de nombreux Turcs qui, au fil de ces dernières années, sont venus s’installer en France, ont fondé des foyers, ont pris parfois la nationalité française. Aujourd’hui, ils sont plus de 600 000 à participer à la vitalité de notre République.

Monsieur le Président, Monsieur le Premier ministre, nos deux pays partagent également une même ambition qui est d’agir pour la paix et la sécurité.

Sur le drame syrien, nous cherchons ensemble une solution politique et je salue une nouvelle fois les efforts qui sont consentis, par les Turcs, pour accueillir, dans les meilleures conditions possibles, 700 000 Syriens qui sont réfugiés sur votre sol.

En Méditerranée, nous accueillons les transitions démocratiques et la Tunisie montre à nouveau la voix en prouvant qu’Islam et démocratie sont compatibles.

La France est également disponible pour faciliter le règlement de la question de Chypre. Là encore, nous pouvons être utiles car nous pouvons parler à l’ensemble des parties prenantes. Nous souhaitons un accord définitif.

Enfin, la Turquie et la France vont accueillir deux grands évènements l’année prochaine. Le sommet du G20, ici en Turquie et la Conférence sur le changement climatique à Paris. Nous avons décidé, nos deux pays, d’agir ensemble, d’exercer de manière coordonnée nos responsabilités pour réussir ces deux rendez-vous.

Monsieur le Président, je sais ce que la perspective européenne représente ici en Turquie. Des négociations d’adhésion sont engagées. Depuis de nombreuses années, 2004, la France considère que ce processus doit se poursuivre de bonne foi, dans le respect des conditions et des procédures fixées. Nous verrons bien la vérité qui sortira de ces négociations dès lors qu’elles sont menées dans cet état d’esprit.

La France est également prête à ouvrir de nouveaux chapitres de négociation, notamment sur le respect des droits fondamentaux, l’indépendance de la justice, la transparence et l’Etat de droit. Vous connaissez les exigences européennes en ces matières. Elles sont élevées. Ce sont aussi les valeurs universelles que la France et son histoire expriment en toutes circonstances.

Enfin, la France et la Turquie connaissent la valeur de la langue, de la culture, de la science, du progrès. Nous sommes effectivement fiers d’avoir pu accueillir, en France, de grands auteurs turcs, des artistes de haute réputation. Nous avons aussi une grande admiration pour l’art contemporain qui vient de votre pays, pour son cinéma, pour son théâtre. Vous avez rappelé quels étaient les grands auteurs français qui étaient venus, au cours des différents siècles, en Turquie. C’est ce que nous devons encore encourager, les échanges universitaires, scientifiques. C’est ce que je ferai demain à Galatasaray.

Monsieur le Président, je voulais, par cette visite d’Etat, avec la délégation que je conduis, renouer la relation historique entre la Turquie et la France et ouvrir de nouvelles étapes pour notre rapport exceptionnel entre deux pays qui sont au confins de l’Europe, l’un et l’autre, et qui ont la Méditerranée en partage.

C’est cet esprit-là qui m’amène à dire Vive la Turquie ! Vive la France !

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