Allocution lors de la conférence de presse conjointe à Mexico

Mesdames Messieurs,

Je veux, à mon tour, remercier le Président PEÑA NIETO pour l’accueil qu’il m’a réservé, mais aussi pour celui qu’il a bien voulu démontrer auprès de la délégation que je conduis et, au-delà même de cette délégation, l’accueil qu’il réserve à l’amitié du peuple français.

Je me souviens, c’était en octobre 2012, je le rappelais tout à l’heure, vous étiez venu à Paris comme jeune Président élu - maintenant vous êtes jeune Président pleinement investi. Vous m’aviez dit combien vous vouliez que les relations entre la France et le Mexique puissent connaître un nouvel élan.

Nous avons travaillé et je remercie toutes les équipes qui y ont contribué, aussi bien les membres de  nos gouvernements respectifs, que les chefs d’entreprises, les acteurs culturels, éducatifs, universitaires, qui se sont investis dans cette belle relation entre la France et le Mexique. La visite d’Etat que j’accomplis aujourd’hui, c’est une étape, une étape importante pour que, cinquante ans après la visite du Général de GAULLE ici au Mexique, nous puissions à notre tour écrire une nouvelle page. Vous avez bien voulu nous remettre la plus haute distinction du Mexique, comme je l’ai fait à votre égard avec la Légion d’Honneur, mais je veux surtout vous inviter à venir en France l’année prochaine, à une date bien particulière, le 14 juillet 2015.

Le 14 juillet n’est pas simplement la Fête nationale pour la France, c’est la fête de la liberté partout dans le monde. Chaque fois que nous invitons un chef d’Etat  qui représente pour nous un pays ami, c’est pour partager ces valeurs. Et avec le Mexique qui est un pays révolutionnaire, j’allais dire presque par culture, nous avons en commun les valeurs de liberté, d’émancipation, de dignité et nous voulons aussi bâtir un ordre plus juste.

C’est ce que déjà, il y a cinquante ans, le Général de GAULLE lui-même exprimait en venant ici. Et si ce voyage est resté gravé dans les mémoires, c’est parce que non seulement il appelait à l’amitié entre la France et le Mexique, mais parce qu’il avait une résonnance mondiale.

Le Mexique et la France affirmaient alors aux yeux du monde leur indépendance. A l’occasion de la visite que j’effectue, nous avons avec le Président PEÑA NIETO, fixé les grandes lignes de notre partenariat. Nous le voulons global et concret. C’est pourquoi, comme il l’a lui-même évoqué, il porte sur tous les aspects de la relation entre la France et le Mexique.

D’abord, nous avons la volonté de créer plus de croissance dans chacun de nos deux pays. Nous avons donc besoin de plus d’échanges entre nous. Aujourd’hui, les échanges entre la France et le Mexique représentent 4 milliards d’euros, certes en progression de près de 15% en 2013 ; c’est donc qu’avant ce n’était pas bien fameux. Je pourrais me satisfaire de cette progression mais le chiffre lui-même, 4 milliards, doit être doublé dans les prochaines années si nous voulons donner une impulsion à notre coopération économique.

Comment faire ? Nous avons, avec le Président, mis en place une méthode très originale, j’allais dire presque unique, c’est celle du Conseil stratégique franco-mexicain, qui associe des grandes personnalités connues dans nos deux pays, des chefs d’entreprises, des représentants des institutions culturelles et des amis du Mexique et de la France. Et c’est ce Conseil qui nous présente des projets, qui ensuite peuvent être traduits dans les accords que nous allons signer et dans d’autres qui sont à venir.

Dans quel domaine ? Le domaine aéronautique, c’est celui que le Mexique et la France ont depuis longtemps utilisé comme preuve de leur coopération et nous allons signer un accord très important sur le développement d’une industrie des drones. J’irai visiter à Querétaro un centre de formation pour des techniciens qualifiés comme pour des ingénieurs. C’est un lieu unique au monde pour la coopération entre deux pays, puisqu’il y a là non seulement un partenariat entre deux pays mais aussi une présence de capitaux privés et publics.

Le deuxième domaine sur lequel nous voulons agir, c’est celui des transports. Le Mexique est un grand pays et la France un pays de transports, nous étions faits pour nous rencontrer. Et donc nous allons sur les infrastructures terrestres mais aussi dans le domaine aérien mettre nos technologies en commun pour pouvoir servir mieux la population. Car, vous l’avez dit, nous avons à cœur, nos deux pays, d’être attachés au service public et au service public urbain. Nous avons là des technologies que nous pouvons également partager.

Troisième domaine, c’est celui des énergies, de toutes les énergies. C’est-à-dire aussi bien l’énergie nouvelle, -l’éolien, le solaire-, les énergies fossiles -et notamment sur la production pétrolière- et même l’énergie nucléaire civile. Dès lors que, je le rappelle, le Mexique a deux réacteurs qui sont déjà anciens, de technologie américaine, nous sommes donc prêts aussi à engager une coopération dans ce domaine.

Dernier sujet, et je pourrais être encore plus long, c’est celui des télécommunications. Là aussi nous avons la même ambition, nous voulons servir toute la population. Internet, c’est formidable à condition que chacun puisse y accéder, et  c’est ce que le Mexique veut faire, c’est ce que la France fait de son côté et, là encore, nous mettons nos meilleures entreprises en commun pour atteindre ce résultat.

Il y a un autre sujet de coopération, c’est celui des universités et des grands instituts scientifiques. Nous avons signé un accord très important entre les universités mexicaines et françaises et une réunion se tient aujourd’hui même entre les présidents des Universités et les recteurs de nos deux pays. Nous voulons qu’il y ait davantage d’étudiants mexicains en France : c’est vrai que nous sommes la troisième destination mais le nombre d’étudiants mexicains reste encore trop faible. Nous sommes prêts à en accueillir davantage et même à augmenter le nombre de bourses au niveau des masters et des doctorats. Et nous voulons voir dans l’installation à Paris d’une antenne européenne de l’Université de Mexico, un symbole de ce que peut être le rapprochement de nos établissements au plus haut niveau.

Nous allons d’ailleurs signer un accord sur la reconnaissance mutuelle des diplômes, ce qui permettra à des étudiants français de venir ici au Mexique et à des étudiants mexicains de faire leur fin de cycle en France. Nous voulons également un partenariat scientifique de haut niveau, et il y aura des accords entre les grands organismes de recherche français et mexicains. Ici aussi, nous avons confiance dans le progrès, c’est une valeur que nous partageons, le Mexique et la France, le progrès.

Nous croyons à la science, nous croyons à l’innovation, à la recherche. La santé est également un domaine de coopération que je peux illustrer. Il y a une préoccupation au Mexique -qui existe d’ailleurs en France- sur la nutrition. Nous aurons là aussi à travailler dans la même direction. De la même façon, Sanofi Pasteur vient de signer un accord avec le Mexique pour le lancement d’un  vaccin contre la dengue.

Et puis le domaine qui longtemps a été le plus important et qui reste symbolique de la relation entre la France et le Mexique, c’est la culture. Il y aura une grande exposition sur le Mexique à Paris en 2016, c’est-à-dire un an après votre venue, et elle portera sur le Mexique des années 1860 jusqu’à aujourd’hui, avec toutes les réalisations de la culture mexicaine. Cela  nous permettra d’être finalement au rendez-vous de l’année du Mexique qui fut annulée en son temps. Nous avons aussi dans le domaine du cinéma des accords importants, puisque je le rappelle, le Mexique est un pays de cinéma, c’est la quatrième industrie cinématographique au monde et nous sommes très heureux d’avoir pu être accompagnés dans notre voyage dans cette ville par Salma HAYEK qui, je le rappelle, a incarné Frida KAHLO dans un film qui fait honneur au Mexique.

Je veux enfin souligner deux domaines dont on parle trop peu et qui pourtant nous unissent encore. D’abord le tourisme. Le Mexique est un grand pays touristique, la France aussi. Nous pouvons donc mettre en commun nos expériences, nos talents, nos opérateurs, nos professionnels et faire en sorte d’augmenter encore la capacité d’accueil de Mexicains qui viendront en France, de Français qui viendront au Mexique, mais plus largement d’accueillir tous ceux qui ont vocation à voyager et à connaître nos deux pays. Puisque c’est une chance de pouvoir connaître le Mexique et c’est un avantage de pouvoir connaître la France.

Le second sujet, c’est celui de la sécurité, cela a été d’ailleurs l’une des premières demandes que m’avait adressées le Président PEÑA NIETO. Nous voulions qu’il y ait une coopération dans la gendarmerie et nous y sommes parvenus. De la même manière, nous voulons que toute la surveillance vidéo pour prévenir un certain nombre de délits ou de crimes, puisse être également un sujet commun d’action pour nos deux pays.

41 accords ont été préparés et vont être signés. Nous souhaitons vraiment qu’il y en ait d’autres, dans tous les domaines, parce que nous avons des valeurs communes.

J’évoquais l’émancipation, la dignité, la liberté, je devrais ajouter aujourd’hui la préservation de la planète. La France va accueillir la Conférence sur le Climat l’année prochaine. Elle a besoin d’alliés pour réussir, pour que cette Conférence soit un succès, non pas pour la France, non pas simplement pour le monde d’aujourd’hui, mais pour le monde de demain. Le Mexique nous a apporté tout son appui et j’y suis particulièrement sensible.

Voilà pourquoi nous avions la volonté le Président mexicain et moi-même d’inventer une nouvelle formule pour créer dans ce voyage un climat exceptionnel. Nous aurions pu dire la « mano en la mano » mais c’était déjà utilisé. Alors « el corazón con el corazón » m’a paru la meilleure formule. Merci à tous.

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