Allocution du président de la République devant la communauté française à Doha

Lycée Voltaire, Doha (Qatar) - 22 juin 2013


Monsieur le Président,

Monsieur le Procureur général,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames, Messieurs,

Mes chers compatriotes,

Il y a dans ma présence ici en ce lycée un double symbole. Le premier, c’est que je m’adresse à vous, chers concitoyens, devant les autorités du Qatar prouvant ainsi l’étroitesse de la relation entre nos deux pays. Et puis, il y a le symbole, le lieu, ce lycée qui est fondé sur une double volonté : celle de l’Emir du Qatar et de tous ceux qui l’ont accompagné pour cette réalisation, et le désir de la France d’être présente, ici, au Qatar à travers un établissement d’enseignement.

Je veux donc remercier d’abord les ministres du Qatar qui nous accompagnent, les ministres français qui sont ici et qui vont intensifier encore notre relation, mais vous dire un mot d’abord à vous, pour vous être exprimés dans un français presque parfait, parce que c’est le presque qui fait le charme, c’est l’accent qui donne le sentiment de la différence et en même temps du partage.

Nous y avons été particulièrement sensibles. Chaque fois que notre langue est utilisée par des amis qui ne sont pas Français, c’est un honneur que vous nous faites et aussi un acte que nous voulons prononcer.

La langue française n’appartient pas à la France, elle est au service de la diversité culturelle et même de l’exception culturelle, que nous défendons partout et cet établissement contribue à la francophonie.

Vous avez beaucoup fait pour que cette petite idée, disiez-vous, devienne grande, parce qu’ici dans cet établissement, je parle devant des enseignants, des parents et même des élèves. Il y a l’enseignement en français d’un programme, que nous avons voulu établir ensemble dans le respect, mais avec la conviction que c’étaient les principes de l’éducation qui devaient prévaloir.

Il y a cinq ans, quand cette petite idée a été lancée, même quand une pierre a été posée - M. Nicolas Sarkozy, président de la République, en a été à l’initiative - c’était un pari qui était d’une grande audace. Aujourd’hui, grâce au concours de tous - et je vous remercie d’avoir salué le ministre des Affaires étrangères français - l’établissement est là, sous nos yeux, il est magnifique.

Près de 1000 élèves sont accueillis. L’enseignement va de la petite section, ce que nous appelons la maternelle, jusqu’à la classe de 4ème. Mais, je veux rassurer ceux qui ignoreraient la prolongation de notre entreprise, la 3ème va bientôt ouvrir, et puis ensuite, le secondaire sera bientôt proposé.

Le lycée dispose d’un statut juridique solide, ce qui n’est jamais simple entre deux pays, et de règles claires de gouvernance. Je sais que les demandes d’inscription se multiplient et d’ailleurs, ça fait notre fierté, votre orgueil, à savoir que ce lycée est déjà un succès, mais fierté aussi, parce que je veux associer le lycée français Bonaparte, dont je souhaite d’ailleurs l’extension.

Vous avez fait un bon choix en plus en l’appelant le lycée Voltaire parce que Voltaire est un philosophe des lumières, un philosophe de la liberté, un philosophe de la justice et un philosophe qui a beaucoup imprégné les esprits.

Je ne veux pas croire que vous avez choisi Voltaire parce que vous saviez, que j’avais été moi-même dans une promotion à l’ENA, promotion devenue célèbre, nous avions choisi Voltaire.

Vous voyez tout nous rapproche.

Je veux revenir au Qatar, votre pays, mais aussi dans lequel travaille une communauté française très importante, qui est devant moi ce soir. Le Qatar connait une réussite exceptionnelle, bien sûr. Il la doit à ses ressources naturelles, à son pétrole, à son gaz, mais aussi à une volonté stratégique, une volonté technologique, qui a été - j’en parlais avec le ministre de l’Energie - d’abord le pari du gaz naturel liquéfié.

Cette vision a été celle ensuite de l’Emir du Qatar, de donner une perspective à ce pays dans les domaines de l’économie, de l’environnement, de la culture. Vous avez fait le choix de la diversification économique, dans les domaines de la chimie, de l’industrie, des services, du tourisme, des transports, de l’immobilier et quand j’évoque l’immobilier, c’est considérable ce que Doha peut donner comme impression de dynamisme.

Doha se transforme. Les architectes français sont sollicités, nous en sommes heureux. Les entreprises viennent de France pour contribuer à ces grands chantiers. Je voulais, ici, dire que tout serait fait pour que nos entreprises, celles d’ici que vous servez, puissent être sollicitées, appelées autant qu’il sera nécessaire mais avec une règle qui est celle de l’excellence et de la performance.

Vous avez aussi fait le choix de l’éducation, nous en avons une illustration avec ce lycée. Mais les plus grandes universités du monde s’installent au Qatar. Là aussi, je me réjouis que HEC soit l’une d’elles. Décidemment, que de signes vous m’envoyez, parce que - c’était il y a très longtemps en 1975 - j’étais élève d’HEC mais on ne sortait pas des frontières nationales à l’époque. Déjà, aller en Corrèze paraissait être une expédition, alors imaginez pour aller dans les pays du Golfe ! Mais c’est formidable que les grandes écoles françaises puissent être présentes.

J’aurai demain le grand plaisir de visiter le Musée d’art islamique, qui est l’œuvre du grand architecte, que nous connaissons bien, l’architecte Pei, qui a construit la pyramide du Louvre, mais aussi d’un grand architecte français qui nous accompagne dans ce voyage qui est Jean-Michel Wilmotte.

Doha accueille donc des universités, des musées, des entreprises mais aussi bientôt, c’est d’ailleurs en 2022, la coupe du monde de football. Nous sommes conscients de ce que représente ce défi : être prêt sur le plan des infrastructures, de la logistique, de la sécurité, de réussir ce grand rendez-vous qui va être regardé par des milliards de téléspectateurs. Nous sommes prêts, la France, avec notre propre expérience - nous nous allons accueillir en 2016 le championnat d’Europe de football - nous sommes prêts à fournir toute cette expérience au Qatar pour être à la hauteur de l’événement.

Notre relation, elle est aussi politique et je voulais m’en entretenir avec vous qui habitez dans une région du monde qui n’est pas la plus stable, je prends le langage diplomatique qui convient. Encore ce matin, ici, à Doha, la conférence des Amis de la Syrie se réunissait avec cette inquiétude, cette angoisse, de voir la situation dégénérer à côté, 100 000 morts et avec une guerre, parce qu’appelons les choses par leur nom, c’est une guerre avec un peuple qui se fait massacrer. Nous avons des éléments qui nous permettent de le démontrer, l’utilisation du gaz pour détruire un certain nombre d’opposants.

Nous sommes conscients de nos responsabilités et tout au long de la journée, cette conférence des Amis de la Syrie a pu déterminer une ligne. Je la résume : c’est de soutenir l’opposition syrienne, de renforcer encore les éléments qui au sein de cette opposition donnent toute garantie pour préparer la transition, demander à certaines forces étrangères de se retirer de Syrie et d’aller vers une conférence qui permette de trouver une issue politique.

Nous devons parler de ces sujets, parce que c’est tout près d’ici. Mais ce n’est pas loin de l’Europe et tout ce qui se passe ici dans cette région intéresse l’Europe et la France. Nous sommes aussi conscients de nos responsabilités, quand il s’agit de l’Afrique et le Qatar a fait partie de ces pays amis qui ont compris le sens de l’initiative que j’ai prise à un moment où le Mali était agressé par des terroristes.

Aujourd’hui, grâce à l’appui de tous, grâce aussi au courage des soldats français et des soldats africains, une solution politique a été trouvée au-delà de la solution militaire. Un accord a été signé entre tous les protagonistes et accepté, pour que les élections puissent se tenir sur l’ensemble du territoire au Mali à la fin du mois de juillet.

Voilà ce que nous avons à faire : utiliser nos complémentarités, nos diplomaties pour agir dans le même esprit, la paix, la stabilité et le respect des peuples.

J’évoquerai avec l’Emir, Cheikh Hamad, dès ce soir nos excellentes relations bilatérales. Elles remontent à l’indépendance du Qatar. Et tous les Présidents successifs en France y ont veillé avec leur tempérament, avec leur façon de faire. Pour nous, c’est une constante de l’action politique extérieure. Nous savons où sont nos amis et nous savons que notre relation repose sur un double fondement : un intérêt stratégique par rapport à notre sécurité, par rapport aussi à nos échanges économiques, mais aussi à une estime réciproque, à une compréhension, à une volonté de culture et de partage.

Le Qatar a de grands projets pour les années qui viennent. La France les accompagnera. Je visiterai demain un grand chantier qui a été conduit par une belle entreprise française pour le compte d’une grande entreprise qatarienne.

Il y aura une rencontre entre les chefs d’entreprise demain et je dirai combien ces entreprises sont excellentes et sont prêtes à investir ici au Qatar. Je dirai aussi que les investissements venant du Qatar en France sont les bienvenus et je ne veux pas les réduire simplement à telle ou telle dimension - immobilier ou le sport. Nous sommes conscients, qu’il y a bien des industries, des services où nous pouvons coopérer, avoir des partenariats. Il y a ce que je disais de la langue française, l’amitié (de la parler) et le Qatar a pris la décision de rentrer dans l’organisation internationale de la francophonie. Nous en avons ici une illustration.

Mais je veux terminer mon propos en m’adressant à vous chers compatriotes. Vous, qui êtes venus vous installer au Qatar pour servir une entreprise, pour servir l’Etat, pour servir une mission culturelle, une action de développement et je voulais vous en remercier.

La France ne serait pas la France, si elle n’avait pas tous ces Français que l’on appelle expatriés, comme s’ils avaient perdu le lien avec leur patrie. C’est tout le contraire. Cette expression, à mon avis, est impropre. Souvent, c’est quand on est à l’étranger qu’on est encore plus attachés à sa patrie et qu’on la sert encore avec plus d’intensité et d’amour et je voulais vous le dire parce que partout où je vais, je rencontre ce qu’on appelle les communautés françaises à l’étranger et partout je vois le même dévouement pour servir l’économie, pour servir aussi le pays qui nous accueille, pour lui apporter ce que l’on fait de mieux, nos produits, nos technologies, nos savoirs, notre culture. Mais vous êtes aussi conscients que vous participez à la bataille que nous avons engagée, bataille pacifique, elle, bataille pour mettre la France au meilleur niveau, à sa place, qui doit être dans bien des domaines la première.

Nous sommes la 5ème économie du monde. Avec l’Europe, nous sommes la première puissance économique du monde. Nous devons être plus qu’à la hauteur de notre histoire, nous devons prendre de l’avance et vous y contribuez. Vous y contribuez, Français de l’étranger, par l’action économique qui est la vôtre. Vous y contribuez, enseignants, qui diffusez le savoir dans notre langue. Vous y contribuez, agents de l’état, pour rendre la vie plus facile à nos compatriotes. Vous y contribuez, tous, quelle que soit votre place. Je voulais vous dire à la fois ma gratitude pour ce que vous faites et rappeler l’amitié qui nous lie, le Qatar et la France. Merci. »

Restez connecté