Avril 2014

Allocution devant la communauté universitaire et éducative franco-brésilienne sur le thème de la mobilité des jeunes

Monsieur le ministre,

 

Cher ami,

 

Merci pour l’accueil que vous nous réservez et l’amour que vous portez à la France.

 

Vous avez rappelé notre histoire commune, l’influence qu’ont pu avoir les philosophes des Lumières, ce qu’a représenté la Révolution française pour le monde entier, et même ce qu’a pu apporter Napoléon au Brésil…

 

J’en ai eu moi-même une illustration. J’étais reçu par la Présidente, Dilma ROUSSEFF, et des gardes imposant nous faisaient l’accueil. J’ai demandé pourquoi ces gardes étaient habillés ainsi, c’est-à-dire avec des tenues flamboyantes remontant au début du XIXème siècle. La Présidente m’a dit : « c’est grâce à Napoléon ! ». Ma connaissance historique étant quand même, grâce à l’université française, d’un niveau correct, je ne me suis pas posé la question de savoir si Napoléon était venu au Brésil... C’est ici que la confirmation m’a été donnée : grâce à – ou à cause de – Napoléon, le roi Don Juan est venu, ici au Brésil, avec la Garde. Vous n’avez pas gardé le roi mais vous avez gardé la Garde.

 

Puis ensuite, Monsieur le ministre, vous avez montré combien notre coopération pouvait être exemplaire. Le Président de l’université nous en a fait ici, lui aussi, le récit. En écoutant sa vie passée en France et les prénoms qu’il avait donnés à ses enfants, je n’ai eu qu’un seul regret : qu’il n’ait pas eu une famille assez nombreuse pour que je puisse lui remettre le dictionnaire de tous les prénoms qu’il est possible d’utiliser pour rappeler la France !

 

Enfin, je veux saluer les étudiants qui se sont exprimés ici : deux Brésiliens et deux Français. On ne savait plus, d’ailleurs, lesquels étaient brésiliens ou français, tant ils s’exprimaient dans nos deux langues. Ils ont également eu la délicatesse de rappeler que c’était grâce aux bourses, données par le Brésil et par la France, pour leur permettre d’avoir cette expérience incomparable.

 

Enfin, votre présence nombreuse dans cet amphithéâtre va droit au cœur à la délégation que je conduis, aux ministres qui la composent, aux chefs d’entreprise, aux présidents d’université. J’ai été particulièrement sensible à l’accueil que vous avez réservé à Christiane TAUBIRA. Sans doute parce qu’elle est guyanaise et qu’elle est votre voisine. Mais surtout parce qu’elle a porté une loi, en France, qui peut aussi servir de référence et d’exemple. Une loi qui promeut l’égalité, la dignité, la liberté. Les valeurs qui sont celles de la France, mais qui sont celles de tous ceux qui veulent s’affranchir de toutes les soumissions. Le Brésil a montré qu’il en était capable dans son histoire.

 

Je suis ici au musée national qui est lui-même un symbole. Un symbole parce que c’est l’architecte qui l’a voulu ainsi. Un architecte que nous portons dans notre cœur, qui a bâti en France comme il a bâti au Brésil, et qui voulait montrer quelle était la confiance que nous accordons à l’école, à l’université, au savoir… Parce que ce qui fait que nous sommes ici rassemblés, Brésiliens et Français, c’est que nous partageons plusieurs convictions essentielles.

 

La première, c’est que c’est par l’école, l’éducation, le savoir, la connaissance, etc., qu’un peuple, non seulement s’émancipe, mais devient, dans la confrontation mondiale, celui qui est le mieux préparé à relever les défis. Nous avons également la conviction que c’est la jeunesse qui est aujourd’hui une chance, un atout. Vous, au Brésil, vous avez fait en sorte que cette jeunesse puisse être accueillie, formée, éduquée et portée jusqu’aux meilleures universités.

 

Et puis, nous avons une dernière conviction. La conviction que la culture, le savoir, la connaissance, enrichissent les individus, en font des citoyens éclairés et pas simplement des acteurs économiques. Et c’est pourquoi l’université française a été, dès le XIXème siècle, associée au développement du Brésil. Je pourrais citer la création de l’école des mines d’Ouro Preto. Mais également, les noms que vous avez rappelés, Monsieur le ministre, d’intellectuels français qui ont professé ici au Brésil : Claude LEVI-STRAUSS, Fernand BRAUDEL. Parce qu’ils étaient eux-mêmes convaincus que l’université brésilienne allait connaitre une influence considérable. Ils ont professé à l’université de São Paulo.

 

Le Brésil et la France ont été, par leur histoire, préparés à relever bien des défis : le défi de la démocratie, le défi du développement, le défi de la croissance... Aujourd’hui, un autre se présente à nous : le défi de la mondialisation. La France et le Brésil ont décidé, non pas de se cacher, non pas de se protéger, non pas de se replier, mais de faire face à la mondialisation pour défendre ce que nous croyons être nos intérêts, et, en même temps, d’être capables aussi de changer le monde tel qu’il est aujourd’hui.

 

Pour relever ce défi, nous avons fait, je le disais, le choix de l’éducation, de la formation et de l’enseignement supérieur. La ministre Geneviève FIORASO a fait voter, il y a quelques semaines, une loi sur l’enseignement supérieur. Non pas une loi de plus, mais une loi qui permet de mieux relier l’université et l’entreprise, de mieux professionnaliser une partie des filières, de mieux associer l’université à la recherche et également de donner plus de moyens à nos universités pour former dans les meilleures conditions les étudiants que nous accueillons.

 

Vous, ici au Brésil, vous avez fait également ce choix de donner à l’université, à la recherche, les ressources nécessaires. La France considère que recevoir des étudiants venant de tous les pays du monde est un atout supplémentaire. Ce n’est pas un acte de solidarité, ce n’est pas simplement un geste de générosité. Non, c’est un investissement que nous faisons dans des pays, en l’occurrence ici le Brésil, et dans sa jeunesse. C’est la raison pour laquelle nous avons pleinement participé au programme « Sciences sans frontières », qu’a proposé la présidente Dilma ROUSSEFF.

 

La France s’honore d’être le troisième pays au monde pour accueillir des étudiants venant de l’étranger. Il y a Paris bien sûr, mais il y a beaucoup d’universités en France qui sont en capacité d’accueillir de nombreux étudiants et vous en avez ici donné une illustration.

 

Cette histoire de la coopération universitaire est longue entre la France et le Brésil. Depuis le début des années 1980, il y a eu 2 000 doctorants brésiliens. 2000, c’est considérable ! Il y a eu 5 000 élèves ingénieurs qui sont passés par nos grandes écoles, dans le cadre du programme « BRAFITEC ». Dans le domaine de l’agronomie, grâce au programme « BRAFAGRI », il y a eu également 500 spécialistes qui ont été formés et qualifiés.

 

Aujourd’hui, nous avons pris un engagement avec la Présidente. Nous sommes prêts en France à accueillir 10 000 boursiers, 10 000 jeunes, qui viendront faire leurs études en France. D’ores et déjà, il y en a 6 000. Ils font de la France le troisième pays d’accueil et le premier pays européen à accueillir des étudiants brésiliens.

 

Je remercie les universités françaises qui ont su – avec l’agence Campus France et tous les acteurs brésiliens – monté ce programme et se mobiliser pour doubler la présence universitaire brésilienne en France. Mais je souhaite que nous allions plus loin. D’abord, non seulement pour former des étudiants, mais aussi des chercheurs de haut niveau ; non seulement des chercheurs mais aussi des cadres et des ingénieurs qui ont commencé leur vie professionnelle.

 

La France offrira des stages dans les entreprises pour participer à ce mouvement, accueillera ces jeunes et même ces moins jeunes dans des laboratoires, fournira des bourses pour accueillir pour des formations professionnalisantes, d’au moins un an, toutes celles tous ceux que vous nous indiquerez.

 

Nous voulons élargir même les secteurs d’activité. Il n’y aura qu’un principe : vous donner la meilleure qualification, la meilleure formation et la meilleure filière. Sur ces formations professionnalisantes, 1 000 étudiants brésiliens sont concernés dans les deux ans qui viennent. C’est le sens de la déclaration d’intention qui a été passée entre les deux ministres.

 

Les entreprises françaises se sont engagées à accueillir des étudiants brésiliens en stage dans le cadre du programme « Sciences sans frontières ». Ensuite, elles se proposent de leur fournir un emploi en France ou au Brésil. Nous souhaitons qu’il y ait cet échange qui crée une solidarité toute la vie, car les premières années de formation vont déterminer le reste de l’existence professionnelle.

 

Les liens que vous allez créer, en France et au Brésil, vont demeurer au-delà de ce que peuvent être les expériences professionnelles de chacun. Nous voulons créer une communauté de chercheurs, d’ingénieurs entre nos deux pays. L’enseignement des langues est forcément un préalable. Nous avons pris un certain nombre d’engagements, la Présidente Dilma ROUSSEFF et moi-même, pour développer l’enseignement du français dans les universités brésiliennes.

 

A vous entendre, j’ai l’impression que c’est déjà fait mais je crains que l’échantillon ait été un peu faussé ! Nous allons donc, nous-mêmes, lancer le programme « Français sans frontières » et il y aura des établissements d’enseignement secondaire brésiliens qui s’ouvriront aux enseignements en français. Je souhaite même, et je le dis devant le ministre de l’Education, que la possibilité de choisir la langue française au baccalauréat brésilien puisse être facilitée, élargie, qu’il y ait des filières bilingues franco-brésiliennes dans le plus grand nombre d’établissements scolaires.

 

Mais la réciproque est vraie. Il y a un projet d’enseignement bilingue en liaison avec celui de Rio qui existe, en France, dans l’Académie de Créteil, en Ile-de-France. Je salue le Président de cette région. Nous souhaitons, dans de nombreux lycées, pouvoir enseigner le portugais, davantage qu’aujourd’hui.

 

Enfin, je me réjouis de l’intérêt croissant des étudiants français à venir effectuer leurs études, ici au Brésil. Il y a peu de jours, un reportage à la télévision française retraçait la vie des étudiants français à Rio. C’était une souffrance abominable ! On les voyait sur les plages, on les voyait danser. Je craignais que cela ne donne une image un peu faussée des études qui pouvaient être suivies à Rio.

 

Tant mieux si les étudiants peuvent également participer à la vie nocturne ou même à la vie diurne à Rio, tant que c’est pour étudier. Je constate d’ailleurs que les étudiants français constituent déjà le deuxième contingent d’étudiants étrangers au Brésil et pas seulement à Rio – je le dis pour la presse française – mais dans beaucoup de villes universitaires. C’est particulièrement vrai dans les domaines des sciences de l’ingénieur et de l’agronomie.

 

Enfin, nous avons décidé de prolonger le séjour des volontaires internationaux en entreprise – des Français qui viennent pour faciliter les échanges économiques – et qui pourront rester deux ans, ici, au Brésil. Nous venons de mettre en œuvre un accord qui porte le beau nom de « Visa Vacances Travail » et qui va permettre de donner beaucoup plus facilement des visas pour des Brésiliens qui veulent venir en France ; ou des Brésiliens qui veulent y rester le temps d’un stage long ; et des Français qui veulent venir au Brésil. Un an sans formalités, sans contraintes, en liberté. Je le disais : Brésil et France, nous avons confiance dans notre avenir.

 

Les peuples qui réussissent sont ceux qui pensent que leur avenir est meilleur que leur passé. La France et le Brésil sont conscients d’être portés par l’histoire, une grande histoire, une histoire d’émancipation, une histoire de conquêtes, une histoire de révolutions. En même temps, ce qui doit nous permettre de relever la tête, ce n’est pas simplement le retour vers le passé, c’est le regard vers le futur. Nous devons avoir confiance en nous, dans nos capacités, dans nos atouts, dans notre économie.

 

Nous ne devons avoir peur de rien, ni de la compétition, ni d’une crise qui est en train de disparaître, ni des forces économiques qui peuvent parfois aliéner ou soumettre. N’avoir peur de rien, dès lors que nous mobilisons toutes nos capacités et d’abord celles de la jeunesse ! Dès lors que nous avons fait également le choix d’une économie de l’innovation, de la compétitivité, de l’investissement, que nous sommes dans les domaines de l’avenir. Dès lors que nous sommes conscients qu’il y a des industries qui seront toujours là demain et d’autres qui vont disparaître. Ce qui doit compter, ce sont les industries de l’après-demain.

 

C’est ce que nous avons bâti, avec la Présidente, dans ce partenariat stratégique autour de l’énergie, des transports, de la ville durable, des nouvelles technologies. Sur les nouvelles technologies, nous devons à la fois les utiliser, les appréhender et les dominer, notamment ces grands groupes qui essayent de capter l’information que nous leur fournissons.

 

France et Brésil, nous avons en plus conscience que nous portons des valeurs, des principes, des exigences et notamment la culture, la culture que nous voulons partager. Rien de mieux que de permettre les échanges que nous venons, ici, de promouvoir !

 

Enfin, il y a cette confiance dans le progrès qui permet, de génération en génération, d’avancer. Le progrès fondé sur la science et sur la technologie nous permet de croire que nous allons trouver demain les outils de nos propres libérations, de nos propres accomplissements. Le progrès fait que nous devons donner aux jeunes tous les outils pour saisir ses opportunités.

 

Voilà le sens de ce qu’Auguste COMTE – qui a lui-même forgé votre devise – avait tracé au milieu du XIXème siècle. « Ordre », disait-il. Il voulait dire un ordre qui puisse permettre à chacun de vivre sa liberté. « Progrès » disait-il. Parce qu’il avait conscience qu’une Nation qui s’organise, qu’une Nation qui se porte sur l’éducation et la connaissance allait pouvoir offrir une perspective de progrès.

 

S’il y a un symbole à retenir, c’est ce musée national. Je voudrais rendre hommage à Oscar NIEMEYER qui a étudié, travaillé au Brésil et en France, qui nous montre le meilleur du génie brésilien, ici à Brasilia, et aussi à Paris. Ce que nous partageons, c’est cette création, cette volonté de culture, cette recherche de l’art et aussi de l’amitié entre nos deux pays. Merci.

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