Allocution de M. le Président de la République lors du Dîner d'Etat avec Mme Dilma ROUSSEFF, Présidente de la République Fédérative du Brésil

Madame la Présidente, chère Dilma,

Monsieur le Premier ministre,

Mesdames, Messieurs les personnalités qui nous faites l'honneur de vous rassembler autour de nous ce soir,

Je veux m'adresser tout personnellement à Madame la Présidente du Brésil, une femme à la tête d'un des plus vastes pays du monde, la 6ème économie du globe, la 5ème population. C'est déjà une fierté que de vous recevoir.

Mais votre visite nous permet aussi de marquer la force des liens qui unissent la France et le Brésil. Des liens qui se sont tissés tout au long de notre histoire commune. Dès le 16ème siècle, la présence française émergeait avec la France antarctique, un phalanstère éphémère -- comme beaucoup de phalanstères -- fondé dans la baie de Rio de Janeiro. Ensuite, quelques années plus tard, la France démontrait qu'elle pouvait être partout chez elle, et d'abord au Brésil, avec la France équinoxiale, qui est aujourd'hui l'Etat du Maranhão.

Quand je regarde la trace que nos auteurs les plus illustres ont laissée sur le Brésil, je remonte à MONTAIGNE qui évoque votre pays dans ses Essais et qu'il décrit comme un âge d'or. Le Brésil continua d'inspirer DIDEROT, mais aussi Jean-Jacques ROUSSEAU qui pensait que l'homme parfait, l'Etre de nature, était au Brésil. C'est sans doute vrai. Puis Auguste COMTE qui lui pensait que le progrès pouvait être façonné par une puissance émergente.

Mais les liens ont continué à se nouer. Dom PEDRO II entretenait avec Victor HUGO une correspondance sur l'esclavage. Il échangeait plus tard avec Louis PASTEUR sur les moyens de combattre la fièvre jaune. Un aviateur, SANTOS-DUMONT, avait pris un patronyme et français et brésilien pour mieux marquer son double enracinement. Puis des auteurs comme Blaise CENDRARS et BERNANOS ont fait du Brésil leur seconde patrie. Claude LEVI-STRAUSS a contribué, pour sa part, à fonder l'Université de Sao Paulo. Anatole FRANCE est devenu le premier étranger -- et nous en sommes très fiers -- membre de l'Académie brésilienne des lettres. Voilà pour l'histoire et, dans cette histoire, un grand architecte a aussi laissé sa marque. Oscar NIEMEYER qui vient de disparaître, fut à la fois un bâtisseur au Brésil et en France.

A l'Histoire, nous devons ajouter la géographie car nous ne le savons pas suffisamment, mais la France et le Brésil ont ensemble la plus longue frontière. Vous êtes notre plus grand voisin. 700 km nous séparent tout au long du fleuve Oyapock. J'ai avec vous fixé, enfin, la date -- ou presque ! -- de l'inauguration du pont qui relie déjà nos deux pays mais qui n'a pas encore de route pour accéder des deux côtés et pas de poste de douane. Nous y pourvoirons dans les meilleurs délais.

J'ajoute un dernier élément pour compléter notre amitié : le football. Vous allez organiser -- quelle chance ! -- la coupe du monde en 2014. D'ici là, vous avez eu l'extrême obligeance de nous envoyer vos meilleurs joueurs dans un des clubs du championnat de France, même si les résultats ne sont pas tout à fait au rendez-vous. Mais c'est une autre affaire.

Au-delà de l'Histoire, au-delà du présent, au-delà des liens qui nous unissent, nous avons un avenir à partager et c'est ce que nous avons fait tout au long de votre visite. D'abord, nos échanges commerciaux sont très importants depuis notamment 2003 : 8 milliards d'euros. 500 entreprises françaises sont installées au Brésil -- beaucoup de responsables de ces entreprises sont ici -- ce qui représente 500 000 emplois dans votre pays. La France est le 4ème investisseur au Brésil.

Nous avons aussi une coopération exceptionnelle en matière de défense : des sous-marins, des hélicoptères, pas encore des avions ... Mais nous avons tout ce qu'il faut pour servir une coopération d'excellence avec des transferts de technologie qui doivent être le signe de notre partenariat.

Nous avons enfin des échanges culturels, universitaires et scientifiques. Nous en avons apporté la preuve au cours de votre visite puisque notre pays s'est impliqué dans votre programme Sciences sans frontières qui permet à 500 000 boursiers étudiants brésiliens d'aller partout dans le monde. La France accueillera, d'ici 2015, 10 000 de ces étudiants. Nous sommes, là-encore, fiers d'être le premier pays de destination des étudiants brésiliens dont certains sont présents ici ce soir. Vous les reconnaîtrez aisément par leur âge.

Nous portons aussi des convictions communes pour réguler la mondialisation. Régulation de la finance, régulation du système monétaire international, régulation de nos économies, nous en avons parlé cet après-midi. Et aussi la régulation écologique, vous l'aviez vous-même affirmée lors de la conférence de « Rio + 20 ». Nous nous sommes mobilisés, côte à côte, lors de la conférence de Doha et nous avons conclu une forme de pacte pour que, si la France est choisie comme puissance organisatrice de la conférence en 2015, nous puissions agir dans la même direction.

Le Brésil et la France, c'est une histoire, une géographie, des relations économiques et humaines. C'est surtout une même vision du monde et c'est la raison pour laquelle la France souhaite que le Brésil puisse obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies.

Nos deux gouvernements portent aussi une volonté de combattre les injustices et rendre le monde plus harmonieux. On nous dira que c'est un projet lointain, que c'est une chimère, que c'est une utopie ... Mais nous considérons que c'est notre ambition commune et que nous la portons ce soir ensemble.

C'est la raison pour laquelle je suis heureux et fier de lever mon verre à l'amitié entre la France et le Brésil. Merci ».

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