Avril 2014

Allocution de M. le Président de la République lors du dîner d'Etat avec M. Giorgio NAPOLITANO, Président de la République d'Italie

Monsieur le président de la République,
Messieurs les Premiers ministres,
Mesdames, Messieurs les ministres,
Mesdames, Messieurs les parlementaires,
Mesdames, Messieurs qui nous honorez de votre présence,

C’est un grand bonheur, comme président de la République française, d’accueillir le président de la République italienne. Parce que c’est l’Italie et parce que c’est Giorgio NAPOLITANO.

L’Italie d’abord, notre « sœur latine » avec laquelle tant de liens nous unissent. Je ne parle pas de la géographie car la proximité peut parfois être source de conflits et n’est pas forcément gage d’amitié. Je ne parle pas simplement de l’Histoire même si elle est pour beaucoup commune, tant la nôtre s’est confondue avec la vôtre. Je parle du beau combat pour l’unité de l’Italie mais je parle aussi, bien avant, de ces marchands, de ces savants, de ces artistes, de ces poètes, de ces scientifiques qui ont tissé la trame qui nous réunit aujourd’hui.

Je n’oublie pas non plus les Italiens venus se réfugier en France tout au long du 20ème siècle pour fuir la misère ou la dictature et qui ont fondé tant de familles. Ils ont apporté à la France des entrepreneurs – certains sont présents ici – des créateurs, des sportifs et même des hommes et des femmes politiques qui occupent des places enviables dans notre République et qui défendent aussi bien les valeurs qui sont les nôtres que les vôtres.

Je parle aussi de ces travailleurs anonymes qui ont participé à la construction industrielle de notre pays, dans les mines, dans la sidérurgie, dans le bâtiment. Voilà pourquoi nous sommes rassemblés ce soir.

L’Italie, c’est aussi notre alliée fidèle pour défendre des valeurs de liberté, de droit, de démocratie, d’émancipation. L’Italie, c’est notre partenaire précieux pour nos échanges, pour nos investissements, pour notre commerce – et nous en avons besoin, l’Italie comme la France. L’Italie, c’est une conception de la vie en société, de la culture et de la dignité humaine dont la France s’est toujours inspirée depuis la Renaissance. L’Italie, c’est enfin l’un des pays fondateurs de l’Europe. Dois-je rappeler que c’est à Rome que fut signé en 1957 le grand traité qui a lancé cette belle aventure humaine dont le prix Nobel vient de consacrer la contribution à la paix ?

Ce rôle, Monsieur le Président, donne à la France et à l’Italie une responsabilité particulière dans le moment difficile que traverse la construction européenne. Avec cette crise de la zone euro qui n’en finit plus et qui connait encore, ces derniers jours, d’incompréhensibles tergiversations pour soutenir la Grèce. Cette Europe qui s’éloigne des peuples, faute de les mobiliser sur des grands projets. Cette Europe qui confond trop souvent l’austérité éternelle avec le sérieux budgétaire qui est, lui, indispensable. Cette Europe qui craint, au moment où je m’exprime, de ne pas pouvoir se mettre d’accord sur ses budgets futurs.

La France et l’Italie ont toujours conjugué leurs efforts pour donner l’élan nécessaire. Nous aurons à produire encore cet élan. Car la France et l’Italie – vous l’avez exprimé devant les députés cet après-midi – ne représentent pas l’Europe du Sud. La France et l’Italie représentent l’Europe de demain, celle d’une coopération renforcée, d’une avant-garde, celle de l’intégration solidaire, celle de l’union politique à laquelle les peuples pourront d’autant plus facilement adhérer qu’elle leur apportera démocratie et confiance.

Ce soir je reçois un grand européen.

Cette conviction, Monsieur le Président, elle n’a cessé de vous animer tout au long de votre vie. Jeune résistant, le fascisme était pour vous une négation de l’idéal démocratique sur lequel l’Europe devait se fonder. Cette foi, elle vous a suivi dans votre engagement dans l’eurocommunisme avec Enrico BERLINGUER, dont chacun ici se souvient du visage et du rôle. Cet engagement, je peux même dire cette passion, vous a conduit au Parlement européen où vous avez siégé pendant 8 ans comme Président de la Commission constitutionnelle et où vous vous êtes fait apprécier de tant de collègues – dont j’ai été pour un temps court – par votre subtilité et votre connaissance des traités.

Cette volonté, vous l’exprimez également dans chacun de vos choix : au moment de la monnaie unique, dont vous fûtes un promoteur ardent ; au moment de la Convention européenne à laquelle vous avez participé pleinement et qui a préparé le traité constitutionnel européen qui n’a pas pu voir le jour ; mais aussi dans votre action, comme ministre de l’Intérieur avec une conception ouverte et européenne de ce que devait être le contrôle des frontières de l’Europe. Et enfin dans l’exercice de vos responsabilités comme Président de la République italienne - je pense à la dernière période, où en proposant le nom de Mario MONTI comme Président du gouvernement de l’Italie, vous avez permis à votre pays un redressement impressionnant et de faire preuve d’une crédibilité qui a été précieuse pour l’Europe toute entière.

Je veux, pour terminer, souligner votre destin exceptionnel.

Jeune napolitain, rempli de révolte et de colère, convaincu un moment par le communisme,  davantage pour l’utopie qu’il représentait que pour la réalité, vous avez été un parlementaire avec une longévité exceptionnelle – près de 50 ans – pour accéder à la responsabilité de président de la République et devenir – mesurez votre chance ! – l’une des personnalités les plus estimées de votre pays sans jamais avoir eu à renier vos convictions de progressiste.

Je veux vous exprimer notre reconnaissance car vous parlez notre langue avec une subtilité digne de l’Académie française ici représentée. Parce que la culture, les arts, la politique, l’Europe, c’est ce que l’Italie et la France ont en partage.

Ce matin vous avez eu un geste délicat qui vous ressemble, vous m’avez offert un livre dédié aux onze discours sur l’Europe prononcés par François MITTERRAND. Je n’ai pas eu le temps de le lire complètement. Je le prendrai – notamment – pendant le Conseil européen de demain et d’après-demain. Mais je veux en extraire le passage d’un texte écrit en 1984. Il résume encore notre responsabilité commune. François MITTERAND écrivait ou plutôt prononçait cette phrase : «Notre rôle exaltant est de prévenir l’inéluctable, de réussir l’improbable, de réaliser l’espérance et de perpétuer par sa jeunesse retrouvée une grande civilisation, la nôtre, l’Europe ». Voilà pourquoi Monsieur le Président de la République italienne je lève mon verre pour le beau destin qui nous unit.

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