Allocution de M. le Président de la République, adresse aux armées

Base avancée de Nijrab (Afghanistan) -- Vendredi 25 mai 2012

 

Messieurs les ministres,

Amiral,

Monsieur l'Ambassadeur

Messieurs les officiers généraux,

Officiers, sous-officiers, officiers-mariniers, soldats, aviateurs et gendarmes,

Mesdames et Messieurs,

Président de la République depuis deux semaines, j'ai tenu à me rendre au plus vite ici en Afghanistan, auprès de vous. Je viens vous témoigner mon soutien, mais celui de la Nation toute entière et sa reconnaissance.

Mes premières pensées vont à tous vos camarades tombés au champ d'honneur depuis 2001, début de l'opération, 83 sont morts en faisant leur devoir, en combattant le terrorisme en servant la paix.

Ils sont morts pour la France, pour les valeurs de la France, pour l'honneur de la France, nous ne les oublierons pas.

J'associe à cet hommage tous les blessés qui ont payé un lourd tribut à la défense de la patrie.

Je pense à leur famille, je pense aussi à vos familles. Je sais combien votre mission à tous est difficile, et j'en ai eu encore la démonstration et je vous en remercie, mon général, de m'avoir expliqué non seulement votre mission, mais les difficultés de son exercice et le haut niveau de compétence qu'elle exige. Je sais que vous l'exécutez avec patriotisme, avec dévouement, avec esprit de sacrifice. Les Français le savent, ils l'ont compris, ils sont fiers de leurs soldats. Ici, en Afghanistan mais aussi au Liban, en Côte d'Ivoire et en maints autres lieux où sont portées fièrement les valeurs de la République. Ils ont confiance en vous. Et, Chef des armées, j'ai confiance en vous.

Je veux saluer aussi un certain nombre de services présents ici, le Service de santé des Armées et l'Institution nationale des Invalides dont je m'honore d'être le protecteur en tant que Chef de l'État. Ces services accomplissent chaque jour des prodiges, leur dévouement est exemplaire et leur expertise est enviée dans le monde entier. Qu'ils en soient, chaleureusement, remerciés et félicités.

Depuis dix ans, en Afghanistan, l'armée française a fait preuve de grandes vertus : la maîtrise de sa propre force. Dans une guerre comme celle qui a été conduite ici, où le front est partout, où la population est exposée, où même les civils servent parfois de boucliers humains, de tragiques erreurs peuvent se produire. Et dans ce contexte difficile, vous avez été capable de maîtrise, de sang-froid et votre comportement a toujours été remarquable. De cela aussi, je veux vous remercier au nom de la France.

Comme Président de la République, je me suis engagé devant les Français à retirer avant la fin de cette année nos troupes combattantes d'Afghanistan. C'est une décision souveraine, c'est la décision de la France. Seule la France peut engager la France.

Mais elle sera mise en œuvre en bonne intelligence avec nos Alliés et notamment avec le Président OBAMA avec lequel je m'en suis entretenu et qui en comprend nos raisons parce que ce sont aussi les siennes d'assurer cette transition. Nous le ferons en étroite concertation avec les autorités Afghanes avec lesquelles vous travaillez, chaque jour.

Notre retrait sera ordonné et coordonné. Plus de 2000 d'entre vous seront rentrés en France avant la fin de l'année. C'est un défi important en termes d'organisation, en termes de logistique. Le général l'évoquait, c'est une véritable opération qui va avoir lieu avec des risques qui doivent être maîtrisés. Je sais pouvoir compter sur vous, sur l'aide des Afghans qui sont partie prenante de cette opération et de nos Alliés, pour que ce défi soit relevé dans les meilleures conditions de sécurité. Ce qui à mes yeux est un impératif, faire en sorte que nous puissions transmettre aux Afghans dans les meilleures conditions et sans risque aucun pour nos troupes.

Une capacité de combat en Kapisa sera préservée jusqu'au 31 décembre pour accompagner le plus longtemps possible les forces afghanes dans la phase de transition. Nous le ferons en lien constant avec la force inter-régionale d'assistance et de sécurité.

Plusieurs raisons justifient la décision que j'ai prise ; D'abord, nous sommes là depuis dix ans, dix ans de présence internationale sur le sol, les Afghans aspirent à retrouver le plein exercice de leur souveraineté. C'est ce que nous avons voulu affirmer. Tous les alliées coalisés, transmettre aux Afghans la capacité de défendre eux-mêmes leur territoire. Je l'ai perçu lors des deux entretiens que j'ai eus avec le président KARZAI, que je verrais dans quelques minutes. Les alliés n'ont pas à définir l'avenir de l'Afghanistan, c'est aux Afghans et à eux seuls de prendre le chemin qu'ils choisiront librement et vous les accompagnez sur ce chemin-là. Le temps de la souveraineté afghane est venu. Vous passerez donc en bon ordre, avec fierté le relai à ceux que vous avez contribué, vous contribuez encore à porter jusqu'à la responsabilité qui leur revient naturellement et légitimement. Le président KARZAI le dit lui-même, il faut que cela se fasse et plus tôt de préférence à plus tard. C'est le moment.

La deuxième raison, tient à la nature même et aux objectifs de notre mission. La France est intervenue, ici au lendemain du 11 septembre 2001 à la suite d'un acte terroriste effroyable. Elle a fait pour lutter contre ceux qui avaient encouragé, abrité le terrorisme, terrorisme qui est notre véritable adversaire. La France l'a fait aussi par solidarité avec les Etats-Unis d'Amérique qui avaient été frappés en leur cœur. Les Nations unies, dès le 12 septembre 2001, ont proclamé la légitime défense et la France a été parmi les premiers pays à se mettre en mouvement. C'était il y a 10 ans mais aujourd'hui la menace terroriste qui visait notre territoire national comme celui de nos alliés à partir de l'Afghanistan sans avoir totalement disparu, a été grâce à vous en partie jugulée. Ainsi, il y a un peu plus d'un an, le chef d'Al Qaïda, auteur et inspirateur des attaques du 11 septembre a été tué et les Etats-Unis eux-mêmes ont décidé une évolution profonde de leur présence en Afghanistan.

La troisième raison, c'est tout simplement que vous avez exécuté votre mission et que vous allez l'accomplir jusqu'au bout en ayant la haute satisfaction d'avoir réalisé des objectifs qui vous avaient été assignés.

Au moment où cette mission se termine, je veux en retracer les grandes lignes, pour prendre date et pour prendre acte devant les Français.

Une fois les Taliban chassés de Kaboul, c'était il y a dix ans, la France a continué d'assumer son devoir de solidarité. Elle a d'abord pris la responsabilité de secteurs stratégiques, aux frontières dans un premier temps, puis dans la capitale, Kaboul, et nous avons assuré la sécurité de Kaboul.

Nous avons ensuite défendu les portes de Kaboul, la Kapisa et la Surobi, c'est-à-dire les voies traditionnelles d'approvisionnement et d'invasion de la capitale, c'est ce que vous avez fait.

Le transfert aux autorités afghanes de la Surobi, qui a été marqué par une cérémonie officielle le 12 avril et l'inclusion de la Kapisa, dans la totalité, dans la 3ème tranche de la transition qui a été annoncée le 13 mai par le président KARZAÏ consacrent donc la fin de la mission française.

La transition, voilà le mot. Permettre que ce que vous avez fait, puisse être maintenant accompli par les troupes afghanes. Cette transition s'appuiera sur la qualité de la coopération et la confiance que vous avez su établir avec vos frères d'armes afghans. La troisième brigade de l'armée nationale afghane déployée dans les deux territoires confiés à la France a déjà pris la relève en Surobi et sera bientôt prête à le faire ici en Kapisa. Le passage de témoin est en train de se réaliser, et vous le vivez chaque jour, dans le respect. Je rends hommage au travail remarquable qui est accompli par vous tous mais aussi par les gendarmes pour former la police afghane dans ces deux territoires et ce sera indispensable.

La France maintient et maintiendra des liens avec l'Afghanistan. L'action militaire passera progressivement le relais à l'action civile. Partout, des projets sortent déjà de terre : les pylônes électriques qui desservent toute la vallée, du nord au sud ; les écoles rénovées ; le centre de formation des maîtres de Nijrab, désormais presque achevé ; les hôpitaux, pour la plupart réhabilités et 1200 hectares qui vont être irrigués dans le sud de la vallée de Tagab.

Voilà ce que nous avons commencé de faire et que nous continuerons à travers des projets de développement dans les deux territoires. Je m'y suis engagé dans la droite ligne du traité d'accord d'amitié et de coopération, qui sera soumis à la ratification du Parlement après le renouvellement de l'Assemblée nationale.

La France développera aussi ses missions d'appui et de formation à la fois dans le cadre de l'OTAN, y compris au-delà de 2014 dans un cadre bilatéral entre la France et l'Afghanistan.

Le remarquable travail du détachement EPIDOTE pour la formation des militaires afghans sera poursuivi. De même nos gendarmes resteront engagés, au-delà de la fin de cette année, aux côtés de leurs partenaires européens. Et la France maintiendra l'hôpital de campagne à Kaboul.

Nous avons la volonté d'aider l'Afghanistan à recréer une gendarmerie, comme il en a existé autrefois dans ce pays. De même nous soutiendrons le projet de l'Afghanistan de créer une École de guerre, qui permettra à ce pays de se doter d'une capacité autonome de planification stratégique.

Voilà une nouvelle page est en train de s'écrire.

Dans chaque ligne de notre traité d'amitié avec l'Afghanistan, dans chaque action de coopération programmée, à travers chaque enfant qui apprendra notre langue dans les lycées français de Kaboul, dans les nouvelles écoles de Kapisa, chaque fois qu'une femme, un homme sera en sécurité dans ce pays, il subsistera quelque chose de votre courage, quelque chose de votre humanité, quelque chose aussi de la vie de vos camarades tombés au combat.

Merci de ce que vous faites et j'en perçois l'extrême qualité Je sais les dangers mais je sais votre courage.

Merci de ce que vous avez accompli pour la France, pour l'alliance dans laquelle nous étions engagés.

Merci de ce que vous faites pour l'Afghanistan parce que c'est l'enjeu de la souveraineté d'un pays qui est en cause mais aussi des valeurs que nous partageons.

Merci d'avoir aussi confiance dans les ordres qui vous sont donnés à la fois par vos chefs qui méritent toute notre reconnaissance, par le Gouvernement ici représenté par des ministres, par le chef de l'Etat, le chef des Armées.

Merci de penser que ce nous faisons ensemble est à hauteur de la France.

Je veux terminer en vous disant toute ma gratitude mais aussi toute ma confiance. Si j'ai tenu ici à venir en Afghanistan auprès de vous c'est pour vous exprimer ce que la Nation ressent à cet instant, savoir qu'elle a des femmes et des hommes qui se battent, qui se mettent en mouvement au service d'une grande cause. Oui, c'est une belle fierté. Savoir aussi que nous avons accompli notre mission, qu'elle se termine. Il y aura encore de longs mois avant de faire cette transition. Beaucoup d'efforts, beaucoup de précautions seront à engager, savoir que nous avons accompli la mission, que nous avons réussi ce que nous avions voulu engager ici en Afghanistan. Voilà pourquoi je suis venu ici vous le dire.

Merci de ce que vous faites.

Merci de ce que vous faites pour votre pays et pour l'Afghanistan.

Vive la République !

Vive la France !

 

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