Avril 2014

Allocution de M. le Président de la République à l'occasion de la clôture du forum économique franco-polonais

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Ministres, aussi bien du gouvernement français que du gouvernement polonais, qui êtes ici présents,

Mesdames et Messieurs les représentants du monde des entreprises, français comme polonais,

Je veux vous exprimer toute notre gratitude. Le déplacement que je fais au nom de la France est à la fois un hommage que je rends à la Pologne d'aujourd'hui et d'hier mais également une marque de confiance et d'espérance dans nos relations pour demain.

Je veux en effet faire franchir à nos deux pays une étape nouvelle dans leurs relations. Certes nous échangeons aussi bien des produits culturels que des coopérations scientifiques ; certes nous avons une présence économique, ici en Pologne, comme la Pologne s'efforce d'en avoir une en France. Mais nous avons conscience, le président de la République de Pologne et moi-même -- et c'est vrai aussi pour les gouvernements -- que notre relation n'est pas au niveau de ce qu'elle pourrait être, de ce qu'elle devrait être.

Je me réjouis donc de pouvoir la relancer de multiples manières.

D'abord par des rencontres entres les chefs d'Etat eux-mêmes. Aujourd'hui je suis à Varsovie, l'année prochaine le Président polonais sera en France, à l'occasion d'une rencontre du triangle de Weimar. Nous allons avoir également, dans les prochains mois, de nouvelles consultations intergouvernementales dans le cadre de notre partenariat stratégique. Mais il y a aussi ce que nous devons faire, ce que vous devez faire, au niveau économique et votre forum en est la meilleure des illustrations.

Nous sommes ravis de constater que nos deux nations ont de grandes traditions industrielles. Mais en même temps nous pouvons relever que, au moins en France, la part de l'industrie dans la production nationale a reculé et que les emplois industriels n'ont cessé de se réduire en nombre : 750 000 en moins depuis 10 ans. Nous ne pouvons pas simplement préserver les industries existantes, nous avons vocation à imaginer les transitions vers les nouvelles technologies, les nouvelles formes de production. C'est notre devoir que de les préparer ensemble.

Les entreprises françaises, depuis 20 ans, se sont engagées -- sans doute les premières d'ailleurs -- en Pologne avec un total cumulé d'investissements de plus de 20 milliards d'euros, ce qui représente pour la Pologne 200 000 emplois. Mais d'avoir été les premiers ne crée aucun droit particulier, aucune préférence, aucun avantage. Nous devons donc faire davantage pour montrer l'excellence -- je m'adresse aux entreprises françaises qui sont là et les en remercie -- de notre capacité de production ou de services. Nous sommes en effet le cinquième fournisseur de la Pologne mais, comme nous sommes le premier ami, nous avons un écart important à combler. Comme je l'ai dit au Président polonais, l'amitié n'est pas un critère de compétitivité, en tout cas je ne l'ai pas trouvé dans ce fameux rapport GALLOIS qui a été fait à notre intention ! Nous devons donc faire valoir d'autres critères, d'autres qualités et je crois que nous en disposons.

La France est la quatrième destination des exportations polonaises, avec un peu plus de 6%. Là encore, je pense que nous pouvons regarder tout ce que les entreprises polonaises peuvent nous apporter, davantage encore qu'aujourd'hui. Le niveau de nos échanges doit être relevé et je veux mettre un terme à un certain déclin de notre présence ici en Pologne. L'urgence de ce partenariat vient d'être, une fois encore, confirmé. Il faut que les investissements des entreprises françaises puissent être plus nombreux, ici en Pologne, et également que nous puissions faire le meilleur accueil aux investissements polonais en France.

Je remercie les chefs d'entreprises qui m'accompagnent parce qu'ils montrent, par leur mobilisation, leur volonté de se situer sur tous les marchés publics ou privés et d'être les meilleurs dans la compétition. J'ai également tenu à donner une place, au sein de la délégation, aux petites et moyennes entreprises françaises pour que soit démontré, s'il en était besoin, qu'ici, en Pologne, les marchés sont accessibles, les réglementations sont simples et les possibilités d'y travailler sont grandes.

Je suis ravi d'apprendre que ce forum a atteint son objectif et qu'il y aura même une nouvelle réunion l'année prochaine. Ce dialogue a été fructueux, je retiens en particulier le fait que vous vous soyez placés sur nos priorités : l'énergie, l'environnement, les infrastructures, la défense. Je veux illustrer ce qui pourrait être, ce qui est déjà, ce partenariat -- sans vouloir faire pression sur les autorités polonaises parce que nous sommes dans une économie ouverte avec des règles qui sont transparentes et où la différence se fait simplement par la qualité et par les prix. Mais d'ores et déjà il y a des entreprises françaises -- je veux les citer : EDF, GDF-SUEZ, DALKIA -- qui contribuent à la production de 15% de l'énergie polonaise. Elles sont mobilisées dans les énergies renouvelables et dans des centrales qui pourraient valoir d'exemple partout, y compris en France. Je pense notamment à la centrale de biomasse à Polaniec.

Je veux aussi dire que nous avons, ici en Pologne, montré tout ce que nous pouvions réussir de mieux en matière de valorisation du bois ou des résidus agricoles. Il y a un centre de recherche sur les énergies renouvelables qui s'est ouvert à Cracovie et qui travaille avec de nombreuses universités polonaises et françaises pour développer des technologies de co-combustion, de capture et de stockage du CO2 et de toutes les sources d'énergie. Voilà une belle illustration de ce que je voudrais d'ailleurs faire à l'échelle même de l'Europe, c'est-à-dire une communauté de l'énergie, où nous mettrions en commun tout ce que nous avons comme innovation, comme diversification et comme préparation de l'avenir.

Nous avons également une volonté d'être présents sur le nucléaire pour montrer que notre autorité de sureté peut servir de référence, que nos instituts de recherche peuvent coopérer avec d'autres. C'est le cas ici entre le CEA et le NCBJ - son homologue polonais - et entre les industriels comme EDF et ENERGO-PROJECT. Nous voulons également que nos universités puissent être pleinement associées à ces recherches.

Coopération également dans le domaine de l'environnement où, sur le secteur de l'eau, des réseaux de chaleur, du traitement des déchets, je suis heureux de savoir que ce sont des entreprises françaises qui gèrent, par exemple, le réseau de chaleur de Varsovie et l'ensemble des services d'eau potable de Gdansk. Ce sont autant de sujets de fierté et autant de références pour de nouveaux partenariats.

Nous avons également une ambition d'être encore davantage choisis pour les infrastructures de transport, notamment ferroviaires. Je pense à la ligne à grande vitesse qui reliera Gdansk et Cracovie en passant par Varsovie.

Enfin nous voulons développer nos industries de défense et le faire ensemble. J'en ai parlé au président de la République, parce que c'est à la fois un enjeu industriel -- préserver une capacité de production de matériel de défense -- et un enjeu de sécurité. Si l'Europe veut se protéger, elle doit également se doter des industries qui permettent d'avoir des équipements qui nous assurent notre sécurité.

Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je voulais dire pour illustrer ce que notre partenariat peut contenir. Nous avons une base solide quant à la qualité des relations humaines que nous sommes capables de tisser, nous avons des industries qui sont complémentaires et nous avons la même volonté de préparer l'avenir, d'assurer la transition énergétique, d'être les plus innovants en matière de technologie et d'avoir les meilleures infrastructures. Tout cela peut donner à notre relation la dimension que je voulais lui accorder.

Mais rien ne pourra se faire sans les chefs d'entreprise. C'est vous qui avez la réponse. Les responsables politiques peuvent favoriser, encourager, créer le meilleur climat, montrer l'enjeu. Mais ce sont les entreprises entre elles - parfois les unes par rapport aux autres - qui doivent avoir les meilleures relations pour bâtir l'économie que nous voulons entre la France et la Pologne. Ce que j'ai dit aux parlementaires polonais qui me faisaient l'honneur de m'accueillir au sein de la Diète, c'est que notre relation historique nous oblige. Nous avons coutume en France de regarder beaucoup notre histoire et d'en parler -- légitimement d'ailleurs -- avec fierté. Les polonais peuvent avoir aussi les mêmes sentiments. Un pays qui s'est autant battu pour son indépendance, qui a été aussi farouchement attaché à la liberté, autant, voir d'avantage que la France, dans certaines circonstances.

Nous avons donc des liens très forts mais nous ne sommes pas simplement là pour parler de l'Histoire, nous sommes là pour préparer l'avenir. L'Histoire doit être un moyen de nous créer des obligations nouvelles. C'est la raison pour laquelle je voulais, au cours de ce déplacement qui est trop court et qui donne envie de revenir -- puisque j'ai eu également l'occasion dans ce même lieu de refaire les expériences de Marie Curie, sans les découvrir -- je voulais vraiment vous lancer un appel, un appel à un travail commun, à une relation exceptionnelle. Et également un appel à faire l'Europe. Car la France comme la Pologne -- la France comme pays fondateur, la Pologne comme pays libérateur -- ont des responsabilités pour la construction européenne. Aujourd'hui qu'elle est arrêtée, pour un temps, à cause de la crise de la zone euro qui n'a que trop duré, nous devons lui donner une nouvelle impulsion et c'est aussi le sens de ma visite ici -- trop courte -- à Varsovie. Elle aura, j'espère, d'autres prolongements et notamment économique. Merci ».

LE PRESIDENT BRONISLAW KOMOROWSKI -- « Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs. Merci de tout cœur pour ces bonnes paroles. Monsieur le Président, vous serez toujours le bienvenu, vous serez toujours accueilli chaleureusement en Pologne. Je vous invite donc déjà pour une visite plus longue et je suis convaincu que toutes les visites du Président français seront profondément vécues par les polonais et peuvent être une source de satisfaction pour la France et les Français.

A juste titre, vous avez remarqué que dans les relations héritées de l'Histoire, il y a beaucoup de place pour des émotions positives polono-françaises. Il y a beaucoup de place pour l'amitié. Mais je voulais attirer l'attention sur le fait que dans l'amitié, c'est un peu comme dans l'amour, cela demande de temps en temps quelque chose de concret, cela demande une confirmation dans différentes formes.

Les sentiments chaleureux créent un climat particulier dans les relations entre les personnes, dans les relations entre les nations. Je voudrais vous remercier chaleureusement pour l'organisation de cette rencontre, pour votre participation et pour la participation des représentants des principales sociétés françaises dans tous les domaines d'affaires. Je suis extrêmement content que vous arriviez à trouver ici, en Pologne, des partenaires pour discuter et pour faire des affaires ensemble.

Nous avons discuté avec le Président français dans un esprit de soutien pour les initiatives, pour la créativité, pour les idées des praticiens de l'économie. Pour notre part, nous avons la volonté de créer un cadre politique de soutien pour ce qui peut se faire de bien dans les relations d'affaires entre les hommes d'affaires. La Pologne et la France sont des pays qui sont proches dans de nombreux domaines y compris économiques.

La France est depuis des années un partenaire stratégique de notre pays avec les Allemands et les Italiens -- c'est ce qui découle des statistiques -- vous êtes parmi nos trois premiers partenaires les plus importants dans les investissements. A la fin de l'année dernière, le cumul de la valeur des investissements français dans notre pays a été de plus de 19 milliards d'euros. En Pologne il y a presque 1 300 sociétés au capital français qui embauchent, dans la réalité, presque 200 000 personnes. Dans une période de préoccupation sur l'emploi, ces chiffres illustrent l'importance du phénomène de la coopération franco-polonaise.

D'un autre côté, la Pologne occupe une place importante en tant que partenaire commercial français. Les résultats de l'année dernière ont été un record, le chiffre d'affaire a dépassé les 15 milliards d'euros. Je pense -- et je pense que nous pensons la même chose avec Monsieur le Président -- qu'il reste encore beaucoup d'autres zones de coopération pour faire en sorte que la future relation économique, plus étroite, trouve encore des champs d'expansion. Je suis persuadé que c'est un grand défi, aussi bien pour les hommes politiques que les praticiens de la vie économique.
La France, pour les polonais, c'est presque depuis toujours un pays moderne, un pays qui a un grand potentiel économique et un marché à grande capacité d'absorption. C'est un pays qui a non seulement un passé énorme mais aussi un énorme avenir avec beaucoup d'opportunités et de possibilités. Je suis sûr que la croissance de nos chiffres d'affaires économiques mutuels va contribuer à la prospérité de nos deux pays.

Nous, les polonais, sommes parfois étonnés nous-même. Mais ce que j'ai dit de ces investissements mutuels devient de plus en plus une réalité aujourd'hui. Les sociétés polonaises rentrent maintenant dans une nouvelle étape qui leur permet d'investir des fonds considérables en dehors des frontières polonaises. Grâce à l'effort des 20 dernières années, l'économie polonaise est devenue compétitive, attractive et attrayante.

Je vois ici un lien important entre la réalité polonaise et ce dont a parlé Monsieur le Président Hollande : la nécessité de relever le défi qui se pose à toute l'économie de l'Union européenne, le besoin de maintenir la compétitivité. Nous avons réussi en Pologne à construire un système économique stable dans lequel le système bancaire est une source de capital et non pas de problème. Nous avons des mécanismes de défense du système financier, de contrôle des banques très forts et très stricts, qui permettent de maintenir un équilibre sain. Nous sommes capables de maintenir en équilibre les finances publiques, mais nous sommes également capables -- ce qui est extrêmement important -- de dépenser avec sagesse.

La Pologne a un régime de dépenses qui est très correct, avec une limite constitutionnelle de l'endettement. Pour la dette publique, on doit la maintenir à un niveau raisonnable limité par une loi que personne ne pourra mettre en question. Ce qui se passe dans beaucoup de pays européens, nous l'avons dans notre pratique, dans notre constitution depuis une quinzaine d'années. C'est grâce à cela que la Pologne fait partie des pays qui se développent le plus rapidement. Malgré une situation économique défavorable ces dernières années, nous avons réussi à maintenir une croissance économique : dans les années 2008-2011 la croissance cumulée est aux alentours de 16%. Le plus important c'est que ce ne sont pas des feux d'artifices, c'est un travail pas à pas, très conséquent ».

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