Allocution à Saint-Pierre-et-Miquelon

Écouter
Rubrique : Outre-mer

Mesdames les ministres,

Madame la sénatrice-maire de Saint-Pierre,

Monsieur le député,

Monsieur le Président du conseil territorial,

Monsieur le maire de Miquelon-Langlade,

Mesdames, Messieurs les élus,

Mesdames, Messieurs qui représentez les forces vives de l’archipel,

Je veux d’abord vous remercier pour l’accueil que vous m’avez réservé tout au long de cette journée. Je serai là aussi, demain matin, pour les cérémonies du 24 décembre. J’ai été saisi par la chaleur et l’émotion que beaucoup ressentaient en recevant le Président de la République.

Je n’étais pas le premier à venir ici à Saint-Pierre, mais j’étais le premier à venir rien que pour Saint-Pierre-et-Miquelon. J’étais également le premier chef d’Etat à venir à Miquelon. Là aussi, la population m’a témoigné son soutien ; non pas un soutien personnel, mais un soutien à la République, à la France, parce que vous êtes la France.

Je voulais venir en décembre. J’aurais pu venir au mois d’août, la proposition m’avait été faite, mais je préférais venir en hiver. J’espérais la neige… Elle a été un peu présente à Miquelon, mais je l’ai cherchée vainement, comme partout d’ailleurs, dans l’Hexagone. Mais même sans neige, l’archipel est très beau ! Je voulais venir en décembre parce que le 24 décembre (pour beaucoup, le 24 décembre, c’est Noël) est ici une cérémonie de libération, une cérémonie patriotique. Je sais que vous y êtes très attachés.

J’aurais pu venir en novembre, puisque je faisais une visite d’Etat au Canada, mais il m’a été dit par les parlementaires – et je crois que c’était juste – que Saint-Pierre-et-Miquelon ne pouvait pas être une escale ou une étape, que ce soit pour l’aller ou que ce soit pour le retour. Il fallait que ce soit un voyage, un déplacement rien que pour Saint-Pierre-et-Miquelon. Je suis donc là pour vous, je suis là pour dire combien cette terre, celle que vous chérissez, cette terre sur laquelle vous vivez, est importante pour la République.

Ici, c’est la France. C’est la France qui est – comme le disait le général de GAULLE – aux avant-postes de l’Amérique du Nord. C’est la France depuis 478 ans. Jacques CARTIER en a pris possession en 1536. Vous connaissez ces dates, parce qu’elles fondent votre histoire, votre relation avec la France. S’installèrent ici – vous en êtes les héritiers – pendant des siècles, des générations et des générations de Normands, de Basques, de Bretons…, dont les familles sont encore ici présentes. Et puis, d’autres vous ont rejoints, venant d’ailleurs et quelquefois même de l’Outre-mer. Parce qu’il y a un lien entre les Outre-mer.

Vous avez formé ce territoire. Je veux rappeler à tous nos compatriotes de l’Hexagone combien les Outre-mer nous offrent une occasion d’être fiers d’avoir des populations attachées à ce point à la France. Lorsqu’il y a des vents, qui ne sont pas des vents de quiétude ou des vents du grand large, mais des vents qui glacent le sang, quand il y a ces vents-là, il est très important de revenir vers les valeurs de la République. C’est ici qu’on les retrouve ces valeurs d’égalité, de dignité, de fierté, de reconnaissance, ces valeurs qui font que nous sommes la France.

La France est présente partout dans le monde, elle est sur l’ensemble des continents du monde. Chaque fois que le Président de la République va dans une partie du monde, il y a toujours un bout de France. J’étais, il y a quelques semaines, en Australie et en Nouvelle-Calédonie. J’aurais pu aller en Polynésie, j’aurais pu aller à Wallis et Futuna... Il y a quelques mois, j’étais dans l’Océan indien. J’étais en France, puisque j’étais à l’île de La Réunion, j’étais à Mayotte. Nous sommes présents partout, et notamment ici, en Amérique du Nord. J’aurais pu aussi, me rendant au Brésil, aller dans les Caraïbes. J’aurais été aussi en France. La France est partout.

Nous sommes Français, nous sommes donc des Français libres. C’est la leçon que vous nous avez rappelée lors de la Seconde Guerre mondiale. Votre archipel, éloigné de plus de 4.000 kms de Paris, a été délivré du régime de Vichy en décembre 1941. Il a été l’un des premiers territoires redonnés à la République par vous et l’amiral MUSELIER. Il avait fait cette expédition et réussi cette opération. Puis, il avait immédiatement demandé que la population de Saint-Pierre-et-Miquelon puisse voter pour savoir si elle se ralliait au général de GAULLE. Elle le fit. Alain SAVARY en fut ensuite l’administrateur, au nom de la France libre, puis le député pendant des années. Son nom est resté gravé dans les mémoires.

Demain matin – je l’ai dit – je serai au monument aux morts de Saint-Pierre pour célébrer le courage de ces anciens combattants. Certains sont encore parmi nous, d’autres ont disparu, mais c’est le même souvenir que nous aurons : celui de ces hommes qui ont combattu. Certains ont payé de leur vie ce combat pour la République et pour notre liberté. L’attachement de Saint-Pierre-et-Miquelon à la France tient au courage, rappelé par la sénatrice maire, à la ténacité, à la fidélité de ces générations qui se sont succédé, ici, pour faire vivre cette terre de France.

Mais cet attachement oblige la République. Elle oblige la France à la solidarité. Cette solidarité doit continuer à jouer pour les années qui viennent en faveur de votre archipel. Il ne s’agit pas d’assistance, il ne s’agit même pas de reconnaissance pour le passé, pour l’histoire. Ce n’est pas ce que vous attendez de la République, et ce n’est pas ce que la République attend de vous. Une solidarité, c’est un partage, c’est un ensemble de droits, de devoirs, d’actions et de contreparties. Cette solidarité est globale. Elle est à la fois économique, sociale, écologique, diplomatique...

Cette solidarité se manifeste par la présence de l’Etat, de ses services, de ses fonctionnaires. Je veux ici les saluer, monsieur le Préfet, puisque vous les représentez tous. Il y a l’éducation nationale, il y a la santé (j’étais, il y a quelques minutes, à l’hôpital de Saint-Pierre), il y a la gendarmerie, il y a la police aux frontières, il y a l’aviation civile. Mais il y a aussi les services de l’emploi, des questions territoriales, maritimes, alimentaires… Aujourd’hui sur l’archipel, l’Etat c’est 640 fonctionnaires qui remplissent tous une mission et qui contribuent au développement de votre collectivité.

Les dépenses de l’Etat à Saint-Pierre-et-Miquelon s’élèvent à plus de 80 millions d’euros par an. Elles sont en augmentation de près de 4% en 2014 et en 2015. C’est dire si l’Etat fait son devoir. Mais il ne s’agit pas simplement de faire son devoir. La solidarité doit correspondre à un développement. C’est tout le sens du contrat de développement. Il va être signé, le Président du conseil territorial me l’a confirmé, en janvier. 23 millions d’euros pourront être consacrés à des actions prioritaires. Sur ces 23 millions d’euros, 11 millions d’euros viendront de l’Etat pour les quatre prochaines années, c’est-à-dire un montant équivalent, chaque année, à ce que nous avons déjà fait dans la période précédente.

Plusieurs priorités ont été retenues : le soutien au développement de l’agriculture, de l’économie, de la pêche… Ici, la pêche a été, est encore, et doit être demain, une source de richesses. Il y a la promotion du tourisme. Je pense que vous n’en êtes qu’au début de ce que peut être la réussite touristique de votre archipel. Il y a la gestion des déchets. J’en ai parlé avec le maire de Miquelon. Il y a la protection du littoral, nous devons y veiller. Il y a la formation professionnelle… Voilà ce que prévoira le contrat de développement. Il sera complété par les apports du fonds européen de développement : 26 millions d’euros. C’est une augmentation de 27% sur la période 2014-2020, par rapport à la période antérieure ; une augmentation qui s’ajoute donc à la contribution de l’Etat.

L’archipel bénéficiera aussi de crédits du fonds exceptionnel d’investissement. Il a été réanimé, si je puis dire, en 2012, car il était un peu éteint. Des travaux pourront être engagés pour la distribution de l’eau, pour la réfection des écoles… Voilà ce que l’Etat doit faire pour assurer le développement de l’archipel : le développement économique. C’est à travers l’économie que nous pouvons assurer notre avenir. Cela vaut pour l’archipel, cela vaut pour la France tout entière. On ne peut pas créer des emplois s’il n’y a pas des entreprises qui participent à cette belle aventure du développement.

Il y a une chance nouvelle à travers les techniques et les technologies. Nous pouvons sauter peut-être plusieurs étapes. Je sais que vous êtes attentifs au haut débit, je sais que vous êtes désireux qu’il y ait des énergies renouvelables développées sur l’archipel. Je sais que vous êtes innovants en matière d’aquaculture, que vous avez également des idées sur les nouveaux modes de transport, sur la production de minerais, de pétrole même… Il y a donc une potentialité sur l’archipel que nous devons tous mettre en valeur.

Il y a aussi la pêche – j’en ai parlé – qui est un avenir pour l’archipel, à condition qu’il y ait des investissements, qu’il y ait de la transformation. C’est ce que nous avons vu à Miquelon, avec la SNPM et avec l’entreprise EDC. Il y a eu, et je m’en réjouis, des confirmations de subventions pour l’achat d’équipements qui pourront moderniser l’usine. Il y a eu la confirmation d’une subvention pour l’entreprise EDC qui était, à un moment, suspendue. Elle permettra de donner un avenir à cette entreprise. Je pense que la pêche sera dans les années qui viennent un facteur de développement.

J’ai dit ce que je pensais du tourisme qui peut être une attractivité nouvelle pour l’archipel. Certains projets, comme la célébration du bicentenaire de la rétrocession de l’archipel à la France, peuvent être une occasion de faire venir de nombreux touristes ici.

Il y a aussi ce que le transport maritime peut apporter à l’archipel. A l’instant, j’étais sur le port. Il m’était présenté le projet de grand port. Les caractéristiques de Saint-Pierre (cette situation géographique exceptionnelle, ses côtes, son statut de port français) offrent des conditions pour créer un outil permettant aux ports fluviaux et maritimes canadiens de la région d’être approvisionnés par des bateaux de moyenne taille, venant de Saint-Pierre.

C’est un projet qui mérite tout l’appui de l’Etat, s’il venait à voir le jour. C’est maintenant hautement probable si les investisseurs privés confirment leur intention, si les armateurs s’engagent sur ces modes de transport. Si ce projet voyait bien le jour, ce serait des dizaines d’emplois, pour ne pas dire davantage, qui seraient créés ; ce serait des usines de transformation qui pourraient être ouvertes ; ce serait donc une promesse de développement pour l’archipel. J’ai donc demandé au Préfet et à l’autorité portuaire de faire en sorte que les études puissent être conduites sur le domaine public maritime de l’Etat, dans le respect des procédures.

Je sais aussi qu’il y aura des demandes, le moment venu, de défiscalisation. Nous les regarderons avec faveur. Je sais que la ministre des Outre-mer est particulièrement attentive à ce projet de grand port, parce que cela peut être une chance pour la France. Ce n’est pas un soutien que nous ferions simplement pour Saint-Pierre et pour Miquelon, ce serait un investissement pour la France, ce serait un moyen de diffuser un certain nombre de nos produits, ce serait une capacité nouvelle pour nos armateurs, puisqu’il y a notamment un armateur français qui est concerné. C’est le lien qu’il faut toujours établir : ce qui est bon pour Saint-Pierre-et-Miquelon est bon pour la France. La réussite de la France doit se prolonger ici, à Saint-Pierre-et-Miquelon. Il y a également le projet de transbordement pétrolier. C’est un bon projet et nous le soutiendrons.

La mer, c’est ici votre histoire, votre présent et votre avenir, c’est ce qui fait que vous êtes rassemblés, parce que c’est toujours par rapport à la mer que des générations et des générations se sont engagées à vivre ici, non sans mal, non sans épreuves. Il faut donc que la sécurité en mer soit assurée. L’action de surveillance de nos eaux sera renforcée. Les moyens de lutte contre la pollution marine seront accrus avec une augmentation de 30% du nombre de jours en mer du navire Fulmar. Voilà ce que j’étais aussi venu vous assurer.

Parallèlement, il y aura une mission conduite par un organisme qui s’appelle CEREMA. Il devra rendre ses conclusions dès l’année prochaine, c’est-à-dire tout de suite, pour établir un diagnostic approfondi des besoins en matière de surveillance et de communication de l’état en mer. Si ce projet de transbordement d’hydrocarbure se confirme, nous adapterons également nos moyens de surveillance par rapport à cet enjeu.

Je sais aussi, madame la sénatrice-maire, que vous êtes devenue Présidente du bureau du conseil national de la mer et des littoraux. C’est un organisme important, un organisme national, qui permet de développer la stratégie maritime de la France. La France a beaucoup d’atouts qu’on finirait par oublier… Mais vous, vous les connaissez. L’espace maritime, c’est un atout considérable pour la France. La France, c’est le deuxième espace maritime du monde, grâce aux Outre-mer, y compris ses zones économiques exclusives, et notamment le plateau continental, j’y reviendrai.

Par notre présence sur tous les continents, nous avons un espace maritime. Mais il faut avoir une stratégie maritime, il ne suffit pas d’avoir une richesse, il faut savoir comment l’utiliser, la préserver, la protéger… Vous avez donc demandé qu’il y ait une concertation, une réflexion commune entre l’Etat et les différents acteurs. Cette stratégie pour la mer, madame la sénatrice, vous devriez avec nous, dans les prochains mois, la définir.

La solidarité enfin, c’est la protection sociale. Mais je devrais dire plutôt l’égalité. Ce que réclame ici Saint-Pierre-et-Miquelon, c’est l’égalité. Il ne demande rien d’autre. L’égalité réelle, d’abord sur la santé. J’ai évoqué mon passage à l’hôpital : un hôpital moderne, fonctionnel, exceptionnel, compte tenu des techniques qui sont utilisées et des médecines qui sont développées.

Mais on constate que pour les personnes âgées, l’égalité n’est pas au rendez-vous. Certaines sont accueillies dans de meilleures conditions que par le passé ; mais pour d’autres, c’est dans une maison de retraite qui n’est pas aux normes de confort. Il y a un effort à engager. De la même manière, j’ai souhaité que l’établissement hospitalier puisse être adossé à un centre hospitalier universitaire de l’Hexagone, pour vous donner tous les accompagnements, tous les suivis nécessaires, et pour qu’on évite les évacuations sanitaires trop nombreuses, et donc trop coûteuses, et parfois trop douloureuses pour la population. Ayons ce souci du partenariat, de la coopération, pour faire des économies et rendre un service de meilleure qualité.

J’ai également souhaité que nous puissions améliorer le régime spécifique de retraite des saisonniers, puisque sur l’archipel beaucoup de travailleurs ont fait leur vie, à cause du climat, à certaines saisons et pas à d’autres. Ce régime sera consolidé juridiquement : une ordonnance sera prise avant l’été 2015 et une convention sera passée pour fixer les paramètres et les taux de cotisation que les partenaires sociaux seront appelés à définir sur une base nouvelle.

Je veux aussi que l’égalité soit totale, entière, pour les familles, que toutes les prestations distribuées dans l’Hexagone puissent être distribuées à Saint-Pierre-et-Miquelon. Cela vaudra pour un certain nombre d’allocations : l’allocation de soutien familial pour les parents isolés et le complément libre de choix de garde, qui jusqu’à présent n’étaient pas encore étendus à la collectivité. Dès le 1er janvier 2015, pour d’autres, dès le 1er janvier 2016, cela sera le cas.

J’ai été très frappé par la qualité du logement, par l’effort accompli. Je veux féliciter les élus, pour mettre partout des couleurs différentes. Dans l’Hexagone, ce ne serait pas possible. Dans l’Hexagone, tout doit être de la même couleur. Les architectes des Bâtiments de France veillent à ce que ce soit de la même couleur. Ici, je ne sais pas s’il y a un architecte des Bâtiments de France, mais il y a un architecte des Bâtiments de Saint-Pierre-et-Miquelon ! Il a eu cette clairvoyance : vous avez toutes les couleurs. Votre archipel est particulièrement riant, quelles que soient les saisons, quels que soient les climats.

Cet effort pour le logement doit être poursuivi, amplifié. C’est la raison pour laquelle, grâce à la ministre des Outre-mer, il a été dégagé, sur la ligne budgétaire unique, 500.000 euros pour le développement d’un parcours logement, notamment pour la construction de l’immeuble « Pain de sucre », à laquelle vous êtes attachés.

La solidarité de la Nation, c’est aussi la défense de l’espace économique. On arrive là à la question sensible du plateau continental, que j’ai évoquée lors de mon déplacement au Canada. C’est pour cela que je n’ai pas voulu vous mettre dans la difficulté et que j’ai réservé à Saint-Pierre-et-Miquelon une visite spéciale. Mais j’ai dit déjà au Canada ce que je pensais de la revendication du plateau continental. Je dois dire que j’avais été particulièrement formé sur ce sujet par vos parlementaires ! C’est pourquoi, dès le mois d’août dernier, nous avons travaillé sur cette démarche. Elle a consisté à déposer le 17 avril 2014, devant la Commission des Nations-Unies, les revendications qui étaient les nôtres.

Cette démarche – je l’ai dit au Premier ministre canadien – n’est pas une action hostile à l’égard de notre voisin, puisque la France est voisine du Canada grâce à vous. Le Canada est un pays ami. Mais il est normal que nous puissions défendre nos intérêts et notre droit. Le Canada a répondu, il en avait là aussi la possibilité, en septembre dernier. Il a contesté la légitimité de la demande française. Alors qu’avons-nous fait ? Nous avons répondu à sa réponse, pour étayer nos revendications et pour chercher une solution.

Cette solution peut être celle du compromis, je le souhaite, ou une solution sur le terrain du droit, pour que nous puissions être sûrs que notre démarche a été poussée jusqu’au bout. Notre attitude est une attitude de sérénité et d’amitié, en aucune manière, une attitude d’hostilité. Je sais aussi les liens qui vous unissent à vos voisins canadiens. Nos relations avec le Canada doivent être préservées autant qu’il est possible. Elles ne doivent pas être affectées par la recherche du règlement de cette question. Je crois qu’il est très important pour l’archipel d’être bien inséré dans son environnement régional.

Reste la question de l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne. Vous savez qu’il préserve les intérêts de Saint-Pierre-et-Miquelon, puisque l’archipel n’est pas inclus dans l’accord. Néanmoins, vous vous posez des questions : est-ce que cet accord ne va pas entraîner la perte d’avantages compétitifs alors même que, puisque vous n’êtes pas dans l’accord, vous n’aurez pas les bénéfices du libre-échange ? Nous devons donc vous rassurer.

Premièrement, il sera tenu compte des intérêts de Saint-Pierre-et-Miquelon pour que les produits de la mer, susceptibles de provenir de l’archipel, soient traités à part. Nous ferons en sorte surtout que les produits de Saint-Pierre-et-Miquelon puissent accéder au marché canadien. Ce qui suppose la reconnaissance du statut sanitaire de Saint-Pierre-et-Miquelon par les autorités canadiennes. Il faut que cette démarche aboutisse, parce que c’est la condition pour que vous puissiez vous développer dans votre environnement.

Il y a aussi l’exportation des produits agroalimentaires et des déchets, pour que vous ne soyez pas envahis par vos propres déchets. Tel ne sera pas le cas, puisque nous allons construire un certain nombre d’éléments structurants pour le traitement des déchets.

Je veux terminer sur le statut institutionnel de l’archipel. C’est une question qui revient souvent, lorsque je visite un territoire d’Outre-mer. Parce que les territoires d’Outre-mer peuvent adopter plusieurs statuts. Une grande liberté leur a été accordée. C’est bien qu’il en soit ainsi, parce que la République ne peut pas être uniforme, chaque territoire a sa spécificité.

Depuis 1946, Saint-Pierre-et-Miquelon a changé plusieurs fois de statut. Depuis 2003, c’est une collectivité qui relève d’un article de la Constitution, l’article 74. Il vous donne une autonomie en matière fiscale et douanière. Ce qui fait que les impôts de Saint-Pierre-et-Miquelon ne sont pas déterminés par l’Etat. Ne vous plaignez pas de l’Etat, ce n’est pas, là, lui qui décide ! Ailleurs, oui, mais ici, non.

C’est un bon principe que le territoire puisse définir sa propre fiscalité. Mais il est aussi légitime de se poser des questions, surtout en ce moment où une réforme territoriale est votée pour la France hexagonale. C’est une réforme très importante. Beaucoup disaient : on n’y arrivera jamais. Et puis finalement, sans drame, sans heurt, nous passons de 22 régions à 13.

Vous pouvez vous poser la même question : est-ce qu’on ne peut pas clarifier les compétences ? Est-ce qu’on ne peut pas simplifier l’exercice des responsabilités ? De la même manière, vous vous posez une autre question plus technique : quelle est votre relation avec l’Europe ? Aujourd’hui, vous êtes un Pays et Territoire d’Outre-Mer, un PTOM. Vous pourriez demain devenir une Région Ultra Périphérique, une RUP. Quelle différence entre PTOM et RUP ? Est-ce que c’est plus avantageux de rester PTOM ou est-ce que c’est plus avantageux d’être RUP ? Est-ce qu’il y a plus de subventions, pour parler clairement, en étant PTOM ou en étant RUP ?

Je vous pose cette question, parce qu’il faudra mesurer toutes les conséquences. Dans le cas où vous allez jusqu’au bout de l’intégration, vous avez toutes les conséquences de l’intégration. Pour que vous puissiez sereinement répondre à ces deux questions (Quelle est la meilleure organisation territoriale ? Quel est le meilleur rapport avec l’Union européenne ?), je suis disposé à fournir toutes les expertises de l’Etat. Un conseiller d’Etat, au moins pour la première question, viendra éclairer le débat. Ensuite, les élus décideront de l’avenir institutionnel de Saint-Pierre-et-Miquelon. Je rappelle aussi qu’une consultation de la population est toujours possible. Forcément la démocratie sera donc respectée.

Voilà, mesdames et messieurs, ce que j’étais venu vous dire pendant ce déplacement trop court. C’est une découverte pour ce qui me concerne. Il y a encore beaucoup de choses à voir, beaucoup de choses à reconnaître. Mais une chose est sûre, Saint-Pierre-et-Miquelon est une partie intégrante de la France, de la République. C’est bien plus qu’une trace de l’histoire, c’est l’expression de la vaillance d’une population à vouloir être française, à vouloir vivre ici. Cette population a connu bien des vicissitudes, elle a parfois été obligée de quitter le territoire. Elle y est revenue à chaque fois. Elle a toujours voulu vivre ici, comme un attachement à une terre de France.

J’étais dans cet établissement hospitalier, je voyais des médecins, je voyais des personnels qui avaient choisi de venir vivre ici. C’est toujours la même histoire qu’ils m’ont racontée : on vient d’abord pour un mois, deux mois, trois mois, pour une mission… Et puis on y reste trente ans, quarante ans, toute sa vie. Il y a sans doute ici un attachement encore plus grand, une fraternité plus forte que dans d’autres territoires.

Saint-Pierre-et-Miquelon, je l’ai dit, c’est une chance pour la France, parce que grâce à vous, nous sommes présents sur plusieurs grandes routes maritimes de l’Europe du Nord vers la côte Est des Etats-Unis, de l’Asie à Montréal. Vous êtes là, à la croisée de beaucoup de chemins. Saint-Pierre-et-Miquelon, c’est un port qui peut devenir demain un grand port de l’espace maritime français. Raison de plus pour protéger votre archipel, le littoral !

Nous avons aussi les désordres du réchauffement climatique qui apparaissent, l’élévation du niveau de la mer qui touche beaucoup d’îles, partout dans le monde, la vôtre aussi… Sans qu’il y ait à dramatiser, nous devons nous mobiliser, nous mobiliser fortement. Ce sera l’enjeu de la conférence sur le climat, que nous allons organiser à Paris, en décembre 2015. C’est là que nous prendrons des décisions, la France et le monde entier, pour limiter le réchauffement climatique, pour éviter qu’il y ait ces catastrophes qui se répètent, qu’il y ait ces îles qui soient englouties, qu’il y ait cette biodiversité qui soit menacée. C’est cela ce que nous allons faire pendant tous ces mois.

C’est un enjeu écologique, mais c’est un enjeu humain, parce que nous ne pouvons détacher l’écologie de l’humanité. C’est la préservation de notre espace naturel, mais aussi de notre espace humain. Il serait forcément atteint si la biodiversité était mise en cause. C’est aussi à Saint-Pierre-et-Miquelon que se joue l’avenir de la planète. Partout nous devons nous mobiliser, sans effrayer et sans inquiéter, mais sans rassurer non plus. Ce ne serait pas le bon réflexe, parce qu’il nous faut savoir où nous allons.

Il y a eu longtemps des hypothèses sur le réchauffement climatique. Il y en avait qui disaient : c’est finalement une vue de l’esprit, il a toujours fait le même climat, c’est une affaire de cycles. Maintenant, le constat est implacable, tous les experts scientifiques convergent : il y a un réchauffement climatique. Il a été de 1 degré au dernier siècle, il pourrait être de 3 ou 4 degrés dans le prochain siècle. Nous devons le limiter à 2 degrés, ce qui serait déjà beaucoup, ce qui justifie mon implication personnelle et la mobilisation de la France.

Je reviens vers vous, parce que demain, il y aura la commémoration du 73ème anniversaire du ralliement de Saint-Pierre-et-Miquelon à la France libre. Il était donc important d’être ici, même si, en France, il se passe des choses graves et des événements tragiques (trois en 72 heures) de nature différente, mais dont la concomitance a soulevé bien des inquiétudes. Il y a eu un acte à Joué-lès-Tours, dont maintenant l’origine est connue. Il y a sûrement, là, un acte terroriste. Puis ensuite, il y a eu Dijon, où il s’agit sans doute d’un acte d’un irresponsable, mais il faudra encore en connaître davantage. Et puis, il s’est passé aussi une tragédie à Nantes, où une voiture a fauché des passants.

Un jeune est mort. J’ai eu ses parents pendant que j’étais ici, à Saint-Pierre-et-Miquelon. Je voulais témoigner notre solidarité, celle de toute la Nation, à ses parents, à cette famille. Elle est durement éprouvée et elle m’a dit une chose que je veux ici vous révéler. Elle m’a dit : notre fils a donné son organe, il l’avait prévu, nous le voulions. Il a donné sa vie, et on lui a pris sa vie… Quel plus beau geste pouvaient faire ces parents : donner sa vie alors qu’on venait de lui prendre la vie de son enfant. C’est ce que nous devons finalement garder à l’esprit : même dans la douleur, même dans l’épreuve, il doit y avoir une valeur qui nous dépasse de fraternité, d’humanité. Ce jeune en a été capable, alors qu’il a été lui-même fauché, alors qu’il n’avait pas 25 ans.

Oui, il y a ici des valeurs. Ces valeurs-là me permettent de dire que la France ne se laissera jamais intimider, qu’elle ne perdra pas non plus son sang-froid, qu’elle sera toujours vigilante face à tous les actes de racisme, d’antisémitisme, qu’elle sera ardente pour se défendre, si elle est attaquée. Face au désordre, face à la folie, c’est le rassemblement autour des valeurs de la République qui est notre meilleure force, qui est notre meilleure arme. Vous l’avez ici éprouvé à différentes reprises dans votre propre histoire. C’est en étant unis, rassemblés, sûrs de ce que nous portons comme valeurs essentielles que la France réussira, que la France surmontera les épreuves qu’elle peut connaître. C’est ainsi que Saint-Pierre-et-Miquelon continuera son existence, son existence valeureuse, son existence courageuse et son existence prometteuse.

Vive Saint-Pierre-et-Miquelon ! Vive la République et vive la France !

Rechercher dans les actualités

Une liste des raccourcis clavier pour le calendrier est disponible dans la page accessibilité. Lors de la validation d'une date ou de la sortie du champ, l'agenda sera automatiquement mis à jour. Entre et

Dernières actualités