Avril 2014

50ème anniversaire de la Maison de la Radio

Mesdames les ministres,

Monsieur le Président de Radio France,

Messieurs les Présidents honoraires – je ne sais pas si le titre existe à Radio France !

Monsieur le Président du Conseil supérieur de l’Audiovisuel,

Mesdames, Messieurs les parlementaires,

Mesdames, Messieurs les amis du service public – et d’autres qui peuvent néanmoins assister à cette représentation !

 

Je voulais, par ma présence, saluer le moment d’un anniversaire. Il y a cinquante ans s’ouvrait cette maison ronde, à l’architecture insolite et singulière, conçue par un grand architecte, Henry BERNARD.

 

L’esprit de ce lieu avait été défini, il y a 50 ans, vous l’avez rappelé Monsieur le Président, lors de l’inauguration par le général de GAULLE. Vous avez souligné que c’était un expert de la radio. C’est vrai, il avait su l’utiliser à des bonnes fins ! Il savait la puissance de ce que pouvait être une radio. Il savait la capacité que ce vecteur peut produire, au-delà même de ses auditeurs, car une radio s’adresse à des citoyens. Il avait aussi anticipé ce qu’était la compétition, parce qu’il avait lui-même participé à une bataille et même à une guerre, celle des ondes.

Alors, il avait donné la feuille de route pour cette Maison de la Radio – si tant est qu’une maison puisse avoir une feuille de route, quand elle est placée là où elle était et est encore ! La radio devait concourir à la liberté, à la dignité, à la solidarité des hommes. Il fallait un bâtiment qui puisse porter, représenter, incarner cette ambition. Ce bâtiment, c’est la Maison de la Radio. Elle était conçue comme un vaisseau amiral, c’est-à-dire susceptible de faire rayonner la langue française, la culture, la science, les arts, les idées. Mais elle était également conçue pour bien maîtriser l’information. Nous étions à un moment où l’Etat concevait la radio comme sa propriété alors que, aujourd’hui, ce sont les Français qui sont propriétaires de la radio.

La réhabilitation de ce « Colisée du XXème siècle » a été engagée, il y a maintenant plus de six ans. Il a respecté l’idée initiale – garder l’aspect circulaire – et conçu, en même temps, les marques de cette maison pour le prochain siècle. Cette réhabilitation s’est imposée, au départ, pour des raisons de sécurité. Comme quoi, parfois, il faut bien qu’il y ait des contraintes qui permettent de trouver des chemins qui, jusque-là, n’avaient pas été empruntés ! L’Etat, les dirigeants de Radio France, la Ville de Paris ont voulu en faire une opportunité pour que ce lieu soit, à la fois, le même et puisse être différent. Cette réhabilitation était et reste encore un défi, puisque la Maison de la Radio héberge la plus grande entreprise culturelle de France et deux tiers de ses 4 600 salariés.

Cette réhabilitation, c’est le choix du respect de l’histoire de ces cinquante dernières années, de la fidélité à la mission, mais aussi le choix de la modernité. Je veux ici en féliciter tous ceux et toutes celles qui y ont contribué, parce qu’il y a eu un grand changement. La maison était jusque-là tournée vers son centre et désormais elle est ouverte. Elle accueille, en son sein, la Ville et la lumière – la lumière du jour, qui permet maintenant de se repérer dans les couloirs ! Qui ne s’est jamais perdu dans les couloirs de cette maison ?

Moi-même, j’y ai été invité très jeune, sans doute comme parlementaire… Je me souviens encore du Journal de 13h que présentait Jean-Luc HEES. Il fallait aller au studio mais comment y entrer ? Les portes étaient toujours fermées. Alors on faisait le tour ! Pour ceux qui connaissent bien la télévision, à défaut de la radio, il y avait un moment incomparable de télévision qui était la « caméra invisible » avec Jacques LEGRAS. Un des moments de cette caméra invisible se passait à la Maison de la Radio, sans que le visiteur ne puisse jamais accéder véritablement là où il voulait aller, sans pour autant éprouver la moindre colère ! Il visitait, il tournait... Maintenant, la lumière est et restera.

Je parle du bâtiment, je parle de cette maison… Mais je devrais parler de la radio car, à l’heure même où la maison fut inaugurée, Roland DHORDAIN était chargé de lancer les trois stations : France Culture, France Musique et France Inter. Depuis, nos souvenirs sont attachés à des émissions qui sont devenues cultes, et aussi à de grandes voix.

Permettez d’évoquer quelques souvenirs personnels. Il y avait le « Jeu des 1 000 francs ». Mon grand-père était particulièrement attaché à cette émission. J’en connaissais tous les rites, les questions bleues etc… Il me disait que, avant, c’était le « Jeu des 100 000 francs » et que, pour une raison qui appartenait à PINET pour lequel il avait une certaine estime, c’était devenu le « Jeu des 1 000 francs ». Maintenant, c’est le « Jeu des 1 000 euros ». Cela change un peu la perspective de gain mais aussi l’esprit ! Et une voix, forcément une voix, celle de Lucien JEUNESSE. Il portait d’ailleurs un nom formidable pour rester aussi longtemps à l’antenne.

Je me souviens aussi de « Radioscopie » de Jacques CHANCEL, où nous étions capables d’inviter, là où nous étions, tous les plus grands intellectuels et de leur poser des questions comme Jacques CHANCEL sur la mort, sur la vie… Puis, « l’Oreille en coin » et son impertinence. Ce n’était pas facile à l’époque ! Les réquisitoires de DESPROGES dans un tribunal où chacun souhaitait aller à l’époque. Puis, les nuits avec José ARTUR, le « Pop club »… Et Pierre BOUTEILLER, dont je ne me lasse pas de répéter ce qu’il nous confiait – j’étais jeune à l’époque : « qu’il est bon de ne rien faire quand tout s’agite autour de vous ». Maintenant, j’agis ! Autres temps, autres responsabilités.

Je n’oublie pas non plus Claude VILLERS, « Marche ou rêve », parce que l’on peut marcher et rêver. C’est ce que nous faisons. Puis, les émissions préférées : la culture, le sport, Jacques VENDROUX et le multiplex, penser que nous sommes sur un terrain, que l’on peut même marquer des buts et pas contre son camp, jamais ! J’aurais pu évoquer tant d’animateurs, tant de producteurs, tant de journalistes. Je vais n’en citer qu’un en cet instant : Jean-Louis FOULQUIER, disparu le 10 décembre dernier, qui a fait découvrir tant de talents, qui a donné à la chanson française tant de plaisir, tant de bonheur au gré de ses propres découvertes et de ses propres curiosités

50 ans : que de choses ont changé depuis cette époque !

D’abord, la création de l’ORTF, son autonomie progressivement conquise, la séparation de la télévision et de la radio, puis les radios libres – car certains l’ignorent peut-être – mais avant il n’était pas possible d’ouvrir des radios. On pouvait même aller en prison et c’était arrivé. En tout cas, la menace existait avant 1981. Alors, François MITTERRAND libéralisa les ondes. Cela aurait pu être un défi terrible pour cette maison. Mais la concurrence avait toujours existé, avec les radios que l’on appelaient à l’époque périphériques.

Puis, au-delà de ce moment des années 80, il y a eu plus récemment l’irruption du numérique, la création des webradios bouleversant les comportements des auditeurs et de leurs habitudes. La profusion des images et des sons où tout est accessible. Le meilleur mais aussi le pire, d’où la nécessité d’un grand service public de la radio, de la télévision.

Le service public, ce n’est pas simplement des mots que l’on utilise, c’est une exigence. La question aujourd’hui n’est pas l’accès au contenu – tout est permis, tout est possible – mais celle de la distinction entre les contenus : comment savoir ce qui relève de la rumeur ou ce qui appartient à l’information ? Comment séparer l’image tronquée du reportage sérieux ? La réponse est dans la signature, dans la qualité de l’émetteur. Le service public n’est pas le seul mais il est le symbole de cette fiabilité. Sa valeur, ce sont donc ses émissions ; sa richesse, ce sont ses stations, leur multiplicité, leur diversité ; sa force, ce sont ses règles, c’est-à-dire des règles qu’il s’est créé à lui-même, même si le Conseil supérieur de l’audiovisuel veille, s’il en était besoin, à ce que tout soit conforme à l’esprit et à la lettre.

Le service public, c’est aussi la durée. Ne pas être simplement dans l’instant. Concevoir des habitudes, parfois les changer, installer des sons, des musiques, des cultures. Le service public, c’est la rigueur dans la restitution de ce qui est une information ou de ce qu’est une sensation, une émotion. Le service public, c’est l’indépendance. L’indépendance par rapport aux forces économiques, par rapport aussi aux pressions politiques, il y en a toujours. D’où aussi le rôle du Conseil supérieur de l’audiovisuel.

Ces valeurs, ce sont les vôtres. Pour elles, dans le monde entier, vos journalistes sont prêts à les défendre, à les promouvoir. J’ai une pensée pour nos deux journalistes qui ont été, hélas, assassinés Ghislaine DUPONT et Claude VERLON, envoyés spéciaux de RFI au Mali, c’était le 2 novembre. Nous ne les oublions pas. Le service public, c’est la diversité des missions. C’est l’impartialité. C’est informer, éduquer, distraire. Ces trois principes restent essentiels. Ils peuvent évoluer dans la forme et dans les modalités, être sans cesse changeant, mais ce sont les trois objectifs que vous vous assignez.

Pour cette inauguration, pour, plus exactement, cet anniversaire – puisque le temps n’est pas encore venu d’inaugurer ce que sera cette maison dans trois ans, je m’y prépare… – je veux saluer Radio France et donc m’adresser à l’ensemble des salariés, de ses métiers, de ses activités. Il y a eu un très beau film de Nicolas PHILIBERT, en 2012, qui a montré que cette maison était une ville qui ne s’arrêtait jamais. Ville où se côtoient des orchestres, des comédiens, des metteurs en scène, des journalistes, des producteurs, des réalisateurs, des techniciens et des visiteurs...

Je veux aussi saluer les auditeurs parce qu’une radio n’est rien si elle n’est pas écoutée. Les auditeurs du petit matin, j’en suis, qui se réveillent en voulant entendre les nouvelles, savoir quel temps il va faire et ce que va être la journée. Je prends mes risques, chaque matin. D’abord, 6h30, on ne sait jamais… 7h, c’est confirmé. J’attends jusqu’à 8h…, j’arrête ! Les auditeurs de l’après-midi. J’en étais autrefois, il y a bien longtemps. Ceux qui veulent rompre l’ennui et écouter ce qu’ils n’auraient jamais pensé entendre. Et puis ceux de la nuit qui veulent échanger, quelquefois parler… Ici, on a inventé des émissions, avant que l’on parle d’interactivité, où l’on pouvait parler, se confier en pensant que personne n’écoutait… Ce qui est faux. Il y a des voyeurs et il y a des écouteurs ! Vous travaillez 24h sur 24. C’est cela la radio publique : tout le temps. Vous fédérez des communautés improbables qui font la richesse.

En saluant Radio France, je veux évoquer ses contenus : les concerts intégraux, c’est-à-dire ininterrompus ; des fictions écrites spécialement pour la radio, jouées à la radio – je salue ici les comédiens qui le font et qui parviennent à nous faire rêver d’une scène de théâtre ; les documentaires radiophoniques et les émissions d’histoire. Vous donnez toute la place à la culture, aux savoirs, à la science. C’est ce qui fait qu’il y a ici un patrimoine qui est maintenant accessible grâce à l’Institut national de l’audiovisuel. Ce qui fait que votre radio fait de l’histoire et, en même temps, contribue à la mémoire commune.

En saluant Radio France, je m’adresse enfin à toutes les radios qui la constituent, à France Inter, France Culture, France Musique : 50 ans ! Puis aux autres, aux stations Bleu, dont le succès dit combien la proximité est aussi une valeur – et je la défends – pour les Français. Quelle fierté pour un maire d’avoir une radio France bleu, qu’il est obligé d’ailleurs de payer. Mais il y consent volontiers : comme cela, il pense qu’il aura de la « bonne » information. Laissons-le croire !

Et aussi à France Info, premier media d’information continue. Toutes les quinze minutes, cela vient et cela revient, cela change et on a envie d’entendre, toujours, ce qu’est l’information. France Info a été une innovation dans le paysage audiovisuel. A FIP, la musique sans discontinuer que l’on entend partout, chez le coiffeur, dans les ascenseurs et que l’on est content de retrouver. Au Mouv’, pour rester jeune… Radio France offre, à elle seule, la radio qui donne toute la liberté, parce qu’il y a toujours une radio qui correspond à un besoin que l’on éprouve.

Nous sommes réunis ce soir pour marquer notre attachement à cette maison, à Radio France, à l’idée du service public. En même temps, nous sommes conscients des évolutions qui restent forcément à imaginer et à préparer. Certaines sont en cours. Radio France a numérisé son antenne, a ouvert des sites internet qui permettent une écoute différée, offrent à chacun la possibilité de constituer sa propre audiothèque. On peut maintenant télécharger : France Culture est devenue la deuxième radio la plus podcastée. Radio France peut être captée par les francophones du monde entier, ce qui est considérable comme influence.

D’autres mutations sont possibles. Nous pourrions par exemple imaginer que France Télévision et Radio France puissent un jour assembler leurs contenus internet dans un grand service audiovisuel numérique. Mais, là, je m’aventure peut-être et je préfère ne pas trancher car Radio France, c’est la liberté. La liberté d’expression pour les journalistes ; liberté de création pour les producteurs, les animateurs ; liberté d’imagination.

L’avantage, disait Orson WELLES, de la radio sur le cinéma, c’est que l’écran est plus grand parce que l’on peut tout imaginer. La radio, c’est l’intimité, c’est-à-dire qu’elle n’envahit pas. On l’invite. Il y a comme un dialogue singulier entre l’auditeur et l’émetteur.

Alors, Mesdames et Messieurs, dans un an, la Maison de la Radio sera réouverte au public. C’est déjà en cours. Elle accueillera encore plus de visiteurs : à côté de la salle Olivier MESSIAEN, un auditorium de 1 400 places est prévu. Ce sera l’une des plus grandes salles de concert de la capitale. Cette ouverture, je pense que c’est le symbole de la maison de Radio France, la nouvelle maison de Radio France.

La Maison de la Radio, c’est la maison de la France. Elle réunit tous les Français, elle les rassemble, sans distinction. Elle les respecte, au-delà de toutes leurs sensibilités. La France est dans sa radio. Elle y apparaît telle qu’elle est : vivante, avec son temps, avec ses questions, avec ses doutes, avec ses inquiétudes, mais aussi avec ses espoirs, avec toute sa diversité et, en même temps, son unité.

Voilà la grande réussite de votre maison. Je salue tous ceux qui lui ont apporté leur passion, leur professionnalisme depuis cinquante ans. Je veux terminer en disant « Joyeux anniversaire » à la Maison de la Radio et merci à toutes celles et à tous ceux qui la préparent aujourd’hui pour les cinquante prochaines années. Merci.

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