Type de contenu : Album photosLes photos de l'arrivée à l'île de la Réunion

Type de contenu : VidéoL'interview du président à son arrivée à Saint-Pierre

Type de contenu : Conférence de presseLe texte de l'interview

Point presse à l’aéroport de Pierrefonds

QUESTION :

Nous sommes dans un département où le taux de chômage est record. On connait la panne de croissance de la France. Allez-vous néanmoins garder le cap que vous avez fixé dans votre pacte de responsabilité ou non ?

LE PRESIDENT :

La Réunion est l’un des territoires de la République où le taux de chômage est le plus élevé. Taux de chômage de l’ensemble de la population active : 30%. Taux de chômage des jeunes qui peut aller jusqu’à 60%. D’autres départements ne pourraient pas, avec de tels chiffres, tout simplement supporter cette situation. A la Réunion, il y a une volonté, une abnégation, et aussi un sens de la responsabilité qui permet de comprendre pourquoi cela tient quand même. Mais l’Etat doit être là.

Alors est-ce qu’il y a besoin d’inventer des politiques différentes ici, à la Réunion, par rapport à la Métropole ? Non. Il y a d’abord à appliquer le pacte de responsabilité. C’est-à-dire soutenir les entreprises et faire en sorte qu’elles puissent investir et embaucher. Il y a toujours à faire que les « emplois d’avenir » puissent être une solution pour ceux qui ont moins de 25 ans.

Il faut néanmoins faire plus et davantage compte-tenu des spécificités. J’ai donc décidé d’adapter le pacte de responsabilité, le CICE, de faire qu’il y ait des taux, des modalités qui puissent être plus favorables pour l’Outre-mer que pour l’Hexagone. J’ai également fait en sorte que les modes de financement des « emplois d’avenir » soient plus favorables à la Réunion que partout ailleurs. Pour qu’il y ait le plus possible de collectivités locales et d’associations qui puissent embaucher des jeunes. Enfin, j’ai veillé avec les ministres successifs de l’Outre-mer à ce que nous puissions maintenir les défiscalisations pour que l’investissement privé puisse être stimulé.

Depuis deux ans, l’Outre-mer a été une priorité. D’abord, parce que c’est une chance l’Outre-mer pour la France. C’est une chance de pouvoir être sur les océans. Une chance de pouvoir disposer d’une façade maritime. Une chance de pouvoir être sur l’ensemble des continents. Une chance d’avoir cette biodiversité. Une chance d’avoir cette population dynamique qui veut apprendre. Mais en même temps il faut lui permettre d’assurer son développement. Cela sera le sens de ce voyage : montrer les atouts de la Réunion et de Mayotte où j’irai après ; et mettre tous les moyens les plus originaux, qui ne sont pas tous financiers, au service de cette cause-là.

Il va y avoir un grand port maritime, ici à la Réunion. Il va y avoir un investissement très important parce que la Réunion se situe dans l’Océan indien et a une capacité de transit très favorable. Nous ne sommes donc pas là pour distribuer des aides, parce que c’est un voyage présidentiel. Ici, on ne fait pas la mendicité, on ne demande rien de plus, on demande des droits.

Les Réunionnais sont dans la République, les Réunionnais ont des atouts, les Réunionnais ont des projets à faire valoir. Le Président de la République doit non seulement entendre, mais apporter des solutions.

QUESTION :

Monsieur le Président, il n’y a pas de croissance, pas de résultat à ce stade. Est-ce que vous restez confiant dans votre cap ?

LE PRESIDENT :

Oui, je ne pensais pas que la croissance reviendrait d’un bond. Il y a une difficulté, on la connait à l’échelle de l’Europe, avec les politiques d’austérité qui ont été mises en place. Il y a une situation géopolitique en Ukraine et au Proche et Moyen-Orient qui pèse sur l’économie française, européenne et même mondiale.

Alors qu’est-ce que je dois faire ? Attendre simplement que les mécanismes se mettent en place ? Oui, parce qu’il doit y avoir de la cohérence avec le pacte de responsabilité. Mais je dois en faire davantage. Davantage cela veut dire, mettre en place un plan sur le logement qui permettra la relance. En faire davantage sur le travail – une aspiration très forte ici à la Réunion comme partout ailleurs – ce seront des mesures prises pour assouplir, libéraliser et faire sauter un certain nombre de verrous, dans un certain nombre de secteurs et professions règlementées ou autres. En faire davantage sur l’investissement qui doit être mieux financé. En faire davantage enfin sur tout ce qui peut permettre de mettre plus de croissance et plus d’investissement et aussi du pouvoir d’achat, puisqu’il y aura des baisses d’impôts.

Le Conseil constitutionnel n’a pas souhaité de la disposition que nous avions prise. Il faut faire toujours preuve d’intelligence, on n’est jamais démuni, et donc dire : « Qu’est-ce qu’on va faire ? ». On a 2,5 milliards ; on va les utiliser pour que ceux qui payent peu d’impôts n’en payent plus ; et ceux qui pouvaient risquer d’en payer n’en payent pas. Et en plus toucher des catégories moyennes. Cela va être une grande réforme fiscale de l’impôt sur le revenu.

Une autre grande réforme : on a beaucoup de dispositifs en France qui ne sont pas toujours bien utilisés : la prime pour l’emploi qui sait exactement qui la touche ? Comment on la touche ? A quel moment on la touche ? Et le RSA activités pour la reprise du travail, cela existe aussi ici à la Réunion. On va fusionner ces prestations pour qu’elles soient encore plus utiles, ciblées et même élevées. Pour que les précaires, les salariés modestes qui travaillent parfois beaucoup puissent en être les bénéficiaires effectifs.

Voilà ce que je fais. Je prends les chiffres pour ce qu’ils sont. Je préférerais qu’ils soient meilleurs. Mais je fais en sorte que nous puissions avancer dans la cohérence. La cohérence c’est le pacte de responsabilité. Avancer, c’est l’ensemble des domaines. J’ai demandé au gouvernement de les présenter rapidement. Dès la semaine prochaine, cela ne va pas être long, sur les quatre domaines dont j’ai parlé, il y aura des propositions qui seront faites.

QUESTION :

Monsieur le Président vous connaissez la situation spécifique de la Réunion, situations économique et sociale difficiles. Quelles mesures concrètes dans vos bagages ?

LE PRESIDENT :

Il y a plusieurs mesures, je vais les égrainer tout à long de cette journée. Elles vont toucher des points très importants pour les Réunionnais : des investissements sur le logement, sur l’hôpital, sur le port… Des investissements qui sont attendus depuis très longtemps.

Mais il y a aussi toutes les questions d’emploi. L’emploi, c’est la première priorité, partout en métropole et Outre-mer. Mais il y a des outils spécifiques : comme je l’ai dit, le pacte de responsabilité s’appliquera partout en France, mais avec des modalités spécifiques à la Réunion. Les « emplois d’avenir », c’est partout en France, mais avec des modes de financements différents selon les territoires et d’abord selon l’Outre-mer.

Il y a également tout ce que nous pouvons faire pour l’investissement. Il y a des défiscalisations qui existent depuis longtemps. J’ai fait en sorte que ces défiscalisations soient préservées, maintenues et même améliorées pour que les entreprises et les investisseurs sachent bien le cadre dans lequel ils peuvent travailler. Il n’y a rien de pire que l’inconstance, l’incohérence, l’instabilité… Il faut donner à l’Outre-mer ce qu’on veut donner à l’Hexagone : de la clarté, de la cohérence et du temps.

QUESTION :

Vous êtes attendu de pied ferme, François Hollande. La fraicheur sous les tropiques, est-ce que vous y êtes préparé ?

LE PRESIDENT :

Je suis préparé à tout moi ! La chaleur, la fraicheur… Aux bons et aux moins bons indices… Je suis préparé à tout. C’est vrai qu’ici nous arrivons en hiver. Mais l’hiver n’empêche pas les idées, n’empêche pas l’amitié, n’empêche pas la ferveur. Vous savez, je devais venir à la fin du mois de juillet à la Réunion. D’une certaine façon je suis en retard. Chacun peut comprendre la raison. L’avion d’Air Algérie s’était écrasé, de nombreuses familles françaises étaient touchées. J’ai demandé aux élus de la Réunion de comprendre que je ne viendrai pas à la fin du mois de juillet. Mais je n’ai pas voulu perdre de temps. Nous sommes à la fin du mois d’aout, je suis là.

QUESTION :

Monsieur le Président, le monde agricole est particulièrement inquiet, notamment toute la filière canne. Quelle annone peut-on leur faire aujourd’hui ?

LE PRESIDENT :

Je vais venir à l’usine sucrière parce que la fin des quotas sucriers peut menacer cette filière. Je vais donc donner des garanties que l’Etat et l’Europe pérenniseront la filière sucrière, ici à la Réunion, par des moyens publics, par une aide de l’Etat et de l’Europe. Ceci n’empêchera pas les investissements qui devront être fait par les propriétaires et par les exploitants.

Mais je crois que nous allons faire une convention sur la canne qui va être particulièrement originale pour permettre à cette filière d’avoir un bel avenir. Parce qu’il ne faut jamais oublier que le sucre d’Outre-mer, pour l’essentiel, est fabriqué et raffiné ici.

Enfin, il y a la question des sucres spéciaux qu’il convient de défendre dans le cadre des négociations commerciales qui sont ouvertes et donc d’exclure de cette négociation. C’est pourquoi j’ai tenu à aller dans cette usine pour rassurer ses dirigeants et ses travailleurs par rapport à l’avenir du sucre à la Réunion et de la canne.

QUESTION :

Monsieur le Président, un journaliste américain a été assassiné en Irak. Est-ce que vous partagez l’émotion de notre profession qui a perdu un collaborateur et du Président américain qui a exprimé sa souffrance ?

LE PRESIDENT :

Oui, le partage cette émotion, je partage cette compassion, je partage aussi cette révolte. Tuer, assassiner un journaliste dans les conditions où cela s’est produit ; un journaliste qui était retenu depuis déjà deux ans ; mettre sur internet la vidéo de ce meurtre ; cela signe la barbarie du crime. Ce journaliste, nous le connaissions, non pas directement mais par les témoignages qui en avait été rapportés par nos propres otages. Nous étions donc attachés à lui, nous étions conscients qu’il était en grand danger.

Il y a une règle qui vaut dans toutes les sociétés civilisées : la presse doit être préservée, elle est là pour témoigner, elle est là pour dire, pour commenter, elle ne doit pas être un objet de conflit. Voir un journaliste être attaqué, être tué après avoir été retenu, c’est le signe même de ce que le terrorisme peut faire.

Alors je déplore, je partage la peine, mais en même temps je dis au monde : « prenez conscience du groupe qui est maintenant en Irak et en Syrie ». Ce n’est pas simplement un groupe terroriste comme, hélas, on en a connu, dispersé, éparpillé avec plusieurs chefs. C’est une entreprise terroriste qui a décidé d’asservir, d’annihiler, d’anéantir… Si le monde ne s’organise pas pour lutter contre ce groupe, il y aura d’autres images aussi effroyables qui ne concerneront pas uniquement des journalistes puisque, hélas, il y a eu des crucifixions, des lapidations, des amputations.

J’ai fait la proposition qu’une conférence internationale puisse se tenir contre « l’Etat islamique » - ce qu’il veut avoir comme nom - mais surtout pour la sécurité en Irak. Je pense qu’avec les principaux chefs d’Etat et de gouvernement des pays concernés nous pourrons avancer par rapport à la préparation et la tenue de cette conférence.

QUESTION :

Victorin Lurel, votre ex ministre des Outre-mer, annonçait son maintien jusqu’à 2020. Est-ce que c’est un écho que vous avez également ?

LE PRESIDENT :

C’est en tout cas notre intention.

QUESTION :

Monsieur le Président, il y a un syndicat qui vous attend à l’extérieur. Il indique que la prime va être supprimée progressivement pour les nouveaux arrivants du secteur hospitalier. Est-ce que ce sont les premiers d’une longue liste ?

LE PRESIDENT :

Non, pour l’instant je ne suis pas informé de ce projet. Il y a surement des réflexions. Je suis là pour entendre. Un syndicat demande à me voir, c’est tout à fait légitime et cela fait partie de l’organisation de ce déplacement.

QUESTION :

Est-ce que la France pourrait mener des frappes en Irak comme Barack Obama le fait en ce moment ?

LE PRESIDENT :

Les Irakiens ne nous l’ont pas demandé. Ce qui a été demandé ce sont des livraisons d’armes parce qu’il y a une disproportion. Paradoxalement, les terroristes sont mieux armés que les pays organisés qui les combattent. Il y a un paradoxe apparent parce que les terroristes ont pris les armes des Etats qui les combattent.

J’ai été appelé à prendre une décision importante et grave : fournir des armes françaises à des Irakiens, des Kurdes pour qu’ils puissent combattre l’armée de l’Etat Islamique. Il y a eu déjà un premier convoi qui est arrivé. Nous avons été les premiers à fournir ce matériel. Nous avons entrainé l’Europe. Maintenant un pays comme l’Allemagne accepte aussi de faire ces livraisons mais nous allons continuer.

La France est donc première et elle considère qu’elle a fait son devoir en emmenant beaucoup d’autres pays européens avec elle. Elle va continuer avec une garantie, avec une conviction : qu’on sache bien qui dispose de ces armes, pour quel usage et que ce soit bien contre le seul Etat islamique. Il n’est pas question que des armes puissent servir à d’autres causes. J’ai rappelé que nous livrons les armes avec le plein assentiment des autorités de Bagdad, parce qu’il ne faudrait pas créer je ne sais pas quel autre séparatisme supplémentaire.

QUESTION :

Est-ce qu’il y a des annonces qui sont envisagées pour la crise requins ?

LE PRESIDENT :

Il y a un plan que vous connaissez, de prévention, d’information, de capture. Je crois que c’est l’intérêt de la Réunion. Parce que chaque fois qu’il y a un accident, cela crée d’abord une douleur pour les familles concernées par une victime ; cela crée aussi une image qui n’est pas bonne pour le tourisme à la Réunion. Alors je sais aussi qu’il y a toute une pression pour la préservation des espèces. Nous connaissons ce sujet. Ce plan requin doit donc être appliqué, c’est l’intérêt de tous.

QUESTION :

Est-ce qu’il aura d’autres annonces ?

LE PRESIDENT :

Quand on fait une bonne annonce, ce n’est pas la peine de la multiplier. Il en va des requins comme pour du reste. A un moment, on a une politique, on l’adapte, on l’améliore, on la corrige si c’est nécessaire, on l’amplifie. Si on la change tout le temps, même le requin finit par ne pas la comprendre ! Il faut faire attention au requin.

QUESTION :

Monsieur le Président, pour revenir une seconde à l’Irak, vous avez évoqué hier la livraison d’armes également à des combattants syriens. Est-ce que vous pouvez nous donner quelques précisions sur ces armes qui ont été livrées à des combattants syriens ?

LE PRESIDENT :

Oui, il y a plusieurs mois. Quand des rebelles syriens faisaient face, à la fois, aux armées du dictateur Bachar Al Assad et au comportement de ce groupe terroriste, l’Etat islamique, on ne pouvait pas laisser les seuls Syriens qui préparaient la démocratie, qui voulaient utiliser les moyens du droit pour arriver à leur fin, être sans armes. Conformément aux engagements que j’avais pris, conformément aussi, à ce qu’étaient les règles de l’Union européenne, nous avons donc pu livrer un certain nombre de matériel autorisé à ces rebelles.

Vous savez, aujourd’hui, c’est terrible ce qui se passe en Syrie. Parce que vous avez d’un côté l’Etat de Bachar Al Assad qui continue à pilonner et à massacrer ; vous avez l’Etat islamique ; et au milieu, celles et ceux qui étaient supposés préparer l’avenir qui sont pris en tenaille dans cet étau. Nous ne devons pas relâcher le soutien que nous avions accordé à ces rebelles qui sont les seuls qui participent à l’esprit démocratique. Pour ne pas le faire seuls, là encore, cela se fait en bonne intelligence avec l’Europe et les Américains.

QUESTION :

Monsieur le Président, que répondez-vous aux collectivités locales concernant leur financement ?

LE PRESIDENT :

Il y là aussi une règle, elle vaut pour toute la France, qu’elle soit métropolitaine ou qu’elle soit d’Outre-mer. Il y a des efforts à faire d’économie. Mais les communes les plus pauvres, les départements qui sont les plus affectés par la crise seront nécessairement traités très différemment. Ne laissons pas penser que les collectivités d’Outre-mer pourraient être victimes de je-ne-sais quel ajustement budgétaire supplémentaire.

Je vais même vous faire une confidence : la réforme territoriale a été faite en Outre-mer et depuis plusieurs années. Combien de communes y-a-t-il à la Réunion ? Très peu, 24. Des communes de taille importante. Des regroupements se sont faits. 24 communes pour 700 000 habitants, 800 000 ? Cela augmente beaucoup ! 24 communes, un département, une région.

Maintenant reste une possibilité de travail : peut-être verra-t-on des évolutions entre le département et la région. Les Outre-mer ont fait leur réforme territoriale, elles ne sont pas concernées par le texte. A partir de là, elles ont fait aussi beaucoup d’économies.

QUESTION :

La réforme des rythmes scolaires, Monsieur le Président ? C’est la rentrée demain…

LE PRESIDENT :

Oui demain, c’est la rentrée plus tôt. C’est pour cela que je suis là ! J’ai toujours connu les rentrées – ici à la Réunion, parce que je suis venu plusieurs fois – particulièrement difficiles. Pourquoi ? Pour des raisons démographiques que j’indiquais : beaucoup de jeunes arrivent et il faut donc fournir non seulement les équipements, les classes mais aussi les enseignants.

Il y a eu beaucoup d’efforts qui ont été faits pour la Réunion, notamment pour mettre les enseignants devant les classes, et donc devant les élèves et donc faire aussi que la réforme des rythmes scolaires soit bien accompagnée.

Il y a aussi une grande action qui est menée en Outre-mer pour ce que l’on appelle les « emplois d’avenir » dont on va encore améliorer le financement. J’aurai l’occasion de le dire à la fin de la journée. Ces « emplois d’avenir » serviront aussi pour améliorer la rentrée scolaire.

Alors est-ce-que tout va bien se passer ? Si tout se passait bien, cela ne serait pas une vraie rentrée scolaire ! Il y aura toujours quelques points qu’il faudra régler. Ce n’est pas moi qui le ferai, mais si je peux aider, je le ferai.

QUESTION :

Donc plus d’ « emplois avenir » pour la Réunion ?

LE PRESIDENT :

Oui, voilà. Et plus d’avenir aussi !

 

Type de contenu : VidéoLa vidéo du discours à Saint-Joseph

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte du discours à Saint-Joseph

Discours lors de la rencontre sur le thème de l’emploi local à Saint-Joseph

Monsieur le maire,

Cher Patrick LEBRETON,

Je vous remercie de m’accueillir dans votre commune. J’y étais venu en 2012, dans une autre configuration, avec une autre responsabilité. J’avais reçu un accueil exceptionnel. Je ne sais pas ce que sera celui d’aujourd’hui, mais je me souviens de cette ferveur qui m’avait accompagnée tout au long de mon déplacement ici.

Je tenais à commencer mon voyage à La Réunion sur ce thème. Je salue tous les parlementaires qui sont présents, les élus les plus importants pour la région, pour le département… Parce que il s’agit de la mobilisation de tous, pour la cause la plus essentielle : l’emploi.

La Réunion, je la connais bien. Elle a des atouts considérables, nous aurons à les faire apparaître tout au long de cette journée. Elle a aussi une vitalité démographique qui est à la fois une chance – les ministres le savent bien – et en même temps une responsabilité. La Réunion comptera 1 million d’habitants à l’horizon 2030, avec une population de moins de 25 ans qui représentera à peu près 35 %. Si nous ne préparons pas suffisamment les choses aujourd’hui, non seulement nous ne réglons pas les problèmes immédiats, mais nous créons, pour l’avenir, un certain nombre de sujets de graves crises possibles.

Je félicite aujourd’hui les enseignants et tous les formateurs. Nous ne pouvons pas préparer une jeunesse à des emplois si ensuite l’économie, l’administration, le système de mutation ne permettent pas à cette jeunesse de s’occuper. Il y aurait là une espérance créée et une frustration immense produite, avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer.

Je remercie Patrick LEBRETON pour le travail qu’il a mené pour la régionalisation de l’emploi, ici, à La Réunion. Je reviendrai sur ses conclusions. Ce n’était pas un thème facile car, comme il l’a lui-même exposé, cela peut paraître comme une volonté de capter les emplois au nom de la spécificité locale… On voit bien quelles pourraient être les dérives de ce discours : aux Réunionnais des emplois, et aux autres la sortie ! Nul républicain ne peut admettre ce raisonnement.

Prenons les choses par l’approche de Patrick LEBRETON, faisons en sorte que les emplois – où les Réunionnais ont des qualifications, ont reçu des formations et ont des compétences – puissent être proposés. Faisons en sorte que les Réunionnais puissent accéder, tout simplement avec des chances sérieuses, à ces emplois. Alors nous pouvons atteindre l’objectif dans le respect des lois de la République.

Je viens ici, à La Réunion, parce que c’est la région et le département de France qui connaît le plus de chômage par rapport à sa population. 29 % de taux de chômage près de 60 % de taux de chômage pour les jeunes ! Avec des chiffres aussi rudes, c’est une véritable exigence pour les pouvoirs publics de mettre en place des politiques à la fois nationales et spécifiques.

Nous avons donc sur les « emplois d’avenir » fait en sorte que La Réunion puisse être un territoire prioritaire. Je rappelle que la moitié des « emplois d’avenir » d’Outre-mer sont à La Réunion. L’Outre-mer – et c’est bien qu’il en soit ainsi – ce sont des territoires qui accueillent beaucoup de jeunes en « emplois d’avenir ».

Mais il y a un blocage, ici, à La Réunion. Si les besoins sont nombreux pour les collectivités et les associations, si les jeunes sont en abondance pour occuper ces « emplois d’avenir », l’obstacle financier demeure. Un « emploi d’avenir », je le rappelle, est financé à 75 % par l’Etat. Les collectivités sont appelées à prendre en charge le reste. Certaines le font – commune, département, région… - mais cela peut apparaître encore trop pour des collectivités qui font face à de nombreuses difficultés financières. Je pense aussi aux associations. La Réunion a une vitalité, de ce point de vue-là, tout à fait remarquable. Pour ces associations, mettre 25 % de la rémunération sur un an, deux ans, trois ans de contrat…, c’est une charge.

Sous la pression amicale des élus que je salue pour leur détermination et les éclairages qu’ils ont apportés au gouvernement sur des situations qui ne sont pas satisfaisantes (puisqu’il y aurait encore davantage d’emplois possibles si nous faisions en sorte d’améliorer la prise en charge), j’ai donc décidé que nous pourrions abaisser le niveau de participation des collectivités de 25 % à 10 %, de manière à ce qu’il puisse y avoir une mobilisation de toutes les collectivités, de toutes les associations.

Est-ce que cela va coûter plus cher à l’Etat ? C’est possible, mais ce n’est même pas sûr. Parce que le pire, c’était qu’on n’arrivait pas à placer tous les « emplois d’avenir », ce qui pouvait apparaître comme un paradoxe. Il y a des besoins, il y a des collectivités, il y a des jeunes... Mais en raison de ce blocage financier, toutes les dotations qui étaient prévues auprès du préfet de La Réunion n’étaient pas nécessairement toutes consommées.

Deuxième action, le pacte de responsabilité et de solidarité, qui est une mesure nationale, comme les « emplois d’avenir ». Je ne veux pas qu’il n’y ait que des mesures spécifiques à l’Outre-mer. Je veux des mesures générales pour le pays, avec une spécificité pour l’Outre-mer. Les « emplois d’avenir », ce n’est pas le même taux de prise en charge. Le pacte de responsabilité, c’est le CICE.

Le CICE, cela vaut pour tout le monde et les entreprises peuvent y accéder de la même manière, avec les mêmes règles. Pour le CICE, c’est la masse salariale : si les entreprises ont embauché, il est légitime qu’elles puissent avoir un retour par l’attribution de crédit d’impôt. Si elles ont augmenté leur masse salariale, pareil. Le pacte de responsabilité et de solidarité a vocation à s’appliquer à toutes les entreprises de La Réunion et de l’Outre-mer. Mais, j’en ferai l’annonce cet après-midi, je considère que nous pouvons faire davantage d’allègement de cotisation et d’allègement d’impôt pour l’Outre-mer, en dehors même de ce que nous faisons par la défiscalisation. Le CICE doit être plus efficace encore, c’est-à-dire avec un taux plus élevé encore à La Réunion comme Outre-mer pour que nous puissions avoir les fruits forts, puissants, en termes de création d’emplois dans le secteur privé.

Depuis deux ans, j’ai également voulu qu’il y ait une priorité à l’éducation et à la formation. Nous avons mis plus de moyens Outre-mer et à La Réunion qu’ailleurs. Pas en blessant le pacte républicain, tout simplement parce qu’il y a, je l’évoquais, une démographie qui est différente dans l’Outre-mer et dans l’Hexagone. Il est donc légitime, concevable, que nous mettions plus de crédits, plus d’enseignants dans les établissements scolaires et universitaires de l’Outre-mer.

Cela ne règle pas tous les sujets. Je suis ici à la veille de la rentrée scolaire. Si j’étais venu le lendemain, j’imagine qu’il y aurait eu toujours des problèmes de classes surchargées, de suppressions de postes ici ou là. Mais je crois que nous avons préparé, je remercie ici le recteur, de belle manière la rentrée scolaire. Pourtant, malgré ces dispositifs, malgré les améliorations que je viens d’apporter, nous sommes devant une difficulté. C’est celle qui a été exposé tout au long de la matinée par une étudiante brillante – 19,26, je ne comprends pas pourquoi Sciences Po ne l’a pas prise directement mais enfin ce n’est pas mon domaine de responsabilités – un policier qui travaille et qui assure notre sécurité, et une cheffe d’entreprise potentielle… et maintenant réelle.

Nous avons là une illustration de ce que nous devons faire. Alors comment ? Partons de cette nécessité que les emplois disponibles ici puissent être proposés aux Réunionnais, dès lors qu’ils en ont les compétences. Ce ne serait pas rendre service à La Réunion que d’avoir des systèmes dérogatoires, où ce ne seraient pas les meilleurs qui puissent avoir les postes, aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé. Tout doit servir au redressement de l’économie réunionnaise.

Première décision, qui je pense était attendue et qui fait suite au rapport de Patrick LEBRETON, c’est l’information. Paradoxalement, là-aussi, l’information ne circule pas. Les Réunionnais ne sont pas toujours les mieux informés des emplois qui leur sont proposés. Nous devons tout faire pour qu’il puisse y avoir là-dessus une révolution, c’est-à-dire que la circulation d’informations sur les embauches prévisibles puisse se faire. Pôle Emploi, le directeur s’est exprimé, y travaille. Le conseil régional y a apporté sa propre contribution.

Deuxièmement, il y a tout ce qui est la préparation des concours. Parce que vous devez non seulement, jeunes réunionnais, préparer les concours de catégorie B et C, mais également préparer les meilleurs concours de la fonction publique. Sinon quel est le risque ? C’est le risque que ceux qui sont entrés dans la fonction publique plafonnent et que les emplois de direction ne leur soient jamais proposés, sauf à vouloir accepter de partir vers l’Hexagone, sans être sûr de pouvoir un jour revenir. L’enjeu, c’est de permettre à plus de Réunionnais de suivre les filières de préparation aux concours pour ensuite pouvoir atteindre les niveaux les plus élevés de l’administration – de toutes les administrations, car il y a beaucoup d’écoles de l’administration.

D’où deux idées qui sont apparues et qui vont être maintenant traduites. La première, par rapport à Sciences Po, c’est de favoriser les passerelles et les liens entre deux lycées de plus et Sciences Po, de manière à ce qu’il y ait cette mobilité. Et puis il y a cette création d’une classe préparatoire aux concours administratifs. C’est une originalité : avoir une classe préparatoire qui puisse avoir vocation à préparer les candidats à tous les grands concours administratifs. Je pense que cela n’existe nulle part ailleurs. Ce sera donc une expérience et j’espère un modèle. C’est une source d’économies pour les candidats mais aussi pour l’administration. Cela permettra aussi d’obliger les administrations, et ce n’est pas forcément un mal, à se coordonner pour préparer leurs propres concours. En faisant une réforme à La Réunion, nous faisons une réforme de l’Etat.

Ensuite, nous avons la fonction publique territoriale. C’est important que le directeur du CNRPT soit là car beaucoup des emplois, avec la décentralisation, ne sont plus des emplois relevant de l’Etat. Je rappelle qu’ici à La Réunion la réforme territoriale n’a pas attendu : elle a été faite depuis longtemps, il y a peu de communes, il y a un département et une région qui travaillent ensemble sur le même territoire. Il y a une exigence de grande qualification pour les emplois dans les collectivités. Là aussi, ces concours doivent être préparés, ces formations doivent être dispensées pour que de plus en plus de Réunionnais puissent occuper ces fonctions régionales. Là aussi, je sais que la région s’est également investie.

Sur la question des mutations, illustrée par la police. Je pense qu’il n’est jamais mauvais qu’un jeune fonctionnaire puisse avoir une expérience en métropole. Je crois que ce serait une erreur d’imaginer une carrière de fonctionnaire de police qui se ferait, toute la vie durant, sur le même territoire, et vous ne l’avez pas demandé. En revanche, ce qui n’est pas possible, c’est d’imaginer qu’un fonctionnaire réunionnais, quand il se sent bien sur son territoire, étant affecté en métropole, puisse passer toute sa carrière en métropole, ou ne revenir à La Réunion qu’à un âge où il n’est pas nécessairement sur les tâches les plus exigeantes du métier…

Vous avez formulé des revendications qui m’ont paru légitimes. Il y a eu une circulaire qui a été élaborée – je ne sais pour quelle raison, et je ne veux pas revenir là-dessus – par le ministre de l’Intérieur du temps de Jacques Chirac Président de la République. Chacun le reconnaîtra... Elle a compliqué les choses et elle est apparue aujourd’hui comme un facteur de blocage. J’en ai discuté avant de venir avec le ministre de l’Intérieur concerné. Il m’a effectivement confirmé ce qu’a rapporté le préfet.

D’une part, ici à La Réunion, le directeur des services de sécurité publique est un Réunionnais. Je crois que c’est un signe de confiance à l’égard de ce fonctionnaire ainsi qu’un signe de confiance à l’égard de La Réunion. Il y a eu aussi des progrès dans le nombre de Réunionnais – les chiffres ont été rappelés – qui ont pu revenir, ici à La Réunion, comme policiers. Mais on ne peut pas le faire simplement sous pression. Je ne crois pas que ce soit un bon système. Des parlementaires, des élus, des maires, viendraient frapper à la porte en disant « j’en veux un peu plus ! » ? Non. Nous aurons donc à modifier la circulaire et à trouver d’autres critères.

Patrick LEBRETON a réfléchi aux critères qui pourraient être les meilleurs ; pas simplement pour la police, cela vaut pour d’autres administrations. Un critère est déjà utilisé à l’Education Nationale, par exemple. Ce critère-là me paraître être pertinent, c’est celui du centre des intérêts matériels et moraux. Il évite tout malentendu, toute généalogie, toute recherche des origines tout simplement là où, cela vaut d’ailleurs partout sur le territoire français, on a le centre de ses intérêts familiaux, personnels, économiques… Vous avez évoqué la situation des conjoints et elle mérite également d’être citée. C’est ce critère-là qui rentrera en ligne de compte pour les mutations.

Enfin, il y a tout ce qui relève du secteur privé. Là, notre action est forcément plus limitée. Là, nous ne sommes que dans la persuasion, dans la conviction. L’économie réunionnaise est une économie dynamique qui s’est engagée dans des filières de haute performance : filière agricole, filière environnementale, filière énergétique, filière portuaire, filière technologique... Il y a une mutation considérable des emplois dans l’île de La Réunion. Elle exige d’ailleurs qu’il y ait des formations qui soient adaptées. A quoi servirait-il de développer La Réunion, d’avoir le maintien de la filière canne avec un haut niveau de valeur ajoutée ou de développer une filière portuaire ou d’avoir des entreprises sur le numérique, s’il n’y a pas les formations qui y correspondent et donc les Réunionnais capables de remplir, de pourvoir ces emplois ?

Je soutiens donc complètement, au nom de l’Etat, la mise en place d’une structure spécialisée dans l’accompagnement des jeunes diplômés et des cadres. Je demande à Pôle Emploi de poursuivre son action en ce sens et d’avoir les moyens qui permettront vraiment d’assurer ce suivi. Je suis favorable à ce qu’il y ait, avec les chefs d’entreprise, une charte de l’emploi local pour que le même réflexe, les mêmes procédures, les mêmes engagements puissent être pris par les entreprises.

Vous savez qu’en ce moment on applique le pacte de responsabilité et qu’il y a des engagements qui sont faits côté patronal. Il faut les rappeler car parfois ils peuvent être oubliés alors je le fais ici à La Réunion : un pacte, cela veut dire que chacun vient avec ses engagements et en même temps ses contreparties. L’Etat a mis pour le développement de l’économie française, pour l’amélioration de la compétitivité, quarante milliards d’euros sur trois ans. C’est beaucoup, mais c’est nécessaire si on veut qu’il y ait une plus forte création d’emplois, un investissement qui soit plus stimulé encore et une croissance plus élevée. Les salariés, les syndicats de salariés qui ont le fait le choix du pacte de responsabilité, ont demandé qu’il y ait des contreparties en termes d’embauche des jeunes, d’emploi des seniors, de qualité de la formation. Il y a en ce moment même des discussions qui se font dans les branches professionnelles pour fixer, en qualité et en quantité, ce niveau d’exigence.

Ici à La Réunion, dès lorsqu’on aura un CICE amélioré, la contrepartie doit également être demandée aux entreprises réunionnaises – je crois qu’elles y souscriront bien volontiers – c’est que dans les emplois qui vont être créés une part de ces emplois (on ne va pas fixer de quota, cela n’aurait aucun sens) doit aller vers les jeunes Réunionnais. Je pense donc que nous pourrons là aussi illustrer le pacte de responsabilité. Nous avons déjà commencé à avoir cette procédure quand nous avantageons la commande publique dans le respect des règles des marchés. Nous mettons des clauses d’insertion, des clauses environnementales. De même pour les dispositifs d’aide à l’emploi.

Mesdames et Messieurs,

Vous avez eu raison, et je remercie Patrick LEBRETON d’y avoir travaillé, d’insister là-dessus et de le faire avec les principes que vous avez établis, c’est-à-dire « pas l’emploi aux Réunionnais », mais « les Réunionnais dans l’emploi à La Réunion ». C’est une toute autre approche et une toute autre philosophie. Je pense et je le fais valoir tout au long de la journée, qu’il en est de La Réunion comme il en est de la France entière. Nous sommes toujours tentés de regarder ce qui ne va pas, quelle que soit la matière, et de ne pas voir ce qui est en train d’éclore ou ce qui est en train de se produire.

Les témoignages que j’ai entendus, et je n’ai pas entendu encore tous les autres, c’est une jeunesse réunionnaise d’une très grande qualité en termes de formation, en termes d’engagement, en termes d’investissement personnel. Je vais visiter un certain nombre d’unités industrielles de très haute performance, une agriculture qui a un niveau d’emploi très significatif et qui est capable d’une diversification tout à fait précieuse. On évoquait le niveau de formation, le niveau technologique… Quand on a autant d’atouts avec bien sûr autant de handicaps, il n’y a qu’une seule politique à mener : réduire les handicaps et valoriser les atouts. C’est ce que je vais proposer à La Réunion.

Mais cela suppose une chose : la mobilisation et le rassemblement. On ne peut pas réussir s’il n’y a pas sur des objectifs qui dépassent les clivages, les différences, les oppositions, une ambition commune. Si La Réunion porte de grandes ambitions, elle réussira. Si la France a également cette volonté de se dépasser elle-même pour rester un grand pays, elle réussira comme La Réunion.

De toute façon, tout ce qui sera bon pour La Réunion sera bon pour la France. Merci.

Type de contenu : VidéoLa vidéo du discours à la médiathèque de Saint-Joseph

Type de contenu : VidéoLa vidéo du discours à Saint-André

Type de contenu : VidéoLa vidéo du discours au Grand Port Maritime de la Réunion

Type de contenu : VidéoLa vidéo du discours lors de la visite du Parc national de la Réunion

Type de contenu : VidéoLe reportage du déplacement dans l'Océan Indien

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte du discours

Discours pour l’inauguration de la Maison du Parc national

Monsieur le Président du parc national,

Monsieur le Président de tous les parcs nationaux de France, qui nous faites l’honneur de venir ici pour cette inauguration et qui témoigne ainsi de la volonté de notre pays, non seulement de préserver l’environnement, mais de promouvoir, le patrimoine qui est le nôtre, comme un outil touristique, éducatif, économique.

Monsieur le Président de la Région, qui agit pour que ce parc soit pleinement utilisé,

Mesdames et Messieurs les élus parlementaires,

Mesdames et Messieurs qui administrez le parc et qui agissez pour que vous puissiez disposer des moyens correspondants – j’ai bien entendu les réflexions de votre Président,

Messieurs et Mesdames les agents du parc, qui venez de toutes les régions de France, beaucoup de La Réunion grâce à des dérogations apportées à une loi de la République (mais c’était bien notre intention : faire en sorte que les Réunionnais qui ont toutes les qualités pour occuper un certain nombre de responsabilités, puissent accéder aux missions prévues par le parc).

Je voulais être ici parmi vous pour inaugurer, avec retard, un très bel édifice, une très belle maison, avec une qualité architecturale exceptionnelle ; et pour saluer l’invention de nombreux procédés pour que nous soyons à la même température, quelles que soient les saisons, pour que la chaleur d’un moment puisse être utilisée pour l’ensemble de la journée. Sans compter cette bataille continuelle contre la pluie ! Non pas pour l’arrêter – il n’y a aucune recette, j’en sais quelque chose… – mais pour faire en sorte que vous puissiez conjurer ses méfaits. Même si elle apporte aussi ses bienfaits.

Je voulais être là parce que l’inauguration de la maison du parc marque une étape importante pour La Réunion. L’un de vos principaux atouts, ce n’est pas le seul, c’est la richesse de votre environnement. Vous n’êtes pas un conservatoire, vous n’êtes pas un espace qu’il conviendrait simplement de protéger. Vous avez un devoir, qui est de le préserver, mais aussi de le promouvoir, de le valoriser.

Le parc national est aujourd’hui regardé comme un territoire d’exception. Il contribue à l’attractivité de l’ensemble de l’île et à la renommée internationale de la France. Chaque fois qu’il y a une distinction (en l’occurrence la distinction exceptionnelle de l’UNESCO) pour un paysage (en l’occurrence ici les Hauts de La Réunion), et une inscription au patrimoine mondial de l’humanité, c’est une chance pour la France. Vous êtes une chance pour la France. Pas parce que vous êtes héritiers d’une nature. Mais parce que vous devez être les investisseurs de cette nature. C’est le sens des objectifs que vous portez à travers le parc. Il lui fallait une maison pour pouvoir rayonner, une maison pour accueillir les agents, une maison pour recevoir du public, une maison pour faire en sorte que la biodiversité soit conservée et préservée.

Je sais quelle est la difficulté des missions remplies par les agents du parc. C’est la raison pour laquelle je tenais à saluer leur travail. Ils diffusent des connaissances, un savoir… D’une certaine façon, ils ont une responsabilité éducative. Ils ont également un rôle de police, c’est-à-dire de veiller à ce qu’il n’y ait pas d’atteinte fortuite ou délibérée à la nature. Ils ont une mission de médiation : rencontrer le public, lui dire là où il est, ce qu’il peut comprendre…

Tout à l’heure, quand je suis monté sur la terrasse, on m’a dit qu’on allait me « faire lire le paysage ». Pas le faire voir, le faire lire, le faire comprendre, savoir d’où il vient, comment il a été construit, comment ses volcans se sont créés, comment ils ont régressé – le vieux volcan, le jeune volcan – et comment tout cela fait la nature. C’est le rôle des agents de pouvoir aussi accueillir un public scolaire. Je sais quelle est votre ambition. Que toutes les écoles, que tous les établissements viennent, à un moment ou à un autre dans les parcours des élèves, ici dans cette maison ou dans le parc.

Il convient néanmoins qu’il y ait un équipement. C’est ce que vous avez choisi de faire, un équipement qui devait ressembler à la nature, qui devait ressembler aussi à la mission du parc. C’est ce que vous avez réussi. Je sais que vous tenez aussi vos réunions du Conseil d’administration ici. Alors je vais dire un mot des administrateurs. Lourdes responsabilités là aussi ! Parce que siègent là toutes les collectivités, toutes les représentations diverses. Vous êtes tous dépositaires du développement de ce qu’on appelle « les Hauts ». Il y a un conseil scientifique, il y a un conseil économique social et culturel qui vous accompagnent. Vous êtes ici tous rassemblés.

Vous êtes ici non seulement des représentants et des gestionnaires, mais aussi des missionnaires du parc. Vous contribuez à sa qualité et surtout à ses investissements. Le parc national a cette spécificité à La Réunion, c’est qu’il recouvre les trois quarts du territoire. Je me demande d’ailleurs pourquoi le quart n’a pas été englobé – je ne veux pas ici créer des difficultés supplémentaires, mais c’est l’ensemble de La Réunion qui se trouve être un territoire d’exception ! En même temps, c’est l’ensemble de La Réunion qui se trouve être associé à la responsabilité de l’avenir du Parc. L’avenir des Hauts, c’est l’affaire de tous les Réunionnais.

Il y a toujours un débat quand il y a un parc national – je parle ici devant son plus haut représentant et c’est vrai pour toute protection de la nature – c’est la crainte, notamment des acteurs économiques, qu’il puisse y avoir une entrave, c’est l’inquiétude, notamment des élus, qu’il puisse y avoir des empêchements pour l’urbanisation. Monsieur le maire en sait quelque chose sa commune a le plus prospéré, le plus augmenté ces dernières années tout en respectant les contraintes environnementales. C’est d’ailleurs finalement la démonstration qu’il convient d’apporter. Il est possible d’être dans un espace qui doit être protégé, qui doit être valorisé, qui doit être respecté et en même temps de pouvoir se livrer des activités économiques et de pouvoir accueillir de la population.

La Réunion connait une progression démographique rapide, il y aura 1 million d’habitants à l’horizon 2025-2030. C’est un défi. Nous savons que la démographie est à la fois une science exacte puisque nous savons parfaitement ce que sera la population dans quinze ans ou dans vingt ans, mais nous avons aussi à utiliser la démographie comme une maitrise de notre propre avenir car c’est une responsabilité de l’ensemble des Réunionnais. L’affaire du parc c’est l’affaire de tous, mais aussi de l’Etat. L’Etat a pris sa part. Il a pris sa part sur le plan financier, il a pris sa part aussi sur le plan de la législation. L’Etat restera à vos côtés tout au long des prochaines années. Cela vaut pour le parc des Hauts, cela vaut pour l’ensemble des parcs nationaux.

Nous aurons un texte de loi qui sera bientôt devant le Parlement. Il sera sur la biodiversité avec la création d’une Agence nationale de la biodiversité. C’est là aussi un appui qui vous sera apporté. Il pourra contribuer à coordonner davantage les moyens et à faire en sorte qu’ils puissent être utilisés véritablement pour les objectifs que vous vous êtes assignés.

Je le disais, le parc n’est pas un espace qui doit être privé de vie, au contraire. Ce n’est pas un territoire sous cloche, ce n’est pas un endroit où la nature mettrait en retrait les hommes et donc l’économie. D’où l’importance de la charte qui va être portée. Cette charte va être celle du parc, des collectivités locales et de l’Etat. Elle doit combiner les impératifs de la protection de l’environnement et les enjeux du développement au bénéfice de la population et de tous les acteurs : les agriculteurs, les artisans, les forestiers, les promoteurs touristiques, les randonneurs. Il faut créer une communauté qui ait le même intérêt et qui puisse avoir, grâce au parc, une valorisation de leur propre initiative ou de leur propre action.

Voilà pourquoi nous avons besoin de cette démarche collective. Je serai très attentif à ce que cette charte pourra porter dans les prochaines années. C’est votre patrimoine que vous avez ici entre les mains. Ce parc est un atout considérable pour La Réunion. C’est aussi un sujet de fierté : entendre les agents du parc parler de cette nature, c’est comprendre qu’ils l’ont au cœur, qu’ils la connaissent, qu’ils ont toujours la crainte qu’elle puisse être abimée – vous évoquiez un certain nombre d’invasions qui peuvent détruire des espèces, des faunes, des flores… En même temps, vous avez le souci de faire comprendre ce qu’est cette nature.

Soyez fiers et considérez que l’environnement, le patrimoine, c’est un outil de développement économique social culturel, touristique. La Réunion ne peut pas être simplement un lieu classé au patrimoine mondial de l’humanité. La Réunion doit faire en sorte que son patrimoine, sa nature, ses faunes, ses flores d’exception puissent être au service d’un processus de développement. Dans le cadre d’un contrat que nous aurons à travailler entre l’Etat et la région, il conviendra de faire du développement environnemental un élément majeur de ce que nous aurons apporté ensemble.

Plus largement, les Outre-mer, avec les parcs nationaux de La Réunion, de la Guyane, de la Guadeloupe, sont de formidables instruments de préservation de la biodiversité mondiale, ce qui est une responsabilité pour la France. La France a cette faveur, liée à l’histoire et liée à la géographie, d’être présente sur tous les océans, sur tous les continents, d’avoir la deuxième façade maritime du monde et d’être une grande puissance maritime. Il convient que les Français sachent quelle est la force de leur pays, que nous sommes la deuxième puissance maritime, avec cet espace qui nous est offert, avec une mer qui n’a pas fini de révéler toutes ses richesses… Je ne parle pas simplement du gaz, du pétrole, ou de certaines matières premières, y compris l’énergie qui viendra de la mer. C’est pour la France une capacité de développement considérable pour les prochaines années.

L’Outre-mer nous apporte cette faveur de la nature. Il y a 10% de la superficie des récifs coralliens du monde entier qui sont dans les Outre-mer de la France, de la République française. Les Outre-mer constituent des territoires particulièrement propices au développement durable.

Il va y avoir, dans quelques jours, la discussion au Parlement de la loi sur la transition énergétique. C’est une loi majeure. C’est sans doute l’une des grandes lois du quinquennat, car il s’agit, non pas simplement de prévoir pour quelques années, mais pour quelques décennies notre avenir, de savoir ce que nous faisons pour économiser l’énergie et quelle part nous réservons aux énergies renouvelables, aux énergies fossiles, à l’énergie nucléaire…

Les Outre-mer seront particulièrement concernées par cette loi. Parce que ici, dans les Outre-mer, il y a des formes d’énergie qui sont respectueuses de l’environnement et qui peuvent permettre de rendre autosuffisants les territoires de l’Outre-mer en matière énergétique. Par exemple, La Réunion a expérimenté l’un des tout premiers générateurs d’électricité fonctionnant grâce au principe de l’énergie thermique des mers. C’est un procédé exceptionnel. Je ferai en sorte que ce procédé, qui produit de l’électricité à travers les mers, puisse être un atout de plus pour la France.

De la même manière, le gouvernement va s’employer à mettre en place les conditions de réussite du projet de SWAC. Je ne sais pas pourquoi cela s’appelle SWAC… Parce que c’est de l’anglais ? Je ne parlerais pas anglais ici… Ce procédé permet d’utiliser l’eau froide des profondeurs pour climatiser les bâtiments publics. Cela sera fait notamment, j’y reviendrai, dans l’agglomération de Saint Denis. Cela sera une première mondiale.

Je sais aussi quelle est la place du photovoltaïque à La Réunion. Quand j’ajoute ce que la mer peut produire d’électricité, ce qu’elle peut faire pour la climatisation, ce que nous pouvons faire également grâce au soleil et la filière canne (j’étais ce matin dans une usine qui sera pérennisée autour de la filière canne et qui elle-même produit de l’électricité pour La Réunion)… Grâce aux Outre-mer, l’industrie française des énergies renouvelables sera considérablement stimulée. Nous pourrons être même un modèle pour d’autres utilisations de cette forme d’énergie partout dans le monde. Je crois que cela sera un élément de la loi de la transition énergétique.

Voilà, partant de simplement la nature, de ce qu’elle nous impose comme devoir – la préserver, la protéger, la conserver – ce que nous pouvons imaginer pour le développement de notre pays. Merci au parc national de l’avoir compris, merci à tous ces acteurs de travailler pour rendre La Réunion plus belle et pour que la France soit également plus forte.

 

Type de contenu : VidéoLa vidéo du discours devant les élus de la Réunion

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte du discours

Discours lors de la rencontre avec les élus de La Réunion

Madame et Monsieur les ministres,

Monsieur le maire de Saint-Denis, cher Gilbert ANNETTE qui nous recevait,

Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Monsieur le Président du conseil régional,

Madame la Présidente du conseil général,

Mesdames, Messieurs les élus,

Je veux d’abord vous remercier, pour l’accueil que vous m’avez réservé depuis le début de cette visite. J’y suis d’autant plus sensible que je devais être parmi vous le 25 juillet dernier. Un drame, une tragédie, m’a empêché d’honorer cet engagement. Chacun se souvient de la catastrophe de l’avion qui partait d’Ouagadougou et qui allait à Alger et que l’on a retrouvé, hélas, sans qu’il y ait le moindre survivant. J’ai considéré que mon devoir m’appelait auprès des familles pour que nous puissions leur donner toutes les informations, et tout connaître de ce drame.

Le report de cette visite s’imposait et, en même temps, je ne voulais pas qu’il s’écoule trop de temps. D’où la raison de ma venue ici en cette fin du mois d’août. Je suis conscient des problèmes que rencontre La Réunion. Le maire de Saint-Denis les a évoqués ou plutôt a dit l’essentiel : vous êtes le territoire où le chômage est le plus élevé de toute la France. Vous avez une jeunesse qui demande dignité, reconnaissance, espoir. Et la première priorité que je dois fixer pour La Réunion, comme pour la France, c’est l’emploi.

Nous savons que c’est difficile, que la conjoncture économique est ce qu’elle est, que nous avons des contraintes fortes, liées à la situation géopolitique qui est lourde, et aussi à une Europe qui peine à trouver le chemin de la reprise. Alors ? Nous avons défini une stratégie, fixé un cap. Mon rôle, ce n’est pas de changer en fonction des circonstances, c’est de mobiliser encore et encore davantage les moyens. Pas simplement ceux de l’Etat mais aussi ceux de l’ensemble des forces vives, pour que nous puissions trouver le plus rapidement possible le chemin de la croissance et de l’emploi.

Je ne viens pas à La Réunion pour la première fois, je connais bien cette région. J’y suis venu pour de multiples causes, politiques ou personnelles. Mais aujourd’hui c’est la première fois, comme Président de la République. Je connais La Réunion, ses élus, sa population, j’y suis attaché, je sais ce qu’elle m’a apporté. Je sais ce qu’elle donne au pays.

D’abord, cette présence dans l’Océan indien. L’histoire nous oblige. A l’instant, le maire de Saint-Denis évoquait ce qu’avait été le sacrifice de soldats durant les deux confits mondiaux du XXème siècle. Encore aujourd’hui, dans nos forces armées, sont présents beaucoup d’originaires de l’Outre-mer, et particulièrement de La Réunion.

Lorsque je suis dans les commémorations, je n’évoque pas simplement le passé. Je ne regarde pas la gloire d’hier, j’essaye d’en tirer des leçons pour aujourd’hui et pour demain. Ceux qui sont venus nous sauver, ceux qui sont venus nous libérer, ils méritent aujourd’hui, au moins leurs descendants, qu’on paye la dette, qu’on honore les morts, qu’on salue celles et ceux qui ont partagé les valeurs essentielles de la République dans les moments les plus difficiles... C’est pourquoi je sais ce que la République doit à La Réunion.

Vous êtes la première collectivité d’Outre-mer. 850 000 habitants. Certains d’entre vous me le rappelaient : il y a 50 ans, combien y avait-il d’habitants sur l’île de La Réunion ? 250 000 ? 300 000 ? C’est dire si la dynamique démographique a changé la donne. Les démographes font partie de ces économistes qui ne se trompent jamais. C’est rare. Les démographes peuvent savoir ce que sera la population de la France, de La Réunion à l’horizon 2030. Vous serez 1 million. Ce qui justifie que nous puissions d’ores et déjà préparer l’avenir ensemble.

Etre un territoire dynamique au plan démographique est une chance, un atout, comme d’avoir une jeunesse abondante, à condition qu’elle soit bien formée, à condition qu’elle donne le meilleur d’elle-même. Nous devons renouveler les expériences, les modes de vie, innover... Chacun sait que ce sont les populations qui diminuent, qui sont les moins prospères à moyen terme. Mais en même temps, nous savons aussi que cette pression qui existe sur le plan démographique a des conséquences sur le chômage. C’est ce que vous vivez.

De la même manière, ici à La Réunion comme Outre-mer, la vie est plus chère. Il nous arrive de parler de déflation ou de désinflation. Mais pour beaucoup de nos concitoyens, la vie est encore trop chère. Les produits essentiels sont encore trop couteux quand ils ne sont pas inaccessibles. Dès lors, il y a aussi dans votre belle île de La Réunion, trop de pauvreté, trop de désespoir et donc trop d’impatience, qui peuvent, à un moment ou à un autre, trouver d’autres terrains d’expression que celui du bulletin de vote. D’où, non pas la solidarité de la nation à l’égard de l’Outre-mer, d’où la nécessité de prendre en compte ce que peut apporter l’Outre-mer à l’ensemble de la France.

J’ai souhaité passer toute une journée – elle a commencé tôt et finira tard – pour regarder ce que votre territoire est capable de produire. J’ai vu des réalisations remarquables, en termes de production de sucre dans une usine qui est parmi les plus performantes du monde. Ce qui n’empêche pas un problème de compétitivité. J’ai vu des réalisations en termes de développement de patrimoine, de transition énergétique, tout à fait exceptionnelles. J’ai vu un port qui allait, par l’investissement, devenir non seulement le premier port français d’Outre-mer mais, sans doute, un port majeur dans la liaison entre l’Asie, l’Afrique et l’Amérique.

Vous avez donc ici toutes les conditions pour réussir. Vous n’êtes pas différents de la France dans son ensemble. Elle souffre de handicaps, de rigidités, de résistances et, en même temps, elle a toutes les conditions, tous les atouts pour parvenir au succès. Ce qui compte, c’est la confiance. Cette confiance, c’est le bien le plus rare, le plus précieux que nous devons aller chercher, parce qu’elle donnera le reste. C’est-à-dire l’investissement, la croissance, la consommation et puis surtout le partage d’un projet collectif.

L’Outre-mer est une priorité pour la France. En tout cas je l’ai fixé comme tel depuis 2012. Victorin LUREL d’abord, George PAU-LANGEVIN ensuite ont cette responsabilité. L’un et l’autre ont été membre à part entière du gouvernement. Il y a aujourd’hui 16 ministres de plein exercice. George PAU-LANGEVIN est l’une de ceux-là. C’était très important que l’Outre-mer puisse être à ce niveau, pour que chaque politique publique puisse avoir une dimension ultra-marine.

Il y a eu des textes qui ont été votés, le plus souvent à l’unanimité. Je salue ici les parlementaires qui y ont beaucoup contribué. La loi sur la régulation économique Outre-mer, une des premières de mon quinquennat, votée à l’unanimité le 20 novembre 2012. Finalement, elle anticipait sur les professions réglementées, les monopoles, les rentes, puisqu’il s’agit tout simplement de mettre plus de concurrence. Non pas de stigmatiser telle ou telle profession, mais de faire en sorte qu’il puisse y avoir plus de fluidité, plus de transparence, plus de clarté pour que les prix soient également plus bas.

De la même manière, j’ai personnellement veillé à ce que le budget de l’Outre-mer soit préservé. Et il l’a été, malgré toutes les économies nécessaires que nous devons faire, et la baisse du déficit qui est indispensable. L’Outre-mer devait être, non pas sauvegardé mais préservé. Vous en avez ici des traductions : la nouvelle route du littoral, un des chantiers routier les plus importants de France – 1,5 milliard d’euro – a été fortement soutenu par l’Etat.

La ligne budgétaire unique pour le logement a été remise à flot. Quand je dis « à flot », c’est parce qu’elle était à sec. Nous avons augmenté la dotation de plus de 12% depuis 2012, mais je ne considère pas que ce soit une fin en soi, puisque j’ai parlé de plan pour le logement à l’échelle nationale, il doit y avoir aussi un plan pour le logement pour l’Outre-mer. Avec un groupe de travail qui va d’ailleurs se constituer ici sur les simplifications, les normes, qui sont encore souvent plus abondantes que pour le reste du pays.

J’ai été attentif aussi aux revendications des professionnels de l’immobilier sur le logement intermédiaire. C’est bien de faire en sorte qu’il y ait plus de logements sociaux, et c’est encore mieux – quand il y a aussi pour un certain nombre de catégories de la population qui veulent se loger hors du parc social – d’accéder à la propriété ou à un logement décent à un loyer raisonnable.

De la même façon, j’ai veillé à ce que nous puissions rattraper les retards en matière d’équipements publics en Outre-mer. Un fonds exceptionnel d’investissement a déjà permis d’investir 150 millions d’euros dans les Outre-mer. Quelques illustrations : le pôle sanitaire de l’ouest, c’est 140 millions d’euros qui ont été affectés pour cet équipement. La Réunion vient d’être retenue en tant que territoire de soins numériques avec le projet PLEXUS, là aussi très innovant, qui permet d’utiliser les nouvelles technologies à des fins de soins, sans que nous remplacions les professions de santé.

Mais au-delà de ce que nous pouvons faire sur le plan budgétaire, il y avait cette interrogation, lancinante : est-ce que les mesures de défiscalisation vont être pérennisées ? Là encore, dès 2012, nous avons fait les corrections nécessaires et supprimé un certain nombre d’abus. Nous avons maintenant un système de défiscalisation qui est pérenne et qui ne sera pas modifié d’ici la fin du quinquennat. Il a été même amélioré sur un certain nombre de points, protégé pour les PME et renforcé pour les grandes entreprises avec le crédit d’impôt investissement.

La Banque publique d’investissement a été également mobilisée pour l’Outre-mer et avec, là encore, le souci de répondre mieux aux besoins locaux et de pouvoir financer un certain nombre de projets qui, jusqu’à présent, ne trouvaient pas dans le système bancaire les ressources nécessaires.

Le pacte de responsabilité, il vaut pour toute la France. Il vise à fixer une trajectoire de baisse de cotisations sociales ou de prélèvements sociaux pour les entreprises et de baisses d’impôts, notamment à travers le CICE lié au travail, parce que c’est le travail qui doit être ici la seule priorité. Il y a des allègements de cotisations patronales, il y a une baisse de la fiscalité qui vaudra pour toute la France et donc pour l’Outre-mer.

J’ajoute que certains dispositifs de ce pacte de solidarité sont encore plus avantageux que les exonérations de cotisations sociales qui existent déjà pour l’Outre-mer. Nous aurions pu dire, puisque nous le faisons : nous n’avons plus besoin d’avoir d’un discours spécifique pour l’Outre-mer. Nous ne l’avons pas fait et donc il y aura cumul du pacte de responsabilité et de solidarité avec l’ensemble des dispositifs spécifiques de l’Outre-mer.

Mais j’entends aussi une revendication, elle m’a été adressée par un certain nombre de parlementaires ici présents qui m’ont dit « c’est bien le CICE ». Je préfère que l’on me dise que c’est bien que c’est mal. Et j’attends d’ailleurs des employeurs, qui sont maintenant les premiers bénéfices du CICE (et qui en auront d’autres dans les années qui viennent), qu’ils s’engagent dans ce processus. C’est essentiel.

Mais donc, est-ce qu’il ne faudrait pas adapter le pacte de responsabilité et de solidarité à l’Outre-mer ? J’ai considéré que cette revendication était légitime parce qu’il y a cette spécificité : le chômage, trois fois plus élevé que dans l’Hexagone. Alors le CICE sera porté à 9% pour l’Outre-mer au lieu de 6%, ce qui provoquera un avantage supplémentaire en termes de coût du travail d’environ 160 millions d’euros.

Est-ce qu’il peut être possible pour l’Outre-mer de différencier selon les secteurs ? J’ai entendu là aussi cette revendication. Parce qu’il y a déjà des secteurs qui sont reconnus comme particuliers Outre-mer. Donc j’ai demandé, et les parlementaires seront associés à cette réflexion, qu’il y ait un examen juridique qui nous permette de savoir si nous pouvons faire cette différenciation. Et si elle est conforme au droit, alors il y aura un taux de CICE particulier pour ces secteurs.

Ce sont des efforts budgétaires lourds que nous consentons ici. Mais nous ne les dépensons pas pour rien, parce que j’ai confiance dans les acteurs économiques. Je demande qu’ils respectent leurs engagements, c’est légitime. Je ne suis pas dans la suspicion, je ne suis pas dans la mise en cause, je suis simplement dans le respect de la parole qui a été donnée. Un pacte est fondé sur la confiance. L’Etat – et j’en remercie les parlementaires qui se sont associés à ce processus – a fait ses choix. Le Parlement les a approuvés. Il y a une trajectoire sur trois ans. Les partenaires sociaux qui ont signé le pacte ont souhaité être associés à ce processus pour vérifier si les sommes qui vont être versées vont être affectées à l’investissement et à l’emploi.

Je souhaite qu’Outre-mer les acteurs économiques puissent également prendre leurs responsabilités dès lors que l’Etat fait cet effort. Et pour que les choses soient bien claires, la ministre George PAU LANGEVIN a proposé une feuille de route économique pour l’Outre-mer avec trois principes qui me paraissent bons et pas simplement pour l’Outre-mer.

Premièrement, que le cadre fiscal soit lisible, adapté et stable. Je l’ai dit pour la défiscalisation. On ne peut pas imaginer qu’une année budgétaire soit un cadre suffisant, un terme suffisant. Il faut être sur un cadre stable de trois ans.

Deuxièmement, priorité à la recherche et à l’innovation. C’est pourquoi, pour tout l’Outre-mer, le crédit impôt recherche passera de 30 à 50%. Parce que je souhaite que le secteur privé ultra-marin démontre sa capacité d’innovation.

Quand je suis sur l’Ile de La Réunion, je n’ai pas de doute, il y a des gisements de technologie, il y a des inventions que les entreprises, grâce à leurs salariés, réussissent à produire. Il y a des cadres qualifiés qui devront être retenus comme base du crédit impôt recherche, pour que ces cadres qualifiés réunionnais, si c’est possible, puissent être pour les employeurs un facteur aussi d’incitation à l’investissement. Cette mesure sur le crédit impôt recherche figurera dans la prochaine loi de finance pour 2015.

Je sais aussi qu’il y a des problèmes de financement, il y en a partout. D’ailleurs, je convoquerai au mois de septembre les Assises du financement de l’investissement. Qu’est-ce que nous constatons en France ? Un haut niveau d’épargne et une insuffisance d’investissement. Il y a donc un problème d’adéquation. Il faut que l’épargne française puisse être affectée, davantage qu’aujourd’hui, à l’économie réelle, à l’économie productive. Quand je parle de la finance, c’est celle qui prend une part de cette épargne pour la placer sur d’autres produits, sans qu’il y ait de retombées positives pour l’emploi et pour la croissance… Nous veillerons à ce que le financement des entreprises soit facilité.

La Banque centrale européenne aura aussi son rôle à jouer. Elle doit fournir des liquidités et elle doit même faire en sorte que les banques puissent être incitées à prêter davantage aux PME. Au niveau national, nous ferons de la même manière. Nous inciterons davantage les banques à financer l’économie. Mais là encore, spécificité de l’Outre-mer, nous devons même préfinancer un certain nombre de dispositifs. Exemple : j’ai évoqué le crédit d’impôt et d’investissement qui est une mesure reconnue comme positive pour les grandes entreprises de l’Outre-mer. Sauf qu’il est versé avec retard. La Banque publique d’investissement devra donc préfinancer ces dispositifs.

De même, je souhaite que l’ensemble des acteurs économiques, je les ai rencontrés il y a quelques heures au port, puissent bâtir ensemble une convention de partenariat pour l’exportation. Parce que nous ne pouvons pas raisonner simplement en économie fermée. Nous devons nous dire : « qu’est-ce que nous pouvons exporter, vendre, en particulier ? ». J’attends de vous que vous puissiez définir une stratégie d’exportation.

Il y a le tourisme, ce n’est pas de l’exportation, c’est la manière de faire venir des devises de l’extérieur. Vous avez des atouts naturels patrimoniaux, environnementaux considérables. Mais faisons-nous assez ? Portons-nous suffisamment l’effort sur les équipements, les prestations ? Nous avons cette chance maintenant de pouvoir, avec l’investissement qui va se faire au port, accueillir de grands paquebots demain.

Faut-il encore que nous facilitons les visas, puisqu’ici il y avait une situation invraisemblable où il y avait des gens qui voulaient venir pour consommer et on ne leur donnait pas la possibilité de le faire. J’ai mis fin à cette aberration. Tous ceux qui veulent consommer en France sont les bienvenus pour y dépenser le plus d’argent possible. Depuis le 1er août, les visas sont facilités notamment pour nos amis indiens et chinois qui veulent découvrir La Réunion et qui auront toute facilité pour le faire.

Je sais aussi qu’il y a des problèmes lancinants de dettes fiscales et sociales, pas simplement dans le secteur de l’hôtellerie, mais dans l’ensemble des secteurs économiques. Là aussi, je souhaite qu’une initiative soit prise par le gouvernement. Il ne s’agit pas de récompenser les mauvais payeurs, ceux-là doivent être mis hors de ce dispositif, mais de permettre à des entreprises saines de pouvoir continuer leurs activités.

Et je n’oublie pas l‘économie sociale et solidaire parce que cela peut être aussi, pas simplement pour l’Outre-mer, un facteur de développement. La Caisse des dépôts a bien voulu s’engager dans deux directions. La première, c’est sur l’économie sociale et solidaire, la création d’un fonds spécifique pour l’Outre-mer. Je veillerai à ce que ce fonds puisse être le plus rapidement possible disponible.

Et puis, même si cela ne concerne pas que l’économie sociale et solidaire, il y a pour l’Outre-mer, la volonté de la Caisse des dépôts de favoriser l’embauche du premier salarié dans les petites entreprises, les toutes petites entreprises. Là aussi, les 4 000 premiers recrutements en Outre-mer seront bénéficiaires de cette intervention de la Caisse des dépôts.

On peut avoir autant de mesures positives, faut-il encore qu’il y ait des secteurs économiques qui puissent avoir une vision de leur avenir. Et je veux évoquer l’agriculture. Ici l’agriculture, c’est un secteur qui occupe une partie de la population active, près de 10%. Ici l’agriculture, cela nourrit la population, cela préserve l’environnement, et cela peut être aussi un facteur d’exportation. Ici, c’est la filière canne qui est un pilier de l’agriculture réunionnaise. A partir de là, nous devons être extrêmement vigilants. Cette filière peut être menacée par la fin des quotas sucriers – sachant l’échéance 2017, on peut s’en rappeler.

Puisque c’est 2017, nous devons préparer d’ores déjà ce processus. C’est ce que je suis venu dire à Bois-Rouge dans une usine moderne avec une très belle performance des salariés et des dirigeants. J’ai fait l’annonce que, non seulement nous préserverons l’aide nationale de 90 millions d’euros qui s’ajoute au dispositif européen, mais que, selon les calculs du député FRUTEAU, nous pourrions même rajouter 38 millions d’euros pour que nous soyons sûrs de préserver la compétitivité.

J’ai également annoncé que, par rapport aux sucres spéciaux, nous serons extrêmement attentifs pour que, dans le processus de négociation sur la libéralisation des échanges, ces produits soient exclus. Parce qu’il est très important que la filière canne reste une filière dominante dans l’agriculture réunionnaise et dans l’agriculture française. Pourquoi ? Parce qu’elle permet la diversification. Le ministre pourrait développer davantage que moi cette réalité. C’est parce qu’il y a cette production, qu’il y en a d’autres, aussi bien dans le domaine de l’élevage que dans le domaine des engrais, que dans le domaine également de l’énergie. Je vous le réaffirme ici, l’Etat prendra toutes ses responsabilités pour que la filière canne puisse être encore une filière d’avenir.

Je veux évoquer ensuite le sujet de la mer. Je l’ai fait à l’instant au port, à Port-Réunion. La France, grâce aux Outre-mers, est une nation maritime. La France dispose du deuxième domaine maritime du monde. La France a cette chance d’être une grande nation capable d’être présente sur tous les océans.

La mer, ce n’est pas simplement une voie de communication, c’est aujourd’hui une ressource considérable. D’abord parce que c’est sur la mer que se transportent les marchandises. D’où l’enjeu de ce qui va se passer à Port-Réunion, puisque l’on va créer un « hub » de transbordement dans l’Océan indien. On va utiliser la position réunionnaise pour pouvoir transporter ce qui peut être utile dans l’ensemble de la zone avec des prolongements en termes de logistique, en termes d’entretien, en termes de réparation. Bref, nous pouvons faire de Port-Réunion un grand port de l’ensemble de la région retrouvant ainsi l’Histoire, c’est-à-dire la route des Indes et l’île Bourbon, avec des conditions économiques qui sont celles de la mondialisation.

La mondialisation nous fait parfois peur. Ici c’est une chance pour La Réunion, à condition qu’elle saisisse ses atouts et sa position géographique en est un. Et donc il y aura une exploitation de la mer. Il y a un enjeu international. Je discuterai, après-demain aux Comores, de la délimitation des domaines maritimes. Parce qu’il y a là une compétition aussi qui s’installe pour savoir où passent exactement les frontières.

Nous devons bien mesurer que la mer est une source d’énergie, d’énergie aujourd’hui. Pas simplement de production gazière ou de production pétrolière mais d’énergie par son mouvement, par son flux, par ses courants… Aujourd’hui, il y a de grands projets pour produire de l’électricité en profitant de la différence de températures entre les eaux de surface et les eaux de profondeur. C’est cette idée qui en a entrainé d’autres puisqu’ici à Saint-Denis vous avez le projet SWAC qui est porté par GDF Suez. Votre idée, appuyée par le Conseil régional, c’est de climatiser tous les bâtiments publics grâce à l’eau froide des profondeurs.

Pour rendre ce projet réalisable, nous avons modifié la loi afin de permettre de rémunérer l’énergie non consommée, les fameux négawatts. Le décret d’application vient d’être publié. Ce projet pourra être porté. Il pourra, là aussi, être une innovation mondiale. Il y a même d’autres idées. Monsieur VIRAPOULLE m’a dit qu’il pensait qu’il pouvait vendre aux pays de la péninsule arabique l’eau pure des montagnes qui se jette dans l’océan depuis les falaises. Nous allons expertiser ce projet dans le cadre de la transition énergétique et je sais que la députée y travaille.

Nous devons mettre tout ce qui est possible à travers la nature au service de l’économie d’énergie ou de la production d’énergie. Dans quelques semaines, il y aura cette discussion sur la transition énergétique. C’est une des grandes lois du quinquennat. Je souhaite que l’Outre-mer s’engage pleinement dans cette diversification énergétique, dans ces énergies renouvelables, dans les économies d’énergie, parce que vous avez en plus, vous, la responsabilité de la biodiversité.

Mesdames et Messieurs, il y a deux grands défis que nous avons à relever. Le premier, je n’ai cessé de l’évoquer, c’est celui de l’emploi. L’emploi, c’est d’abord celui des jeunes, je ne dis pas cela pour écarter la responsabilité qui doit être la nôtre par rapport à d’autres catégories de la population. Il n’y a pas un chômeur qui vaudrait plus qu’un autre. Mais il y a cette exigence, à travers cet appel de la jeunesse, à pouvoir être considéré dignement dans la société.

C’est pourquoi j’ai annoncé, dès mon arrivée ici, que pour le RSA il y aurait d’abord l’expertise de la proposition de Gilbert ANNETTE pour savoir comment nous pouvons mieux utiliser ces fonds à de fins d’emplois et non pas d’assistance, même si je n’aime pas le mot. Deuxièmement, pour les « emplois d’avenir », c’est la première annonce que j’ai faite : qu’il puisse y avoir une réduction de la participation des collectivités et des associations dans l’activité et dans le financement des « emplois d’avenir » qui aujourd’hui appelle 25% de contribution et qui demain serait réduite à 10%.

Mesdames et Messieurs les élus, cette demande m’a été faite il y a déjà plusieurs mois. Je fais cette annonce pour La Réunion, je veux que cette annonce ne soit pas regardée simplement comme de circonstance, parce que je suis parmi vous. Vous avez à réussir cette opération car elle pourra être généralisée à d’autres territoires d’Outre-mer et peut-être à d’autres départements de France. Vous devez réussir cette opération, pour la jeunesse, pour le bon usage des fonds publics et également pour la responsabilité morale qu’est la nôtre quand un dispositif existe il doit être pleinement utilisé.

Je ne peux pas accepter qu’il puisse y avoir dans une préfecture de France, des crédits destinés à l’emploi des jeunes qui restent inutilisés. A cet égard, même pour les « emplois d’avenir » dans le secteur privé, s’il y a des possibilités qui ne faussent pas la concurrence, pour que nous puissions pleinement utiliser les « emplois d’avenir », je suis prêt également à des dérogations. Mais vous devez d’abord montrer l’exemple, vous les élus, vous les responsables associatifs. Pour que demain il y ait ces 40 000 « emplois d’avenir » qui puisent être créés dans votre région.

Ensuite il y a ce que nous avons regardé avec Patrick LEBRETON, c’est-à-dire l’emploi régional. Il ne s’agit pas d’installer ou d’introduire je ne sais quel quota ou je ne sais quelle réserve, je ne sais quelle obligation… Nous avons des règles dans la République. Le principe, c’est que les emplois sont ouverts à toutes les catégories de citoyens, d’où qu’ils viennent. Mais en même temps, j’entends ce qui m’est dit par les jeunes ou par ceux qui les représentent. Quand ils ont la qualification, quand ils ont le diplôme, quand ils ont fait l’effort pourquoi ne sont-ils pas recrutés dans les emplois publics ou appelés à concourir ou tout simplement accompagné par Pôle emploi pour qu’ils puissent répondre aux offres du secteur privé ?

Il faut agir et c’est ce que j’ai annoncé. Agir cela veut dire, sur la base du rapport qui m’avait été présenté, faire en sorte que sur les concours il puisse y avoir des filières de préparation ou de classes préparatoires ; que sur les mutations nous puissions utiliser le critère du centre des intérêts moraux et matériels pour permettre à des fonctionnaires de revenir travailler à La Réunion ; et puis aussi que nous puissions accompagner des jeunes dans leur parcours de formation pour leur donner toutes les chances d’être recrutés là où nous allons précisément créer des emplois.

Ç’est le défi principal : l’emploi. Cela vaut pour toute la France. Nous devons nous mobiliser tous. C’est une grande cause, nous avons nos sensibilités, nos intérêts, parfois qui ne sont pas toujours convergents entre forces économiques et forces sociales. Parfois nous n’avons pas forcément les mêmes échéances, certains regardent les élections avec une espèce d’obsession qui finit par les freiner ou par les paralyser. Mais nous avons une obligation, c’est la France. Parce que nous devons faire en sorte que la France ait confiance dans son avenir et le seul critère de la confiance c’est l’emploi.

Est-ce que nous sommes capables de créer des emplois ? Est-ce que nous sommes capables de réduire le chômage ? Pas simplement sur un mois, durablement ? Est-ce que nous sommes capables de faire de la croissance ? D’utiliser tous nos atouts, toutes nos ressources, toutes nos capacités pour en arriver là ? D’où le pacte ! Ce pacte de responsabilité, au-delà de ce qu’il peut représenter en termes de milliards d’euros ou de dispositifs même si cela compte, c’est justement de fédérer toutes les énergies et de s’y mettre. Ce qui manque à notre pays, c’est justement cette capacité de se rassembler sur l’essentiel, quitte après à faire les vérifications au moment des scrutins. Cette mobilisation-là est majeure parce que nous avons un deuxième défi à relever, c’est la capacité à vivre ensemble.

Ce n’est plus aussi simple de vivre ensemble avec ce qui se produit dans le monde, avec l’exacerbation des passions, avec les difficultés économiques, avec les peurs qui font craindre que ce soit l’autre, le voisin, qui soit source de toutes les nuisances… Avec ce sentiment parfois qui peut habiter un certain nombre de nos compatriotes que nous serions dans le déclin, que c’était mieux avant… Je voudrais bien les accompagner sur ce qu’était la société d’avant, le monde d’avant, les crises d’avant, les guerres d’avant ! Il y a cette situation et on voit bien qu’à chaque fois il peut y avoir l’exacerbation de ces peurs, de ces conflits.

Vivre ensemble, vivre dans le respect ensemble. Vivre aussi avec des règles communes qui n’empêchent pas la diversité. Notre société a toujours été diverse et la société réunionnaise en est une illustration. Est-ce que cette diversité nous empêche d’être unis sur l’essentiel, d’être amoureux de la France pleinement et ici vous l’êtes entièrement ? Non. Donc nous devons être capables de relever ce défi là. Il n’est pas sans liens avec le premier. Un pays qui a confiance dans son avenir n’a pas de doutes sur sa cohésion. Ce sont les deux grands défis que nous avons à relever.

Ici à La Réunion, où l’on pourrait se dire que tout est plus difficile, vous êtes capables de vous mobiliser. C’est pourquoi il y a une forme de modèle réunionnais qui peut être source d’inspiration. Se mobiliser sur l’essentiel, être capable de développer des innovations, des technologies de demain, respecter l’environnement et en faire un atout, utiliser le patrimoine, celui de la jeunesse, celui de la nature, celui de la culture pour en faire un mode de développement… Oui, vous êtes capables de produire ce qu’il y a de mieux dans la société française alors, Mesdames et Messieurs, ayez confiance dans votre avenir, ayez confiance dans La Réunion, ayez confiance dans la République et dans la France ! Merci.

 

Type de contenu : VidéoLa vidéo de l'interview pour les télévisions de la Réunion

Type de contenu : Déclaration/DiscoursTexte du discours lors de la visite de l'usine sucrière

Discours lors de la visite de l'usine sucrière de Bois-Rouge

La Réunion – Jeudi 21 août 2014 

 

Madame la ministre,

Monsieur le maire,

Mesdames et Messieurs les parlementaires – avec une mention particulière pour Jean-Claude FRUTEAU, au regard du travail qu’il a mené depuis longtemps sur la question de la filière canne.

Mesdames et Messieurs les représentants des exploitants agricoles, sans lesquels il ne pourrait pas y avoir cette usine,

Mesdames et Messieurs les agents qui font tourner cette belle entreprise,

Je tenais à venir ici, aujourd’hui, dans le cadre de cette visite à la Réunion, sur ce site de Bois-Rouge. Pas simplement pour en constater la haute performance, la qualité de la main d’œuvre, et le caractère particulièrement innovant des productions. Je voulais venir ici parce que, comme il a été dit par Monsieur LABRO, il y a un défi à relever et parce que ce n’est pas un enjeu simplement pour la Réunion. C’est un enjeu national.

Il convient de rappeler que la filière canne fait vivre entre 13 000 et 18 000 personnes – selon que l’on prend les emplois directs et les emplois indirects – ici à la Réunion. Cette filière canne fournit les ¾ du sucre en France. Elle en permet aussi le raffinage. Cette filière est une spécificité de notre agriculture à la Réunion, et aussi sur le plan national.

Il y a en plus des vertus, pas simplement à manger du sucre, mais à travailler la canne, puisque cela a des conséquences environnementales favorables. Cela permet la diversification de l’agriculture, pas simplement d’ailleurs avec la production de canne. Cela permet aussi à des agriculteurs d’avoir une autre production que la canne à sucre. Pour toutes ces raisons, nous devons préserver, maintenir, développer la filière canne à la Réunion.

Nous sommes devant le défi de la politique agricole commune. Des décisions ont été prises, il y a longtemps, très longtemps…, avec l’abandon d’une organisation commune de marché pour le sucre et qui se traduisait par ce qu’on appelle ici les « quotas ». Tout le monde sait que cela va se terminer en 2017. De ce point de vue, il n’y a plus de possibilité de renégocier l’échéance. C’est en 2017. D’où l’inquiétude qui existe. Inquiétude des élus, inquiétude des exploitants, inquiétude des travailleurs. Je sais qu’il y a eu un certain nombre de mouvements ces dernières semaines. Nous devons y répondre.

Il y a en fait deux sujets. Il y a le sujet de l’aide nationale ; et le sujet de la négociation avec Bruxelles qui, elle-même, se décompose en deux points : faut-il que Bruxelles nous autorise à aider nationalement la filière canne ?  Deuxièmement nous souhaitons, nous exigeons qu’il n’y ait pas d’ouverture à la négociation des sucres spéciaux, pour que nous puissions protéger cette production. Voilà comment Jean-Claude FRUTEAU a résumé les choses dans son rapport. Elles doivent maintenant connaitre les réponses nécessaires.

Je ne suis pas venu à la Réunion pour apporter simplement mes encouragements, mon appui, mon soutien, renouveler mon amitié… Je suis venu ici, sur l’île de la Réunion, pour que nous puissions ensemble définir une stratégie, porter une haute exigence de l’économie réunionnaise et avoir la volonté de redresser, autant qu’il est possible, la croissance et l’emploi à la Réunion. Or, je vous l’ai dit, la filière canne, c’est une part très importante de l’agriculture réunionnaise et une part substantielle de l’emploi privé réunionnais. Je dois donc apporter les garanties et les réponses.

Sur l’aide nationale. Elle est indispensable compte tenu de la fin des quotas. Le risque a été présenté par M. LABRO. C’est qu’il n’y ait plus de compétitivité pour les deux usines sucrières de la Réunion. C’est que cet outil magnifique, avec des innovations qui ont été reconnues au plan mondial, connaisse un déclin et peut-être demain une fermeture… L’aide nationale est donc essentielle.

Les calculs faits, notamment dans le cadre du rapport FRUTEAU, laissent penser que nous devrions augmenter notre aide nationale d’à peu près, 38 millions d’euros. Elle est aujourd’hui de 90 millions d’euros. C’est dire s’il y a déjà un effort, une solidarité nationale. Il faudra donc la porter à 128 millions d’euros à l’horizon 2017. J’ai décidé que ce serait ce montant-là que nous présenterions aux autorités européennes pour garantir l’avenir de cette aide nationale et garantir l’avenir de la filière canne à la Réunion.

Il y a aussi les aides qui viennent de l’Europe. L’Europe n’a pas que des défauts ! Elle a parfois des contraintes, nous en connaissons quelques-unes ; elle a parfois des disciplines qui peuvent nous paraitre difficiles ; elle a parfois des règles qu’il convient de corriger ; mais elle est notre garantie, aussi, d’un certain nombre de soutien. En l’occurrence pour l’Outre-mer, il y a un programme, le programme POSEI, qui est particulièrement avantageux. Beaucoup de territoires ultra-marins voudraient bien avoir ce dont la Réunion dispose grâce à l’Europe.

Je vous demande donc, comme à tous nos compatriotes, d’avoir toujours un équilibre sur l’Europe ; de savoir reconnaitre ce qu’elle nous donne, et de savoir faire en sorte qu’elle soit orientée différemment par rapport, notamment, aux règles de marchés et par rapport à ce qui doit être la seule priorité : la croissance et l’emploi.

En même temps que nous avons à demander à l’Europe de continuer à verser des aides nationales, et j’ai dit la hauteur qui était nécessaire, nous devons aussi préserver les aides européennes qui nous sont accordées et sans lesquelles il ne serait pas possible non plus de garder la filière canne. C’est donc deux aides qui se superposent : une aide française et une aide européenne.

Mais nous n’avons pas terminé… Nous n’avons jamais terminé, c’est cela finalement l’une des leçons que nous pouvons tirer de l’expérience. On avance, on avance…, et il faut toujours en faire davantage. C’est bien légitime surtout quand on est aux responsabilités du pays, d’une collectivité, d’une entreprise, parce que chaque fois il y a de nouveaux défis. Chaque fois, cela ne se passe pas comme il était prévu. Alors, on avance et on imagine, on invente et attend, on reste fidèle à son cap, on garde la cohérence sans laquelle il n’y a pas de compréhension de ce que nous faisons.

Dès lors, nous avons aussi à demander à l’Europe de nous permettre de continuer à faire des sucres spéciaux, sans que ces produits puissent être ouverts au grand marché – ou plus exactement, pour que les sucres spéciaux venant de l’extérieur ne puissent pas venir ici. C’est cela l’enjeu. Nous devons, dans le cadre d’une négociation bien sûr, faire en sorte que nous puissions protéger les sucres spéciaux. Là aussi, j’en ai pris l’engagement suite au rapport FRUTEAU. Nous irons dans cette direction.

Je vais dire un mot, pour terminer, sur les autres filières agricoles réunionnaises. En rappelant qu’elles ne pourraient, le plus souvent, exister ou se développer, s’il n’y avait pas la filière canne. Mais elles sont néanmoins tout à fait intéressantes à relever.

Il y a d’abord tout ce qui a trait à la fourniture, à travers les sous-produits de la canne, des engrais pour l’agriculture, des alcools pour nous tous – enfin dans une certain mesure ! – et puis aussi de l’énergie. Car nous découvrons que l’agriculture est productrice d’énergie ! Vous en avez fait d’ailleurs ici la démonstration. Mais d’une manière générale nous pouvons utiliser l’agriculture à des fins de production énergétique.

Et puis il y a cette diversification qui va être encouragée, par la loi d’avenir pour l’agriculture, parce qu’elle correspond parfaitement aux objectifs de l’Outre-mer. Un volet de cette loi, c’est pourquoi elle a été adoptée très largement, est consacré à l’Outre-mer. Il y a la volonté de réconcilier l’économie, c’est-à-dire la performance agricole et l’environnement. Ici, cela veut dire répondre de façon efficace aux attaques parasitaires, qui peuvent être d’une violence et d’une virulence particulière.

La deuxième priorité, ce sont les jeunes : pour les installer, pour qu’ils puissent avoir des transmissions d’exploitation dans de bonnes conditions, pour qu’ils puissent accéder au foncier.

La troisième priorité, c’est de travailler en interprofessions pour servir les productions locales, de manière à mieux connaître et parfois à limiter les flux d’importations. Là aussi, je souligne que la Réunion est quasiment auto-suffisante – c’est quand même un point très important – grâce à l'agriculture réunionnaise. Mais néanmoins il n’y a pas que cet objectif. Il faut exporter et aussi importer. Qu’est ce qui doit être exporté, qu’est ce qui doit être importé ? Ce travail là, nous devons le mener tous ensemble.

Il y a également la question des risques agricoles. La loi d’avenir a permis l’éligibilité de l’Outre-mer au Fonds national de gestion des risques agricoles, là où vous avez connu des cyclones, des tempêtes et des catastrophes climatiques particulièrement couteuses pour les exploitations. Je pense au cyclone Bejisa qui a durement frappé la Réunion au début de l’année. Dans un délai très court, les fonds vont être versés. Sept millions d’euros au début de ce mois, auxquels vont s’ajouter un autre million d’euros pour répondre aux situations les plus urgentes, de la même manière que pour la sécheresse de l’an dernier.

Il y a des dispositions pour instruire les dossiers à hauteur de trois, quatre millions d’euros. Mais je veux que nous puissions avoir des systèmes pérennes, parce que nous ne pouvons pas, à chaque fois, inventer des mécanismes à mesure que se passent des catastrophes climatiques.

Mesdames et Messieurs,

Je ne suis pas dans une usine du passé ici. Je ne suis pas dans l’histoire de la Réunion très marquée par la canne à sucre. Je suis dans l’avenir de la Réunion. Ce que vous avez été capables de me montrer, cette transformation avec des méthodes uniques au monde, avec des inventions venues du travail des ingénieurs, des techniciens, des ouvriers..., avec cette capacité d’utiliser toute la canne pour qu’il ne reste aucun résidu qu’il n’y ait aucune atteinte à l’environnement…, cela, c’est l’avenir !

Quand on est sur une filière d’avenir, on doit tout faire pour qu’elle puisse être préservée. Ma responsabilité, au nom de l’Etat, c’est d’assurer cette pérennité à travers les aides nationales, je viens d’en parler, et à travers les garanties européennes qu’il faudra obtenir. Mais votre responsabilité, c’est de croire en vous-même, c’est de vous battre. On n’obtient rien sans combat, sans ardeur, sans ténacité. On ne peut pas tout attendre, bien sûr, de l’Etat, de l’Europe… Ils ont des obligations. Mais il y a forcément aussi le travail d’une communauté. Cette communauté, c’est celle de cette usine. Elle est un beau symbole de l’histoire de la Réunion, elle est un beau symbole de son avenir.

Soyez sûrs que, à travers ma visite ici, la solidarité de l’Etat vous est assurée.


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