A l'Elysée :

Déplacement en Guyane.

26 Octobre 2017

Type de contenu : VidéoInternat de Maripasoula

Type de contenu : VidéoIntervention à Maripasoula

Type de contenu : VidéoLa conférence de presse

Type de contenu : VidéoIntervention à Kourou

Type de contenu : VidéoInterview à Maripasoula

Type de contenu : VidéoClôture de la conférence de RUP

Type de contenu : Conférence de presseLe texte de la conférence de presse

Écouter

Madame la ministre,

Messieurs les ministres,

Messieurs les parlementaires,

Messieurs les directeurs,

Mesdames, messieurs,

Je tenais à vous faire un point rapide sur notre visite en Guyane, les différentes décisions prises et après avoir passé une partie de la journée hier à Maripasoula, nous allons partir dans quelques instants au Centre spatial à Kourou avec le président JUNCKER. Nous reviendrons ensuite à Cayenne, avec d’une part une expression devant la conférence des RUP avec le président JUNCKER ; et demain un travail avec les ministres et en particulier la ministre des Outre-mer pour les assises de l’Outre-mer.

Je suis pour ma part très heureux de revenir sur ce sol guyanais que j’aime tant, connu il y a un peu plus d’une dizaine d’années dans une vie de fonctionnaire et que j’ai retrouvé à chaque étape en tant que ministre, en tant que candidat à la présidentielle et aujourd’hui en tant que président de la République.

D’abord et avant tout, je tenais à revenir sur les accords de Guyane, pour expliquer où nous en sommes et quelle est la position de l’Etat. La Guyane n’a sur ces sujets jamais manqué de promesses, comme beaucoup d’autres territoires ultramarins. Et bien souvent, les promesses n’ont pas été tenues et c’est une des raisons d’ailleurs de la colère qui s’est exprimée au printemps dernier, après les annonces faites presque 5 ans plus tôt d’un pacte d’avenir.

Pour autant, le retard de la Guyane et les besoins incontestables justifient pleinement que l’Etat se soit engagé en mars et avril dernier autour d’un travail suite à la pression de la rue ; et ait pu conclure ainsi ce qu’il a été convenu d’appeler « les accords de Guyane ».

Depuis le mois de mai, la ministre Annick GIRARDIN a réuni 2 fois le comité de suivi, à Paris et à Cayenne. Elle a présenté les premiers résultats et la totalité du plan d’urgence sera appliqué et est déjà largement entamé.

S’agissant du premier volet de l’accord de Guyane, dit donc plan d’urgence, les 30 mesures sont engagées et 23 d’entre-elles – dont 77 % – sont d’ores et déjà mises en œuvre.

S’agissant du second volet, les 164 mesures sectorielles qui le constituent sont d’ores et déjà engagées pour les deux tiers. Et donc l’intégralité de ces deux premiers volets sur lesquels François HOLLANDE et le gouvernement de Bernard CAZENEUVE s’étaient engagés seront appliqués ; et la parole de l’Etat sera tenue.

Ces engagements étaient initialement chiffrés à 1 milliard d’euros et représentent 1 milliard et demi de subvention d'Etat ce jour et s'étaleront sur plusieurs années. C'est ce fameux volet à un milliard 100 dont on parle souvent.

Le troisième volet des accords de Guyane, c'est la demande complémentaire présentée par le collectif à hauteur de 2 milliards 100. Mon prédécesseur ne s'était pas engagé sur ce sujet, il y avait un engagement à étudier les propositions qui sont faites. Et j'ai réitéré hier cet engagement à étudier dans le cadre des Assises ces propositions qui sont faites.

Aujourd'hui même, la ministre signera avec la collectivité territoriale de Guyane une convention qui permettra de libérer près de 98 millions d'euros, dont 27 pour les communes de Guyane, ce qui est très attendu, nous les avons reçu longuement hier avec les ministres et nous avançons sur cette ligne.

Mais je le dis ici très clairement, le rôle de l'Etat n'est pas de tenir des engagements irréalistes et n'est en aucun cas de céder à des pressions quelles qu'elles soient, en particulier lorsqu'elles n'ont pas la légitimité démocratique et celles portées par les élus. Aussi hier avons-nous pendant plusieurs heures travaillé avec les parlementaires, le président Rodolphe ALEXANDRE, les maires, ce sont les interlocuteurs, ce sont les élus de la République.

Mais surtout, je crois très profondément à un changement de méthode radical, si les milliards suffisaient à régler les problèmes, d'abord à chaque fois que le président de la République se déplace il aurait des milliards à distribuer ; mais je veux ici vous rappeler que ces milliards ce sont ceux des Françaises et des Français et qu'il faut bien que quelqu'un à la fin les paye et, donc, que l'activité permette de s'engager.

Mais surtout c'est que beaucoup plus largement, c'est une action en profondeur qui suppose de l'innovation, une réorganisation de l'Etat, des collectivités, un changement même de notre mentalité collective qui est la condition pour réussir. Et ce que je veux construire durant les 5 années qui viennent et c'est ce pourquoi j'ai décidé de venir sur ce territoire, connu comme étant le plus difficile et le plus en crise des territoires ultramarins, dès le début du quinquennat accompagné des ministres. C'est que je ne crois pas aux anciennes méthodes et, donc, je ne prendrai pas des engagements que je roulerai comme des boules qui ne seront jamais tenues. Je ne prendrai que des choses que je tiendrai, nous l'avons vu hier, je me suis engagé sur des choses dores et déjà votées ou actées. Mais surtout, je veux que ce soit des responsabilités partagées, que nous puissions ensemble décider.

Je veux revenir sur plusieurs éléments constitutifs justement de l'avenir de la Guyane, d'abord l'économie. Le développement économique doit d’abord se construire par certaines filières, la filière bois. Le secrétaire d'Etat auprès du ministre d'Etat était hier en particulier auprès de certains acteurs de la filière, nous allons mettre en place des mesures qui permettront d'améliorer notre organisation.

Un décret sera signé avant la fin de l'année qui permettra de relever les seuils concernant l'évaluation environnementale préalable à la création des pistes. Ca ne coûte pas un centime, mais c'est une illustration même de ce que nous devons faire pour permettre plus de croissance en Guyane.

Ca n'est pas promettre des centaines de millions pour faire des chemins forestiers qui, compte tenu des contraintes actuelles qui sont faites pour la France hexagonale, ne permettrait pas dans le quinquennat d'ouvrir ces sentiers où ces routes forestières. C’est d'adapter notre cadre réglementaire à la réalité du terrain. Le décret sera pris avant la fin de l'année.

La filière biomasse se décourage, vous connaissez le territoire ou pour d'autres l’avez peut-être découvert, je crois que nous ne manquons pas de bois. Et donc il y a la possibilité de développer une vraie filière biomasse pertinente pour l'économie guyanaise et les Guyanais.

La construction des centrales biomasses est validée par la programmation pluriannuelle de l'énergie, par arrêté du ministre chargé de l'Energie ; puis le dossier de la centrale est ensuite instruit par la CREU (phon), puis son financement est finalement examiné par Bercy au titre de la défiscalisation.

Ce système aujourd'hui tel qu'il est fait prend 4 ans, 4 ans, ce qui veut dire que si je devais m'engager en fin d'année ou en début d'année prochaine, vous n'en verriez sans doute pas le jour durant ce quinquennat. Là aussi nous allons en finir, ce mécanisme sera réformé pour que ces dossiers soient traités de façon rapide, avec une procédure unique d'engagement. Le ministère de l'Agriculture a mis en place une aide à la filière bois, elle représentera 3 millions d'euros dès 2017.

Pour ce qui est des hydrocarbures, la France s'est engagée à ne plus délivrer de nouveaux permis de prospection d'hydrocarbures dans l'accord de Paris. Nous avons donc décidé d'être cohérents avec nos engagements internationaux ; et c'est le cœur même du projet de loi qui a été porté par le ministre d'Etat.

Nous avons tenu cet engagement à l'exception des droits acquis, conformément à la loi, comme le permis « Guyane maritime » qui avait été accordé à TOTAL depuis 2011. Les nouveaux permis ne sont pas accordés, le permis « Guyane maritime » qui est attendu, pertinent pour l'économie guyanaise et aussi parce qu'il y a des engagements forts de l'entreprise TOTAL en termes de répercussions sur l'économie et l'emploi, a lui été donc prolongé. La prochaine étape c'est la délivrance de l'autorisation de forer et la décision sera prise à l'automne prochain.

Pour ce qui est de la filière aurifère, là aussi j’ai pu il y a plusieurs mois venir sur le terrain et tout le monde connaît mon engagement dans les prémices du projet de la Montagne d'or ; et hier le secrétaire d'Etat a reçu plusieurs associations, organisations très sensibles sur ce sujet.

Le soutien du gouvernement sera conditionné au respect des engagements, d'une part de la charte sur les mines durables ; et d'autre part dans la capacité qu'aura aussi le projet à répondre à l'ensemble des sujets qui seront soulevés dans le cadre du débat public.

Le débat public donc est mené par la Commission nationale qui est une autorité indépendante ; et il aura à mettre en lumière les points de sensibilité en termes environnementaux, en termes d'acceptabilité démocratique, en termes de répercussions économiques. Et il faudra que le projet – pour qu'il reste acceptable et puisse avancer – réponde à l'ensemble de ces contraintes.

J’invite d'ailleurs les Guyanais à s'intéresser à ce débat, qui est un moment de transparence et de concertation. Il a pour objectif d'informer le public, aussi de faire évoluer le projet en fonction des avis recueillis ; et les décisions ne seront prises qu'à l'issue de celui-ci.

L'Etat propose aux acteurs de l'orpaillage légal un plan de filière sur le modèle du Centre national de recherches technologiques qui existe en Nouvelle-Calédonie sur le nickel, qui permettra de fédérer la recherche, de développer les activités en particulier créatrices d'emplois locaux ; et de valoriser les meilleures pratiques, celles qui en particulier sont conformes à la charte « mine responsable ».

Dans le même temps, nous comptons développer les activités économiques liées à la biodiversité et aux énergies renouvelables. J'évoquais la biomasse mais nous pouvons faire encore davantage sur ce territoire, qui est l'une des réserves de biodiversité française, à la fois à travers la forêt amazonienne mais aussi à travers les côtes et l'exposition maritime de la Guyane.

Notre volonté sur ce sujet, c'est de pouvoir créer autour de l'université un vrai cluster de compétences qui permettra de mettre en synergie les laboratoires déjà existants, les enseignants-chercheurs présents, en valorisant aussi – et le ministre et sa collègue en charge de l'Enseignement supérieur, de la recherche et l'innovation s'attacheront d'ici la fin de l'année à faire des propositions concrètes – l'attractivité pour des postes hautement qualifiés ; et en y associant l'Agence pour la biodiversité qui détachera sur place, dans ce cluster, des agents.

C’est autour de ce pôle de recherche que nous pourrons développer de l'activité économique, une meilleure connaissance du terrain et ce qui est une force française, une richesse française au cœur de l'Amazonie et face à l'océan.

La pêche est aussi une filière importante que nous allons continuer à structurer, avec des aides qui seront justement évaluées et qui feront partie du travail des assises et j’y reviendrai, mais avec aussi des simplifications que nous devons mettre en œuvre. Et à cet égard, le dialogue que nous avons eu avec la Commission européenne ces dernières semaines a été extrêmement productif et le président JUNCKER aura l'occasion cet après-midi d'expliquer en détail les décisions prises par la Commission, qui permettront d'une part de rénover les flottilles ; et d'autre part de faciliter le travail des pêcheurs, ce qui est fondamental.

L’économie aujourd'hui est à 90 % nourrie par la commande publique, nous devons – vous l'avez compris – développer des filières et développer de l'activité économique privée bien davantage. Les bâtiments travaux publics en sont aussi un exemple, nous l'avons vu hier à Maripasoula, ils dépendent aujourd'hui de la commande publique mais en structurant cette filière, en la renforçant nous pourrons là aussi créer davantage d'emplois. Et cela passe par des mesures de simplification radicales : des octrois de permis, des procédures avec là aussi la valorisation et l'accélération de procédures de certificat unique.

Mais au sein même de la commande publique, je souhaite que nous puissions enrichir les travaux faits en emploi guyanais. Et je l’ai dit hier aux acteurs de terrain, je le redis ici, nous allons mettre en place – et ça ne suppose aucun changement de législation – une organisation qui permettra d'expliquer à l'ensemble des acteurs, qu'ils soient collectivités publiques, acteurs parapublics ou privés qu’aujourd'hui le code des marchés publics réformé permet de mettre en évidence des critères sociaux ou locaux, qui permettent tout à fait d'encourager l'emploi local et de créer de l'emploi sur le territoire. Ca n'est pas suffisamment fait, nous allons l'encourager.

Mais dans le même ordre d'idée, si nous voulons encourager l'activité économique, le secteur privé, une plus grande concurrence et traiter le sujet de la vie chère qui reste une préoccupation fondamentale en Guyane comme dans nombre de territoires ultramarins, il nous faut aussi faire respecter bien davantage l'ordre public économique, c'est-à-dire être sûr que la concurrence est saine et n'est pas faussée.

C'est pourquoi nous demanderons à l'Autorité de la concurrence, de manière très spécifique , une analyse de chacun des marchés, de chacun des secteurs, afin de nous assurer que les prix sont les bons et ne sont pas faussés par des comportements injustifiés ou des effets de rente.

Et c'est aussi pour ça que le débat sur les chiffres macroéconomiques n'a aucun sens, on peut dire « je veux X ou Y milliards d'euros », mais aujourd'hui c’est 10 fois plus cher qu’à l'Hexagone de faire un pont, parce que le béton est vendu ici 10 fois plus cher, sans qu'il n’y ait aucune explication légitime, mais parce que simplement il y a un acteur du béton. Ca n'est pas une bonne façon de faire fonctionner l'économie locale, ça n'est pas une bonne façon de faire fonctionner l'économie d'un territoire dans la République, c'est aussi à cela que nous allons nous attaquer.

Au titre de la péréquation nationale également, les ressources fiscales de la CCI seront maintenues grâce à la solidarité nationale du réseau des CCI et stabilisées pendant la durée du quinquennat, ce qui est compatible avec les efforts légitimement demandés par le ministre, mais qui suppose une péréquation tout à fait faisable entre les chambres de commerce.

Je veux en venir maintenant à l'éducation, autre volet essentiel dans un territoire où les défis sont immenses, puisque la population a plus que doublé en 20 ans ; et aujourd'hui les moins de 20 ans représentent 42 % de la population en Guyane, contre à peu près 24 % dans l'Hexagone, ce qui vous montre que les défis ici sont profondément inédits. En outre, ce défi éducatif en Guyane est renforcé par le fait que le français n'est pas la langue maternelle d'un grand nombre d'habitants, français ou étrangers, car on parle à la maison le créole, le Portugais, le boni, le Saramaka, nous l'avons vu hier. Et donc il y a un vrai défi à l'école pour apprendre la langue de la République, qui permet d'accéder à l'emploi, que ce soit l'emploi public de l'emploi privé et de construire sa vie.

Et quand on parle de désenclavement des territoires, c'est d'abord et avant tout par l'éducation aussi qu'il se fera. Et le député ADAM en est un formidable exemple et je suis très fier qu'il porte aujourd'hui les couleurs de la République en Marche sur ce territoire, et nous étions hier sur ses terres, nous avons pu voir tout l'importance avec les ministres et en particulier le ministre de l'Education nationale, la force de l'école de la République.

C'est pourquoi nous avons pris des décisions rapides pour financer l'internat d'excellence où nous étions hier. L'Etat le financera en totalité pour permettre ainsi à des jeunes filles et des jeunes garçons, dans cette zone très enclavée, de pouvoir aller à l'école de la République et apprendre. C'est aussi pour cela qu’à la fois le collège et le lycée seront des engagements tenus durant le quinquennat, avec dès le mois de décembre l'appel à projet qui sera lancé pour le lycée de Maripasoula. Au total, l'Etat finance une dotation exceptionnelle supplémentaire à la collectivité territoriale de Guyane de 250 millions d’euros sur 5 ans, pour la construction de 10 collèges et 5 lycées, soit 50 millions d’euros par an réalisés dès 2017.

Et c’est aussi ici que les plus gros efforts pour la rentrée 2018 ont été faits en termes d’embauches et d’ouvertures de postes.

Un effort supplémentaire pour la construction et la réhabilitation des écoles primaires se traduit par la revalorisation de 10 à 15 millions d'euros de la dotation annuelle aux communes pour construire des écoles sur 10 ans, soit un engagement de 150 millions d'euros. Tout cela souligne la bonne mise en œuvre de la mesure aussi de dédoublement des classes qui a pu être réalisée dans plus de 41 % des cas, 120 classes fonctionnent d'ores et déjà avec des effectifs de 12 à 15 élèves ; et nous accompagneront les communes – nous en parlions hier avec les maires – qui auront des aménagements à faire pour aller au bout de cette réforme.

La gestion des personnels va aussi être modernisée, les nouveaux enseignants contractuels seront nommés plus tôt, fidélisés par des contrats pluriannuels, formés et accompagnés avant la prise de fonction ; et des procédures de titularisation plus souples seront mises en place, avec un dispositif d'apprentissage en alternance mis en place à l'ESPE et avec aussi la valorisation de parcours et d'embauches en Guyane. Et ce que j'annonce là pour l'Education nationale, c'est ce que nous voulons faire dans l'ensemble de la fonction publique, nous souhaitons valoriser au maximum des parcours de réussite et des carrières, et je sais que la ministre y est particulièrement attachée, qui permettront à des femmes et des hommes nés en Guyane de réussir dans la fonction publique en Guyane.

Les intervenants en langue maternelle enfin ont été doublés dans les écoles, avec un investissement de plusieurs millions d'euros. Le combat pour l'éducation est absolument fondamental et c'est à mes yeux l'une des priorités, si nous voulons faire réussir le territoire de la Guyane.

J'en viens maintenant à la santé, en Guyane la priorité est le soutien aux établissements hospitaliers. 25 millions d'euros ont ainsi été apportés en 2017 au centre hospitalier de Saint-Laurent-du-Maroni, pour lui permettre de faire face à son budget d'investissement. Le Centre médico-chirurgical de Kourou, qui avait été mis en vente par la Croix-Rouge, a été transformé en hôpital public au début du mois d'octobre. Enfin l'hôpital de Cayenne a bénéficié d'un abondement exceptionnel, trésorerie de 20 millions d'euros et 40 millions d'euros de financement d'un programme spécial d'investissement ont été confirmés par le gouvernement.

Les engagements ont donc été intégralement tenus sur le volet santé. Je souhaite que nous puissions aller plus loin, les assises de l'Outre-mer doivent nous éclairer sur ce sujet, mais d'ores et déjà je souhaite que nous puissions prendre l'engagement de développer des structures d'accueil de la petite enfance et de les financer à hauteur de 40 millions d'euros dans les territoires.

Il nous faudra également travailler sur la démographie du personnel médical et mettre en place des contrats d'installation ou de mobilité, avec 71 médecins pour 100.000 habitants la Guyane et près de 3 fois moins équipée que la moyenne nationale.

L'intervention pour le handicap sera elle aussi accrue dès cette année de 5 millions d'euros ; enfin il est clair que l'attractivité de notre système de santé par rapport aux pays transfrontaliers affaiblit aussi l'efficacité pour les Guyanaises et les Guyanais de celui-ci.

Je l'évoquais hier à Maripasoula, d’aucun écoutant des élus d'opposition de Kourou se sont trompés en pensant qu'il s'agissait de Surinamais qui venait aujourd'hui frapper aux portes du centre médical, je confirme que le maire de Maripasoula nous a bien parlés de Brésiliens, je vous invite à aller l'interroger. Mais ce que décrivait le maire de Maripasoula illustre cette tension, que les moyens additionnels que j'évoquais ne suffiront pas à combler. Il y a aujourd'hui une attractivité hospitalière ou médicale du territoire français par rapport au Suriname et au Brésil en particulier, mais aussi Haïti qui fait que quels que soient les investissements ou les structures, nous avons un afflux de femmes et d’hommes venus des pays voisins qui vient engorger ces services et ne permet pas aux Guyanaises et Guyanais d'avoir les prestations et les soins auxquels ils ont droit.

C'est pourquoi nous développerons à ce sujet un partenariat avec les pays voisins pour mieux accueillir les patients qu'il est nécessaire, mais aussi investir au Suriname, au Brésil de manière très concrète pour aider à créer des centres médicaux sur place et des soins de qualité ; et éviter que cet afflux de population n’arrive, mais aussi expérimenter un véritable statut frontalier pour les établissements de santé présents sur le fleuve. Là aussi, nous devons faire preuve d'innovation, on ne peut pas continuer – à Saint Laurent particulier comme à Maripasoula à avoir le fonctionnement actuel, il faut donc que nous puissions innover et trouver un cadre plus adapté qu'aujourd'hui, ça fait partie des choses que j'ai demandées d'écrire au sein des travaux des assises.

Enfin, il nous faudra poursuivre le programme d'infrastructures, je pense au schéma routier qui doit être soutenu en lien avec le schéma d'aménagement régional et la relance du foncier. Je l’évoquais un instant, l'Etat s'est engagé à hauteur de 300 millions d'euros pour le doublement du pont de Larivot et le doublement de la route nationale 2. Je pense aussi aux travaux que les communes font sur le réseau d'adduction d'eau, je pense enfin à la construction de logement social pour lequel l'Etat s'est engagé à doubler les financements en Guyane. Cet engagement là aussi sera tenu.

A Kourou, je lancerai l'élaboration d'un nouveau plan Phèdre, pour faire profiter davantage encore la Guyane de la présence du CNES au-delà des 17 % du PIB, des 1.700 emplois directs et des 7.000 emplois indirects qui sont déjà liés à la base spatiale. Mais il s'agit aussi de mieux mobiliser les financements déjà mis en place, nous abonderons à nouveau par 2 millions par an, soit l'équivalent des recettes des taxes foncières dont le CNES est exempté, soit 10 millions d'euros durant le quinquennat les efforts faits. Mais ce nouveau plan Phèdre doit améliorer le retour en termes de créations d'emplois et d'activités de la présence du CNES.

La mission « France très haut débit » quant à elle mobilise 40 millions d'euros pour la Guyane, pour la couverture des besoins de télécommunications, 50 % de cette somme sera réservée pour la desserte des territoires isolés. Enfin 53 millions d'euros seront délégués pour le plan d'investissement de la collectivité. Mais là aussi en termes d'infrastructures de télécommunications, je veux que nous soyons plus innovants, il ne s'agit pas d'aller tirer de la fibre partout, il faut aussi développer une couverture satellitaire de basse altitude, qui permet dans des zones particulièrement difficiles d'accès d'avoir une couverture d'Internet très haut débit et de téléphonie mobile beaucoup plus efficace à moindre coût.

Le foncier est également un sujet particulièrement sensible, l'Etat s'est engagé à transférer des centaines de milliers d'hectares aux collectivités et aux populations autochtones, mais où, comment, à qui, dans quel délai ? Tout cela n'est aujourd'hui pas tranché et tout ça a aujourd'hui aussi une valeur. Quand j'entends parler de chiffres, je suis étonné qu'on considère que plusieurs centaines de milliers d'hectares n'auraient aucune valeur quand l’Etat les donne, parce qu'il ne m'a pas échappé que quand des collectivités territoriales en Guyane ou des acteurs privés les cèdent, ils les cèdent quant à eux à titre onéreux.

4 inspections générales sont missionnées, elles seront en Guyane début novembre, elles rencontreront tous les acteurs. Je propose la mise à disposition de fonciers par l'Etat selon un plan établi avec les collectivités, sous forme d'appel à candidatures ; et le plan de convergence pourrait prévoir par exemple des schémas territoriaux de dévolution du foncier, mais avec à la clé des vrais projets et une cohérence par rapport aux priorités telles que je viens de les rappeler, en termes de développement économique et d'aménagement de la Guyane.

La SAFER sera mise en place en 2018 avec des statuts adaptés, compte tenu du fait que ces financements seront exclusivement apportés par l'Etat, l'Etat en nommera le directeur général.

Tous ces chantiers que je viens de rappeler, ce sont autant d'avancées par rapport aux accords de Guyane sur lesquels nous allons justement progresser durant les prochains mois. Ce qui veut dire que les deux premières phases sur lesquelles l'Etat s'était engagé sont non seulement mises en œuvre, mais nous irons plus loin, sur la base d'une méthode innovante d'un volontarisme et d'une responsabilité partagés.

La ministre des Outre-mer a lancé ce travail des assises avec 2 phases : une première phase qui se terminera fin janvier, c'est la remontée justement du terrain sur l'ensemble des territoires ultramarins. Ce travail sera piloté par les préfets et consiste en lien direct avec l'ensemble des élus, avec la société civile de faire remonter les propositions et les aspirations, une volonté stratégique. Parce que c'est la condition de possibilité et de réussite d'un tel projet. La ministre ensuite conduira un travail interministériel qui permettra au printemps de finaliser notre plan stratégique, avec une feuille de route par territoire. Il y aura donc au printemps une feuille de route pour la Guyane. Et monsieur le président de la délégation pour les Outre-mer, l'Assemblée nationale comme le Sénat auront à s'atteler à ce travail également dès le printemps, pour travailler sur un texte de loi qui s'ensuivra puisqu'il faudra évidemment penser à des adaptations législatives. Et toutes les conséquences de ces assises seront tirées dès l'exercice budgétaire que le ministre aura présenté et apporté à l'automne 2018.

Ces assises, c'est donc une nouvelle exigence et une nouvelle méthode, celle d'une responsabilité partagée. Ces assises, c'est le contraire de ce que nous avons fait depuis des décennies, c'est-à-dire ça n'est pas venir d’en haut proposer des milliards qui ne seront jamais vus, c'est proposer une vision – je viens de vous la rappeler rapidement – une exigence de demander des projets et des propositions ; et derrière de prendre des engagements concrets. Mais c'est aussi un changement de méthode en ce que l'Etat doit changer son approche et son organisation par rapport à un territoire comme la Guyane. Nous devons nous remettre à l'échelle des réalités du territoire et de ses exigences.

Et donc dans les décisions des assises de l'Outre-mer pour la Guyane, il y aura un changement radical de l'organisation de l'Etat en termes de recrutement, je l'évoquais pour l'Education nationale, nous irons plus loin : je veux de la réussite en Guyane dans la fonction publique.

C'est ensuite un changement profond de l'organisation des services de l'Etat en Guyane, face à la collectivité territoriale de Guyane, il faut une organisation unique et intégrée de l'Etat. Le préfet aura donc une autorité consacrée sur l'ensemble des services, une organisation beaucoup plus structurée et il sera doté d'une équipe d'état-major, qui permettra d'avoir aussi un Etat qui accompagne l'ensemble des collectivités dans les tâches d'ingénierie publique et de construction.

Aujourd'hui, nombre des projets que j’évoque et des milliards d'ores et déjà annoncés ne sont pas réalisables compte tenu de l'incapacité en termes d'ingénierie publique de la plupart des collectivités sur le terrain. Nous y répondrons par cette nouvelle organisation de l'Etat qui viendra en appui.

Mais c'est aussi un Etat qui déconcentrera plus de pouvoirs, avec des services de l'Etat qui doivent être responsables davantage sur le terrain en adaptant les décisions locales. C'est une adaptation de nos règles, de nos normes, je l'évoquais pour les chemins forestiers, plus largement nous le ferons dans tous les domaines où c'est pertinent. Nous adapterons les règles de la République pour recréer de l'égalité dans la République. Et je suis aussi prêt à ouvrir tous les sujets institutionnels pertinents et nous en discuterons de manière extrêmement constructive avec le président Rodolphe ALEXANDRE dans les prochaines semaines. C'est cela l'ambition des assises, c'est cela le rendez-vous qui est fixé à la Guyane.

Je veux terminer mon propos par une série de décisions, considérations sur la sécurité et l'immigration. Tout ce que je viens d'évoquer ; et une part non négligeable aujourd'hui du malaise qui existe en Guyane est lié à la pression migratoire et à la situation d'insécurité qui s'est développée depuis plusieurs années. Pourquoi ? Parce que ce territoire vit dans une région qui souffre, il y a eu la crise en Haïti et il y a aux deux frontières des Etats voisins qui n'ont absolument pas les mêmes standards de niveau de vie, les mêmes règles, la même organisation.

Peut-on une seconde imaginer que cette situation est durable et soutenable ? En aucun cas. Peut-on imaginer qu'on va continuer à investir, à mettre des moyens en donnant les mêmes contraintes et les mêmes règles que dans le reste de la République ? Je ne le crois pas non plus. Pour autant, je ne me laisserai pas dicter cet agenda de sécurité par celles et ceux qui créent eux-mêmes l'insécurité, comme ils l'ont manifesté hier soir ; et je me réjouis à ce titre que le procureur général, le préfet et l'ensemble des services de l'Etat aient procédé à 5 interpellations et que l'autorité soit ainsi rétablie.

La Guyane subit des violences inacceptables, il y a sur le sol guyanais 10 fois plus d'homicides qu'en hexagone. Ces violences, notamment les vols à main armée, ont doublé depuis 2009. La première mission de l'Etat c'est de protéger notre territoire et nos concitoyens ; et je saisis pleinement ces attentes. C'est pourquoi l'Etat a agi dès le plan de sécurité Outre-mer de 2016 et les engagements du plan d'urgence d'avril 2017. Tous ces engagements seront tenus, mais j'ai décidé au-delà de les accélérer.

Les renforts à venir seront donc achevés plus vite que prévu. Un escadron de gendarmerie mobile supplémentaire a été déployé à Cayenne, portant ces derniers à 7. Un second renfort durable de 50 gendarmes 2017 ; et 90 gendarmes seront déployés dès le début de l'année 2018. Entre mai 2016 et septembre 2017, 84 policiers et adjoints de sécurité supplémentaires ont été affectés en Guyane, 22 nouveaux seront affectés d'ici à février prochain. Un échographe a été déployé à l'aéroport pour intercepter les trafiquants ; une antenne de l'Office central de lutte contre le trafic international de stupéfiants est opérationnelle depuis le début de l'année. Pour la justice aussi, nous accélérerons les décisions prises, l'Etat s'est engagé à la création d'un tribunal de grande instance, l'établissement pénitentiaire à Saint-Laurent-du-Maroni sera bien confirmé et la cité judiciaire à Cayenne.

Les renforts ont permis d'ores et déjà d'obtenir de premiers résultats, le nombre d'homicides a baissé de 61 % depuis le début de l'année ; les vols à main armée de 20 % ; et les vols avec violence de 14 %. Le directeur général de la police nationale m'a accompagné en Guyane, une mission d'appui de l'Inspection générale de la police nationale sera dépêchée pour réexaminer l'organisation locale et les modes opératoires. Et nous ferons de même avec la Direction générale de la gendarmerie nationale qui, évidemment, couvre une bonne partie du territoire. Là aussi, ce ne sont pas des grandes annonces que je suis venu faire mais je suis venu avec les équipes compétentes pour faire avancer le projet du commissariat de Cayenne.

Ce commissariat est annoncée depuis plus de 15 ans, à chaque fois je suis au regret de vous dire que je ne vais donc pas avoir le ridicule de vous l'annoncer, mais je suis venu avec le directeur des affaires immobilières de l'Intérieur, ce qui me semblait plus pragmatique. Il va donc prendre des engagements concrets et je pourrais exprimer un plan de mise en œuvre précis qui permettra d'avancer de manière significative. La sélection de l'architecte maître d'œuvre pour le nouvel hôtel de police sera lancée avant la fin de l'année 2017, ce qui signifie effectivement le démarrage de l'opération. Je ne suis pas venu faire là aussi des grandes annonces, je suis venu faire des annonces concrètes, celle-ci en est une.

Les démolitions sur le site futur seront lancées en 2018 et pour accélérer la mise en œuvre des grands projets immobiliers, notamment pour le domaine régalien, le service interministériel constructeur que j'évoquais autour du préfet sera organisé.

L'orpaillage clandestin est évidemment – en matière de lutte contre l'insécurité – une priorité, nous avons vu hier à Maripasoula et en accompagnant les militaires et les gendarmes qui, chaque jour, sont engagés et aujourd'hui en particulier sur ces missions de lutte contre l'orpaillage clandestin. Je veux ici rendre hommage au travail remarquable de nos militaires et de nos forces de l'ordre qui, sans relâche depuis des années, se battent contre l'orpaillage clandestin. Et je n'oublie pas qu’il y a 5 ans, nous avons perdu 2 d'entre eux sur une opération de ce type.

Mais ce trafic continue à s'installer, sur 41 homicides en 2016 8 serait liés directement à cette activité. Et l'avons vu, ce sont des saignées partout dans la forêt amazonienne, c'est un problème de santé publique absolument massif pour toutes celles et ceux qui vivent dans les régions voisines des sites d'orpaillage ou en aval des fleuves ou des cours d'eau, qui font l'objet d'activités d'orpaillage clandestin.

En 2016, la forte mobilisation des services de l'Etat, des forces armées en Guyane et la gendarmerie nationale, des douanes mais aussi des autres services de l'Etat et du parc s'illustre par le volume de saisies. 214 pirogues, 146 kilos de mercure, plus de 3 kilos d'or et 317.000 litres de carburant, 10 millions d'euros de saisies d'avoirs.

Mais Harpie aura bientôt 10 ans et au bout de 10 ans, des habitudes sont prises et parfois on s'installe dans une routine. C'est pourquoi il nous a paru indispensable de renouveler profondément cet exercice et de le repenser. J'ai donc demandé au ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur en lien avec l'ensemble des forces ici en présence de me faire des propositions concrètes d'ici à la fin de l'année pour lancer – dès le début de l'année prochaine – une nouvelle génération et organisation de la lutte contre l'orpaillage clandestin.

Nous devons investir davantage dans la détection précoce, la discrétion des opérations, dans l'efficacité de la sanction immédiate matériel et judiciaire, dans la lutte contre l'économie souterraine, avec l'utilisation de drones, l'utilisation de nouveaux moyens aériens légers La police aux frontières doit ainsi expérimenter d'ici la fin de l'année la mise en place d'une brigade aérienne. En développant la lutte contre les trafics annexes, trafics de denrées alimentaires, de matériels associés, trafic d'êtres humains, d'armes et de drogue ; et une coopération renforcée avec l'ensemble des services de l'Etat.

Je souhaite que les services des douanes, les services sanitaires, les services aussi du ministère de Transition justement environnementale soient pleinement impliqués dans cette nouvelle opération pour lutter plus efficacement contre l'orpaillage clandestin.

Nous devons également dans ce cadre amplifier la coopération régionale, afin de mieux lutter contre l'arrivée des hommes et du matériel quasiment tous en provenance des pays limitrophes. Hier nous étions à Maripasoula, la ministre me le faisait remarquer et le maire le dénonçait lui-même, à quelques mètres nous avions une barge côté surinamais avec tout le matériel disponible pour les orpailleurs clandestins. Nous devons donc conditionner nos aides et nos relations diplomatiques avec nos 2 voisins en particulier, par aussi une coopération policière et judiciaire contre l'orpaillage illégal. C'est pourquoi un conseiller diplomatique auprès du préfet pour coordonner cette relation sera affecté d'ici la fin de l’année, mais le dialogue sera aussi plus conditionné avec nos pays voisins.

Enfin en matière d'immigration, je sais les sentiments mêlés que cette question suscite dans une partie de la population de Guyane. La préfecture a enregistré en 2015 plus de 81.000 passages au guichet du service des étrangers, 20.000 demandes de renouvellement de titre de séjour, 3.500 premières attributions de carte de séjour, c'est plus que le département des Yvelines.

Les frontières de la Guyane ne sont pas des frontières naturelles, ce sont des axes de communication. La politique migratoire ne peut donc s'exercer dans les mêmes conditions que dans le reste du territoire national. Nous avons aujourd'hui une pression migratoire venant du Suriname, du Brésil, d’Haïti qui n'est plus soutenable. La Guyane est aujourd'hui trop attractive pour les demandeurs d'asile qui ne sont pas en besoin manifeste de protection et qui vivent déjà dans des pays où s'appliquent des règles effectives de protection internationale.

C'est le cas des Haïtiens qui vivent au Brésil depuis plusieurs années, aussi pour préserver et garantir le droit d'asile qui est un droit essentiel que je défendrai toujours – et vous m'avez toujours entendu être intraitable sur ce sujet – sur l'intégralité du sol de la République. Mais pour le préserver ici en Guyane, il faut mettre en place des procédures accélérées d'examen de cette demande d'asile injustifiée. D'abord en utilisant la procédure ouverte par la loi pour l'OFPRA et en auditionnant plus rapidement les personnes. Nous allons donc prendre d’ici la fin de l'année de nouvelles organisations qui permettront de traiter l'intégralité de la chaîne administrative en 2 mois. Et je veux que nous réduisions à 2 mois le versement de l'Allocation pour les demandeurs d'asile.

On ne peut pas avoir une situation où on verse 12, 18, parfois 24 mois l’Allocation pour demandeur d'asile qui est supérieure au salaire moyen dans l'ensemble des pays voisins, ça n'est pas possible. Donc nous allons réduire drastiquement les procédures, la loi asile immigration qui sera défendue en début d'année prochaine par le ministre portera aussi sur l'ensemble du territoire la réduction des délais et délais de recours, supprimera le versement de l’ADA dans certains cas, donc de l’Allocation pour demandeurs d'asile, en particulier lorsque la demande d'asile a été rejetée et dès le prononcé de la décision. Parce que ce qui se passe aujourd'hui sur le territoire français, c'est que lorsqu'on refuse l'asile, la notification n'étant pas immédiate et exécutoire, on continue pendant des semaines, voire des mois à verser une allocation. Je ne peux pas expliquer aujourd'hui à nos concitoyens un laxisme de ce type. Et donc nous allons ici drastiquement changer les règles et réduire les délais, être beaucoup plus rigoureux.

Pour réduire l'attractivité du territoire, il faut aussi que l'on puisse réviser l'accès à certaines prestations sociales. L’Etat va d'abord reprendre la gestion du RSA, le RSA sera donc réintégré dans le budget de l'Etat et piloté par l'Etat. C'est une charge qui n'est pas soutenable pour la collectivité territoriale de Guyane, c'est une charge qui représentait l'année dernière environ 150 millions d'euros, nous la compensions à environ 100 millions d'euros et augustement, dans le cadre du plan justement d'urgence et des accords de Guyane, nous étions prêts à attribuer 50 millions de plus, c'est-à-dire en fait à compenser l'effort légitime. Les choses doivent être claires, c'est une mission régalienne ici, l'Etat en reprendra la gestion.

Mais nous allons aussi en changer les règles, nous conditionnerons le versement du RSA à l'installation en séjour régulier sur le territoire durant 15 années et non plus 5 années. Nous allons donc acter d'une organisation comparable à celle qui est aujourd'hui retenue pour le territoire de Mayotte. 5 années c'est trop court et compte tenu des réalités que nous voyons sur le terrain, cela conduit à des situations inacceptables.

Aussi, la délivrance du RSA sera aujourd'hui une délivrance non financière pour éviter les trafics ; et je ne veux plus voir des situations où des ressortissants de pays voisins se font régulariser, touchent le RSA pour ensuite aller le dépenser au Suriname, au Brésil ou ailleurs. Et donc ces prestations dans ce cadre-là seront démonétisées, pour avoir justement une utilisation légitime sur le territoire de la République après 15 ans d'installation, mais sur notre territoire.

Il faut aussi lutter plus efficacement contre les constructions illégales, lorsque le moindre baraquement construit à la va-vite vous apporte toutes les protections du domicile, même s'il est construit sur le sol d'autrui, même s'il se fait sans autorisation et est interdit par le propriétaire, c'est une situation inacceptable sur le sol de la République. Les règles d'expulsion et de destruction seront donc très rapidement et massivement revues pour là aussi rétablir l'autorité de l'ensemble des collectivités et de l'Etat.

Il en est de même en matière de santé, je suis prêt à réfléchir à un statut international des lieux de naissance dans les zones frontalières, en coopération avec les pays concernés, mais ne remettrai en aucun cas en cause l'accès à notre système de santé avec l'aide médicale d'Etat. J'entends aussi ceux qui posent des questions plus fondamentales, mais je veux dire ici que nous devons être pragmatiques et défendre nos principes avec vigueur mais les défendre dans un territoire dont la spécificité est extrême.

Nous renforcerons enfin la lutte contre l'immigration irrégulière, seuls 50 % des personnes interpellées en situation irrégulière sont reconduites à la frontière. Nous allons accroître ces résultats par une mobilisation de davantage de moyens, par une coopération renforcée avec les pays voisins pour rendre ces reconduites effectives. Je souhaite aussi lutter contre les reconnaissances de paternité de complaisance, une disposition spécifique sera prévue à cet effet dans le futur projet de loi relatif à l'asile et l'immigration.

Il faut enfin renforcer l'efficacité des procédures d'éloignement, ce sera un des objectifs du projet de loi asile immigration porté par le ministre de l'Intérieur, dont les dispositions s'appliqueront à la Guyane. Les personnes qui troublent l'ordre public et qui sortent de prison seront expulsées dans les conditions prévues par la circulaire du 16 octobre 2017 du ministre de l'Intérieur. La coopération sera là aussi renforcée avec les pays d'origine et de transit en matière de réadmission.

Voilà mesdames et messieurs ce que je voulais de manière très détaillée vous dire sur les engagements clairs que je prends en début de mandat ; les engagements de méthode et de transformation de l'action publique que je demande au gouvernement et à l'ensemble des élus ; et les engagements très précis que je prends en matière de lutte contre l'insécurité et l'immigration clandestine.

La Guyane comme l'ensemble des territoires d'Outre-mer valent que des promesses, valent mieux que de céder à la pression d'untel ou d'untel, elles valent des engagements fermes réciproques. Mais je veux surtout vous dire que ces engagements, je les prends en étant convaincu, avec la ministre de l'Outre-mer et l'ensemble du gouvernement comme les parlementaires ici présents, que nos territoires ultramarins, si nous leur donnons leur chance pour réussir, ce sont des trésors pour la République, c'est la République dans tous les océans, c'est la République sous toutes les latitudes, c'est la République avec des capacités affaires inédites, c'est la République du multilinguisme, d'une capacité à innover, c'est la République des énergies renouvelables et de la transformation profonde. Mais nous devons leur donner la possibilité de réussir, en changeant très profondément notre philosophie d'action.

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe discours à la conférence des RUP

Écouter

Monsieur le Président de la Commission européenne,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Madame et monsieur les secrétaires d’Etat aux affaires européennes du Portugal et de l’Espagne,

Mme la Commissaire chargée de la politique régionale et urbaine,

Messieurs les Eurodéputés,

Messieurs les présidents des régions ultrapériphériques françaises, portugaises et espagnole,

Mesdames et Messieurs,

Ce n’est pas un hasard cher Président, cher Jean-Claude, si nous nous retrouvons ici en effet en Guyane. Et je veux ici rendre hommage au travail, à l’engagement du président Rodolphe ALEXANDRE et aux mots qu’il a eus dans cette parenthèse plus particulière et plus sincère, pour lui dire que j’ai toujours mesuré sa détermination, son esprit de responsabilité et je sais aussi l’impatience, parfois les demandes fortes des Guyanaises et des Guyanais. J’ai pour eux considération pleine et entière. Et j’ai de la considération pour tous les élus de la République de la Guyane et précisément pour cette raison, les engagements pris par l’Etat seront tenus au centime près. Les engagements que l’Etat n’a jamais tenus, ne seront pas donnés pour argent comptant parce que c’est l’argent de toutes et tous et je n’en dispose pas librement ; et c’est avec la considération que je leur dois, celle pour leur dignité, que nous porterons ensemble non seulement les accords de Guyane et le milliard cent d’ores et déjà prévu et financé, mais que nous proposerons aussi à l’issue de ces assises de l’Outremer pour la Guyane comme pour l’ensemble des territoires ultramarins des projets pertinents qui émaneront du terrain, la volonté ici exprimée en responsabilité qui trouvera en écho et à ses côtés une volonté forte du gouvernement de l’accompagner qui en investissements, qui en simplification, qui en transformation réglementaire, législative ou constitutionnelle.

Et je veux dans le même esprit avoir un mot pour nos amis de Saint-Martin – le Président l’a évoqué – où j’étais il y a quelques semaines, qui ont eu à vivre une terrible catastrophe, la pire que nous n’ayons jamais connue, qui se redressent peu à peu et pour lesquels je me suis engagé à bousculer les procédures – donc Président GIBBS, nous les bousculerons ; nous aiderons aussi la Guadeloupe et la Martinique qui ont eu à souffrir d’autres ouragans, mais le vôtre fut terrible. Le Premier ministre s’y rendra dans quelques jours comme il s’y est engagé avec plusieurs ministres, pour la rentrée des classes et nous serons là aussi à vos côtés.

Mais si nous sommes ici, c’est pour parler de nos territoires travers le monde et de l’Europe. « L’Europe est une idée ». Comme je l’avais évoqué il y a quelques semaines à la Sorbonne. C’est une idée qui ne vaut, n’existe et ne se tient que si elle est portée par l’ambition, la volonté chaque jour reconfirmée de lui donner un sens, une existence, une effectivité. L’Europe, c’est une idée qui s’incarne pour que l’Europe soit souveraine, unie et démocratique et c’est exactement l’exercice auquel vient de se livrer le président de la Commission européenne et je veux ici l’en remercier.

Nous sommes ici en Europe et parce qu’on l’a souvent pas rappelé, parce qu’on a trop souvent, dans l’ensemble de vos territoires, uniquement parlé d’Europe pour parler des contraintes, on a fini par convaincre nos concitoyens de ne pas aller voter aux élections ou de considérer qu’il ne s’agissait là que d’un corps bureaucratique. Non. L’Europe, c’est une ambition partagée dans tous nos territoires ; une volonté de fer pour porter nos valeurs qui sont universelles, notre ambition qui l’est tout autant et consolider ce qui nous unit.

Cette Europe souveraine, unie et démocratique, elle se construit aussi. Et comme vous, comme toi cher Jean-Claude, je n’aime pas ce terme de régions ultrapériphériques. Nous avons – je ne veux pas préempter le concours lancé il y a quelques instants – mais ce beau mot d’ultramarins qui me semble tout dire. On est ici au cœur de l’Amazonie ; on est au cœur de la Caraïbe, au cœur de l’océan Indien, au cœur du Pacifique à chaque fois… Et à chaque fois, c’est aussi l’Europe. Mais c’est l’Europe d’au-delà des mers, c’est l’Europe de par-delà les océans.

Et cette Europe océanique, de Saint-Pierre-et-Miquelon, en passant par la Polynésie française mais pour nos RUP ici présentes, celle qui va des Açores jusqu’à la Martinique en passant par Saint-Martin, notre territoire magnifique de Guyane, les Açores ou les Canaris, c’est cette Europe océanique qui détient 25 millions de kilomètres carrés de zone économique exclusive mondiale, qui en fait la première puissance maritime au monde.

Nous sommes donc aujourd'hui et avec vous partout sauf dans une grande périphérie ; nous sommes au cœur d’une ambition commune où se portent – et nous l’évoquions tout à l’heure – la plupart de nos enjeux géopolitiques et géostratégiques ; à travers ces territoires de l’Europe, ce sont des problématiques régionales à chaque fois repensées, ce sont des histoires différentes qu’il nous faut reconvoquer et c’est une Europe de cultures multiples, de tensions multiples mais qui est, si nous savons pleinement investir et faire confiance, l’Europe de toutes les chances car je note comme vous une chose, c’est que tous les territoires ici présents, sont plongés dans des régions dont la croissance équivaut au triple, parfois au quintuple de celle de l’Union européenne – et nous n’y sommes pour rien, ni toi ni moi.

Cette Europe des opportunités, c'est celle que vous portez et donc toute notre ambition doit être de permettre de libérer les énergies de cette Europe ultramarine, de l’ancrer pleinement dans l'Europe mais de l'aider à réussir au milieu de régions profondément différentes, dans une concurrence profondément différente, face à des contraintes migratoires, sécuritaires, économiques, des dynamiques régionales qui ne sont pas celles du reste de l'Union européenne ou en tout cas d'une Europe continentale.

C'est cela, ce que nous devons proposer à nos territoires dits ultrapériphériques parce qu’en effet, c'est cela que nous devons à leur jeunesse. L'une des chances de ces territoires, c'est leur démographie, c'est la biodiversité, c'est l'exposition géographique et donc c'est cet esprit que nous partageons l'un et l'autre que je veux ici porter et c'est pourquoi je veux remercier le président de la Commission, non seulement d'avoir honoré sa promesse mais d'avoir avec la commissaire, décidé de travailler différemment. Ce que vous avez conduit durant ces derniers mois, c'est un travail de vraie concertation avec l'ensemble de ces territoires ; ce sont des vrais changements que vous avez ici rapidement esquissés et c'est au cœur de la stratégie que porte la ministre de l'Outre-mer, Annick GIRARDIN, cette ambition d'un réflexe outre-mer pour que notre culture politique, administrative… notre organisation soit plus profondément revue pour repenser cette ambition.

Aussi je me retrouve dans ce mémorandum proposé par les RUP : positif, offensif ; et dans cette volonté pleinement portée par la Commission européenne, de reconnaître la nécessité de valoriser les atouts naturels, les potentiels dans tous les domaines de ces territoires, en matière de sécurité alimentaire, de transition écologique, de réduction de la facture énergétique, d'économie circulaire, de développement éducatif, de capacité vraie à réussir.

Nous verrons progressivement au fil des mois à venir les fruits des orientations que la Commission vient de se donner et qui viennent de nous être parfaitement présentés et je m’en réjouis. Mais permettez-moi de souligner quelques axes auxquels je tiens tout particulièrement. Le premier, ce nouvel élan auquel la France compte bien pleinement participer, c'est celui de la réussite économique. J'assume le fait que les économies de nos territoires doivent être accompagnées pour être performantes et je souhaite l'émergence de la production locale et des services avec des entreprises fortes ; il faut donc les aider. Selon les territoires, la commande publique représente entre 60 et 90 % de la réalité de nos économies. Il est donc indispensable de faire grandir et réussir une économie du secteur privé qui pourra créer de l'emploi durable et les faire pleinement réussir. Et je partage à cet égard l’idée que notre marché unique est précieux en tous points, et je veux saluer les grandes avancées du règlement sur les aides d’Etat, ce fameux RGEC, évoqué par le président ALEXANDRE, qui ont été réalisées l’an dernier sous votre présidence.

Chaque RUP représente une part du marché européen et ces territoires n’ont en règle générale pas d’impact sur la libre concurrence au sein du marché intérieur et vous avez su donner l’impulsion pour que ces aides aux entreprises puissent être pérennisées.

Je crois aussi que nous pourrions faire évoluer encore la manière dont les aides d’Etat sont aujourd’hui appréhendées, en les considérant, non bénéficiaire par bénéficiaire, mais selon la réalité des marchés européens et la façon dont elles les affectent. Bien souvent, le cadre parfois rigide, monolithique avec lequel nous considérons les systèmes d’aide d’Etat n’est pas adapté à des territoires ultrapériphériques qui ne sont pas plongés au cœur de l’Europe continentale et dont les règles de concurrence doivent être appréciées au milieu des régions dans lesquelles ils ont à se développer.

C’est une nouvelle approche que nous pouvons imaginer ensemble pour les années à venir, non plus micro-économique et par bénéficiaire, avec un système de garantie pour éviter les paradis fiscaux et délocalisation artificielle de l’activité.

La force des entreprises, c’est aussi la qualité de la formation et je salue ici l’engagement de l’Union européenne à travers le fonds social européen et l’initiative pour l’emploi des jeunes. C’est une initiative que nous allons accompagner et renforcer à travers l’investissement massif sur lequel le gouvernement s’est engagé pour justement passer parfois d’une logique d’aide simple à une logique de formation, de création de contrats de formation dans la durée pour accompagner la montée du secteur productif. Ces 15 milliards d’euros sur la garantie jeunes et la formation professionnelle, ils seront bien évidemment aussi largement fléchés vers nos territoires ultramarins.

Je salue aussi, Monsieur le président, que vous proposez dans votre communication une extension possible de « Erasmus pour les jeunes entrepreneurs » aux pays voisins de nos territoires. C’est ce qu’ils demandent, il faut aider à réussir les plus jeunes au sein des économies et des ensembles économiques dans lesquels ils sont plongés et bien évidemment, ce qu’attend un jeune de La Réunion n’est pas forcément, quels qu’en soient les charmes, d’aller passer un semestre au Luxembourg ou en Espagne mais peut-être plutôt d’aller à Madagascar ou dans le cœur de l’Océan Indien où des vraies perspectives lui sont offertes et surtout où ses connaissances linguistiques, ses réseaux lui seront utiles.

C’est donc une bonne chose parce que vous prenez en compte le fait que l’Europe étend ses propres frontières à travers nos territoires. Je veux là-dessus accompagner par la politique que nous mènerons et ce qui ressortira des assises de l’Outre-mer lancées par la ministre, cette structuration des différentes filières absolument indispensable, cet investissement dans la formation, et en particulier pour les jeunes les moins qualifiés.

Pour réussir cette politique économique, c’est évidemment la politique de cohésion qui est indispensable et je sais combien vous y tenez.

Les RUP françaises bénéficient d’une dotation totale de près de 7 milliards d’euros de l’Union européenne pour la période 2014/2020. L’effet sur leur développement est réel, c’est une évidence, la dynamique devra être entretenue tant les défis que nous devons relever nous éloignent, malgré les progrès considérables observés, des objectifs de convergence de l’Union.

Mais n’omettons pas non plus le cadre financier post 2020 et le futur cadre de la politique européenne de cohésion qui doivent s’inscrire dans la même ambition quelles que soient nos contraintes et là-dessus, j’ai bien entendu les demandes, les impatiences du président MARIE-JEANNE. Nous œuvrerons avec vous, Monsieur le président, pour simplifier là aussi bousculer les procédures et permettre à des régions qui ont parfois eu des difficultés de leur donner le temps, les simplicités aussi pour pouvoir consommer les crédits initialement fléchés pour prendre en compte leurs contraintes, et aller au terme de ce sur quoi nous nous étions engagés et ne pas en quelque sorte leur imposer une double peine là où des difficultés ont parfois été rencontrées, qu’on annonce que les crédits ne sont plus garantis. Et là aussi, la France s’engagera pour au-delà de ces réformes essentielles apporter le soutien en ingénierie, en instruction de dossiers absolument indispensable.

Les écarts de développement des RUP par rapport au continent, la valeur ajoutée qu’elles représentent pour l’Union doivent être pleinement pris en compte pour maintenir l’effort financier qui leur est dû.

J’irai même au-delà : il s’agit non seulement de pérenniser cet effort mais aussi d’en optimiser l’utilisation, d’en assouplir les règles de programmation et de gestion. Nous parlons ici de régions françaises, portugaises, espagnoles : nous parlons de régions de pays membres de l’Union européenne, dont les règles de comptabilité sont réputées, dont les modes de gestion sont particulièrement contrôlées. Et donc nous devons là aussi proposer une simplification massive.

La cohésion européenne croît aussi lorsque la connaissance mutuelle des peuples croît. C’est ainsi que l’Europe a construit la paix depuis 70 ans. Nous avons donc à réinventer la façon dont les régions ultrapériphériques sont prises en compte dans les réflexes européens, les réflexions que nous menons sur la mobilité, Erasmus, l’interconnexion des territoires, les transports, à l’échelle européenne.

Enfin, la réussite économique, c’est l’industrie, le POSEI que vous avez évoqué particulièrement. Se faire confiance n’est pas nouveau, l’Europe a déjà eu cette audace. La décision de 1989 a en effet ouvert la voie au POSEI et à ce régime direct d’aide à la production qui a été un formidable levier pour le développement agricole, seul secteur dans lequel la possibilité d’une telle approche a été réellement explorée. Cet outil doit naturellement être consacré sur la durée et je me félicite que cela figure parmi les orientations de la Commission.

En matière agricole, le POSEI a un réel effet vertueux : il permet non seulement de soutenir l’approvisionnement des marchés locaux mais il participera de plus en plus à l’engagement des agriculteurs, des agro-industries dans des démarches de développement durable adaptées à chaque territoire et contribuant à la sécurité alimentaire et sanitaire des populations ultramarines.

Cette approche, fondée sur une logique de projets portés par les secteurs productifs, doit pouvoir être élargie à la diversification agricole et à la pêche.

Nous savons, par exemple, que la Guyane ambitionne – et vous vous y rendrez tout à l’heure avec le ministre – de structurer une filière Bois. C’est indispensable. Il y a quelques semaines, nous avons mis en place un nouveau régime d’aide au fonctionnement de cette filière qui s’élève pour 2017 à 3 millions d’euros. Nous pouvons aller plus loin ensemble. Et à chaque fois sur ces filières que nous pourrons réorienter, ces instruments pertinents qui ont marqué leur réussite et où nous pourrons les coupler avec des initiatives locales et une simplification des règles au niveau national, nous aideront à réussir plus vite.

Tous nos territoires ultramarins, notamment Mayotte, devraient pouvoir faire le pari d’un développement fondé sur le secteur de la pêche et de l’aquaculture. Cela semble relever du bon sens que de vouloir redonner la possibilité à ces régions de développer leurs capacités de pêche, de construire des navires, mais également de disposer localement de savoir-faire nécessaires à l’entretien et à l’équipement de bateaux, à la transformation des produits de la mer pour approvisionner les marchés locaux mais pour pouvoir exporter dans la région et parfois vers l’Europe. Tout cela contribue de la souveraineté alimentaire dont nos territoires ont besoin. Quand je regarde la Guadeloupe et la Martinique et ses deux présidents que je connais bien et qui sont des engagés de leur développement, il est impensable que nous ayons une telle dépendance alimentaire et énergétique ! Nous devons aider la Guadeloupe comme la Martinique à réussir, à produire localement, la pêche, l’agriculture, en l’espèce développer des filières aval structurées et une agriculture beaucoup plus polyvalente pour réduire une dépendance qui s’élève aujourd’hui entre 60 et 80%. Rien ne le justifie !

Nous devons donc massivement accompagner ces transformations et réussir par le fléchage de ces aides européennes, nationales et les simplifications que nous conduirons non pas à donner l’aumône, non pas à donner des milliards mais simplement à permettre de réussir comme dans l’ensemble des territoires de la République.

Je me félicite donc que le travail commun à Bruxelles et dans les RUP ait pu aboutir à des avancées concrètes, vous en avez évoqué une qui, je peux vous dire, était très attendue ici et ailleurs, celle qui permet de financer les flottilles de pêche.

Enfin, pour ce qui concerne ce qu’on appelle dans certains outre-mer la « diversification agricole », c’est-à-dire la culture maraîchère, les fruits, les légumes, l’élevage, nos dispositifs de soutien ne doivent pas fonctionner comme des plafonds de production.

Au contraire, nos dispositifs de soutien doivent nous aider à avancer vers cette indépendance alimentaire, non pas dans un esprit souverainiste inquiet, mais dans une logique de développement économique et de développement durable. Il faut continuer à installer de nouveaux agriculteurs, à augmenter les productions et assurer leur chaîne de commercialisation.

Il en est de même de notre système d’aide au rhum. Je pense au contingent de production qui conduit à brider une des plus belles réussites économiques des territoires ultramarins.

Là-dessus, Monsieur le président, vous avez aussi fait le nécessaire pour donner à ce secteur l’oxygène dont il a besoin et accompagner le succès de cette filière, en augmentant le contingent de production de 120 000 à 144 000. C’est une belle victoire collective.

Je pense qu’il nous revient de préparer dès maintenant la prochaine étape et la mise en place d’un système plus ouvert, plus dynamique mais qui protège l’identité de ce produit et les petites distilleries.

Le deuxième pilier fondamental de cet engagement et de ce que vous avez exposé, c’est l’adaptation des normes. Au-delà des ajustements et des transformations évoquées à l’instant et qui font échos à la cinquième communication, je veux en effet revenir sur la prise en compte de l’arrêt dit Mayotte, cher Président RAMADANI, de la Cour européenne de justice et réaffirmer les principes de subsidiarité et de réalité géographique de nos territoires.

Plus généralement, nous devons collectivement engager un travail sur l’adaptation des normes communautaires à ces territoires dont les contraintes et l’environnement sont spécifiques. C’est d’ailleurs le même travail que nous allons mener au niveau des normes nationales, qu’elles soient constitutionnelles ou législatives, dans le cadre des Assises de l’outre-mer.

A l’image de cette logique, nous devons très concrètement aborder tous les secteurs. Je prends un exemple : dans le domaine environnemental, dès lors que l’objectif de collecte, de tri et de traitement de tous types de déchets est atteint, les RUP gagneraient à échanger avec leur environnement régional dans une approche de structuration de filières, là où les RUP n’ont parfois pas la taille critique.

Nous devons innover et cette requête spécifique en faveur de la coopération régionale a d’ailleurs été entendue et retenue dans votre communication. Je me félicite donc que vous reteniez avec la France une approche pragmatique fondée sur la réalité de nos géographies.

Dans le domaine de l’adaptation au changement climatique, les RUP devraient bénéficier d’une réglementation, pardon, adaptée à la réalité de leur climat, de leur géographie sans avoir à répondre à des exigences souvent construites pour des conditions climatiques de l’Europe continentale.

Nous avons ici une production de l’électricité qui est aux deux tiers en énergies renouvelables. Tous les pays européens rêveraient d’avoir cela mais nous avons des contraintes nationales et européennes qui font que les délais d’attente sont absolument inacceptables. Je l’évoquais ce matin pour les turpitudes françaises, quatre années pour aller au bout d’un projet de biomasse, nous sommes collectivement fous !

La programmation pluriannuelle, qui dépend de la France, qui est la mise en œuvre de notre stratégie, n’a tiré aucune considération de la réalité de chacun de vos territoires. Or, il y a la possibilité d’avoir une stratégie réunionnaise propre, très différente de la stratégie guadeloupéenne, martiniquaise ou guyanaise. C’est cela ce à quoi le ministre d’État, auprès de lui, le secrétaire d’Etat LECORNU travailleront et ont déjà commencé à travailler mais c’est aussi ce à quoi nous devons nous atteler au niveau européen pour adapter nos règles et parfois nos contraintes.

C’est cette même logique qui doit permettre aux RUP de s’insérer économiquement dans leur environnement régional où leur valeur ajoutée est élevée. Sommes-nous en capacité de piloter tout cela depuis Bruxelles ou depuis Paris ? Je ne le crois pas.

Pour ce qui concerne la situation française, je ne crois pas que nous puissions tout décider d’en haut. Ce fut la logique des évolutions institutionnelles que plusieurs d’entre vous ont saisie et c’est exactement la logique partenariale que le président JUNCKER vient d’évoquer.

C’est pourquoi j’invite également la communauté de travail que vous constituez, que nous constituons à envisager une approche innovante de l’article 349 dans les territoires. Devons-nous considérer que l’adaptation a priori des normes les unes après les autres est la seule voie possible ? Je ne suis pas sûr.

Sans rien renier des objectifs des politiques de l’Union, nous pourrions imaginer un système d’adaptation plus simple et plus souple. Nous ferons en tout cas dans les prochains mois exactement cela pour ce qui est de la Constitution et des lois françaises.

J’en viens maintenant au troisième pilier sur lequel je pense nécessaire de fonder la relation de confiance entre l’Union européenne et les RUP, c’est la cohérence même de nos différentes politiques publiques. Cher Président ROBERT, je vous ai bien entendu.

Le contexte, en effet, se prête à la réaffirmation d’une ambition que je sais partagée par chacun d’entre vous ici, que ce futur partenariat entre l’ensemble de nos territoires puisse leur permettre justement d’être les bénéficiaires de toutes nos politiques qui seront mises en cohérence.

Vous l’avez évoqué, si nous voulons une stratégie de réussite des territoires ultrapériphériques, nous devons en tirer toutes les conséquences pour notre politique commerciale. Il est donc indispensable que nous puissions prendre en compte les enjeux qui concernent soit parfois la politique commerciale, soit parfois la politique agricole, mais qui ont des répercussions directes sur l’ensemble des territoires dits ultrapériphériques.

Ces 20 dernières années, les efforts que nous avons demandés à nos producteurs de rhum dans quatre de nos départements, à nos producteurs de bananes aux Antilles, aux Canaries et à Madère, de sucre à la Réunion et en Guadeloupe ont produit des résultats. Ils ont été accompagnés mais ils ont fait l’objet de profondes restructurations.

La banane durable de Guadeloupe et de Martinique, les sucres spéciaux de la Réunion ont réussi à se positionner sur nos marchés mais cette position est fragile et si nous ne prenons pas en compte leur réalité lorsque nous négocions avec des Etats qui leur sont voisins, même s’ils paraissent très éloignés de nos capitales, nous pouvons mettre à mal tous les efforts qui ont parfois été faits.

Ces secteurs ne veulent pas être pris en étau dans des négociations internationales qui les dépassent et c’est pourquoi je vous sais, Président JUNCKER, nous l’avons évoqué la semaine dernière ensemble en marge du Conseil européen et je veux ici rassurer chacun, dans les négociations, en particulier avec le Mercosur, mais avec également la Nouvelle-Zélande et l’Australie, nous prendrons en compte et nous le ferons ensemble dorénavant, conformément d’ailleurs à nos engagements l’un et l’autre qui sont très semblables sur ce point, nous le ferons le plus tôt possible au moment du mandat et tout au long de ces négociations.

Au-delà des questions douanières, les règles du jeu pour accéder au marché doivent être équitables et je sais que c’est une de vos préoccupations aussi. Je pense au débat sur la banane bio, le sucre de canne bio que je ne souhaite pas développer ici mais qui éclaire le débat de la confiance que nous devons aux consommateurs et les perspectives économiques que nous devons au secteur agricole.

Notre politique sociale, environnementale doit être cohérente avec les objectifs que nous recherchons parfois dans la politique commerciale et dans la politique de nos RUP.

Ce qui est vrai en matière agricole l’est aussi en matière de pêche. Ainsi les négociations des accords de partenariat de pêche durable avec les pays tiers devraient être conçues en tenant le plus grand compte des enjeux propres au développement des flottilles des RUP et en associant davantage leurs instances représentatives au comité consultatif qui travaille sur ces accords.

En réalité, cette cohérence que les RUP recherchent depuis longtemps, entre les volets internes et externe des politiques communautaires, c’est le souci permanent de ne pas déstabiliser la fragilité du tissu économique des RUP, mal armées pour affronter la concurrence de grandes nations exportatrices.

Tous les engagements commerciaux visant notamment le démantèlement tarifaire ou la suppression des obstacles techniques doivent toujours être pensés à la lumière d’études d’impact précises, au regard de leurs effets sur ces territoires. Et si ces études révèlent des difficultés potentielles, nous les ferons valoir.

Cette inscription, enfin, des RUP dans leur environnement régional, cette cohérence des politiques, mais cette capacité que l’Union européenne, et avec elle, la France, doivent avoir de faire réussir tous nos territoires ultramarins dans les régions où ils se développent, pourrait être encouragée par la simplification des outils de coopération régionale. Je sais que vous demandez plus à cet égard, et je souhaite vous accompagner dans cette demande.

Le décalage des règles de mobilisation des différents fonds complexifie aujourd’hui la conception de projets conjoints, même dans les domaines d’intérêts partagés, et je pense à l’adaptation au changement climatique, à la coopération sanitaire ou hospitalière, ou encore au tourisme. C’est exactement l’esprit de ce que vous avez proposé pour l’ERASMUS. Exactement celui-ci : faire réussir ces territoires en accordant des souplesses, parce qu’ils sont plongés dans une réalité régionale qui n’est pas celle de l’Europe continentale. Eh bien je souhaite que nous puissions faire de même sur nombre de nos politiques ; que nous puissions aussi voir chacun de ces territoires comme des leviers de réussite, comme le proposait tout à l’heure le président ROBERT, pour exporter, se projeter ! Qui, dans les Caraïbes, qui dans le continent amérindien, qui dans l’Océan indien, la Polynésie ou face au Canada, au nord de l’Atlantique.

Nous avons cette opportunité, nous devons donc faire de ces territoires de véritables leviers. Et ce point s’illustre simplement avec la situation de Saint-Martin, par exemple, qui est à la fois soutenu par le FED, le FEDER, dont les différences sont robustes, alors que sur le terrain, aucune frontière ne sépare la partie française de la partie hollandaise. Je sais que vous avez cette préoccupation, et je veux donc que cette cohérence, cette capacité à réussir, nous arrivions, en menant un travail conjoint avec mon collègue néerlandais, à avoir une vraie approche structurée, une vraie stratégie régionale pour Saint-Martin.

La future période de programmation pourrait être le moment opportun pour rapprocher ces règles et favoriser des approches communes. L’année prochaine, les révisions à mi-parcours qui seront engagées de part et d’autre des Fonds structurels et du FED pourraient en être l’occasion ; en tout cas, cette opportunité nous est offerte.

Mais cette cohérence entre tous nos instruments au niveau européen, c’est celle aussi que nous vous devons, entre la politique nationale et la politique européenne. Et donc tous les objectifs et les préoccupations que le président JUNCKER vient d’afficher, je veux que la France puisse, dans le cadre des Assises, mais de sa politique au quotidien, pleinement les accompagner.

Je sais les soucis que vous avez exprimés, Président CHALUS, sur plusieurs sujets d’importance où nous devons nous engager. La formation des jeunes, les perspectives offertes aux jeunes, la structuration de filières, l’État sera au rendez-vous. C’est la cohérence que nous vous devons.

J’ai entendu votre préoccupation sur les contrats aidés, sur le sport et là aussi, nous tiendrons les engagements pris. Conformément à ce qui a, par exemple été piloté ici par le préfet de manière exemplaire, c'est-à-dire en regardant les besoins et en réallouant les fonds qui sont parfois laissés disponible ! Le Fonds « 500.000 formations » n'était pas utilisé ! Il restait des fonds à liquider. Il a été remobilisé sur des contrats aidés ! Là où c'était nécessaire ! Mais là où les contrats aidés n’offraient pas des perspectives durables, nous devons mobiliser plutôt des formations qui permettent de donner des qualifications à nos jeunes, et arriver à construire ce que nous avons parfaitement vu à Maripasoula comme à Kourou ensemble ce matin, avec le président JUNCKER : une stratégie d'insertion et de formation beaucoup plus utile aux territoires. Mais cela suppose partout l'esprit de responsabilité et la mobilisation de tous les acteurs : l'Europe, la France en l’espèce tous les pays, les collectivités territoriales, les élus, les acteurs économiques sur le terrain. C'est pourquoi j'en appelle à cette responsabilité partagée qui permettra d'aller au bout de ce travail de cohérence.

Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je voulais partager avec vous aujourd'hui, en remerciant à nouveau le président JUNCKER, cher Jean-Claude, d'être là. En venant ici, tu n’as pas simplement honoré ta promesse, tu as contracté un virus, tu ne le sais pas encore : celui de l'Outre-mer, en particulier de l'Outre-mer français, mais de l'Outre-mer de l'Europe. J'aime ces territoires ultramarins. On dit souvent que la France est une et indivisible. La France est indivisible ; la République est indivisible. Mais la France est plurielle, tu l’as découverte aujourd'hui, et il y en a ici tous les visages. L'Europe, tu en connaissais la pluralité continentale, tu en découvres la pluralité ultramarine.

J'aime tous ces territoires que vous représentez parce qu'ils portent nos valeurs, notre fierté, notre jeunesse, des contraintes immenses que je ne mésestime pas, mais dites-vous bien à chaque instant que vous êtes au cœur de l'Europe. Et ça n'est pas rien si aujourd'hui il y avait ; rassemblés ensemble le président de la Commission européenne et le président de la République française. Parce que les territoires dits ultrapériphériques, c'est l'Europe plus grande qu'elle. C'est l'Europe d'une jeunesse, d'une ambition à repenser. Ce que nous voulons commencer ici ensemble aujourd'hui avec vous, comme ce que je veux recommencer avec chacun d'entre vous, dans le cadre de l'exercice que nous avons ouvert, c'est une nouvelle page de la relation et de l'ambition. Celle qui consiste à promouvoir les initiatives, à responsabiliser chacun, à traiter dignement chacun, non pas en promettant les milliards, non pas en jouant sur les contestations non-républicaines, mais partout, en ayant cette volonté de réussir, en regardant lucidement les contraintes, mais aussi les potentiels, en regardant avec ambition notre jeunesse, et en lui disant tout ce qu'elle peut réussir si nous lui apportons les simplifications, les libertés, les investissements et les accompagnements, mais si aussi nous lui demandons de se lever, de marché, d'aller de l'avant avec ce même esprit de responsabilité

Voilà, Monsieur le Président, Messieurs les Présidents, Madame la Commissaire, Madame la Ministre, Messieurs les Ministres, chers amis, Mesdames, Messieurs les Elus, ce que je voulais partager avec vous aujourd'hui : cette ambition que nous portons ensemble pour vos territoires, cette volonté d'y réussir avec une nouvelle philosophie, avec une nouvelle force et vous l'avez compris, avec une détermination qui est l’égale de la vôtre et de ce que celle que je vous connais sur chacun de vos territoires.

Alors vive la Guyane, vivent nos territoires ultramarins et l'ensemble des territoires encore dit ultrapériphériques, vive la République, vive la France et vive l'Europe. Merci à vous !

Type de contenu : VidéoLe discours à la préfecture

Type de contenu : VidéoLe discours à l'occasion des Assises de l'Outre-mer

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte du discours avec les agents de l'État

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Bonjour à toutes et à tous, pardon d’avoir fait attendre certains et merci d’être là.

Madame la ministre,

Messieurs les ministres,

Monsieur le préfet, merci de nous accueillir ici,

Monsieur le directeur général de la Police nationale,

Mon général,

Monsieur le directeur départemental,

Monsieur le recteur,

Mesdames et messieurs les responsables des services déconcentrés de l’Etat,

Mesdames et messieurs,

Je tenais à ce que nous puissions partager avec les ministres qui m’accompagnent ces quelques instants ensemble.

Je suis venu accompagné en effet de plusieurs ministres du gouvernement en ce début de quinquennat, ici en Guyane, pour prendre des engagements, pour être présent à vos côtés sur le terrain, pour poser quelques principes simples d’action et commencer à dessiner la feuille de route à venir.

Vous l’avez compris, je ne suis pas venu – je l’ai dit ce matin – faire de grandes promesses qui ne seront pas tenues. Cela a été trop souvent fait et c’est cela qui a parfois conduit à des énervements.

Je ne suis pas non plus venu ici pour dire qu’il n’y avait aucun problème ni aucune spécificité guyanaise. Elle est réelle, vous y vivez, vous la connaissez, elle est d’ailleurs multiple parce que celle du littoral n’est pas celle des fleuves ou des territoires intérieurs.

Mais il est évident que ce territoire de la République française a des défis démographiques, sécuritaires, économiques, environnementaux profondément différents qui impliquent une action profondément différente.

C’est cela, ce que nous conduirons dans les prochains mois dans le cadre des assises de l’Outre-mer que conduit la ministre, qui fait que sous l’autorité du préfet d’ici à fin janvier, des propositions devront remonter du terrain, que d’ici à la fin du printemps 2018 elles feront l’objet de décisions claires et d’arbitrage et d’aménagements constitutionnels si nécessaires, législatifs et réglementaires à coup sûr et financiers dans la foulée.

Mais au-delà de ces engagements, de ce que je suis venu dire aux Guyanaises et aux Guyanais ; et de notre présence jusqu’à demain midi pour lancer justement ces assises de l’Outre-mer et dessiner ses premières feuilles de route pour tous les territoires, je tenais à m’adresser à vous de manière directe, vous qui représentez ici l’Etat, l’action publique dans toutes ses composantes, vous qui servez l’Etat et la République sur ce territoire plein d’enjeux.

Je suis d’abord venu vous dire merci, merci parce que je n’ignore rien de la très grande difficulté de ce que vous avez vécu, durant ces derniers mois en particulier. Elle vient s’ajouter à la difficulté du quotidien que certaines et certains vivent depuis des années.

Et je sais ce qui assure la sécurité dans les endroits les plus reculés, ce qu’ils vivent, je sais la difficulté de celles et ceux qui enseignent sur le fleuve ou dans des territoires particulièrement reculés, où se loger est un défi, où vivre une vie familiale normale relève parfois de l’impossible.

Mais en plus de tout cela, vous avez eu à vivre une pression extrême, des violences intolérables et encore hier soir à cet égard.

Alors je suis venu vous dire merci parce que vous êtes ici sur une terre de mission, sur une terre où la République n’entend rien abandonner et où votre présence, votre force, votre détermination est plus indispensable encore.

Merci à vous qui chaque jour assurez les missions fondamentales de l’Etat : l’éducation, la sécurité, la justice, la protection sanitaire, les contrôles que l’Etat doit faire sous toutes leurs formes, qu’ils soient économique, sanitaire et social, l’encadrement de notre jeunesse, les services pénitenciers, les douanes. Toutes ces missions fondamentales, vous les portez pour la République ici.

Je sais combien ces derniers mois ont été difficiles, je sais que pour beaucoup d’entre vous, les familles ont eu peur et sont parfois reparties. Je sais que vous avez eu des collègues qui sont partis et qui n’ont pas été remplacés, plus de 2.000 fonctionnaires aujourd’hui sont attendus sur le territoire, plus de 2.000 postes sont en attente d’affectation.

Il nous appartient, sur la base des engagements clairs pris ici hier et aujourd’hui, de restaurer l’attractivité de la Guyane pour l’ensemble des fonctionnaires. C’est indispensable et nous en avons besoin, vous en avez besoin dans votre quotidien, les ministres en ont besoin pour mener à bien leur action et j’en ai besoin pour que l’Etat ici soit fort.

Vous l’avez compris, ce merci c’est aussi un message d’encouragement, j’ai besoin de vous, j’ai besoin de votre action, de cette détermination parce que ce territoire est plein de ces défis. Les ministres m’accompagnaient parce qu’évidemment au premier titre, la ministre de l’Outre-mer portera la cohérence de cette action ; et les engagements nouveaux que nous prendrons, d’investissements publics mais aussi de simplification des règles, de transformation de l’action publique.

Nous devons repenser celle-ci en profondeur et cela impliquera un changement pour votre quotidien. Je veux que l’action de l’Etat, ici en Guyane tout particulièrement mais dans nombre de nos territoires ultramarins, soit repensée pour être plus adaptée au quotidien. Elle doit être plus interministérielle encore, elle doit donner plus de pouvoirs aux services déconcentrés par un vrai mouvement de déconcentration que nous allons enclencher.

Elle doit parfois s’aménager avec aussi des délégations que nous accordons aux collectivités territoriales. Elle doit s’accompagner de moyens repensés, pour accompagner une action sur un territoire de la taille du Portugal plongé au cœur de l’Amazonie. Elle doit aussi conduire à ce que nous ayons des principes de commandement et d’organisation plus forts.

Je veux qu’ici, autour du préfet, il y ait une cohérence renforcée de tous les services de l’Etat, c’est la clé de cette interministérialité, c’est la clé d’un fonctionnement renforcé de l’Etat. Nous allons donc avoir une administration dont l’organisation sera un peu ad hoc, plus simple et plus lisible.

Et nous doterons le préfet d’une véritable équipe aussi d’état-major, pour permettre de faciliter cette interministérialité ; et pour avoir aussi une vraie ingénierie publique qui facilitera l’action de l’Etat sous toutes ses formes, mais aussi l’accompagnement des collectivités territoriales par l’Etat.

Beaucoup des projets n’avancent pas parce que les collectivités territoriales ne sont pas équipées pour les faire avancer. Et quand bien même l’argent est donné, l’organisation n’est pas au rendez-vous. Cette structure y pourvoira, c’est un véritable service d’ingénierie, un service constructeur que nous mettrons ainsi en place.

Le ministre des Comptes et de l’Action publique m’accompagne ici aussi parce qu’il a l’autorité sur les douanes, qui mènent un travail essentiel, qui participent de la sécurité publique et qui a une action déterminante aux frontières – et je sais tout le défi, à Saint-Georges comme à Saint-Laurent – qui est là aussi celui que vous avez à vivre pour lutter contre tous les trafics.

Et je sais tout le défi aussi posé par l’aéroport pour lutter en particulier contre le trafic de stupéfiants. Là aussi, des actions seront repensées, l’organisation renforcée par l’interministérialité que nous avons évoquée. Là aussi, des équipements ont été octroyés dès cette année, mais nous devons encore avec la police, en particulier la PAF, la gendarmerie, les militaires, repenser cette transversalité d’actions qui nous rendra plus efficaces.

Le secrétaire d’Etat LECORNU au côté du ministre d’Etat HULOT est à nos côtés, parce que les sujets environnementaux sont essentiels et font le quotidien de nombre d’entre vous. Sur ce sujet, des décisions dans les prochaines semaines seront prises qui conduiront à rendre votre action là aussi plus simple et plus lisible sur le territoire.

Pour les chemins forestiers, là où il faut des autorisations multiples qui prennent des mois, voire des années, ce sera une procédure unique, simplifiée qui permet justement d’être plus efficace et de répondre à la demande.

Pour la protection des espaces naturels où cet après-midi, un événement était mené, là aussi nous devons continuer à conduire l’action de l’Etat en soutien des parcs, mais par la transversalité, assurer une protection plus forte, une organisation plus efficace ; et structurer des filières pertinentes pour le territoire et nous avons les moyens de le faire.

La filière bois doit se développer là où on importe trop de bois pour nombre de nos activités économiques, alors qu’il y a tout sur place. Cette filière est à structurer par une action de l’Etat : simplification réglementaire, accompagnement financier.

Il en est de même pour la biomasse qui est une façon pertinente d’utiliser nos ressources sur le territoire guyanais, et de les utiliser de manière intelligente en allant plus vite. Là où il faut 4 ans aujourd’hui pour mener à bien un projet de biomasse, ce qui rend impopulaires les fonctionnaires qui ont à instruire ces dossiers, mais ils le font de manière consciencieuse, nous devons simplifier les règles pour avoir un certificat unique, une procédure accélérée qui permette d’être à l’échelle du territoire.

Le ministre de l’Education nationale est là et pour sa part, il revient si j’ose dire. Il était parmi vous il y a quelques années, il connaît bien ce territoire, il y était recteur, il s’y est engagé. Et là aussi, nous mènerons une action déterminée, forte d’abord d’investissements immobiliers pour construire lycées et collèges, 250 millions d’euros d’engagement pour se faire. C’est attendu et c’est nécessaire compte tenu de la pression migratoire.

Mais ce sont aussi des embauches actées dès cette année et le développement de l’action forte pour le projet éducatif de la République que nous mènerons ici. Ce territoire est jeune, le pari de la République ne se gagne et ne se gagnera que si nous formons cette jeunesse, du plus jeune âge jusqu’aux études supérieures et aux diplômes. Et l’engagement du ministre sera complet pour mener à bien cette mission.

Le directeur général de la Police nationale nous accompagne aussi et je veux avec lui remercier l’ensemble des forces de policer, remercier mon général les militaires que j’ai accompagnés hier et qui ont encore aujourd’hui avec beaucoup de courage mené leurs opérations de lutte active contre l’orpaillage clandestin. Remercier le général de gendarmerie et toutes ses équipes, tous les gendarmes et les escadrons ici déployés.

La sécurité est bien entendu une de nos priorités sur le territoire. J’ai fait ce matin des annonces claires, fortes, ce sera là aussi un régime d’exception pour lutter contre toutes les formes d’immigration clandestine, mais aussi pour assurer la sécurité du quotidien et réduire la délinquance.

Des moyens ont été accordés au printemps dernier, ils seront honorés et nous en accélèrerons le déploiement. Je veux qu’au premier semestre 2018, nous ayons fini de déployer les forces de police et de gendarmerie promises.

Des moyens immobiliers seront aussi déployés, monsieur le directeur, avec des décisions concrètes pour l’arlésienne du commissariat de Cayenne promis depuis 15 ans. Plus de grandes promesses mais des décisions concrètes, un plan de charge et là aussi nous bousculerons ensemble les procédures pour aller plus vite ; et pour faire travailler les entreprises de la Guyane. Nous en avons besoin et nous devons montrer l’exemple.

Mais plus largement, ces moyens renforcés doivent aller aussi avec des équipements adaptés, pas forcément d’ailleurs les équipements qu’on met sur tous les territoires, ce dont vous avez besoin ici, parfois plus robustes, plus résistants aux conditions plus difficiles. Et je veux ici que nous ayons cette approche pleinement déconcentrée que j’évoquais, où on écoute les chefs sur le terrain exprimant les besoins et où on n’a pas une approche homogène de l’instruction qui consisterait à octroyer le même type de moyens ici ou dans la Creuse.

Je veux aussi que nous ayons une action déterminée pour déployer cette police de sécurité du quotidien que porte le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, dont nombre de quartiers en difficulté ont besoin.

Enfin, je l’ai annoncé ce matin, nous allons régénérer, refonder l’action de lutte contre l’orpaillage clandestin, et ce sera le successeur de l’opération Harpie – qui a aujourd’hui 10 ans – qui sera lancé en janvier prochain. Je veux sur ce sujet que nous innovions, vous allez le faire avec une brigade aérienne de la PAF qui viendra aider et contribuer à cette mission.

Je veux que nous ayons plus de transversalité entre tous les services que j’évoquais tout à l’heure, plus d’innovation pour être encore plus furtif dans l’approche, que nous analysions les besoins parfois d’outils indispensables comme les drones ou d’autres moyens plus légers d’approche, que nous donnions tous les moyens à des formes d’action plus efficaces pour lutter contre ce fléau.

Je ne vais pas ici répéter ce que j’ai dit ce matin, mais à chaque fois c’est un engagement de l’Etat, un engagement de vous dont j’ai besoin. Mais en contrepartie moi, je m’engage à vous écouter et à ce que vous fassiez remonter très précisément par le biais du préfet vos demandes, les besoins humains, matériels qui sont les vôtres.

Pour réussir cette mission de sécurité à plein, il faut une coopération entre les forces de sécurité et la justice. Ce que j’ai vu en 48 h 00 ici est exemplaire et je veux ici féliciter l’ensemble des magistrats pour leur action déterminée.

Au côté des forces de l’ordre et des forces armées, ils mènent ce travail indispensable de l’Etat pour rétablir l’autorité juste, celle de la République. Et votre mobilisation, votre pragmatisme est indispensable pour mener à bien ces missions qui sont les nôtres.

Je sais la pression que policiers, gendarmes, militaires, magistrats, plus particulièrement sur cette mission régalienne vous avez subie ces derniers mois. Nous serons à vos côtés et répondrons aux besoins, mais j’attends de vous une détermination pleine et entière, sans aucune concession.

La République ne se grandit jamais quand elle pense une seule seconde que mettre un genou à terre est un bon signal. L’ordre républicain, il est un et complet et il doit être assuré de manière exemplaire et totale sur ce territoire. C’est ce que j’attends de vous et c’est ce pourquoi je vous donnerai tous les moyens.

Plus largement et pour finir mesdames et messieurs, je sais tous les défis de la fonction publique sur un territoire comme celui-ci. La ministre de l’Outre-mer et le ministre en charge des Actions publiques vont aussi s’y atteler dans le cadre de ces assises.

Nous avons besoin, je le disais, de plus de transversalité, d’un commandement clair, d’une organisation renforcée. Mais nous avons aussi le devoir de vous permettre de vivre dans le cadre de votre mission une vie familiale normale ; et ce n’est pas suffisamment le cas aujourd’hui.

Je veux que nous puissions répondre aux demandes légitimes qui sont les vôtres : pouvoir être logé en particulier dans les territoires les plus reculés et les plus difficiles ; pouvoir disposer d’une cité administrative digne de ce nom, avec une crèche qui permette d’emmener les enfants à l’école et justement les faire garder quand ils n’en ont pas encore l’âge ; avoir également une approche au cas par cas qui permette de trouver un emploi pour le conjoint ou la conjointe, lorsqu’un fonctionnaire est ici nommé et qu’il faut attendre des mois ou des années ou qu’il vit en célibat géographique, parce que l’administration n’a pas su ou pas pu trouver une telle option.

Nous avons là aussi à votre endroit un devoir d’innovation que j’attends du gouvernement. Vous n’exercez pas vos missions de manière habituelle, la réponse qui sera la nôtre ne sera donc pas une réponse habituelle. Et donc nous devons vous accompagner sur toutes ces étapes de la vie quotidienne, pour la construction de votre vie professionnelle et personnelle, pour que la Guyane redevienne attractive pour les fonctionnaires, que les postes soient pourvus et que vous puissiez aussi vivre mieux dans le cadre de la mission.

Sur ce sujet, je veux vraiment que le gouvernement s’engage de manière rapide, déterminée et que des éléments précis soient donnés. Et là aussi sur ce sujet, je crois à la déconcentration. Vous connaissez les besoins et vous êtes les mieux placés pour, lorsqu’on donnera des moyens, les faire vivre au quotidien et bien les organiser.

Et je veux aussi que dans le cadre de notre fonction publique, nous puissions construire des parcours d’excellence et de réussite pour l’ensemble de nos concitoyens ultramarins. Et donc je veux ici aussi que nous puissions recruter, faire progresser les Guyanaises et les Guyanais.

Sur nombre de postes non pourvus, il y a des possibilités, parfois en faisant passer telle ou telle qualification, d’autres fois simplement en ouvrant les yeux, de faire progresser des femmes et des hommes qui aiment ce territoire parce qu’ils y sont nés, parce qu’ils y ont grandi et parce qu’ils veulent y établir leur famille.

Et si nous voulons que notre République soit pleinement forte sous tous les aspects ici, elle doit aussi avoir le visage de nos territoires d’Outre-mer, elle doit aussi avoir le visage en son sein de la Guyane.

Ce sera également un travail d’innovation, il faudra casser parfois des barrières qui se sont édifiées dans les esprits ou dans nos organisations collectives, il faut aussi les lever.

Voilà mesdames et messieurs ce que je voulais avec vous partager ce soir. Nous allons passer un moment ensemble et je répondrai à toutes vos questions, je rentrerai dans plus de détails si vous le souhaitez. Je voulais vous dire donc merci, je voulais vous dire que j’ai besoin de vous et je voulais vous dire que nous donnerons tous les moyens à la République d’être forte et de réussir sur ce territoire.

La Guyane est au cœur de la République française, elle est face à des défis inédits et c’est par votre action chaque jour que la République est honorée, défendue et reconquiert chaque jour un peu de cette ambition qui la porte et que nous devons pleinement rétablir sur ce territoire.

Alors pour tout cela, je veux vous dire combien je suis fier de vous, combien j’attends de vous et combien vous pouvez compter sur le gouvernement et sur moi-même.

Vive la République et vive la France.