Conférence de presse du Président de la République à l'issue du sommet du G20 à Los Cabos

LE PRESIDENT -- Mesdames, Messieurs, je vous prie de bien vouloir accepter mes excuses pour le retard. Mais j'étais retenu par un certain nombre de rencontres bilatérales, notamment avec le Premier ministre de l'Inde et la Présidente de l'Argentine.

Le sommet de Los Cabos est donc achevé et il se termine autour d'un communiqué final qui, à mes yeux, répond à quatre objectifs. Ceux-là mêmes que j'avais fixés pour la réussite de cette rencontre.

Le premier objectif, c'était de mettre la croissance au premier niveau de nos discussions et au premier rang de nos priorités. Et, la conscience de tous les participants a été appelée, au regard des mauvais chiffres qui sont connus dans toutes les zones du monde, et donc qui appellent un sursaut et une réaction. C'est cette volonté de croissance qui figure dans les termes mêmes de nos conclusions. La croissance peut venir des pays qui sont en excédent de leur balance commerciale pour stimuler leur demande intérieure. La croissance peut être suscitée par des mesures fiscales, par une amélioration de notre compétitivité, par un développement du commerce. La croissance peut être également sollicitée dès lors que l'Europe, par exemple, mobilise une épargne et dégage des financements pour des projets d'investissements. Il y a une responsabilité collective qui a été rappelée dans ce sommet pour soutenir la croissance autant qu'il sera possible, de manière à lutter contre le chômage et à encourager l'activité, notamment des jeunes.

Donc, c'est le premier objectif que nous nous étions donnés en cohérence avec ce que nous avions déjà affirmé pour certains d'entre nous au G8 et avec la perspective que l'Europe doit se donner lors du Conseil européen de la fin du mois.

Le second objectif, c'était de renforcer la stabilité financière. Et là, il y a un résultat appréciable, qui est l'institutionnalisation du Conseil de stabilité financière. Ce n'est rien d'autre qu'une organisation mondiale de régulation de la finance. Les bases en ont été jetées et il y a eu même des compléments utiles sur la lutte contre les paradis fiscaux, puisqu'un certain nombre de pays, ce que l'on appelle des juridictions non-coopératives, ont été listés comme n'étant pas conformes aux critères posés par la communauté internationale.

Il y a eu aussi le souci de taxer ce que l'on appelle les activités immatérielles et qui renvoient à des grandes firmes qui échappent à l'impôt à travers un certain nombre de comportements.

Enfin, de nouveaux standards anti-blanchiments ont été également posés. Tout cela pour dire que la régulation de la finance, même si elle est encore trop lente à mes yeux, a progressé à l'occasion de ce G20. Vous savez que j'ai insisté sur la taxe sur les transactions financières qui ne figure pas dans le communiqué et donc c'est par un autre moyen que nous aboutirons à ce résultat-là, à travers notamment la coopération renforcée au sein de l'Union européenne et l'élargissement de cette taxe à tous les pays qui voudront s'y associer.

Troisième objectif, troisième résultat, le commerce. Il y avait un risque que le protectionnisme soit une des réponses pour un certain nombre d'Etats, au ralentissement de la croissance et aux difficultés de l'emploi. Et, après une discussion qui a été longue, j'allais dire même vive, un point d'accord a été trouvé pour qu'il n'y ait pas de nouvelles mesures protectionnistes. Et donc, un accord s'est mis en place pour que jusqu'en 2014 aucune mesure protectionniste ne soit prise par quelque Etat que ce soit au G20. C'est un signal important pour la croissance.

J'ai insisté, pour ma part, et il y a une part de mes propos qui se retrouvent dans le communiqué final, pour que les nouvelles formes de protectionnisme soient également combattues. Je pense au crédit à l'exportation qui est pour des pays une manière d'avantager un certain nombre d'entreprises ou les taux de change. Et là encore, la Chine, par exemple, a admis qu'elle pouvait fluctuer sa monnaie dès lors qu'elle se retrouvait dans une position commerciale plus avantageuse.

Quatrième objectif, c'est l'emploi et plus particulièrement l'emploi des jeunes. Vous savez l'importance que j'y attache, la priorité que j'ai voulu donner à la jeunesse pour mon quinquennat. Ce n'est pas une position originale. On croit toujours définir des priorités politiques qui nous singulariseraient. Dans les rencontres que j'ai eues aussi bien avec le L20 que le B20, c'est-à-dire les associations de syndicats ou d'employeurs, cette priorité pour l'emploi des jeunes, pour la formation professionnelle, pour l'apprentissage, pour la transmission de l'expérience, j'allais dire pour le contrat de génération, j'ai retrouvé donc, ces dimensions-là de l'emploi dans les rencontres que j'ai pu avoir et cela se retrouve aussi dans le communiqué final.

Dernier point, même si celui-là sera aussi traité à Rio, c'est celui du développement et de la lutte contre la pauvreté. Sur le développement, la notion de financements innovants devra être encore approfondie et j'y reviendrais à Rio. Mais ce qui a été acté, c'est la mobilisation de la communauté internationale à travers le G20 pour la sécurité alimentaire et pour l'aide aux pays les plus fragiles, les plus vulnérables. Et là encore, il y eu un consensus qui a été trouvé.

Bref, si je veux résumer ce G20 : les objectifs les plus importants à mes yeux ont été atteints. Tout n'y est pas. Toutes les réponses ne sont pas fournies et nous sommes parfois loin du compte. Mais sur la croissance, sur le commerce, sur la volonté de politique innovante en matière d'emploi et sur une conception de la solidarité, il y a eu des avancées. La plus importante, à mes yeux, est le consensus maintenant sur la croissance. Il n'y aura pas de réunion internationale ou de réunion européenne qui ne mettra pas ce thème de la croissance au cœur de ses décisions.

Je parle de l'Europe. Je veux revenir à ce qui a été une partie de la discussion au cours de ce G20. L'Europe a été regardée, parfois même interpellée, même si l'Europe n'est pas le continent qui, sur le plan de ces résultats économiques ou de ces déficits, mériterait d'être stigmatisé. Je l'ai dit, il y a une responsabilité collective dans la croissance ou dans son fléchissement. Mais il y a eu de la part de tous les participants au G20 une confiance qui a été rappelée à l'égard de l'Europe et de la zone euro. Et pour ce qui nous concerne, nous les Européens, nous nous sommes fixés trois volontés communes et que nous aurons à traduire pour le sommet européen de la fin du mois : la croissance, la stabilité financière et la responsabilité budgétaire.

Nous avons aussi encore à traiter des questions qui sont posées à l'Europe et à la zone euro. La Grèce, là encore une réponse commune a été trouvée. Les Grecs ont voté. Un gouvernement est en train d'être constitué, un dialogue va s'engager, des obligations demeureront pour la Grèce, mais il y a aura l'examen de tout ce qui peut accompagner, aider la Grèce pour retrouver une croissance, une confiance. L'Espagne va faire appel rapidement à un soutien financier qui lui sera apporté et qui lui permettra de répondre à ses responsabilités notamment par rapport aux banques. Et là-encore, tout ce qui peut être fait rapidement sera fait.

Troisième obligation pour l'Europe, c'est de s'organiser pour son intégration financière et bancaire. Des progrès ont été faits : la supervision bancaire, les mécanismes de résolution, de recapitalisation des banques, de garantie des dépôts, tout cela fait son chemin en même temps que la croissance. Nous aurons à traduire ces orientations dans des engagements au cours du prochain sommet européen.

Enfin, il y a le paquet croissance qui maintenant fait consensus. Donc, au terme de ce G20, les Européens auront à prendre eux-mêmes des décisions. Ils prépareront le Conseil européen du 28 juin avec une rencontre d'abord celle de l'Euro-groupe le 21, puis à quatre : Italie, Espagne, France, Allemagne à Rome, et enfin, nous aurons à prendre les décisions à Bruxelles.

J'ai confiance dans ce processus, parce que sur la croissance, sur l'union bancaire, sur la perspective de faire que la solidarité et la responsabilité budgétaire soient liées, nous avons des possibilités d'accords. J'y travaillerai encore dans les prochains jours et je mobiliserai le gouvernement qui va être constitué prochainement sur cette tâche.

J'ai eu des rencontres bilatérales avec la plupart des dirigeants européens qui étaient ici, avec Madame MERKEL. Nous avons eu également un échange avec le Président OBAMA. Tout cela a permis encore de converger.

Puisque je parle de réunions bilatérales, elles ont été nombreuses, à l'occasion de ce G20 avec notamment le Président chinois, le Premier ministre indien. Je citais aussi des pays d'Amérique latine, l'Argentine, la Colombie, le Mexique bien sûr. Donc, à bien des égards, ce G20 aura été utile. Utile, pour le monde qui doit retrouver confiance. Utile pour l'Europe qui doit trouver les chemins de décisions attendues et nécessaires. Et utile aussi pour la France qui a fait prévaloir sur beaucoup de sujets ses priorités.

Je suis prêt à répondre à vos questions.

QUESTION -- Monsieur le Président, est-ce que lorsqu'on fait la synthèse de ce que vous venez de dire, on a mis un bémol aux politiques d'austérité. Est-ce que cela veut dire que les politiques d'austérité n'ont pas prouvé qu'elles étaient efficaces jusqu'à présent et qu'il faut donc les modérer ?

LE PRESIDENT -- Je serai bien tenté de reprendre votre conclusion. Elle n'est pas l'exact reflet. Ce qui a été compris, c'est que l'austérité pour l'austérité ne pouvait pas être la solution. Qu'il y ait des pays qui, parce qu'ils ont cédé à des tentations ces dernières années de facilité budgétaire, soient maintenant amenés à faire des efforts, c'est à mes yeux nécessaire. Mais qu'il y ait l'application des mêmes méthodes, des mêmes règles, des mêmes obligations, des mêmes disciplines, à tous les pays en même temps, c'est apparu comme contraire à l'objectif même qui était recherché. Donc, de ce point de vue, il y a une évolution. La croissance est regardée comme non seulement nécessaire pour retrouver de l'emploi, et nous en avons besoin, mais également nécessaire pour atteindre les objectifs de réduction des déficits et de retour à l'équilibre. Et il a été présenté notamment à ce G20, ce sera le cas aussi au Conseil européen, une politique qui doit permettre à des pays qui ont des excédents de faire un soutien de leur demande intérieure quand d'autres pays doivent être plus rigoureux sur la gestion de leurs finances publiques. Personne ne peut échapper au sérieux, mais il n'y a pas de fatalité à l'austérité.

QUESTION -- Il y a aujourd'hui une réunion avec les leaders européens organisée par Barack OBAMA, qui n'avait pas été possible hier. Est-ce que le fait que le Président américain ait voulu cette initiative a fait avancer les choses et, si oui, comment ? Et deuxième question, vous avez insisté sur l'importance de la rapidité dans la mise en œuvre des mécanismes, est-ce que vous avez l'impression qu'Angela MERKEL a le même souhait de rapidité après avoir insisté sur les petits pas, le pas à pas, dans les progrès à faire en Europe ?

LE PRESIDENT -- D'abord la rencontre des Européens avec le Président OBAMA était prévue. Elle n'avait pas pu se tenir hier soir, pour les raisons que j'avais précisées ce matin, donc elle a eu lieu à la mi-journée. Cela a été un échange où les Européens ont affirmé ce qu'ils voulaient faire pour le Conseil européen : le paquet croissance, la stabilité financière, une architecture. Il était d'ailleurs tout à fait compréhensible que les Etats-Unis eux-mêmes veulent s'informer et comprendre ce que nous allions nous-mêmes décider.

Sur maintenant le rapport au temps qui, à mes yeux, est une des façons de sortir de la crise de la zone euro. Aller vite et faire juste et bien. Je crois que nous avons maintenant les mécanismes. Ils existent. Le fonds européen de stabilité financière, c'était déjà là. Il pourra encore être utile. Mais, va arriver le mécanisme européen de stabilité. Donc, maintenant, puisque ces mécanismes existent puisque ces procédures sont connues, puisque ces financements sont rassemblés, j'ai aussi constaté qu'au FMI, il y avait des ressources supplémentaires, eh bien, utilisons-les au bon moment et avec la bonne dose qui permet, face à une spéculation, face à une incertitude, de calmer durablement le mouvement qui peut naître et faire céder la pression.

Donc, j'insisterai encore au moment du Conseil européen pour que la prise de décision, la rapidité dans l'intervention, pour que tous les moyens dont l'Europe dispose, y compris la Banque centrale, puissent être mobilisés. C'est une des manières de répondre à l'attente qui est portée sur nous.

Madame MERKEL, elle, veut respecter -et qui ne la comprendrait- les traités. Elle veut que les procédures que l'Europe doit utiliser soient prévues par des textes. Et ensuite, si ces textes doivent changer, elle demande à chaque étape l'accord de son parlement. C'est la contrainte qu'elle s'est elle-même donnée ou qui lui est imposée, et que je respecte. Mais nous avons tous nos contraintes institutionnelles. Donc, maintenant, nous savons ce que nous avons à faire. Madame MERKEL a un processus de ratification du mécanisme européen de solidarité qui est prévu le 29. Voilà donc, au début du mois de juillet tout sera prêt.

QUESTION -- Vous avez dit que vous aviez rencontré le Président CALDERON en tête-à-tête, est-ce qu'au cours de cet entretien vous avez pu vous parler du cas de Florence CASSEZ et, si oui, quelle conclusion en tirez-vous ? Est-ce que vous rentrez à Paris avec des nouvelles notamment pour la famille ?

LE PRESIDENT -- Il y a eu deux contacts, l'un par le ministre des Affaires étrangères, Laurent FABIUS, avec son homologue mexicaine et moi-même avec le Président CALDERON pour un court moment, compte tenu des obligations qui étaient les siennes. Je lui ai rappelé que cette situation existait, celle de Florence CASSEZ, et que je faisais toute confiance dans l'indépendance de la justice mexicaine.

QUESTION -- Vous avez dit que, sur l'Espagne, vous arriverez à tout faire. Qu'est-ce que cela veut dire concrètement ? Est-ce que vous pouvez développer un peu plus votre débat sur l'Espagne ?

LE PRESIDENT -- L'Espagne va elle-même préciser sa demande dans les jours qui viennent et donc nous devons, nous les Européens, mettre le mécanisme qui sera le plus efficace par rapport à demande espagnole. Pour ce qui me concerne, cela doit se faire cette semaine.

QUESTION -- Juste pour revenir sur la réunion avec Barack OBAMA. Est-ce qu'il a donné des consignes aux différents Européens ?

LE PRESIDENT -- Cela n'aurait pas été accepté et d'ailleurs Monsieur OBAMA ne se serait pas autorisé à le faire. Il a le sens du respect qui s'attache à la relation que les Etats-Unis ont avec l'Europe et avec les pays qui sont aujourd'hui dans la zone euro. Donc, qu'il y ait un échange entre le Président des Etats-Unis et les dirigeants européens, c'est nécessaire et moi je l'ai toujours souhaité. Mais, ce ne sont pas les Etats-Unis qui décident à la place des Européens.

QUESTION -- (Inaudible)

LE PRESIDENT -- Je comprends même l'anglais. Je vous l'ai dit, je n'ai été préoccupé dans ce sommet que par le résultat que j'en attendais. Je voulais que les Européens soient en bonne ordre, soient en cohésion, pour qu'ils puissent montrer d'abord à leurs partenaires qu'ils étaient prêts à prendre des décisions importantes pour l'avenir de l'Europe mais aussi pour l'avenir du monde et aussi pour donner confiance. Moi, ma démarche, c'est de donner confiance, donner confiance aux citoyens et même donner confiance aux marchés par rapport à l'avenir de l'Europe, et donc ne rien faire ou ne rien dire qui puisse ne pas atteindre ce résultat. C'est ma conception que j'ai de la participation à un sommet. Même si j'ai moins d'expérience que d'autres, j'ai de la retenue.

QUESTION -- En ce qui concerne, Monsieur le Président, le thème d'Angela MERKEL et de la France, que demande la France à l'Allemagne en ce qui concerne les eurobonds ? Quels sont les accords auxquels vous souhaitez parvenir ?

LE PRESIDENT -- Donc, les relations que nous avons avec Madame MERKEL sont des relations qui doivent aboutir à un accord, doivent permettre qu'il y ait un compromis qui soit le plus élevé possible dans l'intérêt de l'Europe. Et, j'ai à la rassurer sur un certain nombre de questions, notamment sur le sérieux budgétaire, sur l'effort de compétitivité et elle-même, je crois, a compris que le « paquet » de croissance était utile pour l'Europe et donc pour l'Allemagne, et que la stabilité financière permettait aussi de rassurer les citoyens et les marchés, et enfin, sur la question qui sera encore en débat au cours de ces prochains jours sur l'intégration, qu'il n'y avait d'intégration possible, de progrès de l'union politique, que s'il y avait aussi un certain nombre d'avancées dans la solidarité et dans la stabilité. C'est tout l'enjeu de l'union bancaire notamment, de la supervision, des mécanismes d'intervention. Chaque fois que nous progressons, nous pouvons avoir une coopération politique qui s'élève également.

QUESTION -- On a l'impression à lire le communiqué final que les principales avancées de ce sommet ont concerné la zone euro et la crise européenne, comme si l'Europe avait eu besoin de ce G20 pour avancer dans son consensus interne. Est-ce que vous partagez ce point de vue et cette analyse ? Est-ce que ce n'est pas un aveu de faiblesse ? Ma deuxième question est plus anecdotique, c'est votre premier G20, est-ce que vous sortez de ces deux jours avec le sentiment que c'est utile, indispensable ou un peu décalé de la réalité du monde actuel ?

LE PRESIDENT -- Tout d'abord, le G20 a donné des résultats qui vont bien au-delà de la zone euro. Je les ai évoqués, peut-être trop brièvement, mais mobiliser tous les participants sur l'objectif de croissance n'allait pas de soi. Dire que les pays excédentaires devaient soutenir leur demande intérieure n'était pas donné d'avance. Faire que la Chine puisse enfin évoquer la question du taux de change, ce n'était pas si simple à obtenir. Lutter contre les tentations protectionnistes dans un moment où la croissance fléchit, c'était là encore un objectif qui pouvait ne pas être atteint. Avoir aussi, sur la stabilité financière, l'institutionnalisation du conseil, c'est une étape très importante. Lutter avec davantage d'efficacité contre les paradis fiscaux, c'était la suite de ce qui avait déjà été décidé dans le précédent G20, mais c'est une avancée de plus.

Alors, est-ce que ce G20 a permis aux Européens d'avancer eux-mêmes, oui, mais parce que nous nous rapprochons du Conseil européen des 28-29 juin, et donc cela nous crée une obligation. Et puis nous avons également une responsabilité, nous avons conscience que si la zone euro reste dans l'état où elle est aujourd'hui, cela menace la croissance d'autres pays, cela altère l'ambiance économique du monde, donc je ne veux pas que l'Europe soit regardée comme un problème, mais puisse être perçue comme une solution, y compris dans une forme de référence, d'exemple, de ce que peut être la supervision bancaire, la garantie des dépôts, l'union bancaire ou les formes d'intervention. Donc, cela nous a mis effectivement au défi et, pour partie, il a été relevé, mais ce n'est pas encore fait. Il y a des étapes qui ne sont pas encore franchies. Et même si vous avez, à juste raison, remarqué qu'il y a eu dans les mots qui figurent dans le communiqué des notions nouvelles pour l'Europe, ce que je disais sur la supervision, la garantie des dépôts, la recapitalisation, nous n'avons pas encore atteint les objectifs que je souhaite pour le 28 juin.

Sur le premier G20, moi, je ne les découvre pas ces institutions, je les regardais de l'extérieur. Je pense que ce qui manque, c'est une institutionnalisation. J'aurais souhaité un secrétariat permanent du G20, d'une certaine façon il existe, là le président CALDERON a transmis au président POUTINE la charge de préparer le prochain G20, donc, il y a une continuité, mais il pourrait y avoir une organisation plus forte. En même temps, je suis conscient qu'il convient de garder aux Nations Unies aussi la primauté, parce que le G20 n'a pas vocation à se substituer à l'organisation des Nations Unies. Donc, le G20 n'est pas la représentation du monde, des pays n'y sont pas, des continents peuvent se retrouver mal représentés. Mais ce qui m'a frappé, c'est la solidarité, il y avait des dirigeants de toutes sensibilités, de tout continent et j'ai relevé aussi leur volonté de s'impliquer dans la résolution des problèmes du monde. J'ai été frappé par la participation de beaucoup de pays à la reconstitution des ressources du Fonds monétaire international. Même les pays qui ne sont pas les plus riches ont voulu en être, c'est dire s'il y a une conscience qui s'établit, d'une responsabilité planétaire et collective. Sur ce point-là, je pense que le G20 est utile.

QUESTION -- Vous avez dit que la Banque Centrale Européenne devrait être employée pour soutenir les efforts contre la crise en Europe. Qu'est-ce que cela veut dire exactement pour vous ? Pendant la campagne électorale, vous avez dit que vous vouliez renégocier le pacte fiscal, où est-ce que vous en êtes sur ce point-là ?

LE PRESIDENT -- Sur la Banque Centrale, elle n'a pas été évoquée, elle ne pouvait pas l'être là, c'était une réunion de chefs d'Etat et de gouvernement, et nous aurons à en parler avec elle, dans le respect de son indépendance au Conseil européen. La Banque Centrale Européenne est déjà mobilisée, elle s'est déjà engagée, elle a donné de la liquidité, elle a même à un certain moment de la crise racheté des dettes souveraines. Donc, la Banque Centrale Européenne en toute indépendance, peut être un facteur de résolution de la crise.

Sur votre seconde question sur le pacte fiscal, c'est l'enjeu de la discussion qui va avoir lieu au Conseil européen. Donc, nous devons avoir un texte qui nous permet de donner une dimension à la croissance qui n'y figure pas et de donner une supervision bancaire, une architecture financière qui n'étaient pas non plus dans le pacte budgétaire. Donc, je vous donnerai ma réponse au soir du Conseil européen.

QUESTION -- Il semble que vous attendiez des décisions du Conseil européen du 28 juin. Le Président VAN ROMPUY a dit qu'il n'y aura pas de décisions définitives, mais simplement des travaux préparatoires. Lequel de vous deux est le plus réaliste ?

LE PRESIDENT -- M. VAN RUMPUY doit présenter un rapport au moment du Conseil européen, après ce sera aux chefs d'Etat et de gouvernement de traduire ce rapport et ce que nous aurons à mettre dans la discussion en actes, en décisions. Le Parlement européen se saisira lui-même aussi des questions qui seront évoquées au Conseil européen, nous n'en avons pas terminé sur la traduction juridique.

QUESTION -- Sur la Grèce, est-ce que vous êtes favorable à un allongement du calendrier de réformes et de rigueur que doivent s'imposer les Grecs ? Il semble que ce soit entre autres le souhait de Barack OBAMA notamment ? Et sur la taxe sur les transactions financières, est-ce que cela n'est pas un peu un échec personnel pour vous qui aviez critiqué le manque d'ambition jusqu'à maintenant de cette taxe, alors qu'elle disparaît littéralement lors de votre premier G20 ?

LE PRESIDENT -- Sur la taxe sur les transactions financières, je considère que nous ne pourrons plus simplement en parler, il la faire. Et là, j'ai bon espoir, elle ne va pas être décidée à l'échelle du G20, mais dans le cadre d'une coopération renforcée. La France et l'Allemagne étant d'accord sur cette taxe, nous pourrons la mettre en œuvre assez rapidement.

Donc, elle disparaît peut-être du communiqué final, mais elle va surgir du Conseil européen pour les pays qui en décideront. Dans le cadre d'une coopération renforcée, avec une assiette qui sera assez large, et un taux qui devra être décidé par les pays concernés. Donc, voilà, il y aura une grande différence, c'est que jusqu'à présent on en parlait, on l'évoquait dans les communiqués, maintenant, cela va se faire. J'ai bon espoir que sur la base d'une coopération renforcée à quelques pays, la taxe sur les transactions financières va entrer rapidement en vigueur. Quand je dis rapidement, c'est sur l'année 2013.

Sur la Grèce, ce qui doit s'engager c'est un dialogue à partir de principes. Premier principe, la Grèce doit respecter les engagements qui ont été pris. Le second principe, c'est que l'Europe doit favoriser la reprise de l'activité économique en Grèce, en mobilisant des financements qui jusqu'à présent n'ont pas été alloués à la Grèce. Donc, ce ne sera pas forcément sur le mémorandum, mais ce sera sur d'autres éléments de soutien. Mais le dialogue doit s'engager. Ce qui était très important, c'est que la Grèce puisse avoir un gouvernement, cela va être fait dans les heures qui viennent. J'ai compris que cela allait être avec trois partis, donc une majorité assez large, et deuxièmement que des rencontres vont avoir lieu avec ce que l'on appelle la troïka, c'est-à-dire à trois, la Banque Centrale, le Fonds monétaire international et la Commission européenne. Mieux vaut mettre l'argent différemment, par une mobilisation de fonds structurels. Cela donne peut-être le même résultat, mais cela ne contrevient pas aux engagements qui avaient été pris. Mais je laisse là, le dialogue se faire.

QUESTION - (Inaudible)

LE PRESIDENT -- Oui, lutter contre la pauvreté, dans un moment où la croissance ralentit, où les contraintes budgétaires sont de plus en plus sérieuses appellent des financements innovants. C'est pour cela que je me suis battu pour les financements innovants et sur les taxes, y compris la taxe sur les transactions financières. S'il n'y a pas de nouveaux financements, il n'y aura pas de véritable politique contre la pauvreté. Les aides publiques au développement au mieux ne progresseront pas, donc il faut aller chercher des financements nouveaux, toutes les formes de financement, contribution carbone, taxe sur un certain nombre d'activités, notamment financières, mobilisation de l'épargne, financement privé, trouver de nouvelles ressources pour lutter contre la pauvreté et cette bataille pour les financements innovants est engagée, elle devra être menée à son terme.

QUESTION -- Vous avez dit que tous les moyens doivent être utilisés pour combattre la crise. Je crois que les Italiens ont suggéré, ces derniers jours l'utilisation du M.E.S pour acheter de la dette souveraine des pays comme l'Italie, l'Espagne ?

LE PRESIDENT -- Oui, l'Italie a lancé une idée qui mérite d'être regardée, cela le sera sûrement lors de notre rencontre à quatre à Rome. L'idée est la suivante : que les pays vertueux comme l'Italie qui a rétabli ses comptes publics puissent avoir des financements pour leur dette souveraine qui ne soient pas à des taux d'intérêt qui ressemblent à des taux d'intérêt de pays qui sont regardés comme n'ayant pas fait d'efforts. Donc, nous cherchons les voies et les moyens d'utiliser le M.E.S. à ces conditions-là. Mais pour l'instant, c'est une idée qui n'est pas encore une décision, mais cela fait partie de la réflexion, faire que les pays qui ne devraient pas être soumis à des taux d'intérêt élevés, puissent avoir des financements qui leur soient garantis pour avoir le moindre coût pour leur ressource de couverture de leur dette publique.

QUESTION -- La Syrie, quel message devrait être compris ce soir ? M. POUTINE, on vient de l'apprendre, est partant pour que M. EL ASSAD parte du pouvoir ?

LE PRESIDENT -- La Syrie, je l'ai évoqué avec le ministre des Affaires étrangères dans de nombreuses rencontres bilatérales et avec les mêmes principes : ceux qui aujourd'hui massacrent leur peuple, ne peuvent pas être l'avenir de la Syrie. Nous avons renforcé les sanctions, les pressions. Et il faut donner une mission aux observateurs, différente de celle d'aujourd'hui, puisque les observateurs se sont retirés et trouver une solution politique qui sera celle du départ de M. EL ASSAD. La Russie, je pense, avec les dialogues que nous avons eus, moi-même avec le président POUTINE il y a quelques jours, M. Barack OBAMA récemment, la Russie joue son rôle pour permettre cette transition.

QUESTION -- Je voulais savoir quel était la décision avec M. HU JINTAO, la décision sur les taux d'intérêt des monnaies française et chinoise ?

LE PRESIDENT -- Dans la rencontre bilatérale que j'ai eue avec le Président chinois, nous avons évoqué essentiellement les rapports commerciaux, les investissements de nos entreprises, et d'une manière générale les relations politiques que nous devons avoir entre nos deux pays. Sur la question des taux de change, cela a fait partie de la discussion générale. Et c'est vrai que la Chine a montré une évolution et a admis que sa monnaie devait tenir compte aussi de sa position commerciale et du soutien de la croissance pour les pays qui ont à commercer avec la Chine. Donc, je pense que c'est une évolution qui peut être saluée.

 

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