Avril 2014

Conférence de presse de M. le Président de la République lors de la Conférence des Nations Unies sur le développement durable (RIO+20)

LE PRESIDENT -- Mesdames, Messieurs, je veux d'abord vous présenter toutes mes excuses pour le retard que j'ai pris, pour l'organisation qui n'a pas été celle que j'avais imaginée. Et je voulais assister à l'introduction par Mme Dilma ROUSSEF de ces travaux.

Je viens à Rio pour marquer l'engagement de la France sur le développement durable. J'étais il y a encore 24 heures à Los Cabos et je considère que les sujets du G20 comme ceux de la conférence de Rio sont les mêmes. C'est de savoir si nous sommes capables, les pays qui veulent peser dans la vie du monde, ceux du G20, comme l'ensemble des nations du monde, de préparer notre avenir.

Je considère que la déclaration qui a été préparée correspond à des avancées, réelles, que je veux souligner. Une feuille de route pour les objectifs de développement durable, des engagements réels pour renforcer le programme des Nations Unies pour l'environnement, des règles nouvelles pour la protection des océans, un début de mobilisation sur l'économie verte et une affirmation plus forte que précédemment pour lutter contre la pauvreté.

Tout cela n'a été possible que par la volonté de trouver le compromis par la cohésion qu'ont eue les Européens et aussi par la mobilisation de la société civile, que je veux saluer. S'il n'y avait pas eu cet engagement depuis des années, s'il n'y avait pas eu toutes ces associations, ces élus, ces syndicats, ces forces vives, nous n'aurions pas obtenu les progrès dans la déclaration finale.

Je veux néanmoins marquer les insuffisances, au moins deux :

La 1ère, c'est qu'une nouvelle fois nous n'avons pas été capables, malgré les propositions que j'avais faites, de créer cette agence spécialisée pour l'environnement, qui aurait permis de donner un cadre global, de permettre des engagements multi latéraux et d'unir toutes les conférences autour d'une même perspective et à partir d'une même organisation.
Je ne désespère pas, non seulement de mener ce combat, mais de le rendre un jour victorieux et d'installer cette organisation à Nairobi, ce qui donnerait à l'Afrique aussi cette reconnaissance.

La 2nde insuffisance que je veux marquer, c'est par rapport au financement et notamment aux financements additionnels, aux financements innovants, à tout ce qui permettrait d'affecter des ressources nouvelles aux engagements que nous portons et notamment à la lutte contre la précarité et la pauvreté. Je milite depuis longtemps et je le fais cette fois-ci comme Président de la République française, pour la création d'une taxe sur les transactions financières et je m'engage une nouvelle fois à ce que les recettes de cette taxe soient pour une grande partie reversées aux objectifs de développement.
Tout à l'heure je vais m'exprimer et c'est la raison pour laquelle je ne pourrai pas rester très longtemps, pour réaffirmer les engagements de la France. Car mon objectif, comme président de la République, c'est de peser dans les négociations, je le fais aujourd'hui, mais aussi d'être exemplaire pour les décisions que nous avons à prendre au nom de mon pays. La transition énergétique, la sobriété dans notre mode de consommation, une conception nouvelle de la ville, une mobilisation pour préserver les terres agricoles et également une conception de la solidarité et de la justice sociale.

Voilà pourquoi je tenais, en début de mandat, à venir ici à Rio, me souvenant aussi qu'il y a 20 ans, c'était un président de la République qui s'appelait François MITTERRAND, qui avait engagé la France pour le développement durable. Il y a donc une continuité, une cohérence et en même temps un sursaut qu'il faut produire compte-tenu des urgences.

Voilà ce que je voulais vous dire et je suis prêt à répondre à vos questions.

QUESTION -- Est-ce que vous pouvez être plus spécifique par rapport au financement de la 2ème insuffisance dont vous étiez en train de parler ? Merci.

LE PRESIDENT -- Oui, je peux être plus précis. Chacun sait que les aides directes pour le développement, dans un contexte de crise, de contrainte budgétaire, risquent de stagner. Donc si nous voulons atteindre les objectifs que nous nous fixons, nous devons mobiliser toutes les recettes possibles. Il y en a plusieurs : les contributions carbone, les taxes sur un certain nombre de produits et il y a cette idée de taxe sur les transactions financières. Je sais que beaucoup de pays, parmi les plus libéraux, au sens économique, ne veulent pas de cette taxe. Un certain nombre de pays européens, cela fera l'objet de la négociation qui va avoir lieu à la fin du mois de juin, au Conseil européen, un certain nombre de pays pourront dans le cadre de ce que l'on appelle une coopération renforcée, créer cette taxe. Et une partie des recettes devra être affectée au développement.

QUESTION -- Vous avez dit être venu ici pour peser dans les négociations, et ma question est simple, avez-vous envie de ré-ouvrir le texte qui a été présenté par le Brésil ?

LE PRESIDENT -- C'est très difficile de ré-ouvrir le texte dès lors qu'il a été l'objet d'un compromis. Il a été modifié ces dernières heures. Dans l'intervention que je ferai tout à l'heure, j'indiquerai que ce texte pour moi n'est qu'une base, et même s'il contient des avancées tout à fait sérieuses, je continuerai à travailler pour la création de cette agence pour l'environnement. Nous avons franchi plusieurs étapes pour l'agence. Nous avons renforcé ses moyens, rehaussé son niveau mais nous n'avons pas été jusqu'au bout. Il faudra qu'il y ait une véritable agence qui regroupera tous les moyens, toutes les conventions qui existent aujourd'hui pour donner cette cohérence, parce que chaque fois qu'il y a une conférence sur le climat et qu'un sujet autre est posé, il est évacué parce qu'il ne correspond pas au texte de la conférence, alors que s'il y avait une agence pour l'environnement, tous les sujets pourraient être évoqués en même temps sans qu'il y ait cette séparation.

Il y a toujours une part de déception mais si je suis venu ici, c'est aussi pour dire mon espoir, ma confiance. Certains nous disent, il y a la crise économique, financière et donc les questions environnementales, le développement durable peuvent passer de côté dès lors qu'il n'y aurait plus cette pression. Tel n'est pas mon raisonnement. Je considère que le développement durable, que l'environnement, ce que l'on appelle aussi l'économie verte, c'est une façon aussi de sortir de la crise. Cela ne doit pas être non plus un moyen de protéger, je vois bien le débat sur une forme de retour du protectionnisme à travers les normes environnementales que craignent un certain nombre de pays. Et là encore nous devons être capables, c'était aussi l'enjeu du G20, de lutter contre le protectionnisme et de faire de l'environnement non pas une barrière de plus mais un levier.

QUESTION -- En France, vous avez alerté sur le risque d'échec sur ce Sommet à RIO. Ici, vous voyez un petit peu d'espoir, vous voyez la possibilité réelle d'avancer.

LE PRESIDENT -- Oui d'abord parce que la présidente du Brésil a fait en sorte jusqu'au dernier moment de permettre un certain nombre de compromis qui, il y a encore quelques jours, n'étaient pas possibles. Et notamment sur l'organisation mondiale de l'environnement, il y a eu des paliers qui ont été franchis. De la même manière, il était à craindre que les objectifs du développement durable ne soient pas mis dans une feuille de route, ils y sont. Et cela c'est très important parce que ça nous permettra jusqu'en 2015 d'avoir une capacité d'action. Donc, le verre peut être considéré à moitié plein ou à moitié vide, celui qui est à côté de moi est vide donc je vais le remplir, mais l'idée c'est quand même d'avancer, toujours avancer mais je ne peux pas non plus masquer ce qui n'est pas dans le texte. C'est pourquoi je m'exprimerai tout à l'heure.

QUESTION -- Vous avez rendu hommage à la société civile, celle qui manifeste actuellement dans les rues de RIO mais une grande partie de cette société civile se plaint que la discussion économique ait occulté la préoccupation écologiste et la préoccupation environnementale. Quel est votre sentiment sur cette impression ?

LE PRESIDENT -- Oui pour partie, c'est vrai. Certains ont voulu faire de cette conférence davantage une conférence sur l'économie, y compris sur l'économie verte qui est une notion qui mérite d'être précisée plutôt que sur l'environnement, l'écologie, les urgences. Car nous avons une dégradation de la situation et notamment pour les océans, pour la biodiversité. Et l'économie verte ne peut pas être présentée comme une panacée, comme la solution ultime. Elle doit être un moyen pour atteindre les objectifs écologiques et pour créer de nouveaux emplois. De la même manière, je trouve que nous avons raison de faire de la lutte contre la pauvreté, une politique de développement durable et de ne pas la séparer. Comme s'il fallait parler de l'inclusion différemment de ce que doit être le progrès de l'humanité. C'est pourquoi, la question du financement pour la lutte contre la pauvreté mérite d'être de nouveau posée.

Merci à tous pour votre mobilisation aussi, la presse.
Merci aussi pour votre patience et donc à bientôt.

 

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