Conférence de presse de M. le Président de la République à la Résidence de France à Vientiane

LE PRESIDENT -- Avant de prononcer quelques mots devant la communauté française, réunie ici à la Résidence, je voulais vous dire le sens que je donne à ce déplacement qui a rassemblé 51 pays d'Asie et d'Europe qui sont tous conscients que la croissance doit être la priorité. Cette croissance ne reviendra qu'à la condition que les efforts des uns pour rétablir leur compétitivité ou leurs comptes publics puissent être accompagnés par les engagements des autres, ceux qui sont en excédent, pour soutenir la croissance. Il se trouve que l'Asie est également concernée par la crise économique -- certes avec moins de conséquences et avec moins d'ampleur que beaucoup de pays en Europe -- mais l'Asie est aussi partie prenante de la résolution de la crise. Nous avons donc pu convenir que nous avions trois engagements à prendre les uns avec les autres.

Premier engagement, c'est une meilleure coordination des politiques économiques. C'est une position que j'ai défendue. Les pays en excédent de balance de paiement, de balance commerciale et qui n'ont pas en plus de problème de dettes publiques, doivent soutenir leurs activités et la croissance pour permettre aux pays en déficit -- de balance commerciale, de balance des paiements et parfois de comptes publics -- de pouvoir faire leurs efforts de compétitivité et de redressement sans conséquence dommageable sur l'activité. C'est la coordination des politiques économiques. C'est la priorité qui doit être donnée à la croissance.

La seconde direction que nous avons engagée, c'est de faire en sorte que les monnaies puissent davantage refléter l'état de chacune des économies. Les pays qui dégagent de forts excédents doivent donc accepter la réévaluation de leur monnaie. Depuis plusieurs mois, la Chine a d'ailleurs déjà accepté de le faire et elle doit continuer de le mener à bien de façon à ce qu'il puisse y avoir un rééquilibrage par les marchés des changes.

Troisième direction, c'est l'ouverture des marchés, c'est le commerce international. L'économie européenne est une économie ouverte. Beaucoup de pays en Asie ont également permis un développement des échanges et accepté le principe de réciprocité. Mais il doit y avoir encore davantage de mouvements dans cette direction.

J'ai voulu au cours de ce forum dire ma confiance dans la zone euro car il y a trop de doutes, qui se sont installés, depuis des mois et des mois, parmi nos partenaires d'Asie, qui je le rappelle, contribuent par les mouvements de capitaux à financer un certain nombre de dettes souveraines en Europe. J'ai voulu dire dans ce forum que la crise de la zone euro est sur le point d'être enfin résolue. Nous avons encore du chemin mais nous avons parcouru le principal c'est-à-dire l'union budgétaire, l'union bancaire, le Mécanisme européen de stabilité, les orientations de la Banque centrale. Tout cela est un facteur de confiance dans l'économie européenne. Je rappelle, en plus, que l'économie européenne est la première puissance commerciale du monde. Nous avons, là-encore, à promouvoir ce que nous sommes, nous les Européens, et ce que nous pouvons apporter à l'ensemble de l'économie mondiale.

Pour terminer, il y a - et ce forum y a contribué - une gouvernance mondiale à assurer : gouvernance par rapport à la régulation financière, gouvernance par rapport au système monétaire international et gouvernance également par rapport aux politiques de croissance, de coordination des politiques économiques, sans oublier les engagements qui doivent être les nôtres sur le climat et sur l'environnement.

Parallèlement à ce forum, j'ai eu avec le ministre des Affaires étrangères plusieurs rencontres bilatérales qui ont été tout à fait précieuses.

D'abord, avec le pays hôte le Laos, ensuite avec le Premier ministre chinois, le Premier ministre de Malaisie, la Première ministre d'Australie, le président d'Indonésie, le président de la Mongolie, le Sultan de Bruneï, le Premier ministre du Vietnam. Bref, nous avons pu, à cette occasion-là, rappeler nos positions, évoquer nos relations bilatérales et prendre un certain nombre de rendez-vous, notamment avec le Premier ministre chinois qui m'a renouvelé l'invitation des autorités chinoises de venir, au cours de l'année 2013, en Chine.

Voilà ce que je pouvais dire de ce déplacement qui a été tout à fait précieux, sur la relation Europe-Asie et sur les positions de la France.

QUESTION - Vous avez rencontré le Premier ministre vietnamien. Quelle est l'attente des Vietnamiens de la part de la France ? Est-ce qu'il y a une attente économique, une attente de soutien, sachant la difficulté de la relation entre le Vietnam et la Chine ?

LE PRESIDENT -- Le Vietnam nous a rappelé les liens historiques qui nous unissent, également le lien linguistique, puisque vous savez que le Vietnam était candidat pour recevoir le prochain sommet de la francophonie. Mais, le Premier ministre du Vietnam nous a dit combien il voulait intensifier la relation économique et culturelle, et voir de nombreuses entreprises françaises investir au Vietnam. Nous n'avons pas évoqué les contentieux avec d'autres pays.

QUESTION -- On sait maintenant officiellement que Louis GALLOIS propose à Paris une baisse de 30 milliards des cotisations sociales, pour ce qu'il appelle, lui, un choc de compétitivité, qui est un choc de confiance. Qu'est-ce que vous en pensez ?

LE PRESIDENT -- Demain le gouvernement tirera les conclusions du rapport GALLOIS, et il y aura des décisions fortes qui seront prises.

QUESTION -- Vous avez dit que vous souhaitiez rééquilibrer les échanges. Est-ce que de votre point de vue c'est un mouvement qui se fera de manière naturelle, progressivement ou est-ce qu'il y a des engagements qui doivent être pris ou qui ont été pris lors des rencontres bilatérales que vous avez eues aujourd'hui ?

LE PRESIDENT -- Pour rééquilibrer les échanges, les marchés doivent s'ouvrir, ce qui n'est pas encore suffisamment le cas. Les monnaies doivent également correspondre à l'état de l'économie réelle. Enfin, il doit y avoir une stimulation de la demande intérieure des pays excédentaires. Voilà les trois points qui permettent, à la fois de rééquilibrer et en même temps de soutenir la croissance.

Nous sommes dans un moment où l'Europe -- pour les raisons que l'on sait : l'effort de redressement budgétaire pour beaucoup de pays -- est en stagnation, voire même en récession, et où les pays asiatiques en ont les conséquences, mais gardent un potentiel de croissance. A ces pays, donc, d'accompagner le mouvement général pour soutenir l'activité économique. Je crois qu'ici, les pays d'Asie avaient besoin d'avoir des confirmations sur le rétablissement des disciplines dans la zone euro, d'avoir confiance dans les politiques que nous engageons. Et en même temps, ces pays d'Asie devaient prendre un certain nombre d'orientations permettant le soutien des activités économiques à l'échelle du monde. Et c'est le sens même de ce forum.

Vous savez que ce forum, l'ASEM, a été créé en 1996, à la veille d'ailleurs d'une crise qui s'est essentiellement portée en Asie, et c'est parce qu'il y avait eu une coopération entre Européens et Asiatiques que cette crise avait pu être surmontée. Quinze ans plus tard, nous sommes dans un autre contexte, ce sont les Européens qui ont été frappés par une crise, une crise financière qui vient des Etats-Unis, une crise des dettes souveraines. Ce sont les pays asiatiques qui maintenant sont en capacité -- à la fois par l'ouverture de leur marché, par le réajustement d'un certain nombre de parité et aussi par la stimulation de leur demande -- de faire que la croissance puisse être de nouveau au rendez-vous et que la crise puisse être maintenant arrêtée.

QUESTION -- Avez-vous évoqué directement avec le ministre chinois le problème du déficit commercial avec la France, ainsi que le problème de réciprocité ?

LE PRESIDENT -- Oui, nous avons constaté à la fois l'étroitesse de notre coopération dans bon nombre de domaines -- aéronautique, nucléaire civil, infrastructure -- mais également le déséquilibre. Le déficit commercial entre la France et la Chine, c'est 27 milliards d'euros, 40% de notre déficit, de notre balance commerciale. Donc, nous devons rééquilibrer. Le Premier ministre chinois en est lui-même conscient. Il ne s'agit pas de rééquilibrer de manière administrative, mais avec une plus grande ouverture des marchés chinois et également une meilleure présence de nos entreprises. Lorsque je ferai le déplacement l'année prochain en Chine, nous aurons l'occasion, à ce moment-là, de traduire cette volonté de rééquilibrage. Je viendrai avec une délégation des plus grandes entreprises concernées par le marché chinois.

QUESTION -- Demain, vous fêterez les 6 mois de votre élection. Quel bilan faites-vous déjà de ces six premiers mois ?

LE PRESIDENT -- Je ne vais pas le faire ici ! Je vous remercie de me souhaiter mon anniversaire. Mais vous savez que les anniversaires, ce n'est pas simplement tous les mois ou tous les six mois. Régulièrement, je ferai devant les Français, à la fois un compte-rendu de ce que j'ai engagé pour le pays et surtout des perspectives que je veux tracer. Et cela se fera au cours d'une conférence de presse au milieu du mois de novembre, ce qui correspond précisément aux 6 mois après mon installation.

QUESTION -- Pensez-vous que la Grèce puisse sortir de ses problèmes de dette à moyen terme ? Et à court terme, la Grèce va-t-elle recevoir les fonds nécessaires auprès de l'Union européenne ? Et faire le remboursement de la dette avant le 16 novembre ?

LE PRESIDENT -- Nous y travaillons. Un EUROGROUPE se prépare pour cette échéance. La troïka n'a pas encore rendu son rapport. Il y a des conversations qui continuent et l'objectif est bien de permettre à la Grèce, si elle consent aux efforts qui lui sont demandés, de rester pleinement dans la zone euro et de recevoir les soutiens qui sont attendus.

Merci à tous, et je vous invite à venir dans les jardins de la résidence pour y retrouver nos compatriotes qui vivent au Laos.

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