Déplacement en France

Commémoration du 70ème anniversaire de la libération de la France #Provence1944

15 Août 2014

Lieu : Toulon, France

Rubrique : Défense, International, développement et francophonie

Type de contenu : Communiqué de presseLe dossier de presse

Dossier de presse : Commémoration du 70ème anniversaire de la libération de la France #Provence1944

Téléchargez le dossier de presse pour tout savoir de la commémoration du 70ème anniversaire de la libération de la France : cérémonie du Mont Faron, cérémonie internationale sur le Charles-de-Gaulle, nations présentes, parade navale, revue navale, défilé aérien, hommage aux vétérans, etc.

 

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Message du président de la République :

 

Alors qu’une guerre éprouvante secoue le monde depuis cinq ans, l’année 1944 apparaît pour l’ensemble des belligérants comme celle d’un tournant décisif. Amorcé

en 1943 avec la libération de la Corse, relancé par les opérations du 6 juin en Normandie, ce virage vers la paix tant espérée se concrétise par le débarquement de

Provence au mois d’août 1944. Une formidable poussée terrestre et maritime venant de la Méditerranée va contribuer à libérer l’Europe d’une guerre qui n’en finit pas.

En ce 15 août 2014, la France s’honore de recevoir à nouveau en Provence ceux qui l’ont aidée à sortir de plus de 1 800 jours de guerre : des membres des forces

françaises libres et des soldats de l’armée d’Afrique, dont certains s’étaient battus en Italie. Aux côtés de tant de pays amis, ce sont aussi les Français eux-mêmes, et en particulier les résistants, qui ont contribué à la victoire par la libération de leur sol.

Hommage leur soit rendu.

Que cette double leçon de patriotisme et d’amitié entre les peuples reste un exemple pour nos démocraties actuelles.

 

François Hollande

 

Fichier PDF (717 Ko):  DP Dbarquement en Provence

Type de contenu : VidéoNotre reportage

Type de contenu : VidéoLe discours au Mont-Faron

Type de contenu : Album photosLes photos du Mont-Faron

Type de contenu : Album photosLes photos sur le Charles-de-Gaulle

Type de contenu : VidéoInterview sur le Charles-de-Gaulle

Type de contenu : VidéoDiscours sur le Charles-de-Gaulle

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte du discours au Mont-Faron

Discours du président de la République lors de la commémoration du 70ème anniversaire du débarquement en Provence au Mont-Faron

Madame et Messieurs les Ministres,

Monsieur le président du Conseil régional, du Conseil général,

Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Monsieur le Maire de Toulon,

Mesdames et Messieurs les vétérans,

Les familles de vétérans qui sont ici rassemblées,

Mesdames et messieurs du monde combattant,

Mesdames et messieurs les porte-drapeaux,

Nous sommes aujourd’hui le 15 août, le 15 août 2014, 70ème anniversaire du débarquement de Provence. Et nous sommes réunis ici dans ce lieu si symbolique, le Mont Faron pour nous souvenir que c’est ici, il y a 70 ans, que la France s’est libérée par elle-même, avec le soutien de ses alliés mais avec la participation de ses soldats. Et ce fut tout l’enjeu du débarquement de Provence : que la France puisse être libre et que la France puisse se libérer par elle-même.

La bataille de Normandie avait eu un effet considérable et porté un coup décisif à l’occupant nazi, mais l’essentiel demeurait encore à faire. La France était occupée presque en totalité. Il y avait des risques d’enlisement, y compris des troupes alliées qui avaient débarqué en Normandie. Les populations souffraient de bombardements et notamment ici, en Provence, à Marseille et à Toulon. Et il y avait les voix traitresses de la collaboration qui prédisaient même une guerre civile en France.

Alors un débarquement en Provence fut conçu. Il y eut de nombreux débats entre les alliés pour savoir à quel moment et où ce débarquement allait se produire. Il a fallu vaincre un certain nombre de réticences, mais au bout du compte la décision fut prise, le débarquement aurait lieu en Provence, le 15 août, et il allait tout changer. Il allait lever les incertitudes, il allait prendre l’ennemi en tenaille, il allait chasser l’occupant, préparer la libération de la France et asseoir notre pays à la table des Grands pour préparer l’après-guerre.

 

Voilà ce que fut le débarquement de Provence.

D’abord un succès, un succès militaire : en 4 semaines les forces françaises et alliées atteignaient les Vosges, bien plus tôt qu’il n’avait été prévu et conçu. Tout s’était conjugué : la conception judicieuse de l’opération, la puissance américaine, l’expérience britannique et la bravoure française.

Les forces françaises constituaient en effet le second contingent après les troupes américaines. Elles s’étaient déjà illustrées avec la libération de la Corse, avec la prise de l’île d’Elbe. Mais ici en Provence, les troupes françaises ont écrit des pages glorieuses.

Des pages dramatiques lorsque le commando du groupe naval d’assaut fut décimé par les mines à la pointe de l’Esquillon, dans la nuit du 14 au 15 août. Des pages victorieuses quand l’audace bouscula tous les plans et permit la victoire après d’âpres combats à Toulon et à Marseille. Mais aussi des pages fraternelles puisqu’à côté de ces troupes venant du Sud, venant de l’autre côté de la Méditerranée, se levaient d’autres hommes et d’autres femmes qui étaient venus de la résistance intérieure.

Il faut rappeler que dans les mois qui ont précédé le débarquement de Provence – et notamment au mois de juin – il y avait eu de nombreux soulèvements dans la région. Ils avaient été impitoyablement réprimés : 100 morts sur le plateau Sainte-Anne les 12 et 13 juin, 53 à Valréas, 46 sur le bas Verdon et beaucoup d’autres encore.

La résistance avait porté de rudes coups, elle avait planifié la bataille qui allait s’engager, elle avait préparé le débarquement. Un grand poète, René CHAR, alias le « Capitaine Alexandre » fut de ceux-là, et avec son talent, avec sa plume comme il l’avait fait avec ses armes, il avait participé à l’épopée et il en avait rendu compte. Il écrivait : "Je me suis uni au courage de quelques êtres, j’ai vécu violemment sans vieillir mon mystère auprès d’eux, j’ai frissonné de l’existence de tous les autres." Les FFI et les FTP rassemblés étaient des soldats sans uniforme, ils furent de toutes les batailles, guidant, harcelant, cachant, renseignant, luttant côte à côte avec l’armée régulière que beaucoup finirent par rejoindre. Ils formèrent alors la Première Armée, celle de la libération de la France, que le général DE LATTRE DE TASSIGNY conduira par-delà le Rhin jusqu’au cœur du Reich finissant pour y apporter la lumière de la liberté. Et c’est là, le 8 mai 1945 que la France avec lui put s’asseoir à la table de la capitulation allemande.

Voilà pourquoi je tenais à être ici, en ce 15 août 2014, pour saluer tous ces héros célèbres ou plus souvent anonymes qui ont contribué à la résurrection de notre pays. Ils étaient l’armée de toute la France, ils étaient même une armée du monde. Il y avait là les forces françaises libres qui, depuis 1940, avaient décidé de poursuivre la guerre ; il y avait les évadés de métropole qui avaient traversé la Manche ou qui étaient passés par l’Espagne pour répondre à l’appel du général DE GAULLE ; il y avait les volontaires qui avaient continué le combat malgré l’armistice en Afrique et au Moyen-Orient ; il y avait ces soldats qui avaient préféré la France libre à Vichy ; il y avait les dissidents des Antilles qui avaient déjà risqué leur vie en quittant leur île dans des embarcations très fragiles et qui, avec d’autres embarcations heureusement, avaient réussi à débarquer à Cavalaire dans la nuit du 16 au 17 août.

Il y avait des Guyanais, il y avait des Réunionnais, il y avait les Tahitiens et les Néo-calédoniens du bataillon du Pacifique, le fameux "bataillon des Guitaristes", qui a payé un lourd tribut aussi pour la libération de notre pays, à tel point que le général DE GAULLE lui décerna la croix de Compagnon de la Libération en 1945. Et puis il y avait les Français d’Afrique du Nord, ceux qu’on a appelés plus tard « les pieds noirs », et qui s’étaient engagés pour constituer une part des soldats de l’armée d’Afrique, parce que l’armée d’Afrique a été décisive. Beaucoup de ses soldats étaient algériens, marocains, tunisiens - on les appelait encore « des indigènes ». Il y avait aussi à leur côté les tirailleurs sénégalais et les goumiers, les Tabors, les Spahis, les zouaves, tous ceux-là formaient les contingents de l’armée, de la première armée, de l’armée B du général DE TASSIGNY. La moitié de ces 200.000 hommes était d’origine africaine.

Par leur sacrifice, ces hommes ont noué entre notre pays et l’Afrique un lien de sang que rien ne saurait dénouer, et j’aurai l’occasion de le rappeler tout à l’heure, cet après-midi sur le Porte-avions Charles de Gaulle, à tous les représentants des pays d’Afrique qui nous ont fait l’amitié et l’honneur de participer à ces cérémonies. Et puis s’ajoutait à cette armée une autre, celle de l’ombre, tous ces hommes, toutes ces femmes qui sortaient avec le brassard aux 3 couleurs pour participer à la libération de notre pays, pour restaurer la démocratie.

Pendant ces quelques semaines qui ont suivi le 15 août 1944, ce fut le même mouvement, le même plébiscite, la même victoire, celle de la République.

Alors à vous vétérans de la campagne de Provence, résistants, soldats de la libération, je veux vous dire ce que la France vous doit, vous exprimer notre reconnaissance et notre admiration. Grâce à vous, la France a su se rassembler au-delà d’elle-même, grâce à vous la France a su se libérer par elle-même.

C’est ce que voulait le général DE GAULLE, c’est ce qu’avait préparé la Résistance, c’est ce que les alliés avaient fini par consentir et c’était majeur pour le rôle et la place de notre pays dans le concert mondial de l’après-guerre. Et si la France a pu participer ensuite à la reconstruction de l’Europe et à l’organisation du monde, et si la France a pu devenir membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations unies, c’est parce que la France a pu participer pleinement, entièrement à la victoire.

C’est ce moment d‘unité nationale qui a permis de retrouver notre grandeur, après quatre années de guerre et d’occupation. L’unité nationale, celle qui s’est levée, qui s'est constituée en 1944, est notre bien le plus sacré, le plus précieux. Lorsqu’il y a des périls à affronter, lorsqu’il y a des menaces à écarter, lorsqu’il y a des défis à relever, c’est le rassemblement, le rassemblement de tous les Français qui est la condition du succès. L’unité nationale, elle n’efface pas les différences, les clivages, les oppositions, les intérêts qui sont multiples dans notre pays. Mais l’unité nationale, c’est le ferment pour toute victoire, et c’est ce que le débarquement de Provence a une fois encore illustré.

Néanmoins cette histoire reste mal connue de nos concitoyens. Le général DE LATTRE DE TASSIGNY écrivait en 1950 les phrases suivantes – et ces mots n’ont rien perdu de leur actualité – : "Si la France avait été mieux informée, sans doute aurait-elle aujourd’hui un sens plus vif de sa victoire et une plus grande confiance dans son avenir ; elle aurait aussi un plus juste respect pour son armée et plus de foi dans sa jeunesse, qui prouvèrent l’une et l’autre de façon magnifique la permanence de nos vertus nationales."

Voilà pourquoi le général DE GAULLE est venu ici, il y a 50 ans, pour célébrer avec solennité ce qui était à l’époque le vingtième anniversaire du débarquement. Il est venu ici au Mont Faron, et il a voulu faire de ce lieu un Mémorial destiné à recueillir les traces de cet événement.

Voilà pourquoi les activistes qui, ce jour-là, tentèrent de l’assassiner avaient commis une fois encore un acte contre la France.

Mais depuis 1964, le Mémorial et son musée n’ont pas évolué. Ils ont été bien entretenus, ils ont été bien animés mais ils n’ont pas intégré toutes les évolutions de la connaissance historique, tous les faits majeurs qui se sont passés ici il y a 70 ans, cette formidable composition humaine qui a fait la force de l’armée de la libération de notre pays.

Voilà pourquoi j’ai décidé que le Mémorial du Mont Faron deviendrait prochainement le Mémorial du débarquement et de la libération en Provence. Il mettra à l’honneur tous les combattants afin de célébrer, dans un même hommage et dans un même lieu, toutes les mémoires : les Français libres, les soldats venus d’Afrique, les résistants et les alliés. Les travaux commenceront sous l’égide du ministre des Anciens combattants dès l’automne prochain, et j’inaugurerai ce nouveau Mémorial du débarquement et de la libération en Provence au début de l’année 2017. Ainsi, mesdames et messieurs, sera préservé le souvenir de ce grand moment qui permet à la France d’être ce qu’elle est aujourd’hui.

La France, cinquième puissance économique du monde et qui entend le rester par les réformes qu’elle engage. La France, une nation qui compte dans le monde, sur la scène internationale, une nation qui prend ses responsabilités pour assurer la sécurité, la sécurité de l’Europe mais aussi la sécurité dans le monde, et pour agir partout où nous sommes appelés pour la paix.

Voilà pourquoi ce Mémorial est si important. Voilà pourquoi il faut se souvenir et connaître notre histoire pour mieux être fidèle à l’héritage que nous avons reçu de ces soldats, de ces libérateurs. Voilà pourquoi je tenais à être ici au Mont Faron en ce 70ème anniversaire, pour parler du passé et pour éclairer l’avenir.

Voilà pourquoi ce Mémorial est si important. Voilà pourquoi il faut se souvenir et connaître notre histoire pour mieux être fidèle à l’héritage que nous avons reçu de ces soldats, de ces libérateurs. Voilà pourquoi je tenais à être ici au Mont Faron en ce 70ème anniversaire, pour parler du passé et pour éclairer l’avenir.

Vive la République et vive la France.

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte du discours sur le Charles-de-Gaulle

Discours du président de la République lors de la commémoration du 70ème anniversaire du débarquement en Provence sur le Charles-de-Gaulle

Messieurs les Chefs d'Etat et de Gouvernement,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs,

 

Il y a deux mois, sur la plage de Ouistreham en Normandie, je rendais hommage aux combattants valeureux du jour J et du Débarquement. Avec eux, l'espoir reprenait pied sur la terre de France. Avec eux, le vent de la liberté se levait sur une Europe asservie.

A cette occasion, j'avais reçu le Président POUTINE et le Président POROCHENKO, qui venait d'être élu. Cette rencontre permettait d'entrevoir le dialogue et la désescalade. Au moment où je m'exprime, il y a encore des tensions très vives à la frontière de l'est de l'Ukraine. J'appelle donc d'abord la Russie à respecter l'intégrité territoriale de l'Ukraine, et j'appelle ensuite les deux présidents à faire l'effort nécessaire pour prévenir toute escalade et retrouver l'esprit de dialogue qui avait présidé à la rencontre du 6 juin en Normandie.

Nous nous retrouvons aujourd'hui au large des côtes du Var, à bord du bâtiment qui porte le nom du chef de la France libre, Charles DE GAULLE, pour nous souvenir, pour nous souvenir ensemble, que le deuxième acte de la libération de la France s'est joué ici même, sur ces côtes, il y a 70 ans. C'était le Débarquement de Provence.

Ce débarquement-là, comme celui de Normandie, avait mobilisé le monde entier. Mais ce débarquement, lui, venait du sud.

Il y avait les Etats-Unis d'Amérique qui assuraient le commandement général de l'opération avec les soldats du Canada, du Royaume-Uni, de la Pologne. Mais la moitié des 250.000 hommes engagés dans cette opération portaient l'uniforme de l'armée du Général DE LATTRE DE TASSIGNY.

C'était une armée française et c'était une armée multicolore. Elle rassemblait les Français qui avaient rejoint le Général de GAULLE après l'appel du 18 juin ; elle rassemblait ceux qui avaient rallié le gouvernement provisoire d'Alger ; il y avait ceux qui s'étaient évadés de la métropole, souvent par l'Espagne ; il y avait ceux qui avaient pris des embarcations de fortune pour rejoindre cette future armée de la libération de notre pays. Mais il y avait surtout les soldats de l'armée d'Afrique, les soldats qui venaient d'Algérie, du Maroc, de la Tunisie, c'étaient les plus nombreux ; il y avait les Africains qui venaient de ces territoires qui s'appellent aujourd'hui le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, les Comores, le Congo, la Côte d'Ivoire, Djibouti, le Gabon, la Guinée, Madagascar, le Mali, la Mauritanie, le Niger, la République centrafricaine, le Sénégal, le Tchad et le Togo ; voilà ce qu'était cette armée, une armée de toute l'Afrique ; une armée mélangée, une armée composite, cosmopolite, une armée qui rassemblait à la fois ceux de Brest et ceux de Bamako, ceux de Londres et ceux de Dakar, ceux d'Alger et ceux de Fort-de-France.

C'est cette armée-là qui a chassé les nazis de France et je voulais ici vous en rendre hommage. Tels sont dans leur diversité, les libérateurs du mois d'août 1944 : des militaires qui n'avaient jamais cessé de se battre depuis 1940, comme des nouvelles recrues qui venaient juste de s'engager ; des jeunes de 17 ans qui avaient menti sur leur âge, mais aussi des hommes mûrs qui avaient connu le feu de la Grande guerre. Il y avait des Français de métropole, d'autres des outre-mer ou d'Afrique du nord et puis il y avait tous ces hommes qui, par les circonstances de l'histoire, venaient de loin, de très loin pour libérer la France.

Ces hommes étaient déjà auréolés de gloire quand ils sont venus sur ces côtes. Ils étaient déjà des vétérans des campagnes d'Afrique et d'Italie ; il y avait ces goumiers marocains qui venaient de remporter la bataille du Garigliano, ces héros de la guerre des sables à Bir-Hakeim, ces commandos d'Afrique, ces tirailleurs sénégalais tout juste vainqueurs de l'Ile d'Elbe.

Ces hommes n'avaient pas tous la même religion, ils ne mangeaient pas les mêmes choses, ils ne parlaient même pas la même langue, ils n'étaient pas de la même couleur, mais ils étaient la diversité du monde. Et cet été-là, ils ne formèrent qu'une seule armée, une seule et même armée, l'armée de la liberté. Et ils portaient un seul et même drapeau, c'était le drapeau tricolore, c'était celui des droits universels.

Ces hommes étaient bien plus que des soldats ; ils n'envahissaient pas un pays, ils le faisaient renaître. Ils combattaient d'autres hommes mais ils ne les haïssaient pas parce que c'était l'idée même de la haine qu'ils entendaient combattre.

Certains sont présents ici ce soir. Ce sont les héros de Provence. Je veux vous dire la reconnaissance de la France. C'est grâce à vous qu'elle est redevenue souveraine. C'est grâce à vous que la France a acquis le droit de s'asseoir à la table des vainqueurs à Berlin le 8 mai 1945. C'est grâce à vous qu'elle est devenue membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies après la guerre. C'est à vous qu'elle doit son rang dans le monde et aujourd'hui encore.

A la jeunesse d'Afrique, je veux dire que nous n'avons pas oublié le sacrifice des anciens et que la France sait ce qu'elle leur doit, même si elle a mis du temps, trop de temps, pour en tirer toutes les conséquences en termes d'émancipation et de reconnaissance. Merci jeunesse d'Afrique d'être fidèle au message des anciens.

Et à tous les jeunes Français issus de l'immigration, je veux également dire qu'ils sont les héritiers de cette page de l'histoire de leur pays et qu'ils peuvent en être légitimement fiers.

Et cette page-là nous adresse en définitive une formidable leçon d'histoire. Depuis que la France existe, les Français n'ont pas les mêmes origines, les Français n'ont pas la même religion et parfois ils n'en ont aucune. Les Français n'ont pas les mêmes convictions, n'ont pas la même couleur de peau mais ils forment la France, ils sont la France. Il y a toutes sortes de Français mais il n'y a qu'une seule France. Hier, il s'agissait de libérer le territoire national ; aujourd'hui, il s'agit de vivre ensemble dans la République et de faire avancer la France coûte que coûte.

En ce 15 août 2014, nous nous souvenons que c'est en Afrique que la France libre a trouvé ses premières forces. C'est en Afrique qu'ont été menées les premières attaques contre les forces de l'Axe. C'est en Afrique que les alliés ont remporté leurs premiers succès, en Ethiopie en 1941, à El Alamein en 1942, en Tunisie en 1943, ouvrant alors la voie à la victoire finale. C'est au sud, oui c'est au sud que l'Europe doit son salut et elle ne doit jamais l'oublier.

A vous chefs d'Etat et chefs de Gouvernement, représentants de ces pays qui sont venus nous délivrer, à vous, chefs d'Etat et de Gouvernement invités ici parce que vous représentez les nations dont sont issus les soldats qui ont combattu sur ces côtes, je vous affirme à nouveau la gratitude de la France. Je sais que parfois, ces combattants, ces combattants glorieux, n'étaient pas tous volontaires ; notre dette à leur égard n'en est que plus grande.

Cette dette, elle n'est pas seulement morale ou financière ; cette dette, elle est politique. Et elle nous oblige, nous la France, à une solidarité face aux menaces d'aujourd'hui, à toutes les menaces et d'abord en Afrique.

Lorsque j'ai pris la décision de lancer l'opération Serval à vos côtés, pays africains, pour participer à la libération du Mali qui faisait face à des groupes terroristes qui entendaient placer sous leur joug toute l'Afrique de l'Ouest, j'honorais la dette historique de la France qui a été constituée lors des deux derniers conflits mondiaux.

Et aujourd'hui, il nous faut encore lutter pour construire un espace de paix, de solidarité, de développement en Méditerranée. Les défis sont immenses, nous les connaissons et cet été 2014 a été hélas marqué par des conflits, des massacres et des guerres.

A Gaza, il ne suffit pas que les armes se taisent - mais c'est déjà beaucoup -, il faut aussi que chaque peuple puisse vivre dans la sécurité et la dignité, dans un Etat qui soit le sien. Et que d'ici là, les blocus et les entraves disparaissent à mesure que la confiance peut revenir. C'est ce qui se joue dans les négociations du Caire et nous devons tout faire pour qu'elles puissent aboutir.

Au Moyen-Orient, ce sont les valeurs les plus fondamentales qui sont bafouées par un groupe sanguinaire qui se réclame faussement de l'Islam pour piller, voler, violer, détruire, persécuter, anéantir. Ce n'est pas simplement l'Irak ou la Syrie qui se trouvent menacés, c'est le monde qui est confronté à un défi humanitaire avec d'abord des foules immenses de réfugiés qui se regroupent dans les pays voisins et également aussi en Europe.

Je pense à ces millions de Syriens chassés depuis deux ans, qui sont allés au Liban, en Jordanie, en Turquie, attendant la fin d'un conflit qui ne vient pas et qui a fait déjà 170.000 victimes.

Je pense aussi en ce moment aux chrétiens d'Irak, aux Yazidis, à toutes les minorités qui se trouvent pourchassées par un obscurantisme barbare.

Je pense aussi à la solidarité que l'on doit porter aux Peshmergas kurdes qui affrontent avec un courage immense un ennemi doté d'un armement supérieur et de moyens financiers considérables, et la France - oui, la France - a décidé de se tenir à leurs côtés en leur fournissant une aide humanitaire mais également militaire. Et même, à notre initiative, l'Europe a enfin décidé d'en faire autant parce que c'est notre devoir aujourd'hui - et pas simplement notre devoir : parce que c'est là aussi que se joue la sécurité de notre continent.

Je pense aussi au peuple libyen qui a courageusement abattu une dictature mais qui lutte aujourd'hui pour que la liberté ne lui soit pas retirée, confisquée par des groupes terroristes, qui créent là encore une instabilité dans toute la région, une instabilité que nous ne pouvons pas accepter. Parce que c'est un danger pour l'Afrique. Parce que c'est un danger pour la communauté internationale et là encore la France et l'Europe devront répondre aux demandes du Parlement libyen.

Je pense aussi en cet instant au Nigeria, au Cameroun qui font face également à un groupe terroriste, Boko HARAM, qui enlève des jeunes filles, des enfants, aujourd'hui même des garçons pour les enrôler de force.

Oui, nous, la France, l'Europe, devons maintenant à notre tour rendre au sud ce qu'il a été capable de nous donner à l'été 1944. Nous devons lui apporter soutien, appui, sécurité, solidarité, développement. La solidarité, elle n'est pas d'ailleurs simplement sécuritaire, elle est aussi sanitaire. Lorsqu'une population est frappée par une épidémie, comme aujourd'hui l'Afrique de l'Ouest par la fièvre Ebola, la France, l'Europe, la Communauté internationale, doivent agir. C'est notre responsabilité de mobiliser tous les moyens de la recherche, de la médecine pour porter assistance et secours à ces populations qui sont touchées - plus de mille morts aujourd'hui - et des pays qui ne peuvent plus faire fonctionner leur économie et qui vivent maintenant en autarcie. Là encore, nous sommes tous menacés car si la maladie n'est pas contenue, elle ne s'arrêtera pas à quelque frontière que ce soit ou à un continent ; elle menacera l'ensemble du monde.

Nous devons également trouver des solutions humaines face aux migrations entre les deux rives de la Méditerranée. Beaucoup de ces hommes, de ces femmes viennent d'Erythrée, de Somalie, de Syrie... Ils fuient les situations de conflits ou de misère, ils sont prêts à tout y compris à la mort pour rejoindre nos côtes. Nous ne pouvons pas accepter de voir la Méditerranée se transformer en cimetière quand mois après mois, des hommes, des femmes, des enfants espèrent trouver de l'autre côté une vie meilleure, ce qui est une illusion. Nous ne pouvons pas accepter que cette mer qui est "notre mer' qui nous rassemble tous depuis l'Antiquité, que cette mer devienne le symbole de nos peurs, de nos insuffisances, de nos incapacités à régler les conflits ou à maîtriser les mouvements de population.

La Méditerranée doit être un espoir de développement commun et solidaire. Il y a 70 ans, la paix est venue du sud des rives de la Méditerranée. Aujourd'hui, c'est la prospérité, c'est la sécurité, c'est le progrès, c'est la paix qui doivent être partagés entre les deux rives de la Méditerranée.

Mesdames et Messieurs,

En ce 70ème anniversaire du Débarquement de Provence, qui a tant contribué à la Libération de la France et à la victoire contre la barbarie nazie, nous devons tous ensemble montrer notre détermination à relever à notre tour le défi d'être à la hauteur de l'histoire. Ce combat aujourd'hui prend d'autres formes qu'il y a 70 ans mais c'est toujours le même ennemi que nous devons terrasser. Qui est cet ennemi ? C'est le fanatisme, c'est l'intolérance, c'est le racisme, c'est la barbarie. Alors à nous d'être à la hauteur des héros de Provence, ceux qui ont uni à tout jamais l'Europe et l'Afrique !

Vive la République et vive la France !

 

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